A la recherche du temps perdu

By  | 8 juin 2017 | Filed under: Histoire, Légendes

 

kuerten-1997Après l’intermède Coupe Davis, voilà le « vrai » début de la saison sur terre battue, avec en point d’orgue Roland Garros et qui se poursuivra jusqu’à la fin de l’été. Une meute de terriens rageurs va ainsi entamer la récolte de points ATP à la belle saison, avant de devoir affronter la fraîcheur des rapides courts en salle, agrémentés de quelques pluies d’aces.

Parmi ce fort contingent latin, se profile une silhouette dégingandée et hirsute, celle de Gustavo Kuerten. Après un début de saison pour le moins délicat, marqué par un accidentel plus que prometteur succès sur Filippo Volandri à Costa Do Sauipe, le Brésilien poursuit un retour au premier plan qui apparaît pour l’ heure désespéré et désespérant. Pointant aux environs de la 666ème place mondiale (funeste nombre?), on peut résolument se poser la question: Mais qu’est-ce-qui fait courir Guga???

A trente ans passés, le natif de Florianopolis a gagné ce qui se fait de mieux sur terre battue: Monte Carlo, Rome, Hambourg et bien évidemment Roland Garros à trois reprises (1997, 2000, 2001). Il est assurément un des plus grands champions de l’histoire sur cette surface, au même titre que Nadal, Muster, Bruguera, Lendl pour les plus récents. Rappelons en outre qu’il a conquis le Masters en l’an 2000, dominant tour à tour (excusez du peu) Pete Sampras et Andre Agassi, pour clore cette année-là à la première place mondiale. Le palmarès est bien garni et ce n’est pas porter ombrage à Guga que de dire qu’ il a atteint un âge où le repos est le bienvenu pour un sportif de haut niveau; surtout quand le corps flanche, nécessitant deux opérations à la hanche.

Pour se donner les moyens de son retour, Kuerten a reformé son couple, un temps brisé, avec son entraîneur historique Larri Passos. Ce dernier, lors des premiers tournois de l’année, a cru déceler dans l’œil de son poulain et dans son attitude des raisons d’espérer, au point de viser une performance de taille dans son jardin parisien. Au vu de ses piètres résultats récents, on ne peut qu’en douter pour ne pas dire regretter cette opiniâtreté confinant à la témérité.

Pourquoi en effet ternir une image aussi forte, aussi belle, gravée dans l’esprit des spectateurs de Roland Garros et d’ailleurs? Celle d’un champion flamboyant, charismatique, romantique même, traçant en forme de cœur sur les courts, son amour au public parisien à la pointe de la raquette. Un champion capable surtout, d’allier science du jeu sur terre battue et spectacle, balayant les lignes de ses gestes souples et fulgurants, bien loin du crocodile défensif et poussif.

Y’aurait-il chez Guga comme chez d’autres champions, cette éternelle recherche de la fameuse gloire? Yannick Noah l’évoque dans son fameux ouvrage Secrets etc., la qualifiant de « belle, rare » et surtout d’ « éphémère ». Il ajoute aussi: « Que faire de cette chaîne brisée par la force inéluctable de l’âge: plus de résultats=absence de gloire=absence de bonheur? Certains n’hésitent pas à parler de petite mort ou de première mort », concluant par un cinglant: « Quelle angoisse! » Notre sorcier fait référence à cette peur de l’après, du vide, de l’oubli.

L’exemple le plus dramatique en la matière est probablement Bjorn Borg, revenu sur le circuit de 1992 à 1994, pour un taux de réussite de… 0% (11 défaites!) Son compatriote Mats Wilander avait fait, peu après, une réapparition autrement plus convenable, ponctuée de quelques bons résultats, mais le mal préalable n’était, dans ce cas, pas physique.

Après deux années difficiles, les mois qui viennent seront décisifs pour Gustavo Kuerten. Sébastien Grosjean avait dit, quelque peu désolé, ceci à propos de Sergi Bruguera, après lui avoir infligé une double roue de bicyclette au tournoi de Casablanca, en 2000: « Il est dommage de le voir évoluer à ce niveau quand on sait le grand champion qu’il a été ».

On souhaite au foudroyant Brésilien de ne pas avoir à endurer telle humiliation, que ne méritait pas davantage le double vainqueur de Roland Garros 1993-1994. Qu’il nous réserve une divine surprise en forme d’adieux ou qu’il sache s’éclipser à temps. Le surnom de Guga ne sera, quoi qu’il arrive, jamais oublié.

 

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208 Responses to A la recherche du temps perdu

  1. ConnorsFan 11 juin 2017 at 17 h 17 min

    La fiche de Nadal à Roland-Garros est maintenant de 79 victoires et 2 défaites (+1 défaite par forfait).

    • Babolat 11 juin 2017 at 20 h 31 min

      Guga dit qu’il peut en empiler 15. Euh… vu le niveau de la relève… c’est extrêmement possible.

      • Elmar 11 juin 2017 at 21 h 31 min

        Possible mais pour ça faut qu’il conserve son physique. Depuis janvier, il n’a pas eu le moindre pépin et c’est quand même surprenant. J’attends la prochaine rechute de son corps. Il a beaucoup joué, avec un degré d’intensité élevé et il avait de la peine à supporter ce genre de charge quand il était jeune. Ce serait étonnant que son corps tienne mieux le coup à 31 ans qu’à 21

        • ConnorsFan 11 juin 2017 at 22 h 34 min

          C’est vrai que les blessures peuvent se pointer à tout moment. Le bon côté de ce printemps sur terre pour Rafa : presque tous ses matches ont été courts. Même sa défaite à Rome a été rapide. Très différent de certaines saisons passées; comme en 2009 où son duel contre Novak à Madrid l’avait vidé.

      • Coach Kevinovitch 12 juin 2017 at 17 h 52 min

        Ce que dit Guga n’est que l’application du théorème du vainqueur de Grand Chelem qui est le suivant:

        Tout individu venant tout juste de gagner un Grand Chelem s’en voit promettre au moins cinq avec une assurance définitive comme si on pouvait en gagner en claquant des doigts.

  2. Don J 11 juin 2017 at 21 h 13 min

    j’attends le prochain Guga 1997 depuis 13 ans maintenant, le moindre que l’on puisse dire c’est que le bougre se fait attendre…
    De toute façon, au point où j’en suis je ne suis plus à 5-6 ans pret :-D

  3. MarieJo 12 juin 2017 at 16 h 43 min

    CHAMP10N XXL non ?

    en 2005, quand je l’ai vu gagner RG pour la première fois, je n’aurais jamais pensé qu’il en gagnerai plus de 3…
    après 2008, je me suis dit que tout était permis vu qu’il n’y a pas vraiment de terriens au top et qu’aucun terrien d’envergure n’est arrivé à part Thiem qui a encore tout à prouver question palmarès…

    quand tu penses que tous les joueurs disent combien c’est dur de gagner un GC sur terre, et là Nadal enquille les RG comme des perles… c’est fou quand même !

    • MarieJo 12 juin 2017 at 16 h 44 min

      fed et Djoko sont à part car pas des terriens au sens propre

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