Analyse de Mats

By  | 10 juillet 2020 | 45 Comments | Filed under: Actualité, Histoire, Regards

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Mac et Mats

Camp de base « tennis » d’une durée d’un mois, à l’été 1991. J’ai 14 ans. L’entraineur nous accueille durant le mois dans sa propriété, où il a notamment fait construire un terrain de tennis. On en bouffe 5 à 7 heures par jour, sauf quand on joue des matchs.

Ce jour-là, il pleut. On reste à la maison. Mais on n’a pas le temps de se demander comment tuer le temps, l’entraineur nous amène deux cassettes vidéo, du papier et de quoi écrire.

  • Analyse de match.
  • C’est quoi le match ?
  • Lendl-Wilander, finale de l’US 1988. Trop long pour tenir sur une seule cassette.
  • T’as pas McEnroe à nous proposer plutôt ? On va se faire ch… avec des échanges à n’en plus finir !
  • Vous êtes là pour progresser en tennis, vous n’êtes pas là pour vous reposer. Et puisque la météo nous empêche d’aller sur le court, on va travailler l’intelligence de jeu.
  • Et McEnroe, c’est donc un imbécile sur le court ?!
  • Pour te répondre précisément, oui, Mac est un imbécile sur le court. Pas en dehors, c’est un amateur d’art plutôt cultivé. Mais sur le court c’est d’abord un sale gosse qui mérite des paires de claques en cadence bien plus que des victoires. Et il ne réfléchit pas, il impose son jeu et c’est tout. Il a perdu beaucoup de matchs en voulant imposer son jeu, sauf que ça ne marche pas à chaque fois. Il serait capable de jouer autrement, mais il préfère perdre en faisant service-volée et retour-volée. Donc oui c’est un imbécile sur le court.
  • Tu dis ça parce que tu ne comprends rien à McEnroe. C’est un génie !
  • En effet, je ne sais pas vous enseigner McEnroe. Personne ne sait enseigner McEnroe car personne ne comprend comment il fait. Il ne vous est pas interdit d’essayer mais je ne vous serai d’aucune utilité.
  • Et Lendl et Wilander sont plus accessibles ?
  • Oui, parce qu’ils réfléchissent sur un court. Le coup de poignet est inégalement réparti sur la planète, mais l’intelligence est mieux répartie. Je ne connais pas de génies et d’idiots du cerveau. Je ne connais que des gens qui utilisent leur cerveau, et d’autres qui ne l’utilisent pas. Je veux que vous fassiez partie de ceux qui utilisent leur cerveau, du moins sur le terrain (le reste ne me regarde pas).
  • Si je comprends bien, regarder McEnroe, ce n’est que du plaisir ?
  • Oui. C’est comme regarder un blockbuster. Quand vous regardez Batman vous trouvez ça génial, mais vous savez que c’est une fiction et vous ne vous demandez pas comment il fait pour voler. Le piège avec McEnroe c’est que c’est un humain, donc il vous donne l’illusion que vous pourriez faire comme lui. Mais c’est faux, c’est un génie inimitable, les experts les plus pointus en biomécanique se demandent comment il peut défier à ce point les lois de l’équilibre. Regardez McEnroe comme vous regardez Batman, c’est-à-dire comme un extraterrestre. Et moi, votre entraineur, je considère que ce serait une grave erreur de vous donner l’illusion qu’il y a quelque chose à apprendre de McEnroe. Laissez-moi vous épargner le suspense, vous n’avez pas son poignet et vous ne l’aurez jamais. Par contre, vous devez pouvoir être capables de réfléchir comme Wilander, c’est un autre talent, aussi fécond d’ailleurs (Wilander a autant de Grands Chelem que McEnroe) mais ce talent-là est à votre portée. Et de la même manière que je vous passe tous les soirs un film qui vous fait réfléchir plutôt qu’un blockbuster, je vous passe un match qui va vous faire réfléchir plutôt qu’un match qui vous fera juste passer le temps.

[note : la veille, il nous avait passé La poursuite impitoyable d’Arthur Penn, je me rappelle encore de la claque cinématographique que j’ai prise ce jour-là]

On se met à l’ouvrage. Nous sommes six, et nous opérons une division du travail, trois pour Lendl et trois pour Wilander. Le tirage au sort m’affecte Wilander. Mon boulot, c’est d’observer et de compter les zones visées par Wilander, au service et dans l’échange. Il apparaît rapidement que Mats n’évite par le coup droit d’Ivan, en revanche il ne lui joue jamais deux fois la même balle et Lendl a du mal à se régler en coup droit. Par contre, la statistique restée fameuse du match, c’est que Mats est monté 130 fois au filet pendant le match, ce qui met à mal sa réputation de crocodile. Et ses 130 montées, beaucoup sur des revers slicés, se sont faites essentiellement sur le revers d’Ivan.

Je ressors de la (longue…) séance avec la certitude qu’il existe une alternative à l’évitement du point fort de l’adversaire, on peut aussi le pilonner, mais en variant les longueurs, les trajectoires et les effets, c’est là qu’on voit ce qui reste d’un « point fort ». Je ne compte plus les joueurs désolés de leur prestation du jour, parce qu’ils ont beaucoup raté en coup droit alors que c’est leur point fort. Et les commentateurs de s’étonner qu’ils ratent autant en coup droit, concluant qu’ils sont dans un mauvais jour…

Les tâcherons de la terre, dont Wilander est un des représentants les plus fameux, n’ont jamais eu la reconnaissance qu’ils méritaient. Vainqueur de 7 couronnes majeures, il a sa place parmi les grands, mais personne ne se rend compte de sa présence.

