La saga de l’ère Open – Acte IV : Philippe Chatrier

By  | 13 mars 2019 | 26 Comments | Filed under: Actualité, Histoire

Dans l’imaginaire collectif, l’année 1968 est généralement présentée comme le début de l’ère Open. Dans l’histoire du tennis, les records antérieurs à 1968 sont, pour la plupart, entachés d’une suspicion quant à leur signification, car ces records ont été établis dans le contexte de deux univers radicalement séparés, celui des amateurs et celui des professionnels. Mais, dans la pratique, 1968 n’est que le début d’une période agitée qui va s’étaler sur toute une décennie, au cours de laquelle l’ITF, instance internationale « officielle » du tennis, va faire émerger les contours du circuit professionnel tel que nous le connaissons aujourd’hui. Voici une esquisse de cette histoire, racontée par le prisme de ceux qui l’ont impulsée. Ici, Philippe Chatrier.

chatrier

Chris Schenkel

L’an passé je visionnais une petite rétro sympa sur l’US Open 1976. Disputée sur le har-tru de Forest Hills, cette levée déboucha sur la victoire finale de Connors sur Borg en quatre sets. Au cours du reportage, Björn Borg est présenté comme un champion « émergent ». J’ignore si le commentateur, Chris Schenkel de son patronyme, savait de quoi il parlait, ce qu’il avait fumé, ou s’il se foutait délibérément de la gueule du monde. A l’US Open 1976, Borg avait déjà remporté deux titres à Roland Garros et un à Wimbledon, soit autant de Grands Chelems que Connors. Pour Wimbledon, Schenkel peut plaider la panne d’oreillette ; pas pour Roland Garros.

Je n’ai jamais été un fan des commentaires tennistiques de France Télévisions, et j’avoue que je les troque désormais systématiquement pour un bon vieil album de James Brown lorsque je regarde mon sport préféré. Mais en 1994, lorsque Pete Sampras s’est présenté Porte d’Auteuil en quête d’un Pete Slam, ni Michel Drhey, ni Jean-Paul Loth, ni Lionel Chamoulaud n’ont présenté l’Américain comme un « champion émergent » au prétexte qu’il n’était pas Français et ne s’était jamais imposé sur l’ocre parisien.

Une fois ma rate dilatée, je me suis dit que ce Chris Schenkel en disait beaucoup plus long qu’il n’en avait probablement conscience. Il n’a pas été évacué du continent américain sur un rail habillé de goudrons et de plumes, et ce qu’il disait en creux était tout simplement une opinion largement répandue outre-Atlantique. En gros, Roland Garros est un gentil tournoi de plage, Borg est un joueur venu de Laponie Herzégovine qui se nourrit de blattes communistes dans des pièces obscures, et de toute façon peu importe si je me trompe ou si j’exagère, puisque ce qui se passe à l’est des Bermudes nous est fort lointain et nous indiffère.

Et ils étaient nombreux à l’époque, vraiment nombreux, à partager l’opinion de Chris Schenkel.

 

Paris compte-t-il ?

Pendant 73 ans, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la France auront été les uniques nations ayant remporté la Coupe Davis, ce qui explique largement la notion de « Grand Chelem », puisque les stades construits (ou agrandis) pour accueillir le Challenge Round se devaient d’être à la hauteur de la compétition, c’est-à-dire les plus grands au monde. Rien d’étonnant à ce que ces mêmes stades soient voués ensuite à accueillir les plus grands tournois individuels, en particulier Roland Garros et Wimbledon.

Dans ce quartet mythique, deux tournois ont longtemps été à la traîne, pour des raisons différentes. Je ne détaillerai pas ici le cas du Grand Chelem australien, en gros il a souffert de son éloignement géographique et de sa position problématique dans le calendrier.

Le « French » n’a pas ce double handicap. Mais le tennis, sport aristocratique né en Angleterre, est longtemps resté la chasse gardée des trois autres grandes nations. En remportant la Coupe Davis en 1927, la France s’est invitée au concert des grandes nations du tennis, et elle a construit pour cela un stade à la hauteur de l’enjeu, Roland Garros. Le choix de la terre battue, logique du point de vue français, n’en était pas moins une singularité visuelle et technique qui sépara pendant longtemps le tournoi français de ses trois alter ego. Car en effet, pendant près d’un demi-siècle encore, les stades qui accueillaient les autres piliers du Grand Chelem seraient en gazon, surface originelle et reine du tennis. En plus d’être les seuls à table à ne pas parler anglais, ces incorrigibles frenchies se permettaient en plus d’avoir leur propre surface, radicalement différente du gazon !

