Retour sur les finales de Roland Garros

By  | 15 mai 2019 | 92 Comments | Filed under: Histoire

Ayant vu sur le site d’Eurosport un classement des finales de l’US Open, de la plus oubliable à la plus belle, je me suis lancé dans un exercice analogue sur les finales de Roland Garros. Je ne suis pas trop un adepte des listes et des classements, mais c’est l’occasion de replonger dans quelques-unes des vieilleries qui me sont si chères. Je revendique la totale subjectivité de ce classement. Et je précise m’être arrêté à 1974, ce qui totalise 45 finales. Vous allez me dire d’emblée « mais pourquoi le classement commence à 44 alors ? ». Lisez jusqu’au bout, vous verrez bien. 

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44. 1977 : Vilas bat Gottfried 6/0 6/3 6/0

La cuvée de 1977 est d’emblée illégitime : le roi Borg est absent pour cause d’Intervilles. Et c’est sa victime préférée, Guillermo Vilas, qui rafle la mise. Aux dires des joueurs de l’époque, peu d’entre eux étaient capables de faire la différence lorsqu’ils affrontaient le Suédois ou l’Argentin, tant leurs jeux étaient similaires. Ce n’est que l’un face à l’autre qu’ils étalaient le fossé qui les séparait. En l’absence du Roi, le Dauphin l’emporte logiquement, étrillant ses adversaires l’un après l’autre. Son seul opposant virtuel, Nastase, s’incline sans gloire face à Brian Gottfried, qui atteint là sa seule finale en Grand Chelem. Le jeu offensif de l’Américain se fracasse devant la puissance et les passings de Vilas, qui ouvre enfin son compteur en Grand Chelem. Trois jeux marqués. Une véritable purge.

 

43. 1986 : Lendl bat Pernfors (6/3 6/2 6/4)

Le tenant du titre Mats Wilander tombe très tôt cette année-là, laissant Ivan Lendl sans véritable rival. Le seul véritable obstacle sur la route du Tchécoslovaque est Andrès Gomez, qui lui prend un set en quarts de finale. En demi-finale, le n°1 mondial n’éprouve même pas le besoin de retirer son pantalon de survêtement face à Johann Kriek. Quant à la finale, son unique intérêt est de proposer un invité-surprise, en la personne du Suédois Mickael Pernfors, le héros du tournoi, vainqueur d’un Becker peu à l’aise sur ocre et d’un Leconte trop porté sur le courant alternatif. L’issue de la rencontre ne fait aucun doute : le Suédois n’a aucune, vraiment aucune arme pour gêner Ivan. Sans ciller, sans émotion, sans hésitation, Lendl récupère son titre perdu l’année précédente.

 

42. 1980 : Borg bat Gerulaitis (6/4 6/1 6/2)

La plus oubliable des finales de Borg. Ses deux véritables rivaux, McEnroe et Connors, tombent tous les deux prématurément, laissant le public parisien une fois de plus orphelin de leurs duels électriques. Le seul intérêt de cette cuvée 1980 est la chevauchée du bel attaquant Vitas Gerulaitis, qui atteint la finale. Il ne résiste (un peu) que le temps d’un premier set relativement serré. Le Suédois règle ensuite ses retours et ses passings, l’Américain ne peut rien faire. Avec 38 jeux perdus sur l’ensemble de la quinzaine, Björn Borg établit un record. Il est seul au monde sur l’ocre parisien.

 

41. 2008 : Nadal bat Federer (6/1 6/3 6/0)

La catastrophe tant redoutée des fans de Federer… et sans doute Roger lui-même l’a dans un coin de la tête quand il rentre sur le court ce jour-là. Après ses trois échecs des années précédentes face à Nadal, ceux qui croient sincèrement en ses chances de l’emporter enfin à Paris face à son rival espagnol pourraient tous rentrer dans une cabine téléphonique. Et la quinzaine du Suisse, laborieuse et hésitante, rend presque miraculeuse sa présence en finale. Beaucoup sentent venir la boucherie en finale, au point de regretter que Gaël Monfils ait laissé passer autant d’occasions lors de sa demi-finale contre Roger. Incapable de tenir l’échange en revers, Roger ne semble avoir aucun jeu de rechange à proposer à Rafa, et reçoit une bien vilaine correction, l’une des tâches noires les plus visibles dans son palmarès.

 

40. 2003 : Ferrero bat Verkerk (6/1 6/3 6/2)

Une vraie déception que cette finale. Car, pour improbable qu’elle soit, l’épopée parisienne de Martin Verkerk en 2003 n’est pas usurpée. Vainqueur de deux grands favoris du tournoi (Moya et Coria), le Hollandais a réussi un parcours aussi exceptionnel que sa fin sera brutale. En finale, il n’a plus les jambes, et surtout il est écrasé psychologiquement par l’énormité de son parcours et par la perspective d’en jouer, quoi qu’il arrive, le dernier match. Personne n’était assez fou pour le donner favori face à Juan Carlos Ferrero, mais on attendait un peu plus que six jeux marqués. Il faut dire que « Mosquito », échaudé par son échec cuisant de l’année précédente, ne lâche absolument rien, et pratique le jeu sûr, complet et puissant qui le porte, pour la quatrième fois consécutive, dans le dernier carré. Mais tant de balles du Hollandais, qui mordaient la ligne en demi-finale contre Coria, sortent cette fois d’un rien…

 

39. 1978 : Borg bat Vilas (6/1 6/1 6/3)

Une finale idéale, mais qui montrera les limites de l’opposition entre Borg et Vilas. Leurs jeux jumeaux ne proposent pas l’opposition de styles qui caractérise les duels Borg-Connors. Mais ce jour-là, ils ont un compte à régler. L’année précédente, Guillermo Vilas l’avait emporté en l’absence du Roi Borg, et son triomphe était entaché d’une certaine illégitimité. Bref, chacun attend de voir si Vilas est véritablement au niveau de Borg. Ce ne sera pas le cas : dans un duel de longs échanges liftés du fond du court, le Suédois rappelle à tout le monde qui est le maître et qui est l’élève à ce jeu-là. L’Argentin ne marque que cinq jeux, et c’est bien là la seule consolation pour le public : ce duel fermé et quelque peu soporifique aura eu au moins le bon goût de ne pas se prolonger.

 

38. 1992 : Courier bat Korda (7/5 6/2 6/1)

Une finale dans la lignée du tournoi de Jim Courier : un cavalier seul. L’Américain est intouchable et impressionnant. Il est le tenant du titre, le n°1 mondial et le favori naturel suite à sa victoire à Rome. Tout est de nature à accentuer la pression sur ses épaules. Mais elles sont solides. Un seul set perdu, face à Ivanisevic en quarts, et une correction infligée à Agassi en demis. En finale, Petr Korda manque trop d’expérience à ce niveau pour rivaliser. Il fait illusion pendant le premier set, avant de plier sous la cadence imposée par son adversaire. En ce printemps 1992, Jim Courier tient les rênes de la planète tennis d’une main de fer, et sur terre battue, personne n’est en mesure de rivaliser.

 

37. 1988 : Wilander bat Leconte (7/5 6/2 6/1)

Même score que la finale de 1992, et tout aussi oubliable. Leconte est aussi décevant en finale qu’il a été éblouissant durant la quinzaine. La pression est trop forte, et passé un premier set serré il baisse sa garde. En face, Mats Wilander est au sommet de sa carrière, sa patience et son incroyable solidité mentale vont le porter à la place de n°1 mondial quelques mois plus tard. Le public français se faisait une joie de voir un des siens le dernier dimanche, cinq ans après Noah. Mais là où Yannick a puisé dans le public un supplément d’énergie, Henri sent le regard du public peser sur lui, et se liquéfie. Ce qui est passé à la postérité n’est pas le match en lui-même, mais le discours d’Henri qui a suivi, et qui lui vaudra les foudres du public français pendant trois ans. Henri Leconte aurait pu se contenter de perdre nettement cette finale, il y a ajouté une touche personnelle de ridicule et d’humour involontaire. Pour cette seule raison, la finale 1988 finira devant celle de 1992. Merci Henri, et encore bravo.

 

36. 2002 : Costa bat Ferrero (6/1 6/0 4/6 6/3)

Cette année-là, le titre semble promis à Juan Carlos Ferrero. Débarrassé de Kuerten – son bourreau en demi-finale des deux éditions précédentes – il impose son tennis complet, alignant à la suite Agassi et Safin. Seul un Argentin inconnu, Gaston Gaudio, le pousse au cinq sets. Sa liquéfaction totale durant les deux premiers sets est d’autant plus surprenante. En face, pour Albert Costa, habitué aux seconds rôles jusqu’ici, les étoiles connaissent un alignement unique. Vainqueur de Kuerten (ou plutôt de son cadavre), puis de Corretja (son futur témoin de mariage, qui ne saurait lui brûler la politesse) en demi-finale, Albert joue le tennis de sa vie et accepte les cadeaux de Juanqui sans sourciller. Et après un moment de réveil relatif de Ferrero au troisième set, ce dernier retombe dans ses errements et laisse son compatriote filer vers une victoire sans grande émotion.

 

35. 2013 : Nadal bat Ferrer (6/3 6/2 6/3)

Les aléas du classement ATP font de Rafael Nadal le n°3 mondial à l’ouverture de la quinzaine parisienne. Et ce qui risquait d’arriver ne manque pas d’arriver : sa demi-finale contre Novak Djokovic est bien la finale avant la lettre. Dans l’autre partie de tableau, David Ferrer, alias le Pou, trace sa route vers une finale que sa présence régulière dans le top 5 lui permettait d’espérer un jour ou l’autre. Sauf que la réalité du terrain est implacable. En face, un Rafa solide comme un roc remet toujours la balle dans le court une fois de plus que lui et fait parler sa puissance. Une finale dépourvue de suspense, à sens unique, au cours de laquelle David n’aura pas démérité, mais Rafa est tout simplement le plus fort. L’ordre règne à Roland Garros.

 

34. 1975 : Borg bat Vilas (6/2 6/3 6/4)

A 19 ans tout juste, Björn Borg est déjà le tenant du titre. Il prend en demi-finale une belle revanche en quatre sets sur l’Italien Adriano Panatta, qui l’avait battu en 1973. En finale se dresse Guillermo Vilas. Eclosion logique pour l’Argentin, qui a remporté le Masters quelques mois plus tôt, et qui confirme ici sa montée en puissance. Vilas a juste un problème : Borg a le même jeu que lui, mais fait tout mieux que lui. Lors d’une finale parfaitement maîtrisée, le Suédois prend un ascendant psychologique sur son rival. Alors que les deux potes ont poussé l’amitié jusqu’à s’échauffer ensemble le matin de cette finale, Vilas va prendre ensuite ses distances avec Borg afin de s’affranchir de tout affect. Ce qui ne changera pas grand-chose : l’Argentin restera la victime préférée de Borg.

 

33. 1990 : Gomez bat Agassi (6/3 2/6 6/4 6/4)

Andrés Gomez a rarement aussi bien joué qu’en ce printemps 1990. A 30 ans, il sait qu’il est proche de la fin. Et l’absence de Lendl cette année-là, annoncée longtemps à l’avance – Ivan zappe le French pour mieux préparer Wimbledon, le grand titre qui manque à son palmarès – change psychologiquement la donne pour l’Equatorien ; Ivan a été son bourreau à quatre reprises Porte d’Auteuil. L’opportunité est unique pour lui. Il profite d’un tableau dégagé, et cueille en demi-finale un Thomas Muster encore un peu tendre à 22 ans. En finale, André Agassi dispute sa première finale majeure ; si l’on en croit son autobiographie, il aura « joué pour ne pas perdre », et surtout aura été davantage préoccupé par sa perruque qui menaçait de tomber que par ce premier rendez-vous majeur. C’est un kid de Las Vegas bien éteint qui s’incline sans gloire, pour une finale qui n’est pas restée dans les mémoires.

 

32. 1998 : Moya bat Corretja (6/3 7/5 6/3)

Une des meilleures démonstrations de l’importance du mental en tennis. En ces dernières années du siècle, l’Espagne a la mainmise sur la terre battue parisienne. Et avec Moya et Corretja, le tennis ibère place en finale ses deux meilleurs espoirs pour prendre la succession de Bruguera (couronné cinq ans plus tôt). Mais Alex Corretja a un handicap : il n’aime pas jouer un ami, et Carlos en est un proche. Il ne faut pas aller chercher plus loin les errements psychologiques d’Alex, qui traîne sa peine pendant tout le match. Autre facteur, le vent, très présent ce jour-là, qui va aider l’un et perturber l’autre. Là où Carlos se mure dans sa concentration, Alex papillonne, alors que les conditions étaient censées avantager le meilleur jeu de jambes, celui de Corretja. Une finale qui s’est jouée avant même l’entrée sur le court.

 

31. 2018 : Nadal bat Thiem (6/4 6/3 6/2)

Pour Dominik Thiem, c’est une première finale majeure, qui confirme sa montée en puissance après ses demi-finales de 2016 et 2017. Doté d’une force de frappe impressionnante, il a pour lui une victoire sur Nadal à Rome en 2017 et une autre, plus récente, à Madrid en 2018. Bref, il est ce que la planète tennis peut offrir de mieux comme (pseudo-)opposition au Taureau de Manacor sur terre battue. En face, Rafa a connu une quinzaine un peu agitée, avec un set perdu et deux autres joueurs qui l’ont poussé au tie-break ; il n’est pas aussi stratosphérique qu’un an plus tôt. Ce qui ne change pas grand-chose au résultat. Sans passer à côté, Thiem mesure le gouffre qui le sépare du Monarque absolu de la terre battue, pratiquement imbattable sur ocre au meilleur des cinq sets, encore plus sur ce court Philippe Chatrier qu’il a annexé voici déjà 13 ans… Sans jouer son meilleur tennis, Nadal fait parler son réalisme et sa prééminence physique. Pour le battre à Roland, il ne suffit pas de frapper plus fort que lui.