Il y a au moins trois raisons à cela.

 

Il n’a pas gagné Wimbledon

C’est exact, il n’a même jamais dépassé les quarts de finale. Cela étant, son doublé à l’Open d’Australie de 1983-1984 mérite pour le moins qu’on s’attarde sur ses capacités sur gazon. En l’occurrence, il n’y a pas à aller chercher bien loin les raisons de ce paradoxe apparent. Mats a lui-même expliqué que le gazon n’était pas sa surface naturelle, et qu’il avait besoin d’une longue période d’entrainement pour ajuster ses déplacements, ses temps de réaction, ses retours et ses passings.

Ce temps, il l’avait en amont de l’Open d’Australie, disputé à l’époque mi-décembre. En 1983 Wilander s’est présenté à Melbourne en ayant en vue la finale de la Coupe Davis (l’Australie allait recevoir la Suède sur ce même gazon de Kooyong), il s’est préparé doublement. Le résultat est une splendide victoire, et au vu du parcours de Mats la légitimité de sa victoire ne saurait être remise en cause :

  • Ben Testerman, demi-finaliste de l’Open d’Australie l’année suivante ;
  • Roscoe Tanner, certes vieillissant, mais ancien finaliste de Wimbledon et ancien vainqueur en Australie ;
  • Paul McNamee, solide attaquant australien ;
  • Johan Kriek, double tenant du titre ;
  • John McEnroe, qu’on ne présente pas, qui sort de deux victoires consécutives en tournoi et qui vivra face à Wilander sa dernière défaite avant six mois, du côté de Roland Garros ;
  • Ivan Lendl.

Ce temps d’adaptation a toujours manqué à Mats Wilander s’agissant de Wimbledon. A l’exception de 1986, ses longs parcours parisiens (cinq finales et une demi-finale entre 1982 et 1988), le repos nécessaire qu’il s’autorisait, et les deux semaines seulement séparant Roland Garros et Wimbledon, le privèrent de plus grandes ambitions du côté du Temple londonien.

Quoi qu’il en soit, les échecs répétés de Mats à Wimbledon alimentent le flou sur sa stature de grand champion. Vu de France, d’Angleterre ou des Etats-Unis, la levée australienne n’a jamais eu le prestige de Wimbledon, et le prestige ne s’achète pas. Peu importe que le parcours de Wilander en Australie en 1983 ait été autrement plus dense que celui de McEnroe à Wimbledon cette année-là. Le décalage horaire obligeait les fans à des veillées nocturnes pour regarder le tournoi, et encore il ne fut diffusé en France qu’à partir de l’année suivante. S’ajoutent les souvenirs d’une longue période où les Australiens, dans leur phase de domination (1950-1975 en gros), disputaient un quasi-tournoi national. Bref, le fait que l’Open d’Australie n’a pas imprimé la rétine des fans non-australiens n’aide pas à évaluer la levée des Antipodes, et par suite la carrière de Mats Wilander, à leur juste valeur.

Une petite anecdote, en apparence sans rapport, à propos de Laver et Rosewall. Un journaliste leur demanda un jour, simultanément et séparément, de citer leurs plus beaux affrontements. A la surprise du journaliste, les deux rivaux et amis ne mentionnèrent que des matchs de la période 1964-1966, le sommet de leur rivalité, la période au cours de laquelle chacun des deux obligeait l’autre à se surpasser techniquement et tactiquement pour l’emporter. Le journaliste leur tendit alors une perche en évoquant la finale WCT de Dallas en 1972, LE match de leur rivalité, que beaucoup avaient vu. Ils répondirent en chœur qu’ils étaient ravis de s’affronter enfin devant un public nombreux et devant les chaines de télévision, ravis aussi d’avoir prolongé les débats jusqu’au tie-break du cinquième set ; mais l’un et l’autre, à ce moment-là, étaient en déclin sur le plan physique et ils ne pouvaient mettre ce match sur le même plan. A les entendre, leur rivalité, et la suprématie du tennis dans les années 60, s’est jouée lors d’obscures tournées devant quelques dizaines de spectateurs, et non dans le grand faste de Dallas en 1972.

Je mentionne cet épisode pour rappeler que pendant longtemps les fans de la petite balle jaune n’ont pas eu l’occasion de voir beaucoup de tennis à la télévision, que beaucoup de ce qui s’est passé leur a échappé, et que ce qui a échappé est parfois plus beau et plus important encore que ce qu’ils ont eu sous les yeux.