Après la parenthèse des Mousquetaires, suivie d’une courte période de domination britannique dans les années 30, la suprématie du tennis allait repartir, pendant plus de 30 ans, entre les mains des Américains et des Australiens, les principaux étant, chronologiquement, Donald Budge, Jack Kramer, Pancho Gonzales, Ken Rosewall et Rod Laver. Kramer ne s’est jamais déplacé Porte d’Auteuil, et dans sa période de domination, le French Pro n’était pas organisé ; quant aux autres, leur passage a été souvent furtif avant leur passage chez les professionnels.

Dans la mesure où aucun joueur français, au cours de ces années, n’a été en mesure de se mêler à la lutte pour le titre (alors officieux) de meilleur joueur du monde, il n’est pas exagéré de dire que les champions de cette période n’ont que peu joué à Roland Garros, et que ce n’est donc pas du côté de Paris que s’est jouée la suprématie du tennis. Pour être précis, ajoutons quand même que le French Pro ne fut pas disputé entre 1940 et 1955, mais qu’entre 1956 et 1962 Roland Garros a été le théâtre de magnifiques empoignades entre Pancho Gonzales, Tony Trabert, Lew Hoad, Ken Rosewall, Rod Laver et Andrès Gimeno. Entre 1963 et 1967, c’est le bois de Coubertin qui allait accueillir le French Pro.

En bref, lorsque les meilleurs joueurs du monde, Américains et Australiens à l’époque, ont joué à Roland Garros, c’était en terrain hostile, sur terre battue, une surface quasi-inexistante au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou en Australie. Et quand arriva l’ère Open en 1968, le French n’était pas précédé de six semaines de compétition exclusivement dédiées à la terre battue et ponctuées de trois Masters 1000.

Roland Garros peut s’enorgueillir, pour des raisons de calendrier, d’avoir été le premier tournoi du Grand Chelem Open en 1968, qui s’est déroulé dans un climat de grande incertitude sportive, puisque pour la première fois amateurs et professionnels allaient s’expliquer directement. Ce fut un grand et émouvant moment de l’histoire du tennis, mais les années qui suivirent, comme expliqué dans un précédent article, ont été autrement plus compliquées.

 

Fucking clay

Au cours des années 1974-1988, c’est-à-dire au moment où le tennis s’est invité à la télévision et a imprimé l’imaginaire collectif, Roland Garros a couronné essentiellement trois champions : Björn Borg, Mats Wilander et Ivan Lendl. Si l’ocre parisien a été leur première terre d’élection, tous trois ont par la suite largement garni leurs étagères par d’autres conquêtes en Grand Chelem, et créé une illusion d’optique qui gommait la singularité et la spécificité de Roland Garros. Malgré les échecs répétés de Borg à l’US Open, et de Lendl et Wilander à Wimbledon, il fallait vraiment s’appeler Chris Schenkel pour ne pas prendre au sérieux ces trois immenses champions.

Après 1988, si l’on excepte les Américains Chang, Courier et Agassi qui se sont illustrés sur d’autres territoires, Roland Garros a couronné une succession de joueurs au profil taillé initialement, et presque exclusivement, pour la terre battue. Gomez, Bruguera, Muster, Kuerten, Moya, Costa, Ferrero et Gaudio n’ont jamais brillé en d’autres lieux, et sont restés relativement anonymes pour les publics anglo-saxons. Bien entendu, sur la même période, les grands champions qu’étaient Edberg, Becker et Sampras se sont tous cassé les dents sur la terre battue parisienne. Je ne traiterai pas ici la période la plus récente, celle de l’ogre Rafa et des miettes laissées à Federer, Wawrinka et Djokovic.

Cette singularité du palmarès parisien, observée entre 1989 et 2004, n’est en fait qu’un retour au galop d’une tendance largement visible dans les années qui ont précédé 1974, et qui corrobore le regard amical mais teinté d’inquiétude que les grands champions de l’après-guerre, qu’ils soient américains ou australiens, ont porté sur le tournoi parisien. Il était largement envisageable de briller à Wimbledon, à Forest Hills ou à Melbourne sans s’y présenter longtemps à l’avance, car les repères de surface, mais aussi linguistiques et culturels, étaient acquis d’emblée. Un coup d’avion le dimanche, on démarrait sur le gazon royal, et on ne restait, si tout se passait bien, que deux semaines à Londres.

En revanche, viser la victoire à Paris, ça ne s’improvisait pas. Si l’on voulait maximiser ses chances de succès, il fallait partir en Europe continentale dès le mois d’avril, s’entraîner longuement, se prendre des raclées contre des crocodiles qui couraient partout et qui renvoyaient tout, manger son pain noir, recommencer, échouer Porte d’Auteuil, puis recommencer l’année suivante, sans en attendre forcément de résultats plus probants. A la charnière des années 60-70, les grands champions qu’étaient John Newcombe, Stan Smith et Arthur Ashe ont connu sur la terre battue parisienne de grands moments de solitude, sans jamais trouver la clé du déplacement sur terre battue.