 

30. 1997 : Kuerten bat Bruguera (6/3 6/4 6/2)

L’acte de naissance de Guga à Roland Garros. Et l’épilogue d’une quinzaine totalement folle pour le jeune Brésilien, au cours de laquelle il a déjà vaincu sur le fil Muster, Medvedev et Kafelnikov. Un parcours royal, et totalement improbable pour un 66ème joueur mondial, qui n’a jamais remporté le moindre titre sur le circuit principal. Ce n’est pas Sergi Bruguera, ancien double vainqueur, qui va l’arrêter. Aussi puissant que Medvedev, aussi complet que Kafelnikov, Guga est également aussi patient dans l’échange que Bruguera. Porté par une vague de confiance gigantesque et par un public qui le pousse à l’unisson, Gustavo Kuerten réussit ce jour-là le match parfait. Toutes les variations de son jeu posent un problème insoluble au si conservateur Bruguera, contraint à jouer contre sa nature en attaquant. Et lors du seul moment d’incertitude du match – la fin du deuxième set – c’est Guga qui déploie un mental de seigneur et Bruguera qui se met à rater. Sergi s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

 

29. 2014 : Nadal bat Djokovic (3/6 7/5 6/2 6/4)

Une déception relative que ce Nadal-Djokovic, le sixième du nom à Roland Garros, et qui débouche toujours sur le même résultat. Et toujours le même constat d’échec pour le Serbe, qui ne parvient pas à tenir la distance physique face à ce diable d’Espagnol qui file vers sa neuvième couronne Porte d’Auteuil. Rafa est pourtant bien nerveux en début de match, il a bien en tête que Nole est le seul à l’avoir régulièrement battu sur terre battue ces dernières années. Mais à Paris, au meilleur des cinq sets, Novak n’y arrive toujours pas ; il vomit même lors d’un changement de côté. Conclusion implacable et habituelle d’une quinzaine globalement assez terne : plus que jamais, la dictature Nadal ronronne à Roland Garros. Rien à signaler.

 

28. 1982 : Wilander bat Vilas (1/6 7/6 6/0 6/4)

Les amateurs de défense et de lift seront comblés par cette finale, un modèle du genre, voire un exercice de style. Borg en retraite, Vilas a tout pour reprendre les rênes sur la terre battue parisienne. Mais l’Argentin sous-estime le nombre de téléviseurs en Suède : les exploits de Björn ont suscité des vocations. En bon clone borguien, Mats fait parler sa fraîcheur, sa jeunesse (il n’a pas encore 18 ans) et un mental déjà à toute épreuve. A l’issue d’un hypnotique deuxième set long d’1h40, c’est Vilas, à la surprise générale, qui craque physiquement. Cette finale, au cours de laquelle toute initiative dans l’échange est proscrite, reste à ce jour la plus longue de toutes, avec 4h42 au compteur. Les amateurs d’opposition de styles, eux, passeront leur chemin…

 

27. 1994 : Bruguera bat Berasategui (6/3 7/5 2/6 6/1)

Première finale 100% espagnole de l’histoire. Et un Bruguera, favori et tenant du titre, qui impose le réalisme de son jeu à la fougue adverse. Le parcours de Berasategui cette année-là retient l’attention ; le Basque a la particularité de frapper coup droit et revers avec la même face de la raquette, technique unique au plus haut niveau – et qui le restera. Il ne frappe en fait presque que des coups droits, souvent définitifs depuis le milieu du court, prise ultra-fermée, à la manière d’un pongiste. Sergi Bruguera, au sommet de sa carrière, mobilisera toute sa concentration et sa longueur de balle, pour le forcer à reculer. Alberto ne rate pas sa finale, mais il manque de jeu de rechange pour rivaliser. Avec ce jeu particulièrement exigeant sur le plan physique, Berasategui se blessera à de nombreuses reprises par la suite, et ne retrouvera jamais un tel niveau.

 

26. 2017 : Nadal bat Wawrinka (6/2 6/3 6/1)

Le choix de positionner cette finale en milieu de peloton malgré son déroulement à sens unique est strictement personnel. Je n’avais jamais vu un truc pareil, y compris venant de Nadal. Stan envoyait trois, voire quatre obus d’affilée, qui auraient été gagnants contre n’importe quel adversaire. Là, non seulement toutes les balles revenaient, mais chacune revenait plus longue et plus difficile que la précédente. Marquer 6 jeux, dans ce contexte, est un exploit. Le meilleur Nadal de tous les temps. Le travail colossal de diversification de son jeu a trouvé son point d’aboutissement ce jour-là, toutes les nuances du lift, de l’amortie, de la contre-attaque y sont passées. Tout simplement injouable. Aux champions des années 2040-2050 qui se demanderont dans quelle mesure Nadal est en mesure de rivaliser avec eux, on conseillera sa finale de 2017, sa meilleure représentation à ce jour.

 

25. 2009 : Federer bat Söderling (6/1 7/6 6/4)

Jamais une victoire n’aura été aussi attendue par le public français, qui a eu cinq longues années pour (dés)espérer qu’elle arrive un jour. L’événement écrase le déroulement de la finale, qui en elle-même ne sera pas fantastique. Robin Söderling a provoqué le séisme ultime du tennis moderne, en terrassant Nadal, le quadruple tenant du titre. La fenêtre est unique pour Roger, qui à l’issue d’une quinzaine plus que chaotique réserve le meilleur pour la fin. Face à un Suédois tendu et qui tarde à rentrer dans le match, Roger prend le large très vite, puis ponctue le tie-break du deuxième set de quatre aces sur ses quatre points de service ; un break lui suffira dans le troisième set. L’émotion est palpable dans le dernier jeu, et les larmes commencent à couler à l’issue d’un dernier service gagnant. La boucle est bouclée pour le Suisse, qui au passage égale le record de 14 titres en Grand Chelem de Pete Sampras.

 

24. 2012 : Nadal bat Djokovic (6/4 6/3 2/6 7/5)

La quatrième finale d’affilée en Grand Chelem entre Nole et Rafa est aussi la première occasion pour le Serbe de boucler un premier Djoko Slam. Rarement une finale entre les deux hommes aura rassemblé autant d’enjeux, puisque de son côté, le Majorcain a l’occasion de mettre Borg dans ses rétroviseurs en s’offrant une septième Coupe des Mousquetaires. La déception est d’autant plus grande devant la qualité du match. Sauf que les deux champions n’y sont pour rien, c’est une pluie persistante qui va démolir leurs assauts. Interrompue une première fois lors du deuxième set, la rencontre sera ponctuée par les demandes successives des deux joueurs de l’interrompre à nouveau, voire de la reporter au lendemain, au détriment de leur concentration. Aucun des deux hommes ne parviendra à rentrer véritablement dans le match, les glissades sur la terre battue humide étant particulièrement dangereuses. La septième couronne parisienne du Majorcain aurait mérité mieux que ça.

 

23. 2016 : Djokovic bat Murray (3/6 6/1 6/2 6/4)

Une des quinzaines les plus pluvieuses, marquée de surcroît par les absences ou les forfaits de Federer, Nadal, Tsonga et Monfils (les principaux animateurs du tournoi de la décennie écoulée) débouche sur la seule finale pouvant la sauver du naufrage intégral. Elle sera plutôt belle, quoiqu’à sens unique à partir du deuxième set. Après un premier set éblouissant en défense et en contre-attaque, Andy baisse sa garde et flanche physiquement. Après trois échecs en finale, ce sera enfin la bonne pour Novak Djokovic, qui s’y présente pour la deuxième fois en quête d’un Grand Chelem à cheval sur deux saisons. Nole s’envole sans sourciller vers la gloire. Son « quatre à la suite » trône désormais, en compagnie des 17 couronnes majeures de Roger et des 9 titres à Roland Garros de Rafa, parmi les accomplissements majeurs du tennis moderne.

 

22. 2010 : Nadal bat Söderling (6/4 6/2 6/4)

A la suite de l’accident de l’histoire de l’année précédente (défaite face à Söderling en huitièmes de finale), Rafa a à cœur de récupérer son bien et de prendre sa revanche. Son adversaire en finale est donc bien celui dont il rêvait… Robin fait mieux que se défendre, mais ses torpilles se fracassent sur la défense de fer de Nadal, qui ne lâche rien et l’emporte en trois sets. Sans être la plus serrée, cette finale reste l’une des plus plaisantes à voir parmi les finales de Nadal. Non seulement Söderling lui oppose un son style tout en punch, mais en plus, contrairement à la finale de l’année précédente, il ne passe pas à côté. Quand on demande à Rafa sa cuvée parisienne préférée, cette édition 2010 revient souvent.

 

21. 1995 : Muster bat Chang (7/5 6/2 6/4)

1995 est vraiment l’année Muster, dont la razzia sur ocre préfigure les épopées nadaliennes au siècle suivant. L’Autrichien étouffe ses adversaires par sa régularité et sa présence physique, qui atteint son apogée cette année-là. Seul le jeune Albert Costa le pousse aux cinq sets en quarts de finale. Le dernier dimanche, Michael Chang lui offre une vraie opposition, et ne recule pas facilement. Mais après un départ hésitant, Thomas rallonge ses balles, remporte nettement la bataille du milieu de terrain et prend le dessus. Bien qu’il s’agisse au final d’un one-shot, le triomphe de l’Autrichien reste l’un des plus marquants des années 90 ; rarement un joueur n’aura autant dominé à la fois le tournoi et la saison sur terre battue, et produit une telle impression d’invincibilité.

 

20. 2001 : Kuerten bat Corretja (6/7 7/5 6/2 6/0)

Perturbé en 1998 par la perspective de jouer un ami proche, Alex a cette fois bien révisé sa leçon. Et lui qui est réputé pour son jeu de défense, va démarrer cette finale tambour battant et prendre Guga à la gorge en le privant de temps d’ajustement. C’est lui qui se montre le plus entreprenant lors du tie-break du premier set. Et c’est lui encore qui se procure une cruciale balle de break à 5/5 dans le deuxième… Mais son revers gagnant échoue quelques centimètres trop loin. Le match vient de tourner, et Kuerten frappe de plus en plus fort. Il déroule son tennis, et touche même au sublime au quatrième set en infligeant au pauvre Corretja un cinglant 6/0. Troisième et dernier titre parisien pour Guga, le plus mûr, alors qu’il commence à sentir les prémices d’une blessure à la hanche qui va ruiner sa carrière par la suite. Le Brésilien dessine un cœur sur la terre battue du Central avant de s’allonger au milieu : l’apogée de son histoire d’amour avec le public parisien.

 

19. 2006 : Nadal bat Federer (1/6 6/1 6/4 7/6)

Deuxième affrontement Nadal-Federer Porte d’Auteuil, le premier en finale. Et les enjeux stratégiques, qui ne varieront plus par la suite, sont d’ores et déjà à l’œuvre sur cette finale. Rafael Nadal est le tenant du titre, une configuration inédite pour lui. Et ses récentes victoires sur son rival du jour en font le favori naturel. Ce surcroît de pression lui fait rater complètement son premier set, où il accumule les fautes directes. Il règle la mire en début de deuxième set, torturant le revers du Suisse avec son lift qui l’atteint à hauteur d’épaule, l’un de ses rares points faibles. Roger commence à reculer, le match est plié, même si l’écart n’est pas encore ce qu’il deviendra par la suite. L’Helvète parvient à faire croire à un possible cinquième set, mais Rafa lui oppose son sang-froid dans le tie-break final. Un crève-cœur pour les fans du Suisse, mais il n’est de victoire plus logique.

 

18. 1985 : Wilander bat Lendl (3/6 6/4 6/2 6/2)

A tous ceux qui ne voient en lui qu’une inlassable lame du fond du court, Mats Wilander oppose ce jour-là un démenti cinglant, et fait l’étalage de ses immenses progrès depuis son premier titre trois ans plus tôt. Ivan Lendl est le favori, le tenant du titre, il est plus puissant que lui, et la force de frappe du Tchécoslovaque le prive de tout espoir de victoire en se contentant d’attendre la faute adverse. Le salut de Mats passera par le filet. Et il s’y rue avec succès, proposant à Ivan un festival de variations entre balles courtes et longues, coups d’attentes et coups gagnants, montées à contretemps et jeu au filet, ce dernier domaine n’étant pas celui où Wilander est le plus maladroit. Ne sachant pas à quoi s’attendre, Lendl s’impatiente et finit par déjouer totalement. Un chef-d’œuvre tactique de la part du Suédois, à montrer dans toutes les écoles de tennis.

 

17. 2007 : Nadal bat Federer (6/3 4/6 6/3 6/4)

A l’époque, cette finale est jugée comme la plus serrée entre les deux hommes. Federer est l’incontestable meilleur joueur du monde, mais Nadal est tout aussi incontestablement son bourreau sur terre battue. Conscient de ne pouvoir l’emporter en reculant et en s’exposant au lift de Rafa sur son côté revers, Roger essaie, jusqu’au bout, de jouer en avançant et de prendre d’assaut le filet dès que possible. Cela ne suffira pas, mais Roger aura essayé coûte que coûte d’échapper à une inéluctable défaite en sortant de ses schémas tactiques traditionnels. Troisième couronne d’affilée Porte d’Auteuil pour l’Espagnol, et la comparaison avec Borg commence vraiment à prendre tout son sens. Au fil des années, une défaite de l’ogre apparaît comme de plus en plus difficile à imaginer.