 

Son règne a été très court

Dans la galaxie restreinte des multi-vainqueurs en Grand Chelem, Mats Wilander fait exception. A compter de son premier sacre parisien de 1982, il a eu besoin de 6 années et de 7 couronnes majeures pour devenir n°1 mondial, ce qui constitue un double record. Top 5 à 18 ans, top 3 récurrent pendant les cinq années qui ont suivi, Mats a connu une période d’embuscade plus longue que tous ses collègues. Toujours placé, parfois gagnant, mais la place de n°1 mondial, occupée successivement par Connors, McEnroe et Lendl, était bien au chaud. Hormis en 1983 (année où il remporta 9 titres), Mats ne fût jamais un vainqueur de tournois prolifique, échouant presque partout en fait, sauf en Grand Chelem, où la distance des cinq sets le rendait redoutable. Sa fabuleuse moisson de 1988, d’ailleurs, illustre cette tendance de manière caricaturale : cinq titres cette année-là, dont le Petit Chelem, sans oublier le Lipton de Key Biscayne, « cinquième Grand Chelem » puisqu’il se jouait en sept tours au meilleur ces cinq sets. Mats gagnait peu, trop peu pour inquiéter le roi Lendl (33 titres pour le Suédois, 94 pour le Tchécoslovaque) ou pour s’approcher du trône, mais il savait gagner quand ça comptait.

Dans ces conditions, le Suédois n’a quasiment pas été perçu dans les vestiaires comme l’homme à abattre, le meneur, le maître, celui qu’on rêvait de faire tomber de son trône sans savoir comment s’y prendre. Il l’a peut-être été au cours des semaines précédant cet US Open 1988, alors qu’il avait clairement en ligne de mire la place de n°1 mondial ; là oui il inspirait la crainte de ses pairs. Dans son autobiographie, Agassi mentionne d’ailleurs Wilander comme le joueur dominant de cette saison-là.

Quant à son règne… Mais peut-on même parler de règne ? Son règne a en fait pris fin à l’instant où il a commencé. Passée cette fabuleuse victoire sur le maître des lieux à l’US Open 1988, Mats Wilander a décliné très rapidement, sans la moindre blessure, parce qu’il avait le sentiment plus ou moins diffus d’être arrivé au bout de son chemin au plus haut niveau. Il n’avait plus aucun objectif à se fixer. Et il n’est pas plus exact de parler de déclin que de règne, tant Mats a fait peine à voir lors des deux ou trois saisons qui ont suivi. Sa carrière était terminée.

 

Son jeu ne faisait rêver personne

L’argument principal visant à diminuer la valeur réelle des 7 trophées majeurs de Wilander est que l’Open d’Australie a toujours été à la traîne en termes de prestige, et que les deux titres down under de Mats en 1983 et 1984 ne valent pas grand-chose, en tout cas moins que deux titres à Wimbledon. Admettons. Mais j’attends donc le même raisonnement concernant Stefan Edberg, dont les deux titres à Kooyong (1985 et 1987) ne vaudraient donc pas grand-chose non plus, et qui n’est donc le détenteur que de 4 VRAIS titres en Grand Chelem, à Wimbledon et à l’US Open ; au hasard, nettement derrière Becker donc.

Il n’y a pas à chercher bien loin les raisons des préférences du grand public : le jeu d’attaque, avec sa flamboyance et son panache, aura toujours les faveurs du plus grand nombre, quand bien même un tennis plus austère et réfléchi démontrerait toute son efficacité. En dépit de la sympathie qu’inspirait Mats Wilander (auquel son geste de remettre deux balles face à Clerc en demi-finale de Roland Garros 1982 n’est pas étranger), son jeu de Kasparov du tennis a ennuyé beaucoup plus qu’il n’a ébloui. C’est injuste pour lui, mais c’est ainsi.

J’avais 10 ans en 1987, lorsque j’ai vu Wilander marcher sur Noah et Becker à Roland Garros. Il dégageait une force tranquille impressionnante, une cohérence entre le corps et la tête. Son comportement était d’ailleurs en totale adéquation avec son jeu. Nul besoin de faire des yeux de chien perdu, de jeter des regards implorants vers son clan ou de serrer le poing sans arrêt. Quand Mats se prenait un coup droit gagnant, il ne bronchait pas, il était juste attentif à ne pas offrir trop de balles faciles sur le coup droit, afin que ça ne se reproduise pas trop souvent. Moyennant quoi, un Mats ayant pilonné le coup droit adverse pendant tout un match avait encaissé 8 coups droits gagnants, mais provoqué 40 fautes directes (gain net 32 points). Le commentateur pouvait digresser sur la piètre qualité du match adverse, avec un coup droit aussi éblouissant comment pouvait-il en rater autant, quel gâchis, etc. Et Mats n’allait pas voir le commentateur ensuite pour lui expliquer le tennis. Gagner en silence lui suffisait.

J’adorais ce type, bien avant de devoir plancher par écrit sur les replis stratégiques de son match contre Lendl en 1988. Concentré uniquement sur le point à venir, sur la dynamique générale du match. Quand ça n’allait pas, que changer pour inverser la tendance. Rien d’autre. A l’œil nu, son jeu était une purge. Sa popularité relative, il la doit à sa sportivité, plusieurs représentantes de la gent féminine me firent aussi remarquer qu’elles n’étaient pas insensibles à son charme scandinave. Mais pour moi, il a été une influence majeure. Sur le terrain, il m’est arrivé de ne rien faire sortir de la raquette, et de ne pas pouvoir poser mon jeu d’attaquant. Je sortais alors mon Wilander, je pilonnais méthodiquement le point fort adverse en variant les trajectoires et les longueurs de balles, tout en sécurité, sans rien tenter d’extraordinaire. In petto, je me disais que ce que je faisais était absolument dégueulasse, je me marrais en silence. Mais je relativisais en voyant le score tourner en ma faveur. Et j’avais alors une petite pensée pour Mats et pour mon entraineur. Merci les gars. Winning ugly, ça a du bon quand même.