 

L’affaire des Intervilles

Si je dresse au préalable cette fresque d’ensemble, c’est pour tenter d’expliquer comment, en 1974, la lourde menace qui frappa Roland Garros passa, auprès de beaucoup de monde, comme un simple dommage collatéral. Et quand je dis « beaucoup de monde », je ne fais pas allusion qu’à des Chris Schenkel, je parle également des n°2 et 3 mondiaux, John Newcombe et Jimmy Connors. Et je parle enfin des collègues de Philippe Chatrier, les présidents des trois autres fédérations nationales majeures, qui ont observé cette affaire avec la neutralité et la distance de ceux qui ne se sentent en rien concernés.

La longue histoire de l’ouverture du tennis aux joueurs professionnels est contemporaine de l’émergence du sport-spectacle, notamment aux Etats-Unis. Au début des années 70, le succès médiatique croissant du tennis suscite un intérêt de plus en plus gourmand de la part des promoteurs d’événements sportifs. A l’instar des sports les plus populaires comme le baseball, le basket ou le football américain, des stades gigantesques devraient être susceptibles d’accueillir du tennis.

C’est ainsi qu’émergent deux structures destinées à organiser de grands événements tennistiques opposant des villes américaines sous la forme de matchs par équipes : la NTL en 1972, et l’IPTL en 1973. Très vite, les deux structures, qui partagent les mêmes objectifs, fusionnent pour former la WTT (World Tennis Team). 16 licences sont vendues à des villes américaines, chaque équipe (mixte) devant disputer 44 rencontres entre début mai et fin août. Les promoteurs du dispositif innovent à bien des égards, avec des courts bicolores dépourvus de lignes, des balles en couleur, et un système de comptage des points et des jeux n’ayant rien à voir avec le système traditionnel. De toute évidence, la qualité du spectacle a vocation à primer sur la pertinence sportive d’un tel événement.

Mais l’aspect le plus problématique de cet événement rapidement surnommé les « Intervilles » est le calendrier. Une pause est bien prévue dans le calendrier WTT, afin de permettre aux joueurs et joueuses de disputer Wimbledon. Mais, pour les raisons évoquées plus haut, Roland Garros ne bénéficie pas du même traitement de faveur, pas plus que d’autres tournois importants sur la terre battue européenne, en particulier Rome.

Le nouveau président de la FFT élu en 1973, Philippe Chatrier, se voit ainsi confier un dossier très lourd… Il va engager un long bras de fer avec les Intervilles, en excluant de Roland Garros tout joueur qui signerait avec la WTT. Afin d’attirer du public, les organisateurs de l’événement ont mis l’argent qu’il fallait pour recruter des têtes d’affiche. Passe encore pour Rod Laver, Ken Rosewall ou Roy Emerson, qui sont en fin de carrière. Autrement plus problématiques sont les signatures de John Newcombe, qui signe avec Intervilles à l’été 1973, et de Jimmy Connors, le n°3 mondial, qui remporte, le 1er janvier 1974, l’Open d’Australie… Rendons tout de même hommage à Stan Smith et Arthur Ashe : si jamais ils ne pourront briller Porte d’Auteuil, ils ne tomberont pas non plus dans les filets de la WTT car ils ne la confondent pas avec un tournoi ordinaire, pas plus qu’ils ne confondent le spectacle des Intervilles avec du véritable tennis.

Engager une telle bataille ne va pas de soi. Les dirigeants européens, Chatrier en tête, perçoivent à juste titre la WTT comme une menace directe pour eux, mais aussi pour la Coupe Davis et plus généralement pour le calendrier tennistique. En ouvrant la porte à une initiative comme Intervilles, le tennis professionnel s’expose à d’autres projets analogues qui perturberaient d’autres périodes du calendrier, un précédent ayant été créé. C’est pourquoi les opposants à Intervilles, qui ne désarmeront pas pendant les 5 années d’existence de cette compétition, se battront pour un enjeu qui les dépasse de loin. Chatrier acceptera d’en payer le prix fort, à savoir priver son tournoi de plusieurs des meilleurs joueurs du monde : Connors de 1974 à 1977, mais aussi Borg en 1977 et Nastase en 1976. C’est un French Open appauvri qui va traverser cette période, avec un tableau qui devra se passer (entre autres) du n°1 mondial Jimmy Connors…