 

16. 1979 : Borg bat Pecci (6/3 6/1 6/7 6/4)

L’événement de cette finale 1979 n’est pas la quatrième victoire de Borg sur l’ocre parisien, mais la résistance coriace et pleine de panache que lui aura offerte son adversaire du jour, Victor Pecci. Le Paraguayen vient de battre Connors en demi-finale, Jimbo faisait son retour tant attendu à Roland Garros et tout le monde rêvait de le voir défier Iceborg sur ses terres. Le public devra se contenter de ce modeste Sud-Américain, et il n’est personne pour imaginer autre chose qu’une boucherie syndicale de plus en faveur de Borg. C’est oublier le potentiel de Pecci, magnifique attaquant de terre battue qui prend le filet à la moindre occasion, comme l’a fait Pannatta en 1976 et comme le fera Noah en 1983. Profitant d’une légère déconcentration du Suédois qui, menant 6/3 6/1 5/2, attend la faute adverse, l’homme à la boucle d’oreille prend tous les risques et remonte, jusqu’à remporter le troisième set au tie-break. Björn Borg se reconcentre et repousse péniblement les assauts adverses pour l’emporter en quatre sets, mais c’est bien le vaincu qui est porté en triomphe par le public parisien ce jour-là.

 

15. 1983 : Noah bat Wilander (6/2 7/5 7/6)

Un moment à part, forcément. Un de ces rares moments où beaucoup, devant leur télé, se sont senti partager quelque chose de commun avec celui qu’il voit triompher de l’autre côté de l’écran. Combien de vocations tennistiques sont nées en France à ce moment-là ? Ce dimanche de juin 1983, le tennis champagne de Yannick a atteint son zénith pour terrasser le tenant du titre Mats Wilander. Et la relative sècheresse du score ne doit pas faire oublier la tension nerveuse croissante devant le déroulé des événements. Beaucoup redoutaient un éventuel quatrième set, où les inépuisables ressources physiques du Suédois auraient rendu les choses beaucoup plus compliquées. Bref, ce tie-break du troisième set chargeait beaucoup d’enjeux, et le service gagnant final a libéré tout le monde. Chef-d’œuvre tactique de la part de Noah, ce match est aussi l’un des plus importants de la carrière de Mats : ses orientations stratégiques ultérieures témoignent de sa recherche du coup juste au bon moment, et il va devenir le grand maître tacticien des années suivantes.

 

14. 2011 : Nadal bat Federer (7/5 7/6 5/7 6/1)

La plus belle des finales Nadal-Federer, tout simplement parce que c’est la seule où Roger a réellement relâché son bras. L’Helvète sort d’une sublime victoire en demi-finale face à Novak Djokovic, infligeant au Serbe sa première défaite de l’année. La finale contre l’incontournable Nadal est quelque peu écrasée par ce chef-d’œuvre. Conscient d’avoir réussi un exploit, conscient aussi de ne pas être le favori de cette finale, Roger sonne la charge sans complexe, et le spectacle est magnifique. Poussé dans ses retranchements, Rafa garde la tête froide dans le money time des premiers et deuxième sets. Si Roger arrache le troisième set, il s’affaisse au quatrième, laissant l’Espagnol filer vers son 6ème titre. Le constat final est aussi implacable que déprimant pour les fans de Federer : il a dominé la plus grande partie des trois premiers sets, mais il a tout de même été mené 2 sets à 1, le tout face à un Nadal un peu plus prenable que lors de ses meilleures cuvées…

 

13. 1996 : Kafelnikov bat Stich (7/6 7/5 7/6)

Sur la seule lecture de leurs parcours lors de la quinzaine, Michael Stich part favori. C’est lui qui a rebattu les cartes de ce Roland Garros 1996, en terrassant son immense favori Thomas Muster, avant de dérouler son tennis total face à Pioline et Rosset. En face, le Russe dispute sa première finale en Grand Chelem, son parcours a été plus facile. Les failles mentales de l’Allemand vont lui jouer des tours lors de la finale. A plusieurs reprises il est en mesure de prendre le large, mais il commet des fautes et laisse Ievgueni revenir. Ce dernier garde la tête froide dans les fins de sets, pour coiffer son adversaire en trois sets. L’opposition de styles entre les parpaings russes et le jeu tout en toucher de l’Allemand auront en tout cas occasionné une superbe finale, à laquelle il n’aura manqué que le sel des matchs qui se prolongent.

 

12. 2005 : Nadal bat Puerta (6/7 6/3 6/1 7/5)

Note : l’auteur de ces lignes ne tient pas compte ici de la suspension de Mariano Puerta pour dopage à la suite de cette finale. Seul le match lui-même a servi à positionner cette finale 2005 dans ce classement.

La plus belle et la plus indécise des finales de Rafael Nadal est la première. Auréolé d’une impressionnante moisson printanière sur terre battue – qui deviendra une habitude pour lui – Rafa a tracé sa route Porte d’Auteuil avec l’autorité d’un seigneur. Même le n°1 mondial Roger Federer a été nettement dominé en demi-finale. Rescapé d’un jeu de massacre dans la partie basse du tableau, Mariano Puerta fait le tournoi de sa vie. Sa puissance impressionnante va faire des ravages, et obliger Nadal à des prouesses en défense. Et l’Argentin met le feu au court Philippe Chatrier en remportant de justesse un premier set de toute beauté. Rafa fait ensuite parler sa supériorité physique, mais échappe de peu à un cinquième set face à un adversaire qui lâche tous ses coups en fin de match. Roland Garros a son nouveau roi. Personne ne soupçonne alors que le règne va durer si longtemps…

 

11. 1974 : Borg bat Orantès (2/6 6/7 6/0 6/1 6/1)

Manuel Orantès est prétendant au titre depuis plusieurs années lorsqu’il se présente en finale en cette année 1974. Sa patte gauche de velours l’autorise à voir grand. Mais en face se dresse un jeune Suédois de 18 ans, Björn Borg. Renvoyeur inlassable, il épuise ses adversaires par sa régularité de métronome. Le n°1 mondial Ilie Nastase en sait quelque chose, lui qui a été étrillé en finale de Rome quelques jours plus tôt. Auteur d’un parcours chaotique pour arriver en finale, Borg est dans un premier temps dominé par Orantès, dont les attaques en revers font mouche. L’Espagnol pense avoir fait le plus dur en remportant à l’arraché le deuxième set. Mais, comme tous les adversaires du Suédois, il fatigue et se dérègle au troisième set. Ce deuxième set, que l’on pensait crucial, sera en fait le chant du cygne pour Orantès. Epuisé, il ne marque plus que deux jeux dans les trois sets suivants, laissant le jeune Suédois filer vers son premier grand titre. Une victoire qui sera suivie de beaucoup d’autres Porte d’Auteuil…

 

10. 1981 : Borg bat Lendl (6/1 4/6 6/2 3/6 6/1)

Sixième et dernière victoire de Borg sur l’ocre parisien, un record en son temps. Et une surprise de taille, puisque le monarque suédois est poussé aux cinq sets, ce qui ne lui était plus arrivé depuis des années. Björn s’est incliné à la surprise générale au premier tour de Monte Carlo, apparaissant hors de forme, et sa participation à Roland Garros a été un moment incertaine. Mais après un entrainement intensif, c’est un Borg en mode rouleau compresseur qui marche sur ses adversaires jusqu’à la finale. Son adversaire sera Ivan Lendl, qui dispute sa première finale majeure. Contre toute attente, le Tchécoslovaque va faire mieux que résister. Son coup droit puissant fait des dégâts dans la cuirasse borguienne. Coupable de quelques sautes de concentration, Borg se remobilise pour finir en trombe, 6/1 au cinquième, face à un adversaire épuisé. Mais ce titre, le 11ème en Grand Chelem à seulement 25 ans, n’est pas sans soulever quelques doutes sur la motivation du Suédois. Rétrospectivement, cette finale laissera de nombreux indices sur sa saturation et sa démobilisation progressive. Sous le célèbre bandeau, des idées de retraite commencent à germer…

 

9. 1991 : Courier bat Agassi (3/6 6/4 2/6 6/1 6/4)

Affirmer qu’André Agassi est le favori de cette finale est sans doute excessif. Il est plus approprié d’avancer que, des deux joueurs, il est celui qui essuiera le plus de reproches en cas de défaite. Dans cette courte hypothèse se niche probablement le sort de cette finale. Déjà bredouille à deux reprises en finale de Grand Chelem, le Kid de Las Vegas sait qu’il est attendu au tournant, et que cela fait trois ans désormais que son premier grand titre se fait attendre. Il démarre bien pied au plancher, mais l’interruption pour cause d’averse durant le deuxième set coupe son élan. Les deux cogneurs américains, qui ont naguère partagé la même chambrée chez Bollettieri, se mènent une guerre de position sans relâche. Tour à tour, chacun des deux joueurs, Agassi avec son revers ou Courier avec son coup droit, prend le contrôle du terrain et donc l’ascendant, et c’est sur les nerfs que va se jouer le set décisif. Dans cet exercice, là où André semble s’ensabler sous le poids de la pression, Jim se montre, nettement, le plus fort ce jour-là ; il est l’homme qui monte en cette année 1991, et son couronnement est tout à fait mérité. Les perdants seront les nostalgiques du jeu en toucher, qui voient dans cette finale le basculement vers l’ère des cogneurs.

 

8. 1987 : Lendl bat Wilander (7/5 6/2 3/6 7/6)

Victoire logique du favori face à son dauphin naturel sur terre battue, cette finale est aussi le plus beau des quatre duels Lendl-Wilander à Roland Garros. Face à la puissance et aux nerfs d’acier de Lendl, Mats Wilander oppose sa rigueur stratégique. Le Suédois est alors au cœur d’une transformation de son jeu, et s’aventure de plus en plus au filet pour surprendre et contrer les coups droits surpuissants du n°1 mondial. Mais c’est alors un work in progress, et le fruit ne mûrira que l’année suivante, celle de son Petit Chelem. Lendl remporte de justesse le premier set, puis étouffe son adversaire dans le deuxième. Wilander varie alors davantage ses trajectoires et parvient à semer le doute dans la tête du Tchécoslovaque. Le quatrième set se déroule sous le crachin, et les nerfs des deux champions sont mis à rude épreuve. La pluie, et la tension, s’intensifient à l’approche du tie-break du quatrième set. Et c’est Lendl, grâce notamment à deux passings extraordinaires, qui fait la différence pour s’adjuger son troisième titre Porte d’Auteuil sous la pluie et à la tombée de la nuit.

 

7. 1976 : Panatta bat Solomon (6/1 6/4 4/6 7/6)

Adriano Panatta est le grand héros de ce printemps 1976. Au sommet de sa forme physique, il déploie son magnifique tennis de terre battue, subtil cocktail d’attente quand c’est nécessaire et d’attaque débridée quand vient l’ouverture. La victoire de l’Italien préfigure celle de Noah sept ans plus tard, avec un jeu assez similaire. Tombeur de Borg en quarts de finale, Adriano devient le favori pour le titre, mais son dernier adversaire est particulièrement coriace. Harold Solomon déploie son jeu conservateur, basé sur l’attente de la faute adverse. Le bel Italien prend le large assez rapidement, mais perd le troisième set et sait que la durée du match ne sera pas son alliée. Aussi il met ses dernières forces dans le tie-break du quatrième set, qu’il sait décisif. Il s’offre son premier, et unique, tournoi du Grand Chelem, à l’issue de la plus chaude, et peut-être la plus belle, édition des années 70. Adriano Panatta reste le seul joueur à avoir vaincu Borg sur la terre battue parisienne ; il l’a même fait à deux reprises, puisqu’il l’a aussi battu en 1973.

 

6. 2000 : Kuerten bat Norman (6/2 6/3 2/6 7/6)

Finale idéale sur le papier, entre les deux meilleurs joueurs du printemps sur ocre. Guga fait parler son expérience en début de match, face à un Magnus Norman tendu par l’enjeu de sa première finale majeure. Mais le Suédois se reprend au troisième, ses coups puissants atteignent enfin leur cible et il remporte avec autorité la troisième manche. Kuerten, qui a vécu une deuxième semaine très difficile, fatigue mais ne plie pas. A la puissance adverse, il réplique par son jeu plus varié et ses fulgurances en revers. A 5/4, 15/40, une balle du Suédois, initialement annoncée faute par le juge de ligne, est déjugée par l’arbitre… Le match, qui était tout de même plaisant mais où les deux joueurs ne jouaient leur meilleur tennis que tout à tour, bascule alors dans une autre dimension. Avec un courage et un instinct de survie incroyables, Magnus va sauver un total de 10 balles de match, mettant au supplice les nerfs de Guga. Le Brésilien va pourtant tenir jusqu’au bout, l’emportant 8/6 au tie-break du quatrième set. 45 minutes de suspense et de tension séparent la 1ère et la 11ème balle de match. Kuerten prouve ce jour-là à tout le monde que son coup de tonnerre de 1997 n’était pas un one-shot, et se place dans la course à la place de n°1 mondial. Une splendide finale, dont le final poignant et extraordinaire a marqué les esprits.