 

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Grand passionné de tennis depuis 30 ans.

45 Responses to Analyse de Mats

  1. Perse 10 juillet 2020 at 18:03

    Quel plaisir que cet article qui font la qualité du blog! C’est convaincant, et il y a une belle contributions d’anecdotes personnelle et d’analyses tennistique.

    Bien qu’étant né en RFA, mon arrivée au tennis date de 1997, Wilander était déjà totalement estompé dans l’esprit des gens. Je ne connais que le consultant d’Eurosport dont plusieurs ici taclent ses analyses erronées et bateau selon eux. Mais c’est vrai qu’il a toujours une prestance que beaucoup de sportifs n’ont pas.

    Pour le winning Ugly, la marque est déposée par Brad Gilbert, un comtemporain américain qui a toujours assumé cyniquement d’avoir eu une carrière bien meilleure que son talent et son travail méritait en faisant dégoupiller ses adversaires. C’est surtout en coachant Agassi qu’il s’est fait sa notoriété.

    L’anecdote à propos de Rosewall et Laver est également très marquante, et contribue à montrer qu’il est difficile d’avoir une vérité entièrement objective, que le médium ou l’air du temps a un effet considérable. Par exemple, je pense que le fait que Laver a réalisé le GC inflate considérablement sa carrière, car vu d’aujourd’hui effectivement un GC en tennis serait un exploit considérable, bien plus qu’à l’époque. Serena Williams en 2014 peut en témoigner.

    La carrière de Laver est collossale, pourtant si on lit Bud Collins ou d’autres historiens du sport, Rosewall n’a absolument rien à lui envier et aux US, Pancho Gonzales était l’autre Titan de l’époque dont la mémoire est balayé en raison de son « latinisme », manque de talent médiatique et alcoolisme.

  2. Colin 10 juillet 2020 at 19:19

    Mâtin quel article… Je l’ai lu, puis je vais le relire et le rerelire, et le garder bien au chaud pour le ressortir de temps en temps. Merveille d’écriture, qui arrive à nous passionner pour un sujet pourtant aussi austère que la culture des bigorneaux en Colombie Britannique dans les années 1910. Wilander, quoi… La machine lance-balles ultime… Pour reprendre l’analogie cinématographique***, se payer un match de Mats, c’était un peu comme regarder un film de Théo Angelopoulos sans les sous-titres, pendant 4h45.
    Visiblement, toi tu avais les sous-titres, et tu nous en fais profiter 30 ans après.
    Merci aussi pour l’anecdote Laver/Rosewall et surtout ce qu’elle dit. Finalement, Laver c’était Djokovic, Rosewall c’était Federer, et Pancho Gonzales c’était Nadal. Ou l’inverse.

    ***A ce sujet je ne peux qu’avoir la plus grande sympathie pour quelqu’un qui projette à ses jeunes élèves « La Poursuite Impitoyable » d’Arthur Penn pour leur apprendre à connaître les tréfonds de l’âme humaine.

  3. Paulo 10 juillet 2020 at 19:46

    Bel article, Rubens. je m’apprêtais à écrire mon commentaire quand j’ai vu que Colin m’avait précédé en décrivant si bien le sentiment que m’inspirait Wilander à l’époque :-D … ça c’est fait, merci Colin !

    J’allais quand même te renvoyer, Rubens, à l’article de Colin (encore lui) sur la « valeur » relative des GC et l’évolution de cette « valeur » au cours du temps… pour mémoire, je remets le lien vers son commentaire-article sur le sujet : http://www.15-lovetennis.com/?p=21215&cpage=1#comment-230452 (et commentaire au-dessus pour agrandir le graphique)
    Cela dit, effectivement, en 83 Mats se dépatouille d’un joli saut d’obstacles pour s’adjuger le titre. Vu le classement du tournoi cette année-là (35 sur 100…), cela semble signifier qu’il s’est coltiné tous les bons – et donc ses adversaires, les mauvais. Bref, il a eu de la chance, d’une certaine façon, puisque le niveau de ses adversaires ne lui a jamais permis de s’endormir, ce qui n’a pas forcément été le cas de Mac et de Lendl. Je ne sais pas si tu me suis…

    Un peu plus sérieusement, quand en carrière on n’a pas dépassé les quarts à Wimbledon on traîne un sacré boulet, quand même. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’autres triples vainqueurs de Roland n’ayant jamais dépassé les quarts à Wimbledon… ce qui signifie que Mats avait vraiment de gros gros problèmes d’adaptation au gazon (ou à Londres ?).