Dans cette affaire des Intervilles, certains ont joué un rôle plus que d’autres. Je ne mentionnerais pas Billie Jean King si elle n’avait pas été aussi active et impliquée dans la mise en place du circuit WTT à l’été 1973. Son mari Larry est l’un des fondateurs de l’IPTL en février 1973, et elle-même prit la tête de l’équipe des « Philadelphia Freedoms » dans la compétition. A la même époque, Billie Jean créa la WTA et en devint la première présidente, dans le contexte d’un long combat – ô combien honorable – pour l’égalité des dotations entre hommes et femmes, ce qui explique les difficultés relationnelles qu’elle a entretenues à cette époque avec la Fédération internationale. De là à apporter sa caution à ce qui s’apparentait davantage à un cirque qu’à du tennis, il y a un pas. Le biopic consacré à Billie Jean King, centré sur la « Bataille des sexes », omet soigneusement ce détail de sa biographie, détail pourtant parfaitement contemporain (1973) de son match face à Bobby Riggs. Les grands champions comme Jimmy Connors ont leurs faiblesses, les grandes championnes comme Billie Jean King aussi.

En 1978, l’entreprise WTT devient nettement déficitaire suite à la faillite de deux équipes ; les promoteurs d’Intervilles mettent alors fin à cette compétition, qui restera comme l’une des dernières menaces sérieuses pour le tennis professionnel. En 1979, Philippe Chatrier peut enfiler son chapeau pour voir enfin évoluer Jimmy Connors Porte d’Auteuil. Après un retour avorté en 1978 pour cause de mononucléose, Jimbo revient pour la première fois à Roland Garros et le public français l’accueille à bras ouverts, mais il ne remportera jamais le tournoi.

 

Un seul pilote dans l’avion

Dans la foulée du boycott de Wimbledon en 1973, une nouvelle instance voit le jour : le Conseil professionnel. Composé à parité de représentants de l’ITF, de directeurs de tournois du Grand Prix et de joueurs délégués de l’ATP, cette instance a pour mission d’arbitrer les conflits de valeurs et d’intérêts entre joueurs, tournois et fédérations nationales. Le Conseil professionnel est la structure qui aura manqué en 1973 au moment de l’affaire du boycott.

En 1977, Philippe Chatrier est élu à l’unanimité à la présidence de l’ITF. La force de caractère qu’il aura déployée dans l’épreuve des Intervilles n’aura pas échappé à ses collègues, qui feront amende honorable. En ces temps incertains pour la gouvernance du tennis qu’ont été les années 70, le dirigeant français restera comme l’homme qui a empêché le déploiement de circuits parallèles et concurrents, en clair un éparpillement du calendrier.

Président de l’ATP et de l’ITF, Chatrier devient aussi président du Conseil professionnel, devenant de fait l’unique patron du tennis. Il restera 14 ans à la tête de l’ITF, poste jusqu’alors occupé généralement pour un ou deux ans. Ce record sera seulement battu par Francesco Ricci Bitti, qui l’a occupé durant 16 ans entre 1999 et 2015. Passons rapidement sur le reste de l’œuvre de Chatrier :

  • Fin du « nettoyage » de la Coupe Davis, déjà largement entamé par ses prédécesseurs. L’Afrique du Sud, le Chili et la Rhodésie feront tour à tour l’objet de polémiques, marquées par le désistement des équipes qui doivent les affronter. La politique internationale s’invite au menu de la Coupe Davis, et les joueurs deviennent la vitrine de leur régime politique. Sous l’égide de Philippe Chatrier sont créés en 1981 le groupe mondial et les divisions inférieures géographiques ; la Coupe Davis prend ainsi la forme qu’elle conservera pendant 37 ans, avant d’être terrassée par des mitraillettes de billets verts.
  • Début des règles de présence sur les tournois du Grand Prix. En 1982, à un moment où exhibitions et tournois sans grand enjeu commencent à fleurir autour du calendrier principal, est mise en place la règle de présence à 10 tournois du Grand Prix, en plus des Grands Chelems. Une règle pas si contraignante a priori, mais que Borg utilisera comme prétexte pour précipiter la fin de sa carrière.
  • Achèvement de la « bête » Lamar Hunt. Le Texan frappe un grand coup en 1982 en lançant un circuit de 18 tournois WCT, dotés de 300000 dollars chacun. Des sommes plus que conséquentes pour l’époque. Néanmoins, le circuit WCT périclite au cours des années 80, et vit sa dernière édition en 1989.
  • Réintroduction du tennis aux Jeux olympiques. Au-delà des débats philosophiques sur la pertinence ou non du tennis aux JO, l’objectif de Chatrier est justement d’en finir avec Lamar Hunt. Une clause de participation aux JO est de ne participer à aucun autre circuit que celui du Grand Prix au cours de l’année écoulée, ce qui vise évidemment le circuit WCT.