 

5. 2015 : Wawrinka bat Djokovic (4/6 6/4 6/3 6/4)

Le chef-d’œuvre tennistique de Stanislas Wawrinka. Le match d’une vie. En face de lui se dresse l’épouvantail ultime, Novak Djokovic, n°1 mondial stratosphérique qui vient enfin de terrasser Nadal en quarts après six échecs sur la terre battue parisienne (dont deux en finale) et auquel le titre parisien, le seul qui manque à son palmarès, semble promis. Stan prend un départ hésitant, ce qui suffit à lui coûter le premier set. Toutefois, à partir du milieu de la première manche, il est perceptible que la puissance de l’Helvète gêne considérablement le Serbe, et que l’outsider est le plus entreprenant pour trouver des angles improbables. Auteur d’un récital en revers, Stan va mettre plus d’une heure à concrétiser sa domination ; Nole, qui a vaillamment sauvé une brouette de balles de break dans le deuxième set, finit par craquer à 5/4 contre lui. C’est le début d’un festival de tennis total de la part de Stan, qui aligne 10 points de rang au cœur du troisième set et prend le large. Jusqu’au bout, Novak essaiera de le ramener sur terre en variant ses trajectoires, menant 3/1, puis balle de 5/3 dans le quatrième. Mais jusqu’au bout Wawrinka garde la tête froide et aligne les points gagnants pour foncer vers le titre. Djoko pleure à chaudes larmes lors de la remise des prix, mais il n’a pas grand-chose à se reprocher face à une copie aussi parfaite. La plus belle finale de ce début de XXIème siècle.

 

4. 1989 : Chang bat Edberg (6/1 3/6 4/6 6/4 6/2)

Pour les amateurs du service-volée, cette finale, et surtout son dénouement, font figure d’enterrement puisque c’est la dernière fois qu’un des leurs a atteint la finale. Et après un départ catastrophique, Stefan Edberg a bien failli l’emporter, manquant un total de 10 balles de break dans le quatrième set. Il s’écroule autant mentalement que physiquement au cinquième set, non sans avoir offert, avec Michael Chang, une magnifique opposition de styles qui n’est pas si commune à Roland Garros en fin de deuxième semaine. Mais c’est l’ensemble de la quinzaine de Chang qu’il convient de mentionner ici, et la quinzaine tout court d’ailleurs, très chaude et ensoleillée, qui a rendu la terre battue sèche et rapide et offert des matchs magnifiques. Vainqueur improbable et perclus de crampes d’Ivan Lendl à l’issue d’un match resté dans toutes les mémoires, Michael Chang récupère vite et poursuit sa route avec l’insouciance de la jeunesse. Compensant sa petite taille et son manque de puissance par un jeu de jambes extraordinaire et un sens inné du lob et du passing, le sino-américain impressionne surtout par sa force mentale. Et c’est lui qui crucifie Edberg de ses lobs et de ses contrepieds dans ce cinquième set, pour achever en vainqueur l’une des plus improbables cuvées de Roland Garros. Plus jeune vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem à 17 ans et 3 mois, Michael Chang détient toujours ce record, qui semble aujourd’hui l’un des mieux gardés de tous. Et cette édition 1989 ouvre une période de décalage récurrent entre le palmarès du French Open et celui des autres levées du Grand Chelem. L’ère Lendl-Wilander est révolue, vivent les années 90 !

 

3. 1999 : Agassi bat Medvedev (1/6 2/6 6/4 6/3 6/4)

Une magnifique finale, coiffée d’un retournement de situation assez rare. Mais elle n’aurait probablement pas eu autant de saveur si elle n’avait pas opposé deux hommes aussi charismatiques et aussi inattendus cette année-là, Medvedev le dilettante romantique face à Agassi l’ancien champion sur la voie de la rédemption. Le premier nommé, revenant d’une série de blessures, n’est que 106ème joueur mondial à l’ouverture du tournoi, mais son cocktail unique de puissance dévastatrice et de toucher extraordinaire ont fait des dégâts. Quant à l’Américain, il est bien sur le retour, mais personne ne l’attend plus sur l’ocre parisien, terre de lourds échecs depuis ses deux finales de 90-91. Mais leurs parcours respectifs lors de cette quinzaine ne laisse aucune place au doute : ils sont bel et bien les deux meilleurs de cette édition. Pétrifié par l’enjeu et transpirant à grosses gouttes en entrant sur le terrain, André est inexistant durant les deux premiers sets, malgré une interruption due à la pluie. Le jeu se resserre au troisième set, et le Russe se procure une cruciale balle de break à 4/4, suite à deux doubles-fautes d’André. Ce dernier tient ses nerfs, va chercher son salut au filet et efface ce qui était presque une balle de match. Le match vient de basculer. Enfin libéré, Agassi fait visiter le terrain à son adversaire et règle enfin ses retours. Combattant magnifique, Medvedev s’avoue vaincu de justesse, 6/4 au cinquième. Les larmes peuvent couler des deux côtés, et le public parisien redécouvre un Agassi qui a changé de peau en quelques années, un Agassi si ému de compter désormais les quatre levées du Grand Chelem à son palmarès. Andrei Medvedev, qui aura travaillé si dur pour revenir à ce niveau, ne se remettra pas de cette défaite.

 

2. 1993 : Bruguera bat Courier (6/4 2/6 6/2 3/6 6/3)

Ni Sergi Bruguera, ni Jim Courier n’ont submergé d’émotion les foules parisiennes lorsqu’ils ont triomphé à Roland Garros. La faute sans doute à leurs jeux respectifs qui ne rivalisaient pas, en termes de spectacle, avec leurs contemporains princes de l’attaque que furent Becker, Edberg et autres Sampras. La finale de 1993, reléguée dans un oubli relatif, n’en reste pas moins un moment clé dans l’histoire de Roland Garros. Parce qu’elle a mis aux prises le modèle qui avait dominé les années précédentes – Jim Courier, sa puissance et son impressionnante présence physique – et un modèle émergent, celui du lift incontrôlable et de la défense inébranlable, incarné par Sergi Bruguera. Ce jour-là, ce ne sont pas seulement deux joueurs qui s’affrontent, ce sont deux écoles.

Et le triomphe de Sergi inaugure la domination récurrente de l’école espagnole à Roland Garros, domination dont nous ne sommes toujours pas sortis un quart de siècle plus tard. Le défi pour Sergi ne peut être plus grand : l’emporter face au double tenant du titre qui a pour lui sa détermination de champion, son statut de n°2 mondial et de double tenant du titre et sa puissance intacte. Et courir aux quatre coins du terrain ne sera pas suffisant ; sa victoire, Bruguera ira la chercher en contre-attaquant, en répondant aux parpaings de Jim par des balles de plus en plus profondes et en n’hésitant pas à s’aventurer au filet, tout comme Courier d’ailleurs. Cette finale aux replis multiples a donc obligé chacun des deux protagonistes à sortir de sa zone de confort pour tenter de prendre le dessus.

Quatre heures de tension et de sueur, une finale tout simplement monstrueuse. Courier parviendra à masquer les doutes qui commencent à l’assaillir lors de la cérémonie, en faisant de l’humour dans un français impeccable sur la « vache espagnole » qui vient de le battre, provoquant l’hilarité du public. Jim Courier était un champion, et ce jour-là il est tombé en champion. Moins anecdotique a posteriori, le jeune Gustavo Kuerten, 16 ans, se demande devant son écran comment l’emporter sur les deux schémas tactiques qui viennent de s’affronter ce jour-là. « En sachant maîtriser les deux schémas au sein d’un même match, voire au sein d’un même point » lui répond son entraineur Larri Passos. Guga prend note. On connait la suite.

 

1. 1984 : Lendl bat McEnroe (3/6 2/6 6/4 7/5 7/5)

Cette finale a suscité tellement d’émotions que j’en parlais encore récemment avec passion, 35 ans plus tard. Et le verdict balbutiant de ce match, une victoire à la Pyrrhus de Lendl au prix d’un effort d’une violence inouïe, est sans appel. Il annonce la prise de pouvoir du « vrai » tennis moderne, basé sur la puissance et l’endurance, aux dépens du tennis joué simplement à la main. Avec le recul, voir McEnroe dérouler son tennis d’esthète et réduire en poussière un solide n°2 mondial en pleine possession de ses moyens, a quelque chose de fascinant. Sauf que ça n’a été qu’un mirage, et que le paramètre physique, alors en pleine émergence dans le tennis, a eu raison de la fiction selon laquelle le plus doué des deux doit forcément l’emporter. Ce constat s’est imposé sans préavis ce jour-là, et une large partie du public a eu autant de mal à le digérer que l’Américain.

Le public français a vécu d’assez loin les joutes du triangle Connors-Borg-McEnroe, qui offrait de splendides duels à Wimbledon et à l’US Open, les véritables théâtres où se jouait la pièce de la suprématie du tennis depuis une dizaine d’années. Passée la parenthèse enchantée de 1983, unanimement perçue justement comme une parenthèse, voir McEnroe l’emporter était le rêve pour le public de Roland Garros de placer pour de bon « son » tournoi sur un pied d’égalité avec Wimbledon et l’US Open dans la mémoire collective, avec le couronnement d’un n°1 mondial génial, et alors au sommet de sa carrière.

Je n’envisage pas d’accorder quelque importance aux blagues potaches de Big Mac, qui expliqua que c’est un micro qui l’avait déconcentré ; je ne crois d’ailleurs pas que Mac avait réellement besoin d’être concentré sur le court, et par ailleurs combien de matchs a-t-il gagné en déconcentrant son adversaire par ses esclandres… En revanche, j’ai recherché l’écho qu’avait eu cette finale outre-Atlantique. Nos collègues américains étaient nombreux à connaître l’existence de l’Europe et de la France sur la carte du tennis, et suivaient les résultats de Roland Garros, à la télé ou à la radio. Et ils se souviennent de ce Lendl-McEnroe comme l’un des plus beaux matchs des années 80, au point d’être quelque peu jaloux de la pâle copie qu’en a été la finale de l’US Open 1985. Chacun son tour… Ce 10 juin 1984, le centre de gravité du tennis s’est nettement, et définitivement, rapproché de Paris. Rien de moins.

 

Hors concours – 2004 : Gaudio bat Coria (0/6 3/6 6/4 6/1 8/6)

Incapable que je suis de placer cette finale dans mon classement, je choisis… de la mettre à part. Du point de vue de la dramaturgie et du suspense, elle mériterait sans aucun doute l’une des toutes premières places, sinon la première. Du point de vue du niveau de jeu produit, elle mérite probablement la dernière. Je me rappelle d’un copain, classé alors -2/6, qui avait assisté à la finale depuis les tribunes ; il en était revenu en me disant que franchement il pensait jouer plus vite que ça… L’autre anecdote, au micro celle-là, c’est Guy Forget en plein quatrième set, s’excusant sur le mode « je passe sans doute pour un connaisseur du tennis, mais là je dois dire que je ne comprends strictement rien à ce qui se passe sur le terrain ».

Le lacrymal Gaudio et le sanguin Coria ont sans doute disputé ce jour-là l’un des pires matchs de leurs carrières respectives. Mais ils ont été également des livres totalement ouverts sur leurs émotions, leurs doutes et leurs renoncements, et livré toute une foule d’indications cruciales sur la psyché du joueur de tennis en action, tant ils se sont montrés, autant l’un que l’autre, incapables de mobiliser leur surmoi. Certains matchs, dit-on, se jouent dans la tête ; celui-ci ne s’est joué que dans la tête. Et comme il fallait bien qu’il n’y ait qu’un seul perdant, autant sanctionner le renoncement le plus visible, et le plus coupable, celui de Guillermo Coria.

Selon la version de l’arbitre, les crampes de stress d’El Mago ont été constatées par le kiné du tournoi à la fin du 3ème set. Si je prends cette précaution épistolaire, c’est parce que la carrière de l’ombrageux Argentin est saupoudrée de quelques séquences de simulation sur le terrain, dont une l’année précédente contre le même Gaudio à Hambourg. Admettons donc que les crampes de Guillermo (à partir de la fin du 3ème) aient été autre chose qu’une fiction, nous pouvons au moins constater qu’au 4ème set il n’essaie pas de lutter sur le terrain, alors qu’au 5ème il essaie. Quelle que soit la réalité de ses problèmes physiques, le fait est qu’il a, pendant une partie du match, renoncé à se battre. Aucun autre joueur victime de crampes n’a offert le spectacle de donner un set entier à l’adversaire sans bouger, ils sont nombreux pourtant à connaître cette situation, et à devoir doser leur effort en attendant l’effet des médicaments.

Les énervements dont Guillermo Coria a été coutumier pendant sa brève période au plus haut niveau m’ont semblé traduire, par leurs disproportions, sa difficulté à surmonter le surcroît de pression qu’avait occasionné son contrôle anti-dopage positif en 2001, alors qu’il n’avait que 19 ans. La suspicion dont il était capable, notamment vis-à-vis du corps arbitral, et sa nervosité, étaient proprement stupéfiantes, et ne pouvaient s’expliquer par un simple tempérament sanguin. Sans doute Coria a-t-il perçu sa suspension comme une injustice, au point de ne pas tolérer la moindre injustice par la suite sur le court. Dans ces conditions, les difficultés qu’il a rencontrées pour seulement tenir sa raquette, dès la fin du 3ème, ne traduisent pas seulement des crampes, mais aussi une crise de nerfs à l’approche d’une victoire qui lui tendait les bras. Et plutôt que de lutter comme le formidable combattant qu’il savait être aussi, il a opté pour un renoncement visible, en laissant filer le score, invitant chacun – et notamment Gaston Gaudio – à constater par lui-même que la remontée qui s’amorçait n’était pas due au mérite de l’adversaire, mais à son effondrement pour cause de crampes.