    Sur l’explication que tu avances quant au manque de reconnaissance dont il pâtit, oui et non :
    Sur le fait que n’étant pas un attaquant il en aurait été pénalisé, peut-être – je ne suis pas le mieux placé pour juger,
    Mais il est d’autres aspects, factuels, qui à mon sens entrent en ligne de compte : si je reprends ton exemple d’Edberg, ce dernier, même bloqué à 4 « vrais » Grands Chelems, a fini l’année n°1 par deux fois, contre une à Mats ; il a remporté le Masters, pas Mats ; il a été un bien meilleur joueur de double (numéro un en double, davantage de titres) ; il remporte plus de titres en tout (41 vs 33) et nettement plus de matches (801 vs 571) ; et même si c’est subjectif, le fait que Wimbledon soit souvent considéré comme le plus grand tournoi du monde – devant Roland donc – joue en sa faveur. Certes, cela rejoint l’argument « profil de crocodile » vs « profil d’attaquant » avec lequel tu n’es pas d’accord.

    PS : vous aviez un sacré entraîneur, quand même, pour vous mener de la sorte, à 14 ans o_O

  4. Rubens 10 juillet 2020 at 23:59

    Salut les tauliers, ravi que ça vous ait plu. De manière plus ou moins subliminale, le sujet Wilander était déjà venu dans la discussion. Il était grand temps que je fasse ce petit coming out, Wilander est tout sauf anodin pour moi.

    Paulo, oui j’arrive à te suivre pour l’AO 83. A grand peine hein, je m’y suis repris à deux fois avant de piger… Mais en gros je comprends. Quant à tous les chiffres, les tiens comme ceux de Colin, je les connais, mais là tu te bases sur des chiffres pour me dire qu’Edberg ne doit pas être oublié par rapport à Wilander. A vrai dire, je ne me souvenais même plus que Mats avait fini 1988 à la première place, je croyais que Lendl avait repris son bien avant la fin de l’année, en effet le croquemort a repris son trône à l’issue de l’AO 89. S’agissant de Mats, je ne suis même pas certain que lui-même se souvienne de ce détail… En 89, Lendl a fini à la première place, Becker avec deux victoires majeures n’a pas fini n°1, il n’a d’ailleurs jamais fini n°1 en fin d’année. Doit-on en conclure que Becker est inférieur à Wilander ?

    Donc il y a la vérité brute des chiffres, et il y a le ressenti des uns et des autres, qui débouche naturellement sur l’invocation de chiffres pour dire que X est supérieur à Y. Mon propos, dans cet article, n’est pas de dire que Wilander est le GOAT, ou qu’il est meilleur qu’Edberg ou McEnroe. Mon propos, c’est de me dresser contre une tendance lourde de mon époque, désormais omniprésente chez les fans de tennis, qui consiste à glorifier le génie aux dépens de la stratégie. Mais comment en vouloir au public quand les commentateurs eux-mêmes ne comprennent rien à ce qui se passe sur le terrain ? Mats Wilander est un génie, au même titre que McEnroe, Edberg, Becker, Lendl. Parce que sentir le coup juste au bon moment, c’est du génie, et le faire sans faiblir pendant cinq heures s’il le faut, c’est hors normes. Je ne l’ai pas précisé dans l’article, mais cinq heures de comptes d’apothicaires sur un Lendl/Wilander, on était totalement rincés. Et on se demandait, à propos de Mats et d’Ivan, mais de quel métal sont faits ces types pour faire un match pareil ?

    Et comme je n’ai pas vu grand monde ici pour rappeler ce génie-là, j’ai voulu le faire à ma manière, en étant bien conscient que je suis tout sauf neutre, et que Wilander arrive à un moment bien précis de mon histoire personnelle. Pour le reste, les classements ne m’intéressent pas.

    Et sinon, mon entraineur… Ben ouais, il était comme ça avec nous. Exigeant et paternel. Essayant de nous ouvrir sur le monde. Encaissant – et nous apprenant à encaisser nous-mêmes – notre niveau de jeu parfois pitoyable. Nous apprenant à faire quelque chose de notre médiocrité du jour. Ne supportant pas qu’on laisse notre cerveau au repos. Nous racontant l’histoire du sport en Algérie française dans les années 50-60. Nous donnant à lire les classiques de la contre-culture américaine (La poursuite impitoyable ne vient pas de nulle part). Je lui dois énormément.

    • Paulo 11 juillet 2020 at 18:17

      Edberg, j’en parle parce que tu l’as évoqué dans ton article pour dire en substance que si beaucoup de gens le considèrent comme supérieur à Wilander, c’est à cause de son jeu d’attaque. Je pense que si cet aspect des choses peut effectivement jouer, des critères objectifs vont aussi dans ce sens.
      Si le nombre d’années terminées comme n°1 ne veut pas dire grand-chose, je pense quand même que le fait que :
      - Edberg a été n°1 pendant 72 semaines contre 20 à Wilander,
      - il a gagné nettement plus de matches que Wilander (déjà dit)
      - conséquence du point précédent, il a fini 10 fois l’année dans le top 10, contre 7 à Wilander (dont 2 fois n°1 et 2 fois n°2)
      - le Masters, le double,
      l’ensemble fait qu’Edberg me semble mériter objectivement d’être considéré comme un plus grand joueur que son compatriote, même si finalement on parle quand même de deux champions. Ce qui a manifestement plombé Wilander est que comme tu l’écris son règne a en fait pris fin à l’instant où il a commencé, fin 88.