En 1988, la dictature Chatrier ronronne. Le Français attend tranquillement les JO de Séoul. Après la réintroduction du tennis à Los Angeles comme sport de démonstration en 1984, Séoul sera la première édition à consacrer, dixit Chatrier, « le meilleur joueur de tennis du monde » pour les quatre années à venir, à l’instar de ce qui se passe pour l’athlétisme. Mais il n’a pas tout prévu, et c’est sur un parking qu’une nouvelle révolution va être déclenchée…

 

A suivre : cinquième et dernier acte, le parking de Flushing Meadows

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26 Responses to La saga de l’ère Open – Acte IV : Philippe Chatrier

  1. Paulo 13 mars 2019 at 18 h 05 min

    Ta série tombe vraiment à point nommé, Rubens, considérant les événements actuels. L’éviction de Chris Kermode comme patron de l’ATP, avec un conseil des joueurs présidé par Djokovic, commence à faire des vagues, et j’ai comme l’impression que la division entre les joueurs est profonde et pourrait laisser des traces. En face il y a quand même Federer, Nadal, Wawrinka (mais aussi de jeunes joueurs comme Kyrgios et Shapovalov)… selon Maylin et Pioline, c’est même toute l’organisation du circuit qui pourrait en être bouleversée, avec à moyen terme un déplacement des tournois vers les pays où il y a de l’argent, à savoir les pays du Golfe et l’Asie. Une chose est sûre, les enjeux financiers sont très conséquents…

  2. Perse 13 mars 2019 at 20 h 39 min

    Comme d’habitude, c’est superbe. Et ce cliffhanger me laisse impatient de connaître le chapitre final.

  3. Antoine 14 mars 2019 at 14 h 33 min

    Cela fait longtemps que je n’ai pas posté et viens de lire les articles qui figurent sur la Une.

    Rubens: Bravo pour cette série que je m’étais promis d’écrire un jour comme complément de celle que j’avais rédigée il y a de nombreuses années sur l’histoire du tennis pro avant l’ère Open. Autrement dit, tu as écris la suite et tu as bien fait vu que je n’ai pas tenu ma promesse…

  4. Colin 14 mars 2019 at 20 h 22 min

    Excellent Rubens ! Quelle somme !!

  5. Nathan 17 mars 2019 at 17 h 23 min

    Franchement, Rubens, je suis bluffé par cette « Saga de l’ère Open ». Ce n’est pas un article, c’est une thèse, mieux qu’une thèse car cette série est très agréablement rédigée. Honnêtement, je ne suis pas assez compétent sur le sujet pour juger de sa pertinence mais je suis quand même très impressionné de cette somme de connaissances et de la maestria de ta rédaction.

  6. ConnorsFan 17 mars 2019 at 21 h 33 min

    Dommage pour Connors qui, en étant écarté de Roland-Garros, a raté la chance de jouer pour le Grand Chelem complet en 1974. J’aurais bien aimé le voir contre Borg sur la terre battue ocre (je l’ai vu battre Borg sur la terre battue américaine les deux années suivantes).

    Sur une note très différente, on suit ici, au Canada, les exploits de la jeune Bianca Andreescu. Son jeu varié, intelligent et agressif fait plaisir à voir.

    • Rubens 17 mars 2019 at 22 h 27 min

      Salut ConnorsFan,

      Au vu de ton pseudo, on va y aller mollo.

      Je me suis longtemps posé la question concernant Jimbo à Roland Garros. Pour ma part, je ne le crois pas capable d’aller chercher Borg sur la terre battue européenne :
      – parce que ses parcours ultérieurs à Paris, quand il y a joué, montrent bien qu’en milieu de deuxième semaine il calait physiquement. Pecci, Gerulaitis, Clerc, Higueras, Roger-Vasselin, autant de joueurs qui l’ont cueilli physiquement plus que tennistiquement.
      – parce que la terre battue américaine était assez différente de l’européenne. Pour avoir joué là-dessus, j’ai été surpris de la trouver si peu glissante et si rapide. Ca ressemble bien plus à du dur qu’à de la terre battue.
      – parce que, compte tenu du jeu de Borg, l’affronter à Paris était le défi ultime, et ce dès 1974. Orantès n’était pas le premier venu, il a dominé le début de cette finale avec un tennis plus offensif et plus tranchant que celui du jeune Borg. Sauf qu’au bout de 2 sets il était essoré physiquement. Les années suivantes, Borg a progressé au niveau du jeu et ses succès sont plus rapides, mais pour les rares qui pouvaient rivaliser sur le tennis pur, il restait au Suédois une caisse physique sans égale.