De tous les adversaires de Coria, Gaston Gaudio était sans doute un des seuls capables de succomber à une telle tartufferie. Et le fait est qu’il a frôlé, vraiment frôlé, la défaite. Et pour le coup, lui n’a pas cherché à mentir à qui que ce soit. Sa quinzaine parisienne avait été magnifique ; Hewitt en quarts et Nalbandian en demis avaient explosé sous la puissance de son revers. Mais, aussi brillant fût son parcours, en entrant sur le terrain pour cette finale, Gaston était beaucoup plus désireux que l’histoire se termine que de la terminer en vainqueur. Son comportement autodestructeur sur le terrain ne le prédisposait pas à encaisser l’effort mental de sept matchs au meilleur des cinq sets ; le septième, pour lui, était clairement celui de trop. Aussi, quand le public a salué bruyamment un point magnifique qu’il venait de remporter au cœur du 3ème set, il s’est enfin détendu. Dans les minutes qui ont suivi un bruissement, à la fois subliminal et perceptible par tout un chacun, indiquait que la nervosité était en train de changer de camp. Il serait exagéré de dire que Gaston s’est mis à bien jouer, mais il s’est au moins mis à jouer, au sens premier du terme.

Au fil d’un cinquième set où les larmes affleuraient des deux côtés, le spectacle n’était plus du tout tennistique, il était psychique. Guillermo Coria tentait bien de rentrer dans le terrain et de faire visiter le terrain à son adversaire, afin de bouger le moins possible ; ce n’était pas en soi une mauvaise option tactique, mais c’était pour le moins contre nature de la part du formidable défenseur qu’il était. En face, Gaudio, retombé dans ses errances, était tellement nerveux à l’approche d’une victoire aussi prestigieuse qu’inespérée, qu’il était à son tour devenu incapable de tenir sa raquette convenablement. Aux dires de Gaudio, sur les deux balles de match de Coria, il n’avait jamais compris comment lui-même, Gaston, avait réussi à ne pas faire la faute le premier.

C’est ici que la morale de ce match est sauve, tout en prenant la formulation inverse de celle qui est généralement utilisée : la défaite s’est offerte celui qui la méritait le plus, à savoir Guillermo Coria. Il était temps, pour les deux joueurs, de craquer pour de bon et d’aller enfin se reposer. Sur un divan de préférence, et avec un bon professionnel en face, car les fêlures psychologiques que les deux Argentins ont étalées sur la place publique ce jour-là étaient vertigineuses.

Pour le public, il ne restera sans doute pas le souvenir d’un match de grande qualité, mais plutôt le sentiment d’avoir assisté à une tragédie à ciel ouvert. Sauf que là il ne s’agissait pas d’une représentation, c’était pour de vrai. Cette finale ne compte sûrement pas parmi les grandes finales de Roland Garros. En revanche, elle a sa place dans les rares moments où la dimension psychologique inhérente au sport de haut niveau aura été la plus visible. Les voisins d’étage de ce Gaudio/Coria de 2004, ce sont le Chang/Lendl de 1989, le Connors/Kriskstein de 1991 à l’US Open, dans une moindre mesure le Sampras/Corretja de 1996 toujours à l’US Open.

 

 

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92 Responses to Retour sur les finales de Roland Garros

  1. Achtungbaby 15 mai 2019 at 14:29

    Gros travail, merci ! Bon RG pour moi qui ai été gros gros fan de Big Mac et qui suis fan de Fed, c’est pas mon palmarès préféré.

    84, évidement. Le traumatisme. 2 sets de rêve, irréels, Mozart. On a tout dit. Le mec montait sur les 1ères balles de Lendl. Incensé.

    Faisons un paquet des finales Nadal/Fed. Le même sentiments d’impuissance. Quelques petites lueurs d’espoir, tellement vite éteintes. Donc pour Fed on va plutôt retenir une demi à RG, en 2011. THE match. Le titre en 2009 bien sûr, mais tennistiquement pas les mêmes sommets.

    Heureusement en finale, quand même un grand match sur lequel vibrer positivement en ce qui me concerne, fan de Wawrinka. Le match de dingue. Illustration parfaite du joueur dans « la zone ». Ce revers, si beau, si fort. Arme de destruction massive ce jour là, jusque sur la balle de match. THE Man.

    Bon on passe à WIM ?

    • Rubens 15 mai 2019 at 14:40

      Tout pareil pour 2015. Je l’adore cette finale. Stan en lévitation, ça a donné quelque chose d’inouï.

  2. Paulo 15 mai 2019 at 15:57

    Alors là Rubens, je m’incline et te rends sans le moindre regret le titre de fusillé du ciboulot de tennis. Respect, chapeau bas, congratulations :-D

    Je ne sais pas comment tu as fait, si tu as pris des notes lors de chacune de ces finales, ou si tu les a regardées une par une en replay, ou si tu as une mémoire d’éléphant transgénique, ou si tu es un superordinateur, mais quelle somme, une vraie encyclopédie, bravo.

    Bon, une petite remarque alors qu’il me reste les douze meilleures finales à découvrir : ce n’est pas Stich qui bat Kafelnikov en 96, mais l’inverse. Ça m’a tellement troublé de lire que Stich avait remporté un deuxième Grand Chelem et que je ne le savais pas – moi qui aimais bien ce joueur au tennis si pur – que je suis allé voir sa fiche Wikipédia, mais non : il a bel et bien perdu face à Kafelnikov, qui a bel et bien remporté Roland en 1996. Mais peut-être est-ce un lapsus révélateur de ce que tu aurais souhaité ? (d’autant que dans la description que tu fais du match, tu indiques bien que c’est le Russe qui l’emporte)

    • Rubens 15 mai 2019 at 16:13

      Si je me relisais aussi… Voila c’est corrigé.

      • Rubens 15 mai 2019 at 16:21

        Cela dit Paulo, le lapsus est en effet peut-être révélateur. Je suis un fan absolu du jeu de Stich, ce grand couillon a réussi l’exploit de gagner la finale que je ne voulais pas (contre Becker) et de perdre ensuite les deux que j’aurais souhaité qu’il gagne (contre Agassi et Kafelnikov). Donc lapsus, je ne dis pas non au final !

  3. Jo 15 mai 2019 at 17:21

    C’est encore une fois un travail titanesque et de la très belle ouvrage, à tel point qu’on ne sait si on doit être ébahi ou effrayé.

  4. Anne 15 mai 2019 at 18:26

    Session de jour définitivement annulée à Rome… pour l’heure la session de nuit est maintenue. Si ces matchs se jouent effectivement, c’est quand même assez scandaleux puisque les joueurs obligés de patienter toute la journée (et oui, les premiers matchs se sont effectivement entraînés à… 9h) et de jouer à un moment ou un autre deux matchs !

    • Anne 15 mai 2019 at 18:55

      il semble qu’ils décident de ne faire jouer qu’un seul match demain (de toutes façons, difficile d’en faire entrer plus vu le nombre) et deux vendredi

      • Anne 15 mai 2019 at 23:37

        Et non, finalement, ils prévoient de les faire jouer deux fois demain. Embouteillages à prévoir. Et encore, àcondition que le ciel soit davantage du côté des organisateurs

  5. Babolat 16 mai 2019 at 06:00

    Bravo pour cet article et pour avoir mis le Courier/Bruguera dans le top 5. J’avais adoré cette finale. C’était un dimanche brûlant de juin, je révisais pour le bac mais je n’ai pas pu quitté l’écran des yeux.

    Sinon… petite coquille. Medvedev (Andrei), contrairement à son homonyme Daniil, n’est pas russe mais ukrainien.

    • Rubens 16 mai 2019 at 09:39

      Merci Babolat de corriger pour Medvedev. Ce qui m’a induit en erreur, c’est qu’il est né Russe, et n’est devenu Ukrainien qu’à partir de la naissance de cet état. Il a d’ailleurs expliqué à de nombreuses reprises qu’il se fichait royalement de cette nationalité nouvelle pour lui, mais que par contre il se sentait Russe de corps et d’esprit.

      Pour Courier-Bruguera, tout pareil, à la différence que je n’étais qu’en seconde et je n’avais pas d’exam à préparer ! J’avais été saisi par l’intensité du match.

    • Babolat 16 mai 2019 at 16:04

      Je n’ai pas pu quitter… J’en fais une belle de coquille.

  6. Paulo 16 mai 2019 at 10:44

    Je n’ai pas vu la grande majorité de ces finales, pour des tas de raisons, soit parce que j’étais trop jeune, ou pas encore intéressé par le tennis, ou parce que le jeu sur terre battue ne m’a jamais enthousiasmé, parce que j’étais occupé ailleurs…
    J’ai vu celle de 83, le souvenir que j’en ai étant qu’il fallait absolument que Noah remporte le 3ème set, sinon Wilander, qui commençait à prendre ses marques, allait le bouffer tout cru aux 4ème et 5ème ; donc le grand soulagement qui a suivi la balle de match.
    Je me souviens de celle de 91, où l’insouciant et à peu près inconnu Courier mate le Kid de Las Vegas, ce qui en tant que fan de Sampras me fit le plus grand plaisir.
    j’ai dû voir celle de 92, effectivement oubliable.
    Je n’ai pas vu celle de 1993, mais me souviens de ma déception à l’énoncé du verdict : les lifteurs-limeurs, très peu pour moi.
    Celle de 2015 par contre, le pied, pareil que vous Achtung et Rubens.
    Bien sûr les finales de 2006-07 et 2011, un crève-cœur. Pas vu celle de 2008, et ne le regrette pas.
    Quand il y a Nadal, si je suis là je regarde le début, et si le taureau se détache, je pars faire autre chose et ne jette qu’un œil au scoreboard de temps en temps. Vivement qu’il arrête de nous faire ch.. celui-là…

    Celle de 84, pas vue mais je viens d’en trouver un replay intégral sur YouTube, de qualité correcte, et j’ai regardé hier le 1er set. Effectivement, c’est fou comme McEnroe se rue au filet, même derrière les premières de Lendl ! Un truc de malade. Quelle audace, quel talent, je sais pourquoi j’ai toujours été gaga de ce type, en tout cas de son jeu.

    • Rubens 16 mai 2019 at 14:18

      La finale de 93… Dans ce classement, je me suis efforcé de mettre de côté mes préférences personnelles. Voir Bruguera l’emporter m’a gonflé au plus haut point, mais je dois dire que je suis resté accroché à mon fauteuil du début à la fin.

      J’aimais beaucoup Courier, pas forcément le jeu mais le personnage en tout cas, ses efforts pour apprendre le français, ses petites touches d’humour sur le terrain, mais aussi le fait qu’il se contentait de bosser comme un malade sans en rajouter par des déclarations incendiaires. En 91 j’avais commencé la finale en soutenant Agassi, je l’avais terminée en fan de Courier. En 92 c’est le patron incontestable, la branlée à Agassi en demi m’a plus marquée que la finale elle-même.

      Arrive 93, et ce Catalan au jeu chiant mais terriblement meurtrier, une machine à détruire le jeu adverse. Je ne voyais que Jim pour le battre en finale, et encore j’avais des doutes, l’Américain n’était pas aussi souverain que l’année précédente. Il faisait un peu plus de fautes je crois, et il avançait moins dans le terrain. Mais cette finale… Tous les champions dont nous parlons n’ont pas eu la chance de tomber les armes à la main. Courier a eu cette chance, c’était le défi ultime pour Bruguera et il l’a relevé avec succès. Total respect à sa performance.

  7. Paulo 16 mai 2019 at 11:54

    Kyrgios envoie du lourd sur Djokovic et Nadal : les fans de Roger vont être ravis, ceux du Serbe et de l’Espagnol moins.

    Le coup de la célébration de Djoko, c’est juste mortel s’il le fait la prochaine fois :-D

    https://www.eurosport.fr/tennis/masters-rome/2019/kyrgios-djokovic-a-une-obsession-maladive-avec-le-besoin-detre-aime-il-veut-etre-federer_sto7274013/story.shtml

    Je comprends mieux pourquoi Federer dit qu’on a besoin de gars comme Kyrgios sur le circuit ;-)

    • Rubens 16 mai 2019 at 12:24

      J’ai vu ça en effet. Pour le coup je crois que la prochaine fois que Kyrgios affronte Nole, le Serbe sera remonté comme une pendule ! D’autant que je n’avais pas percuté, mais Kyrgios mène bel et bien 2/0 dans son H2H avec Djoko.

      Que Kyrgios balance des trucs pareils, ça change des conférences de presse lyophilisées, mais c’est aussi à ses risques et périls. Ceci dit, je me retrouve totalement dans ce qu’il dit, il formule à sa manière l’animosité que suscite Djoko, cette jalousie de ne pas arriver à la cheville de Federer en terme de popularité alors que son palmarès est hallucinant et qu’il bat Roger régulièrement. Nadal vit ça depuis plus longtemps que Nole, et de manière plus tranquille aussi.

      • Anne 17 mai 2019 at 12:04

        Et puis niveau popularité, Nadal est certes derrière Federer mais pas super loin. Nettement moins en tous els cas que Djokovic

  8. Sam 16 mai 2019 at 13:45

    Super Rubens, merci !
    Très agréable à relire tout ça. Je crois que j’aurais fait grosso modo le même classement que toi, surtout pour le hors concours Coria Gaudio.

    • Rubens 16 mai 2019 at 13:53

      Salut Sam,

      Je me souviens, lors de cette finale de 2004, avoir ressenti une certaine gêne à regarder ça. Reste avec nous Gaston, reste avec nous, tu as un match à finir !