      Cela dit, je comprends bien ton propos consistant à réhabiliter Wilander en mettant en avant son intelligence de jeu. 5 heures à se coltiner un Lendl-Wilander à quatorze ans, il faut bien que ça débouche sur quelque chose :mrgreen:

      • Perse 11 juillet 2020 at 19:12

        « Si le nombre d’années terminées comme n°1 ne veut pas dire grand-chose »

        Cette assertion est assez osée tout de même, être numéro 1 en fin d’année signifie bel et bien que l’on est le meilleur joueur de la saison selon le barème de l’ATP. Certes on peut ergoter sur le mode de calcul mais je pense que cet élément pèse lourd dans la détermination d’une carrière même si ce n’est pas corrélé directement avec de l’argent et des titres.

        En outre, la pression d’être numéro 1 est incomparable avec tout autre classement, t’attribuant de facto la cible à abattre. Beaucoup de champion l’ont mal supporté tels que Wilander ou Becker, d’autres l’ont adoré comme Sampras, Connors ou bien Federer. Pour moi le nombre de saison fini numéro 1 est au contraire significatif de la domination sur son champs et serait l’élément qui discriminerait le Panthéon des dieux majeurs des mineurs. Dans le premier appartiennent le Big 3, Lendl, Connors, Sampras et McEnroe (4x !) tandis que le second contient Becker, Edberg etc… Borg est la seule exception en entrant dans le Panthéon majeur.

        • Paulo 13 juillet 2020 at 20:26

          Cette assertion, c’est Rubens qui l’a émise, au départ (il parle de « détail »). Alors j’ai donné le nombre de semaines comme numéro un, sans doute plus parlant que le nombre d’années terminées comme n°1.
          Cela dit, je pense quand même que finir une saison numéro un n’est pas un détail pour les joueurs : on le voit bien quand ils sont au coude à coude au mois d’octobre, et quand ils reçoivent le trophée du numéro un de l’ATP.
          Becker n’a jamais fini l’année numéro un, et n’a occupé cette place que 12 semaines en tout – contre 20 à Wilander. pas de différence significative à ce niveau donc entre les deux joueurs. Et pour moi Becker est un meilleur joueur que Wilander, parce qu’il a remporté 3 Masters et que son ratio de victoires contre le top 10 est impressionnant (65%). En plus il surclasse nettement le Suédois dans le face à face, par 7 victoires à 3. Il a juste eu la malchance d’une carrière plombée par les blessures.

          • Perse 13 juillet 2020 at 23:15

            Nous écrivons la même chose. Becker et Wilander ont une carrière similaire à la fin des fin même si la domination et la révolution induite par son service furent plus marquante que celle du Suédois.

          • Rubens 14 juillet 2020 at 21:12

            Rubens a émis cette assertion en effet, dans le contexte de la fin de l’année 88 de Wilander. Symboliquement, il n’est resté n°1 mondial qu’une semaine, et le fait qu’il l’ait encore été 19 autres semaines n’a pas grande importance puisqu’il était déjà parti mentalement.

            Que Wilander ait été n°1 mondial en fin de saison ne pèse pas bien lourd par rapport à son Petit Chelem cette année-là. S’il avait gagné, dans cet ordre, Roland, l’US et l’Open d’Australie dans le contexte de 88-89, il serait probablement devenu n°1 mondial fin janvier 89, ce qui serait un exploit en tous points similaire à celui qu’il a réalisé. Tout comme le 4 à la suite du Djoker, n’en déplaise à Rod Laver, est aussi difficile à réaliser que celui de ce dernier en 69. Si j’étais Nole d’ailleurs, plutôt que de faire dire des insanités à mon père, je lui aurais fait rappeler à Rocket que son Grand Chelem à lui s’est déroulé sur deux surfaces seulement. C’eût été peu aimable, mais pour le coup c’eût été exact.

            Le seul point qui me gêne un peu, c’est quand vous enveloppez votre discours de chiffres et que vous dîtes ensuite que votre propos est « objectif ». Mon brûlot pro-Wilander est tout sauf objectif, mais les vôtres, ici pro-Edberg ou pro-Becker, ne le sont pas davantage. Je pourrais répondre à votre « objectivité » des chiffres et des faits tout aussi objectifs plaidant en faveur de Wilander. Mais le sujet dépasse, de loin, le seul Wilander. Je maintiens qu’à palmarès sensiblement égaux, vous avez une préférence pour les attaquants par rapport aux défenseurs. Ou, autre hypothèse, vous avez une préférence pour Wimbledon aux dépens de Roland Garros. C’est tout à fait respectable. Mais ça demande juste à être un peu nuancé.

            Concernant Becker, son jeu était révolutionnaire en effet. Et il l’aurait été tout autant s’il n’avait remporté que Wimbledon 1985. Mais vous prenez un bon exemple avec Becker, puisqu’il n’a jamais été n°1 mondial en fin d’année, et qu’il a été n°1 encore plus brièvement que Wilander. Vous êtes pourtant fortement tentés de le placer devant Wilander. Et je note donc que la longévité en tant que n°1 est un argument contre Wilander, mais pas contre Becker… d’où ma question ci-dessus.