      • ConnorsFan 17 mars 2019 at 23 h 10 min

        On ne saura jamais ce qui serait arrivé, et c’est bien ce qui me chagrine. On aurait vu s’il pouvait gagner les 4 titres, plutôt que de présumer qu’il ne pouvait pas le faire. Connors était à son sommet de 1974 à 1978, exactement la période où il n’a pas jouer à Roland-Garros. Quant à la terre battue de Forest Hills, elle a couronné les champions suivants : Orantes, Connors et Vilas. Donc Connors et deux spécialistes de terre battue, ce qui laisse croire que ce n’était pas tout à fait « comme du dur ». Connors a disputé les 3 finales, gagnant son titre contre Borg.

        • Rubens 17 mars 2019 at 23 h 46 min

          Je vois bien que ça te chagrine, mais Connors est l’un des nombreux joueurs qui n’ont pas pris au sérieux Roland Garros, c’est l’objet de l’article justement. Après son exclusion de 1974, a t-il sacrifié quelques billets verts contre la perspective de l’emporter à Paris ? Non, il a joué les Intervilles pendant 3 années supplémentaires. Entretemps il a attaqué en justice la FFT ; que cherchait-il exactement ? Sûrement pas le titre « volé » à Paris, un titre en Grand Chelem ne s’achète pas. Non, quelques billets de plus, et c’est tout. C’était son droit de préférer toucher des sommes confortables sans trop se fouler sur le territoire américain, plutôt que d’aller suer sang et eau sur la TB européenne. Mais il connaissait les règles.

          Orantès a battu Connors en 75, sur har-tru effectivement, en jouant exactement comme Ashe à Wimbledon deux mois plus tôt, exactement comme Newcombe en Australie début 75. Après le Petit Chelem de Connors, ils ont étudié son jeu, et ils lui ont fait des balles basses et cotonneuses sur son revers, avant de prendre le filet le plus vite possible, afin d’éviter à tout prix de le jouer en cadence du fond du court. C’est comme ça qu’ils ont gagné tous les trois. La surface n’a rien à voir là-dedans. Quant à Vilas, alors dans sa meilleure saison, il a battu à l’usure un Connors qui a en partie raté son match et qui n’a pas tenu la distance.

          Tu peux demander à n’importe quel Américain qui vient jouer en France sur TB : ils hallucinent devant la lenteur du terrain, et ils ont l’impression de nager tellement c’est glissant. J’avais entendu Sampras dire un truc dans le même genre : à ses débuts il s’était amusé à préparer RG sur du har-tru en Californie. C’était en 89 je crois, il avait marqué 3 jeux contre Agassi à Rome, et 3 contre Chang à RG. On ne l’a plus repris à préparer RG sur du har-tru !

          • ConnorsFan 18 mars 2019 at 0 h 29 min

            Sur dur, Orantes et Vilas n’auraient pas été jusqu’en finale. C’est ce qui me porte à croire que cette surface de Forest Hills était assez différente de la surface dure.

            Les balles lentes et basses, n’était-ce pas sur le coup droit de Connors qu’elles étaient le plus efficace? Le revers était probablement son meilleur coup.

            • Montagne 18 mars 2019 at 9 h 07 min

              Exact, Connorsfan, plutôt sur le coup droit (voir notamment la victoire de Roger-Vasselin en 83).
              Je pense que Connors préfère en effet les billets verts qu’une victoire à RG. (plus que tout autre chose d’ailleurs)

            • Rubens 18 mars 2019 at 11 h 48 min

              Oups, mes mains ont glissé sur le clavier. Je voulais dire le coup droit en effet.

              Pour le reste, je t’invite à regarder des stats détaillées sur la terre battue américaine. Tu pourras y constater que la durée des échanges, notamment, y est pratiquement identique à celle des terrains en dur. Je sais que c’est difficile à comprendre pour nous, puisque les Américains l’appellent la « terre battue ». Si Connors a battu Borg en 76, c’est justement parce que la rapidité de la surface lui permettait d’abréger les échanges sans s’enfermer dans la défense adverse. Chose qui aurait été beaucoup plus difficile à RG.

            • ConnorsFan 18 mars 2019 at 13 h 05 min

              Ça n’explique toujours pas comment des gars comme Orantes et Vilas ont pu gagner sur cette surface prétendument si rapide.