  9. Paulo 16 mai 2019 at 14:37

    C’est marrant, sur la photo je lui trouve presque un air de Clint Eastwood, à Edberg : https://66.media.tumblr.com/494c1f689dd69a6a473994c7cc758634/tumblr_nl9v92vzT91sqsyiko1_500.jpg

  10. Elmar 16 mai 2019 at 14:40

    Mon premier souvenir de tennis, c’est la finale de 1987. Je ne suis donc a priori pas né au tennis sous les meilleures auspices!

    A partir de 1989, j’ai vu toutes les finales de Roland à l’exception regrettable de celle de 1997, alors que j’avais suivi tout l’improbable parcours de Guga. Par la suite, j’ai développé un peu une aversion du Brésilien, mais il faut reconnaître que ce Roland a eu qqch d’extraordinaire. Guga, c’est le mec que personne n’attendait mais qui est entré dans la cour des grands par la porte.
    Et j’ai par ailleurs boycotté les finales Djokodal, bien que j’ai dû voir je crois la fin d’une finale un lundi lendemain de pluie.

    Les finales qui m’ont le plus marqué :
    1989 : la victoire de Chang, très improbable, triste pour mon idole de jeunesse Edberg.
    1991 : un retournement de situation phénoménal avec la pause pluie; l’icône Agassi dont on se demandait s’il deviendrait un champion.
    1999 : pour son scénario et l’accomplissement que cela représentait. Un peu la réponse à la question née en 1991.
    2000 : veille de mon exa de bac de math. Norman qui se met enfin à bien jouer à la fin. Tension extrême dans le tie-break.
    1998 et 2001 : uniquement pour la présence de Corretja que j’aimais beaucoup, même si objectivement, les deux finales sont laides.
    Les Fedal, parce que Fed. Je n ai pu revoir aucune de ces finales, donc je ne sais pas franchement ce que ça valait en termes de niveau, trop impliqué émotionnellement.
    2009 forcément.
    Et 2015, c’est clairement un gros kiff!

  11. Elmar 16 mai 2019 at 14:41

    Oui et 2004 est aussi une finale mémorable. Bien vu de l’avoir mise hors concours!

  12. Paulo 16 mai 2019 at 15:45

    Shapovalov et la terre battue, ce n’est décidément pas le grand amour… défaite 6-1 6-3 face à Djokovic.

    Rob Steckley n’est plus son coach depuis avril, désormais c’est Adriano Fuorivia, le coach de ses années adolescentes : https://tennis.life/2019/04/08/fuorivia-in-steckley-out-on-team-shapo/
    Quant à la mamouchka, elle est toujours dans le box…
    Pas vraiment convaincu par cette configuration.

    • Guillaume 16 mai 2019 at 18:17

      Ouch, déjà? Merci de l’info, ça devient dur à suivre.

      Y’a le tandem Thiem Bresnik qui a priori s’est mal fini aussi. A IW Thiem parlait de coach d’appoint concernant Massu, à Barcelone Massu était devenu celui qui a terme devait remplacer Bresnik, d’ici l’été disait l’interview, et finalement à Rome on apprend que c’est bel et bien fini. Ça a été tellement vite qu’ils ont même devancé leurs éléments de langage !

  13. Jo 16 mai 2019 at 15:45

    Roland Garros 1999. J’en ai fait un article où je m’étais replongé dans ma psyché de post-ado. C’était il y a vingt ans, j’avais vingt ans. Le 6 juin, j’aurais tué mon père, vendu ma mère. C’était une question de vie ou de mort.

  14. Kristian 16 mai 2019 at 16:30

    Impressionant Rubens. Et a te lire, je crois volontier que tu les as en effet vues toutes ces 45 finales. Ayant moi-meme vu la plupart depuis 81, je me retrouve tres bien dans tes souvenirs.
    Et je suis bien heureux de retrouver les finales 93 et 87 parmi les meilleures, bien qu’elles aient opposees des joueurs assez peu apprecies sur ce site. 2 supers matchs, tres gros niveau, tres grosse tension.
    D’ailleurs, le seul joueur a apparaitre 3 fois dans le top 10 c’est bien sur.. merci Ivan

  15. Guillaume 16 mai 2019 at 18:21

    Belle recap. En vrac

    - C’est drôle combien la finale 93 a perdu de son éclat les années passant. A la fin des 90′s, style 99, un sondage de ce type la faisait pourtant alors figurer sur le podium des plus grandes finales de RG de l’ére Open. Et puis elle a fini par être un peu oubliée. J’imagine que le fait que ses protagonistes n’aient finalement guère de fans n’a pas aidé sa postérité. Mais gros match, oui, clairement.

    - Costa pour moi c’est le braquage ultime. Un parcours balèze sur le papier mais dont chaque tour a mérité d’être relativisé : Canas cramé en quarts, Corretja malade en demie, Ferrero blessé en finale. Après j’ai toujours bcp de respect pour ceux qui n’étaient pas programmés pour gagner et savent saisir leur seule chance, donc tant mieux pour lui.

    - toutafé pour la sensation d’inexorabilité terrible des finales Fed Nadal. Me souviens de celle de 2011 où Rogé fait pourtant ce qu’il faut, sa spéciale départ en trombe, au service pour le set en 20 minutes, l’idéal pour se donner une chance de gagner. Et puis cette foutue amortie manquée, le relou qui revient, et l’impression que le match a déjà basculé.

    - 2015, jouissif. Toujours un truc spécial de voir un mec dans la zone dans un match aussi important. Et plaisir aussi du fait d’un tournoi difficile pour nous.

    - 2016, souvenir perso de l’explosion de joie dans l’ espace de travail quand Murray a pris le premier set à Djokovic. Limite on ne s’attendait pas nous mêmes à une telle unanimité !

    - globalement, c’est moi ou ça fait quand même peu de grandes finales en près d’un demi siècle ? 2 ou 3 monuments pour des raisons diverses et variées, et il me semble qu’on bascule vite sur du quelconque. Y a t il un malade dans la salle pour faire le comparatif avec les 3 Chelems, savoir si c’est partout pareil ou si c’est une spécificité dont Roland se serait bien passé ?

    • Rubens 16 mai 2019 at 22:29

      Salut Guillaume,

      C’est marrant, tout le monde semble unanime ici pour distinguer la finale de 2015. Djoko ne semble pas avoir la cote ici… D’ailleurs si j’avais été dans ton espace de travail, j’aurais hurlé avec tout le monde quand Murray gagne le premier set en 2016. Plus contre Djoko que pour Murray.

      Pour 2002, il manque à ton tableau Kuerten, tenant du titre qui se relève d’une opération, et qui ne sera plus jamais le même. J’ai un doute pour Ferrero, il était vraiment blessé ? Il était passé totalement à côté (et n’en avait pas fait mystère), mais je ne me souviens plus d’une blessure.

      Enfin, pour ta dernière remarque, je crois que ce n’est pas qu’une impression. Je suis un grand malade, mais je ne vais pas avoir le temps de faire tout de suite un travail analogue sur les autres GC. Mais en effet, ailleurs qu’à RG, il y a davantage de belles finales. Quelques éléments :
      – j’ai évoqué dans un précédent article la spécificité du palmarès du « French », avec beaucoup de tauliers qui n’ont pas réussi à briller ailleurs. La période 1989-2004 est éloquente sur ce point. Alors que sur les autres GC, les n°1 et 2 mondiaux sont en général les meilleurs du monde, et une finale idéale n’est rien d’autre qu’une finale qui les oppose. En 2000, le Kuerten-Norman était bien la finale idéale, mais l’un et l’autre étaient 5 et 7 à l’ATP, ou un truc de ce genre. La grosse surprise aurait été une finale Sampras-Agassi, alors qu’ils étaient bien 1 et 2 à l’ATP. A partir de là, il est fréquent que le titre parisien se joue avant la finale.
      – Borg et Nadal ont dominé le jeu sur TB pendant des années, avec une marge qui n’a pas d’équivalent sur les autres GC. Le seul « vrai » gros match de Rafa à Roland, pour moi, c’est sa demi contre Djoko en 2013. Parmi les matchs récents qui ont vraiment marqué le public de Roland, je crois, il y a le Fed-Djoko de 2011, le Murray-Djoko de 2015, le Murray-Wawrinka de 2017 (match monumental, j’étais loin d’imaginer que ce serait pratiquement la fin pour l’un et l’autre…), bref des matchs où Rafa n’apparaît pas. Il a placé la barre trop haut. Idem pour Borg, sur une période plus courte. Pas de rival, dont pas de finale digne de ce nom.

  16. Kristian 16 mai 2019 at 18:42

    En attendant enorme exploit de Verdasco aujourd’hui a Rome. Qui apres avoir aneanti Thiem ce matin en 2h45 et 3 sets vient d’achever Khachanov en plus de 2 heures et toujours 3 sets. Tout ca, a 35 ans.
    mine de rien, gagner 2 matchs le meme jour, c’est rare (mias il vont etre plusieurs a le faire aujourd’hui), mais alors battre 2 top 15 mondiaux le meme jour, c’est peut etre bien un truc unique dans l’ere open.

  17. Paulo 16 mai 2019 at 20:18

    Roger pouvait bien souffler, il a eu chaud face à Coric, victoire 2-6 6-4 7-6, avec l’aide de Coric sur la fin et après avoir sauvé 2 balles de match. Vers la fin du 3ème set, il avait gagné 10 points de moins que Coric sur l’ensemble du match…
    Son revers est vraiment très faible, son coup droit c’est mieux mais il y a du déchet. Il va devoir élever son niveau de jeu en quart.

  18. Paulo 17 mai 2019 at 10:57

    Puisqu’on est à Rome, une finale dont je suppose que pas grand-monde ne l’a vue en direct et qu’il semble qu’on puisse classer dans les grandes finales sur terre battue est celle de 2006, entre Federer et Nadal et remportée par l’Espagnol 6-7(0) 7-6(5) 6-4 2-6 7-6(5).

    Une finale qui a duré 5 heures et 5 minutes… et où le Suisse a gagné 5 points de plus que le Majorquin : 179 vs 174.
    Question : pourquoi Roger ne l’a-t-il pas gagnée ?

    • Rubens 17 mai 2019 at 11:04

       » Question : pourquoi Roger ne l’a-t-il pas gagnée ? »

      Je l’ai vue en replay. Roger avait, déjà à l’époque, un art consommé de vendanger tous les points cruciaux face à Nadal. Mais c’était à Rome, c’était sec et rapide, les conditions avantageaient un peu Federer. Cela dit ça reste un match magnifique, le plus beau de leurs duels sur TB, parce que Roger tenait le choc dans sa diagonale revers.

      Encore plus belle, la finale de l’année précédente entre Coria et Nadal. J’ai revu un highlight il n’y a pas longtemps sur YT, ça dure 45mn mais c’est hallucinant !

    • Nathan 17 mai 2019 at 11:12

      Oui, finale magnifique sur TB que j’ai vue. C’est mooins le fait que Federer tenait la diagonale revers qu’il avait pris le choix tactique de pilonner Nadal côté coup droit en cherchant pas directement à le déplacer. Et cela a failli marcher. Un summum tactique et tennistique.

      • Sam 17 mai 2019 at 12:50

        Cette nuit là à Shanghai, on est entré dans ce bar et on est tombés sur le début du tie-break du cinquième set.

    • Guillaume 17 mai 2019 at 15:27

      Vue en direct à l’époque et pas mieux que Rubens en ce qui concerne la gestion des points importants, une constante entre les 2 ces années là, cf les nombreuses parties gagnées par Rafa en marquant moins de points que Rogé (Dubai 2006, Rome 2006 et l’OA 2009 au moins). Après ça tient à rien : de mémoire la 2e MP est une attaque de coup droit de Fed qui sort de très peu.

    • Elmar 17 mai 2019 at 17:58

      Vue en direct à l’époque…
      Jamais pu la revoir depuis.

      Ce dont je me souviens, c’est qu’il avait un excellent tôt de réussite au filet et qu’il y était beaucoup monté, plus qu’en n’importe quelle autre occasion contre Nadal.

      Aussi cette sensation pendant le match qu’il avait vendangé beaucoup d’occasions… C’est un peu le match-genèse à ce niveau-là d’ailleurs.

  19. Sam 17 mai 2019 at 14:53

    Bon, c’est pas le tout, qui met une pièce sur Fernando ?

  20. Anne 17 mai 2019 at 15:26

    Federer forfait avant son quart de finale à Rome. C’est Guy Forget qui doit faire une crise de panique même si on peut penser que c’est plus à titre préventif qu’autre chose… même s’il n’est pas coutumier de l’abandon en cours de tournoi

    • Elmar 17 mai 2019 at 18:01

      Les WO de Roger sont tellement rares que je n’y vois jamais un truc préventif.
      A titre personnel, je ne pense pas qu’on le verra à Roland. Et j’espère qu’il arrivera dans de bonnes dispositions à Wimbledon.

      Cette blessure, ça me fait penser un peu à celle en finale de l’Open du Canada il y a deux ans. Un tournoi qu’il n’a initialement pas prévu de jouer, où il décide à la dernière minute d’aller pour finalement s’y blesser…

      • Anne 19 mai 2019 at 07:46

        Oui, je suis d’accord pour le côté tellement’ exceptionnel que l’on ne peut y voir quelque chose de’ préventif. Et moi aussi j’ai songé à Montréal. Mais je pondérerais un peu : vu ses propos dans le communiqué, on peut estimer que s’il n’y avait pas eu un GC puis la’ saison sur gazon, il se serait présenté sur le terrain. Là il peut ne pas avoir voulu prendre le risque d’aggraver les choses.
        C’est la première’ fois en tous les cas qu’il déclare forfait pendant un tournoi sans donner une conférence de presse ou être allé sur le court pour s’excuser auprès du public. Mais ceci s’exlique peut-être par le fait que le tournoi semble’ assez loin du centre

  21. Kaelin 17 mai 2019 at 23:51

    Pour les motivés, match de malade de Del Potro en mode patator. Djokovic commence à flipper.