            • Paulo 15 juillet 2020 at 09:29

              Houla…

              Eh, Rubens, c’est toi qui mets Becker sur la table, pas nous… (pareil pour Edberg, d’ailleurs) perso je ne fais que reprendre tes arguments, ici.

              Oui je préfère les attaquants, et oui, je suis forcément subjectif à un moment.
              Mais note que je reconnais sans peine que Lendl (c’était il y a quelques jours) est un meilleur joueur que Mac – en simple du moins -, justement parce que les chiffres principaux sont en sa faveur. Ce sont les mêmes que je reprends ici : nombre de GC, de Masters, de semaines comme n°1, nombre total de tournois, nombre total de matches remportés, voire % de victoires contre des top 10. On peut discuter de la pertinence de ces chiffres, certains l’ont fait, mais ce sont ceux qui sont reconnus à peu près partout comme étant significatifs.
              Et être subjectif ne signifie pas forcément refuser toute objectivité et toute rationalité…
              Pour en revenir à la comparaison Becker-Wilander, leur nombre de semaines respectif comme n°1 n’est pas significativement différent : 12 et 20, c’est dans les mêmes eaux. Tandis que 72 pour Edberg, ça commence déjà à faire une différence. Pareil, entre Lendl, Sampras et Connors (270, 286 et 268), je n’ai jamais considéré que la différence était significative : on est dans les mêmes eaux. Même Federer pourrait être mis dans la même catégorie, totalisant seulement 15% de semaines de plus que Connors.
              Tu dis pouvoir montrer, chiffres à l’appui, que Wilander vaut bien Becket ou Edberg. Why not ? Ne t’abrite pas derrière notre préférence pour les attaquants pour disqualifier d’avance toute discussion basée sur les chiffres… ce que je reconnais pour Lendl (ou Djoko aujourd’hui), je peux le reconnaître pour Mats, mais encore me faut-il de la matière ;-)

    • Paulo 11 juillet 2020 at 18:20

      Ah oui, sinon j’en profite pour dire que ton anecdote (qui n’en était sans doute pas une à l’époque) sur Laver et Rosewall, leur rivalité au top alors que personne ou presque ne voyait leurs matches, est très intéressante. Ceux qui ont vu ces matches ont dû se régaler…

    • Paulo 11 juillet 2020 at 18:24

      Ah oui, aussi pour Edberg, un truc que je lis sur sa fiche Wikipédia est qu’il a fait le Grand Chelem junior en 1983. (bon d’accord, on connaît plein de joueurs ayant gagné des GC en junior et qui n’ont rien fait ou presque chez les grands)

  5. Rubens 11 juillet 2020 at 10:36

    Concernant l’anecdote Laver/Rosewall, elle a son importance effectivement. Les deux monstres des années 60 ont connu leur apogée commune à une époque où ils étaient interdits des stades de Grand Chelem. Ce qui est resté dans la mémoire collective, c’est la mythique passe de quatre de Laver en 1969. L’exploit était sans doute à la portée de Pancho dans les années 50, de Rosewall au début des années 60. Mais voilà, ça leur a été interdit. Attention tout de même, je ne dis pas qu’ils l’auraient fait. Si leur carrière s’était déroulée dans les conditions « normales » du Grand Chelem, ils auraient probablement dominé leur époque au niveau palmarès, mais la pression inhérente à l’exploit ultime aurait considérablement pesé sur leurs épaules. Entre Laver et Djokovic, nous avons eu quelques champions d’envergure qui ont semblé être de taille à réaliser le quatre à la suite, et aucun n’y est parvenu, ce qui n’est pas anodin.

    Mais un champion, aussi grand soit-il, n’est rien d’autre que le champion de son époque. Connors, Borg, Sampras, ont des palmarès qui reflètent leur époque. Sampras est aujourd’hui enfoncé dans les chiffres par le trio d’aujourd’hui, il n’en reste pas moins LE grand champion des années 90, à savoir qu’il a exercé une domination récurrente et durable sur son époque. Et ses échecs répétés à Roland ne changent pas grand chose à cette réalité. Qu’aurait été le palmarès de Sampras s’il avait connu les grands tamis dès son enfance, si sa thalassémie avait été traitée comme on sait la traiter aujourd’hui, s’il avait eu la chambre à oxygène de Djoko ? On n’en sait rien, on ne peut faire que des abstractions. Je me risquerai à dire que sa carrière aurait sans doute été rallongée, et donc potentiellement sa domination aussi. Mais en vérité je n’en sais strictement rien.

    Les champions des années 80 ne sont aujourd’hui détenteurs d’aucun record significatif, hormis l’âge de Chang à RG 1989. Mais en examinant les choses de plus près, un champion comme Lendl, par exemple, a eu comme rivaux Connors et McEnroe, puis Wilander, Edberg et Becker. 5 joueurs ayant au final au moins six couronnes majeures chacun. Comparons avec Sampras, qui a une dizaine d’années de moins. Sur la période de domination de Pete, un seul autre joueur, Agassi, se distingue de la sorte (Edberg et Becker n’apparaissent qu’au début de cette période, et Courier n’a pas duré au sommet). Un autre indice, les années 80 n’ont vu que deux « one-shoters », Noah et Cash, se glisser dans le palmarès. Je ne compterai même pas les one-shoters de la période Sampras, ils sont innombrables.