              • Rubens 18 mars 2019 at 21 h 58 min

                Parce que le jeu de Connors était terriblement moderne, mais une fois le point faible repéré, il n’avait pas de jeu de rechange. Du reste, il n’avait que 23 ans en 1975. D’ailleurs, le Connors de 1982 me semble meilleur. Non que ses coups soient intrinsèquement meilleurs, mais il réfléchissait davantage sur le court, et il offrait beaucoup plus de variations. Il n’aurait jamais battu McEnroe et Lendl à ce moment-là en se contentant de prendre la balle tôt avec son revers. Tout ceci, évidemment, passe relativement inaperçu pour ceux qui ne regardent que son palmarès brut. En effet sa période de domination s’étend surtout de 74 à 78. Mais en 82-83, compte tenu du jeu qui s’était accéléré entretemps, il était encore meilleur.

                Parce que « des gars comme Orantes et Vilas » n’étaient pas d’uniques spécialistes de la TB comme tu sembles le penser. Ils ont gagné l’un et l’autre le Masters (en 74 sur gazon pour Vilas, en 76 en indoor pour Orantès). Ils ont été des top 10 pendant plusieurs années, des top 5 réguliers. Et pas seulement grâce à leurs résultats sur ocre. Le toucher de l’un et la puissance physique de l’autre en ont fait des joueurs majeurs de ces années-là. Orantès, entre 1972 et 1977 (ses meilleures années), n’avait en effet aucune chance d’atteindre une finale en GC sur dur, puisque ça n’existait pas.

                Enfin, parce que dans le contexte de 1975 et de 1977, toute victoire sur Connors était unanimement saluée dans les vestiaires et dans les tribunes. Jimbo avait largement oeuvré pour cela. Ceci explique en partie qu’Orantès et Vilas aient joué un grand match face à lui, leur envie de gagner était décuplée.

  7. ConnorsFan 17 mars 2019 at 23 h 34 min

    Bianca Andreescu a gagné Indian Wells! Wow! Cette fille, qui était 243ième au classement WTA en octobre 2018, a des résultats remarquables depuis ce temps.

  8. Jo 18 mars 2019 at 6 h 51 min

    Hommage à Elmar et à son annonce, peut-être moins fantaisiste qu’il n’y paraît, de titre de Grand Chelem pour Thiem. Une victoire en Masters 1000 est une première étape, un premier verrou qui saute. Pas encore favori, Dominator sera dans tous les cas en embuscade à Roland Garros.

    • Patricia 18 mars 2019 at 9 h 11 min

      J’avoue que je suis bien contente que thiem fasse le coup de remporter son premier M1000 hors TB, et contre Fed (bon tous les fedolâtres rêvaient plutôt d’un millième titre pour la Chèvre…) !
      J’avais un très bon feeling après avoir vu son match d’excellente facture contre Rao, la configuration ressemblant bcp à son dernier USO où il avait, selon moi, joué le meilleur match de l’année contre Nadal en 1/4 : maîtrise tactique impeccable contre un très gros serveur (ici 2) avant, qui l’avait battu 2/2 dans le cas de Rao, à 6/1 pour Anderson, bon service, confiance évidente, fraîcheur (cet été Thiem, malade, avait à peine joué avant l’USO). Sa demi à Bercy était aussi encourageante. Bref, je suis aux anges !

      • Remy 18 mars 2019 at 9 h 22 min

        Je suis tellement vert du match de cette nuit.
        Je le voyais gagner facilement le Fed.
        Ce dernier set et les 2 amorties pourries à 5 partout, j’en ai pas dormi de la nuit.

      • Nathan 18 mars 2019 at 11 h 40 min

        Moi aussi, tous les clignotants au vert, un Fed de très bonne facture, une victoire qui lui tendait les bras avec 12 ans de plus (c’est hallucinant tout de même quand on y réfléchit) et puis…

  9. Nath 18 mars 2019 at 7 h 41 min

    Moyenne d’âge du top 8 à l’ATP Race : 29 ans et 9 mois avec 4 joueurs de plus de 30 ans (Djoko, Nadal, Fed et… Monfils), j’aimerais bien que ça rajeunisse un peu quand même.

  10. Alex 18 mars 2019 at 12 h 56 min

    Énième défaite crève-cœur à l’arrache Pour vieux Fed .. on commence à avoir l’hab de ce ou de ces deux petits points qui le séparent d’un palmarès encore plus énorme (quand on y pense déjà colossal)

  11. Elmar 18 mars 2019 at 13 h 41 min

    Le match n’a valu que pour son 3ème set.
    Thiem cueilli à froid en début de partie. Roger étrangement nul dans le second (des sautes de concentration, on a déjà vu, mais ce jeu produit à 2-1 je crois, c’est une hallucination).
    Dans le 3ème, les deux joueurs se sont rendu coup pour coup et ça aurait pu basculer dans l’autre sens, mais c’est bien que l’Autrichien puisse débloquer son compteur dans cette catégorie.