  22. Kristian 18 mai 2019 at 00:19

    Et ces deux balles de match que vient de laisser passer Del Potro.. dont une sur un impardonnable raté en coup droit. Quel dommage. La je pense qu’il vient de laisser passer sa chance, le Djoker va l’étouffer au troisième set. Super match

    • Paulo 18 mai 2019 at 09:13

      Je n’ai vu que le premier set, mais de ce que je lis sur Eurosport, ça a été un des meilleurs matches du début d’année.
      Ce qui est bien est que Del Potro semble avoir retrouvé l’intégralité de ses moyens physiques. La façon dont il tenait la diagonale de revers, sans slicer, est très encourageante.
      Quant à Djoko… ce match va lui donner une confiance monstrueuse ; et son niveau tennistique, pas la peine d’en parler. S’il gagne ce soir face à Schwartzy (et on voit mal comment il pourrait perdre, même avec 3 heures de tennis dans les jambes hier soir), je le donne favori pour le titre, le voyant battre Nadal en finale.
      Et si ça se passe comme ça, forcément favori à Roland (co-favori avec Nadal, disons)…

      • Rubens 18 mai 2019 at 09:33

        Et moi j’ai vu la fin du deuxième set, et les deux balles de match de Delpo. Sur la première il joue petit bras… Mais le match était effectivement sympa.

        Pour le reste je suis comme toi, Nole est clairement le favori à RG. Et sauf accident industriel, je ne vois qu’un Nadal qui aura enfin réglé la longueur de ses balles pour le titiller en finale…

  23. Babolat 18 mai 2019 at 15:19

    Rubens, ton article, excellent, résumant ces finales m’a fait penser à mon état d’esprit lorsque je regardais ces dites finales.
    J’ai commencé en 86. Oui, horreur, je n’ai pas vu en direct la fameuse finale de 84… En 83, on avait Noah mais j’étais en voyage à Walibi (parc d’attraction belge)… en 85… j’en sais rien. Mon parcours tennis Roland commence en 1986. (vous pouvez zapper… ce n’est pas un truc super intéressant)

    86. Mes parents n’aimant pas le tennis, je n’ai découvert ce sport à le télé qu’en 1986. Bof… une finale à sens unique entre Lendl et Pernfors. Lendl me parait antipathique. Mon Chouchou est Edberg puis Becker

    87. Ouch… la claque. J’aimais bien Wilander, sa bonne tête et son flegme. Lendl me faisait peur avec ses allures de croque-mort. Victoire d’Ivan. Je pensais que personne ne pouvait le battre et qu’il était LE tennis. Ouf… heureusement, c’était fini.

    88. J’aimais bien Leconte mais je savais que Wilander était meilleur. Le premier set était terrible. Leconte bombait le torse, le public était à fond. Puis… pschhit. Finale bizarre. Un Leconte à fond du début à la fin aurait peut-être pu gagner mais Mats était très costaud en cette année 88

    89. La pire finale pour moi. Certes, c’était en 5 sets, beau combat, Chang n’avait que 17 ans, c’était historique mais Edberg, putain Edberg… pourquoi ? Je crois que j’aurais pu encourager Chang contre n’importe qui (sauf Sampras qui n’était pas encore un outsider à l’époque et qui s’était d’ailleurs pris trois fois 6/1 au deuxième tour contre son « ami » Michael Chang)… mais non.. putain non… pas Edberg. J’ai mis longtemps à m’en remettre et j’ai également longtemps… très longtemps haï Michael Chang. Si j’avais été sorcier vaudou, je l’aurais maudit sur 15 générations. Bon, je me suis calmé ensuite et j’ai même été ému lors de sa retraite. Il a mis fin à sa carrière en pleine saison car il ne recevait plus de wild card pour les gros tournois (il était au delà de la 100e place)… c’est pas cool.

    90. Agassi… mais bordel. WTF ? On était tous pour Agassi avec mes potes. Journée chips/coca/jus de fruit (j’avais 16 ans et pas encore alcoolo). Mais c’est qui ce vieux qui bat notre Dédé ? Le vieux Gomez a fait un masters où il a été ridicule puis n’a plus fait parler de lui. Je n’ai pas vraiment eu le temps de le détester. (Bien sûr, c’était un grand joueur et certainement que sans Lendl et Wilander, il aurait 2 ou 3 Roland de plus dans sa besace mais j’étais jeune et j’aimais pas les vieux)

    91. J’étais pour Agassi. C’était mon chouchou après Sampras et Edberg. Clairement, la pluie lui a fait perdre la match. Je me souviens d’une caméra qui avait capté le kid de Las Vegas dans les vestiaires pendant l’interruption. Il se rongeait les ongles, se tapait dans les mains. Courier, en revanche, pourtant mené 1 set 0 et d’un break, était cool comme Fonzie, souriant. Je me suis dit… putain c’est mort. J’ai eu un petit espoir quand Agassi a refait son break de retard dans le 5e pour revenir à 4/4 mais Andre n’avait plus de jus. Il a perdu cette finale sur sa nervosité. J’ai également longtemps détesté Courier. Je voulais qu’il perde contre n’importe qui.. sauf peut-être Michael Chang.

    92. Pfff la purge ! J’adorais le revers de Korda (qui avait battu notre Riton en demi) mais je savais qu’il ne ferait pas le poids contre Jim. J’ai gagn2 100 francs (cent balles) de l’2poque sur un truc de paris par téléphone. Il fallait deviner le nombre de jeux de la finale et le vainqueur. J’avais mis Courier victorieux en 6/4 6/3 6/1. Il lui a mis 7/5 6/2 6/1… j’avais mon nombre de jeux. Je me suis bien fait engueuler par mes parents car c’était une ligne audiotel ) 4 francs la minute et je n’avais pas parié que sur la finale. Les cent francs ont a peu près comblé la facture.

    93. Ben voilà pourquoi j’étais pour Bruguera contre Jim en cette année baccalauréatesque pour moi. Sans être un fan des « limeurs de fond » comme on dit, j’ai toujours apprécié Bruguera pour son jeu pas si classique que ça. Comme dit Rubens dans son article, le Sergi n’était pas allergique au filet et y venait souvent à bon escient. Il avait une bonne intelligence de jeu. Comment j’ai flippé ma race quand ce diable de Courier a égalisé à 2 sets partout. Courier était un mammouth à l’époque, un monstre physique et mental. Personne ne tenait le choc. Il avait encore martyrisé mon Edberg en finale de l’Australian 6 mois plus tôt. C’est d’ailleurs Big Jim qui fait le break en premier dans le 5e. J’étais prêt à relire mes notes sur Spinoza et Kant pour expier mon chagrin dans ce bac de philo qui pointait son nez le jeudi suivant. Puis, Jim a mis un coup droit penalty dans le filet et un autre à quelques cm de la ligne de fond. Bruno Rebeuh, l’arbitre, était prêt à descendre pour vérifier la marque mais Jim a courbé l’échine… qui sait, cette balle était peut-être bonne… Jim a perdu son service puis le match. C’était le vrai tournant de sa carrière. Comme pour Chamg, j’ai appris à l’apprécier en fin de carrière quand il est devenu inoffensif pour mes chouchous.

    94. J’étais toujours pour Sergi. Pas de gros suspens, je savais que Bruguera était au dessus. Et ce connard de Jim qui bat mon Sampras, pourtant en pleine bourre, en quart 6/4 5/7 6/4 6/4. Il se prendra le même score contre Bruguera en demi. Que j’étais content. Dégage Courier !

    95. J’aimais bien Muster. Mais de toute façon, même Casimir contre Chang aurait fait l’affaire pour moi. Chang mène 5/1 au premier set. Mordel de berde, il va pas recommencer. Muster se règle et plie l’affaire en 3 sets. Ouf. J’ai beaucoup aimé quand il a serré la main, un par un, des ramasseurs et des arbitres pour les remercier. C’était pas du fake à la Djoko qui fait son mec-le-plus-love-de-la-terre, nan c’était sincère. Muster est un mec simple. Le lendemain, il avait pris sa canne à pêche pour ferrer le poisson près de chez lui, Loin de l’agitation qu’un tel titre peut susciter.

    96. Stich avait battu Muster et Kafel avait mis un 6/0 à mon Sampras en demi. BURN !! Salaud de Kafel. J’ai pas regardé le 3e set, trop dégoûté.

    97. Sous le charme de Guga bien sûr. Un peu triste pour Bruguera qui m’avait tant fait plaisir en 93 en dégommant Courier. Mais l’histoire était tellement belle.

    98. Bof… à part Bruguera, les espagnols m’ennuient. Je trouve Moya plus intéressant. La poignée de main finale est belle avec Corretja qui vient relever son vainqueur puis la remise de la coupe par Pelé himself avec un petit échange de têtes avec ce dernier et les deux finalistes. Nous sommes à la veille de cette coupe du monde historique pour la bande à Zizou.

    99. Mon ex-chouchou gagne enfin. C’est beau. En plus Medvedev commet l’erreur fatale de battre mon Pete Sampras au deuxième tour et mon Guga en quart. Agassi, ç fond ! Je suis alors étudiant et je regarde la finale dans la salle télé de la résidence universitaire. Un étudiant ukrainien qui a scruté la finale avec nous quitte la salle dès la balle de match. Pfff… ces américains, ils achètent tout ! C’est truqué ! Vous voyez pas que c’est truqué ? Putain les français, vous êtes cons ! Qu’est devenu ce type ? Complotiste professionnel

    2000. Guga forever. Je n’aime pas trop Norman et surtout, comme Chamoulaud en fait son favori, j’ai envie qu’il d2gage. Ce « Chalumeau » a le chic pour aimer des joueurs que je d2teste (Chang, Courier puis ensuite Nadal devant lequel il doit se … faire des trucs). Bref… tout va bien. Sampras remporte Wimbledon ensuite pour devenir le meilleur de l’histoire. Vive le tennis

    2001. Guga encore mais je suis plus partagé. je me suis attaché à Corretja qui est un mec bien, très fair-play et je suis triste de le voir prendre une bulle au 5e. Mon Sampras devient nul… il y a quelque chose de pourri au royaume du tennis.

    2002. Pas compris et pas regardé la finale. Bof… j’aime bien le revers de Costa mais je m’en fous. Sur terre, je veux du Safin mais le russe est trop irrégulier.

    2003. Je suis en Corée. le pays ne retransmet le tournoi que sur des chaines payantes pour lesquelles il faut prendre un bouquet hors de prix pour ma modeste bourse. Je suis le livescore mais bof. Je voulais voir Coria contre Ferrero et pas cet illustre inconnu qu’est Verkerk. Mais nom d’un chien, c’est qui ce mec ? Avec Roberto Carretero. il gagne de titre de l’étoile la plus filante de la planète tennis.

    2004. En Corée, toujours. Pas de vidéo, pas de streamming à l’époque, ou si peu et de très mauvaise qualité. J’écoute « Radio Roland Garros » sur le site du tournoi. Il y a Benoit Maylin, Christophe Thoreau et quelques invités. C’est sympa… je me sens comme mon père qui écoutait les résultats du tour de France sur son transistor. « Et c’est la remontée triomphale vers Paris pour Louison Bobet qui remporte son troisième tour de France ». J’étais pour Coria. Je suis déception.

    2005-2006-2007-2008… Ben Nadal. Je ne l’ai jamais aimé puisqu’il a commencé, comme premier fait d’arme, à battre mon nouveau chouchou Roger à Miami. Je dis non mais il dit oui… c’est interminable ce règne. Il est pire que tous les Chang, les Courier et les Lendl du monde. Je m’en veux d’avoir tans gaspillé mon énergie vaudou sur ces trois là. Nom de Dieu… qu’il dégage !

    2009. Le miracle. Je crois qu’il me restait un peu de poudre vaudou. Soderling mérite une statue ou au moins un petit autel sur la plage arrière de ma voiture. Depuis, 2007, je peux regarder le tournoi à la télé. Tout va mieux. Un mois plus tard, Roger dépasse mon chouchou Sampras mais je ne lui en veux pas. Deux jours après cette finale de Wimbledon, c’est la naissance de ma fille. La vie est belle. Je suis sur un nuage.

    2010-2011-2012-2013-2014
    Pfff… ben voilà. Retour sur terre. Nadal est trop fort. Les seuls à pouvoir un peu lui donner du fil à retordre sont Roger (finale 2011) et Djoko (demie 2013)… c’est chiant, je ne regarde pas les finales 2013 et 2014… je suis gavé. Heureusement, il y a d’autres tournois. Djoko ne m’emballe pas plus mais je le déteste un peu moins que Nadal. Je le supporte par défaut quand Roger perd en cours de tournoi.

    2015. Putain d’ordinateur qui ma lâche. On vient de déménager et notre forfait télé vient de changer. On n’a plus LA chaîne du tennis, merde. Je vais dans un PC bang (cybercafé coréen) pour suivre la finale sur un streamming un peu bancal mais je vois l’essentiel. Je support Djoko seulement si c’est Nadal en face et là, c’est Waw. A 100% derrière le vaudois qui me fait bien plaisir. Les larmes de Djoko m’émeuvent tout de même. je crois que c’était vraiment sincère.