  12. Patricia 18 mars 2019 at 18 h 16 min

    Cadeau : ma trad de l’interview de Bresnik (qui a commenté le match pour la TV autrichienne, étant remplacé depuis 4 semaines par Massu en « touring coach ».) Comme d’hab, des avis tranchés et contestables !^^

    Bresnik à propos de Thiem: « Il s’est extrait lui-même du marécage »

    Après ce triomphe à IW, le coach lance des fleurs à son protégé : « il n’y a personne qui peut faire autant avancer son coup droit, son revers et son service »

    STANDARD: DT avait eu jusqu’ici peu de succès dans sa saison. Comment expliquez vous cette victoire ?

    Bresnik: En Australie, il n’était pas en bonne santé, et avait un gros manque d’entrainement. Son humeur était dans la cave. Il lui a fallu plus d’un mois pour revenir en pleine forme. Les 15 jours précédant IW, on a travaillé intensément sur le foncier, il a bcp tapé la balle. Le tirage des premiers tours était favorable, il a haussé son niveau avec l’adversaire. Ce qu’il a montré contre Raonic et Federer, c’était un tennis haut de gamme.

    STANDARD: Que signifie ce 1er titre en M1000 pour sa carrière ?

    Bresnik: Son rendement dans ce type de tournois les dernières années était perfectible. Son succès actuel est une étape importante. Sur le plan pratique, une finale à RG rapporte plus de points. Pourtant, une victoire en tournoi à IW s’apprécie plus. On quitte le lieu avec une veste blanche, on reste immaculé. Cette semaine, Dominic s’est tiré tout seul du marécage, c’est une satisfaction incroyable.

    STANDARD: Quelle influence a eu le travail en commun avec son nouveau Touring-Coach Nicolas Massu?

    Bresnik: C’est un gars très positif, un fanatique du tennis, avec du tempérament. Ce n’est pas le prof principal qui dose tout. Pour certaines choses il est sans doute plus facile et pratique que moi, une bonne influence. En tant que gagnant des jeux olympiques il s’accommode très bien de tout le cirque du circuit. Pour l’instant, c’est le partenaire optimal, le parfait Touring-Coach. Le travail en commun est harmonieux.

    STANDARD:Vous attendiez vous plutôt à une victoire sur terre pour débloquer le compteur en M1000 ?

    Bresnik: Ça fait des années que je m’élève contre le fait de considérer Dominic comme un spécialiste de TB. Le réduire à une surface est absurde. Il ne joue pas moins bien sur dur que sur terre, même si c’est là qu’il a eu le plus de succès. S’il avait été en meilleure forme, il aurait pu aussi gagner à Bercy en indoor. Sur chaque surface il a des chances.

    STANDARD: Dans les faits, il a déjà battu Federer sur dur, gazon et terre. Dans le H2H Thiem mène 3 à 2. Le Suisse lui convient ?

    Bresnik: Il ne faut pas exagérer. Federer n’est pas un joueur qui peut convenir à qui que ce soit. Toutefois, j’avais le sentiment dimanche que Dominic était le meilleur en fond de court. Son service était également fiable. Et ce n’était pas sporadique. Le tempo derrière, l’intelligence tactique. Il y avait peu à redire, voire rien. Dominic a un super package. Personne ne peut faire avancer plus vite l’ensemble coup droit/revers/service.

    STANDARD: Pourtant de nombreux observateurs critiquent le manque de constance de ses performances. A raison ?

    Bresnik: Il a des semaines où pas grand chose ne fonctionne. Mais il y en général des raisons. Il y a à peine 5 joueurs de la classe de Thiem au monde. Tout adversaire peut être mis en difficulté. Ça fait 3 ans qu’il est dans le top 10. Il peut gagner des tournois sur toutes les surfaces, il peut battre tous les grands joueurs. Qu’est ce qu’on veut de plus ? Oui, je préfèrerais qu’il puisse gagner tous les GC en un an.

    STANDARD: Avec les points d’IW en poche, peut il avancer plus tranquille dans le reste de sa saison ?

    Bresnik: Clairement, ça fait du bien. Ça fait plaisir de remonter aux avant-postes au classement. La confiance vient de la performance, et non le contraire. J’espère que tout lui sera plus facile les prochaines semaines. Mais il n’y a pas de garanties. A chaque tournoi on repart à zéro.

    • Colin 20 mars 2019 at 22 h 42 min

      Merci Patricia pour l’interview de Bresnik. Je me doutais bien que la victoire de Thiem à IW allait te faire sortir du bois.

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