    2016 Le djokoslam. Je suis dans un resto avec des potes qui ne suivent pas le tennis. Le match est retransmis et on est aux premières loges, Un pote croit encore que c’est Agassi le numéro un mondial. D’autres croient que Murray est américain. Je me contiens, je suis très pédagogue et explique que le mec qui vient de gagner la finale a réalise un exploit invraisemblable. On me croirait pro-Djoko alors que que je n’ai d’yeux que pour notre Roger. -Il est fini Roger, me lance un ami peu avisé des choses du tennis. Je bafouille un peu, je lui dit qu’il est blessé et qu’il va revenir… sans y croire vraiment. Sale soirée. Patron, une bière !

    2017. Le retour du terreminotaure. Trop content de la victoire de Roger en Australie, je regarde cette finale avec bienveillance. Certes, c’est un de mes chouchous qui est en face mais je ne me fais guère d’illusion. Le match est plié. Il est 1h30 du mat chez moi… je me dis que j’aurais dû aller me coucher plus tôt. Je bosse le lendemain à 8h.

    2018. Nan mais merde, il va pas nous refaire une série de 5 le Rafa. Je regarde le premier set. Thiem est au bord de l’apoplexie. Je ne bosse pas le lendemain mais je m’en fous… je ne regarde pas jusqu’au bout. ma bienveillance de 2017 a ses limites. Il fait franchement yesh le taureau. Roger, bordel ressaisis-toi ! Il est sur tes talons.

    Voila, ça m’a fait plaisir de revenir sur ces dernières finales de roland qui ont fait de moi le fan de tennis que je suis.

    • Babolat 18 mai 2019 at 15:27

      Merde, il y a quelques coquilles, Mon clavier qwerty fait des siennes. J’espère que ce sera lisible pour tout le monde.

      • Perse 19 mai 2019 at 16:22

        Non seulement c’est lisible mais c’est un super commentaire, exhaustif et remplit d’anecdotes sympa. J’aime bien tous les clins d’oeil à Sampras dont l’idolâtrie est notre point commun.

        Pour moi mon premier souvenir de finale est 99 où toute la famille l’avait regardé et mes parents avaient pleurés, Agassi apparemment était une idole pour cette génération tandis que moi, qui l’avait vu en vrai contre Moya en 1/8 me laissait à 37°.

        A cette époque, RG était la sortie annuelle pour le premier week-end du tournoi et l’idole de la jeunesse était ce beau gosse de Ferrero, ses défaites contre Guga étaient un crève-coeur et les finales me faisaient moins vibrer.

        Mais RG 2000 et la prolongation étouffante en avait une finale mémorable même si Guga était nettement plus fort.

        2005: j’ai un souvenir net de Nadal qui bat un taureau furieux qui tape dans tout ce qui bouge.

        2010: j’avais été dégouté par Nadal qui avait une capacité à bégnéniser les obus de Soderling, un sentiment d’impuissance assez rare.

  24. Paulo 18 mai 2019 at 17:20

    Bon. Tout ce que j’espère maintenant, c’est que Djokovic va le corriger demain.

  25. Nath 18 mai 2019 at 20:26

    Je ne veux même pas savoir combien de temps cela peut prendre de préparer un tel article. Bravo et merci Rubens, je suis impressionnée !

    • Rubens 19 mai 2019 at 00:38

      Merci Nath, et merci à vous tous !

    • Nath 19 mai 2019 at 10:58

      Du coup j’en ai oublié de parler des finales qui m’ont le plus marquée. Bon, j’ai vu la victoire de Muster, celle d’Agassi, puis à peu près toutes les finales depuis 2007. Autant dire qu’en proportion, j’ai beaucoup vu Nadal soulever la coupe, et ruiner le suspense.

      Les finales que j’ai préférées sont, sans surprise la victoire d’Agassi sur Medvedev (dont je parle d’ailleurs dans un de mes articles) et celle de Stan sur Djokovic. Quant à la victoire de ce dernier, j’avais carrément oublié contre qui c’était. Murray était mon préféré des 4, je crois que mon cerveau a volontairement oublié ce match…

      Les deux victoires de Nadal qui m’ont le plus marquée par la domination exercée sont celles de 2008 et de 2017.

  26. Nathan 19 mai 2019 at 16:40

    C’est une défaite ? « Non Sire, c’est une branlée »… pour l’instant.

  27. Nathan 19 mai 2019 at 16:52

    Aucune balle de break contre lui, 9 balles de break pour lui, 31 points sur 46, 6/0, la destruction massive.

  28. Kristian 19 mai 2019 at 18:49

    Djokovic était parfois un peu mou, peut être que ses veillées nocturnes ont laissé des traces. Mais, en face, il s’est pris la foudre. Du très bon Nadal

    • Nath 19 mai 2019 at 19:47

      Nadal diesel en ce printemps européen ? J’ai trouvé ce match assez agréable à regarder finalement, même si je n’ai pas regardé absolument tous les points.

  29. Rubens 20 mai 2019 at 13:44

    J’ai entrevu la fin du tournoi de Rome. Nadal semble monter en puissance, mais la finale contre Djoko n’était pas terrible. J’ai surtout vu le quart et la demi de Djoko en soirée, contre Delpo et Schwartzman. Le Serbe n’était pas au mieux, mais son instinct de tueur est vraiment intact.

    J’ai du mal à voir un réel favori entre Nadal et Djoko à Roland, pour le coup sur cette finale de Rome Djoko était trop fatigué pour rivaliser. Attention à lui à Roland. S’il atteint la finale sans perdre trop d’énergie il peut aller au bout.

  30. Paulo 20 mai 2019 at 14:06

    Un petit point du classement Race à la veille de Roland Garros : si aux premières places on retrouve les inévitables Djokovic, Nadal et Federer (avec Tsitsipas intercalé, à la 3ème place), plusieurs joueurs ont désormais un retard conséquent :

    - A. Zverev, 17ème avec 880 points (l’an dernier à la même époque, il était… 1er avec 3135 pts)
    - D. Goffin 47ème (17ème avec 955 pts en mai 2018)
    - M. Cilic, 50ème avec 470 points (5ème avec 2010 pts)
    - K. Khachanov, 60ème avec 425 points (30ème avec 640 pts en mai 2018)
    - G. Dimitrov, 61ème avec 425 points (10ème avec 1275 pts)
    - K. Edmund, 71ème avec 365 points (11ème avec 1260 pts)
    - P. Carreno Busta 98ème avec 245 points (12ème avec 1135 pts)
    - S. Querrey 83ème avec 290 points (58ème avec 430 pts)

    Au-delà du top 100, on retrouve par exemple Mannarino (125 vs 66), Dzumhur (148 vs 60), Johnson (153 vs 37), Lopez (176 vs 54).

    Évidemment, ces « retards » sont compensés par de très belles progressions, notamment de jeunes joueurs.

    Quelques cas particuliers :
    Del Potro est 100ème, l’Argentin revenant de blessure… de même que Jack Sock, blessé en début d’année.
    Quant à Hyeon Chung, il n’a plus joué depuis février.
    Sur Dolgopolov, qui n’a plus joué depuis mai 2018, il est difficile d’avoir des informations, sinon (via Twitter) qu’il a adopté une nouvelle coupe de cheveux : https://pbs.twimg.com/media/Dy4z0XSX4AAGQ0I.jpg ; il semble que l’Ukrainien soit blessé.

  31. Elmar 21 mai 2019 at 16:55

    Apparemment, Roger s’est entraîné sans douleur sur le Chatrier aujourd’hui.
    Rassurant.

  32. Colin 22 mai 2019 at 15:55

    Passionnant et remarquable cet article Rubens. Il y aurait un paquet de choses à en dire, car chacun peut y retrouver ses propres souvenirs, à l’identique ou à l’opposé.
    D’abord, je commencerai par exprimer ma reconnaissance : un article qui accorde une si grande place à « La Finale De Roland-Garros 2004 », réponse d’un fameux quiz fondateur, ne peut avoir que ma plus grande sympathie.
    Ensuite, quelques remarques personnelles.
    1/ Pour moi, la finale de Roland-Garros, c’est très rarement le match le plus intéressant de la quinzaine.
    2/ Je n’ai pas vu toutes ces finales, mais celles qui m’ont le plus marqué sont :
    - 1983 évidemment (mais le quart contre Lendl était également un match d’anthologie, un peu trop oublié aujourd’hui),
    - 1984 bien sûr (je révisais mon bac – mais je ne pouvais m’empêcher de revenir vers la télé pour regarder la fin de chacun des 4 premiers sets, puis le cinquième intégralement! Pour la petite histoire, je soutenais Lendl, j’étais un peu idiot à l’époque mais curieusement cela ne m’a pas empêché d’avoir mon bac),
    - 1997, 2000 et 2001 (oui je l’avoue mon chouchou reste, désespérément, Guga)
    - 2011, même si évidemment le chef d’oeuvre ultime était la demie, résultat oblige. Mais, bon, jusqu’à la fin du 3ème set, j’y ai cru…

    3/ A l’opposé, celle qui m’a le plus gavé a été 1982. Un ennui infini. De quoi entrer en dépression… Alors qu’avec Borg, au moins, soit ça allait vite, soit il y avait du spectacle (cf. la finale contre Pecci en 79, d’ailleurs la première que j’ai vue en entier).

    4/ Parmi les finales dames, je me souviens des trois finales consécutives Evert / Navratilova de 84 à 86, puis de la victoire de Graff face à Navratilova en 87, celles de Seles sur Graff en 90 et 92, celle de Graff sur Hingis en 99 (qui dépassait largement le cadre d’un simple match de tennis, un peu comme le psychodrame Gaudio/Coria mais en mieux), et enfin la victoire de Pierce en 2000.
    5/ Et à l’opposé, celle de 1988 fut la pire (mais, heureusement, aussi la plus expéditive : 37 minutes ou quelque chose de ce genre).

    • Rubens 22 mai 2019 at 17:10

      Salut Colin,

      Bien d’accord sur Kuerten, je suis un fan de la première heure de Guga. Son aventure picaresque de 1997 reste l’un des plus beaux moments de l’histoire du tennis.

      Pour ton point 1, je me suis demandé justement pourquoi la finale était si souvent inintéressante, alors que le tournoi qui précédait ne l’était généralement pas (quelques exceptions en 75, 80, 86, 98, 2014, 2016, et d’autres sans doute, où c’est l’ensemble de la quinzaine qui est inintéressant).

      J’ai deux éléments, que je copie-colle d’un post précédent :

      – j’ai évoqué dans un précédent article la spécificité du palmarès du « French », avec beaucoup de tauliers qui n’ont pas réussi à briller ailleurs. La période 1989-2004 est éloquente sur ce point. Alors que sur les autres GC, les n°1 et 2 mondiaux sont en général les meilleurs du monde, et une finale idéale n’est rien d’autre qu’une finale qui les oppose. En 2000, le Kuerten-Norman était bien la finale idéale, mais l’un et l’autre étaient 5 et 7 à l’ATP, ou un truc de ce genre. La grosse surprise aurait été une finale Sampras-Agassi, alors qu’ils étaient bien 1 et 2 à l’ATP. A partir de là, il est fréquent que le titre parisien se joue avant la finale.

      – Borg et Nadal ont dominé le jeu sur TB pendant des années, avec une marge qui n’a pas d’équivalent sur les autres GC. Le seul « vrai » gros match de Rafa à Roland, pour moi, c’est sa demi contre Djoko en 2013. Parmi les matchs récents qui ont vraiment marqué le public de Roland, je crois, il y a le Fed-Djoko de 2011, le Murray-Djoko de 2015, le Murray-Wawrinka de 2017 (match monumental, j’étais loin d’imaginer que ce serait pratiquement la fin pour l’un et l’autre…), bref des matchs où Rafa n’apparaît pas. Il a placé la barre trop haut. Idem pour Borg, sur une période plus courte. Pas de rival, dont pas de finale digne de ce nom.

    • Rubens 22 mai 2019 at 17:20

      Ah oui, les finales dames… Il faudrait un autre article, mais le tennis féminin ne fait pas l’objet de beaucoup d’articles ici. A la fin des années 90 c’aurait été sans doute différent.

      J’avais beaucoup aimé la finale de 2010 entre Schiavone et Stosur. L’Italienne avait un magnifique tennis d’attaquante de TB, au tie-break du deuxième elle s’était totalement lâchée, c’était beau.

      • ConnorsFan 23 mai 2019 at 01:21

        Ma finale féminine préférée, tous tournois confondus : la finale de Roland-Garros 1992 entre Graf et Seles, remportée par Seles 6-2, 3-6, 10-8.

    • Colin 22 mai 2019 at 17:48

      Oui j’ai failli mettre le Schiavone / Stosur dans ma liste, mais ça aurait été tricher car je n’ai vu que la toute fin du match (magnifique).

      • Rubens 22 mai 2019 at 18:19

        J’en profite pour préciser, car je ne l’ai pas encore fait, que j’ai vu un tiers seulement des finales dont je parle, que j’en ai vu un deuxième tiers en non complet (seulement des bouts) et que pour le troisième tiers, je n’ai rien vu du tout. Je restitue des éléments pris à droite à gauche.

  33. Mat4 23 mai 2019 at 11:02

    Merci, Rubens, très bel article.

    Car la mémoire, à mon âge, devient défaillante. J’ai oublié la plus grande partie des finales que j’avais regardées — je me rappelle, pourtant, un match Borg-Solomon en… quand était-ce ? — quand Solomon, ne pouvait tenir l’échange; Victor Pecci, qui prend une manche à Borg ; un Lendl, qui jouait avec une raquette relativement moderne face à la Donnay du Suédois… Puis je suis parti à l’étranger et j’ai manqué beaucoup de tennis.

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