    Selon nos sensibilités, nous en conclurons que Sampras a écrasé la concurrence plus que Lendl, et qu’il est donc logique qu’il n’ait laissé que des miettes de palmarès à ses rivaux. Ou au contraire que Lendl a eu à faire avec une concurrence beaucoup plus relevée que Sampras.

    Donc les débats sur le GOAT et les classements des champions goatesques, je n’y participe qu’à la marge, parce que chaque époque impose à son champion des éléments de contexte qu’il ne maîtrise pas à l’échelle de l’histoire.

    • Perse 11 juillet 2020 at 15:04

      Bonne conclusion. Le tennis de l’ère Open a une histoire suffisamment longue pour déterminer un panthéon mais l’intérêt d’un classement perde de son sens à l’instar des sports collectifs.

      En tout cas, là on se plaint d’une baisse de niveau dans la presse écrite, au niveau du bac etc… J’aimerai tout de même tiré mon chapeau à Eurosport pour cette série éditoriale « Les Grands Récits » bien écrite, riche d’inforéation, avec une multiplicité d’angles qui font très plaisir. A l’instar de l’Equipe Explore, ce sont des productions qui honorent la profession.

      https://www.eurosport.fr/omnisport/episode-par-episode-l-integrale-des-grands-recits_sto7069878/story.shtml

      • Rubens 12 juillet 2020 at 23:40

        Toutafé, super série. Mais j’ai l’impression que l’écriture d’articles prenant un peu de hauteur par rapport à l’actualité est un luxe que très peu de journalistes peuvent aujourd’hui se permettre…

        • Perse 15 juillet 2020 at 22:53

          C’est certain mais j’ai rarement pensé qu’Eurosport se fichait de la figure de son public, c’est même eux qui m’ont fait tomber amoureux du saut à ski!

  6. Paulo 11 juillet 2020 at 18:32

    Selon nos sensibilités, nous en conclurons que Sampras a écrasé la concurrence plus que Lendl, et qu’il est donc logique qu’il n’ait laissé que des miettes de palmarès à ses rivaux. Ou au contraire que Lendl a eu à faire avec une concurrence beaucoup plus relevée que Sampras.

    Tu as parfaitement résumé les choses, et ma conclusion est : on ne peut pas savoir, par définition. C’est vrai pour toutes les comparaisons entre générations : le GOAT n’existe pas.

  7. Sebastien 12 juillet 2020 at 19:52

    C’est un article magnifique, mêlant chronique intime de vie et plein d’anecdotes et d’observations techniques. Wilander pour moi, c’était le consultant qui se plante systématiquement et paraît avoir 75 ans.

    Pourrait-on dire que Wilander était un Borg en beaucoup moins talentueux, et sans le physique surnaturel de son aîné ? J’entends l’argument de la fatigue de Roland, mais Borg et dans une moindre mesure Nadal réussissaient le passage de l’un à l’autre. Peut-être que Wilander aurait dû jouer à Wimbledon comme il a joué face à Lendl en finale à New-York en 1988 ?
    J’ai également lu une remarque d’Edberg qui disait que le gazon australien et celui de Wimbledon étaient assez différents :
    Pour être honnête, il m’a fallu un peu plus de temps pour être vraiment performant à Wimbledon. En Australie, l’herbe était un peu différente. L’ambiance aussi. Les rebonds étaient catastrophiques là-bas, il ne fallait que volleyer et ça m’allait bien. A Wimbledon, c’était différent.

    • Rubens 12 juillet 2020 at 23:34

      Salut Sébastien,

      Les gazons de Wimbledon étaient assez différents en effet. Mais les jardiniers étaient les mêmes, et les terrains aussi au départ. Ce qui changeait, c’est le climat, très chaud et très sec à Melbourne, ce qui avait pour effet de rendre le sol craquelé. En plantant ton talon dans le gazon de Kooyong, tu faisais un trou (d’où les faux-rebonds), alors qu’à Wimbledon le climat humide rend le gazon beaucoup plus mousseux, et ton trou est vite recouvert.

      Mais j’ai aussi entendu qu’en 1993, l’absence de pluie avait augmenté la hauteur du rebond de Wimbledon. Certains ont dit que ça avait avantagé Courier. Je ne sais pas si c’est vrai. En tout cas, quand Edberg dit que monter au filet lui permettait de court-circuiter les faux-rebonds de Kooyong, ça me semble être du bon sens !

  8. Rubens 15 juillet 2020 at 15:17

    Salut Paulo,

    Le problème avec ma prose, c’est que sans forcément m’en rendre compte, je ne te réponds pas seulement à toi, je réponds à l’ensemble de ce qui a été écrit sur ce forum depuis le début. Notamment ici : http://www.15-lovetennis.com/?p=838&cpage=3

    Le but de cet article, c’est de démontrer que jouer intelligemment, c’est aussi productif que de faire des coups hallucinants. Qu’à la fin, ça peut produire des palmarès comparables. Et que ça mérite autant le respect.

    Je suis profondément réactionnaire, au sens premier du terme. Ce qui signifie que je suis en réaction contre certaines des tendances lourdes de mon époque, comme par exemple dresser des listes et des classements sur à peu près tout, y compris sur des sujets hautement périlleux comme le classement des champions à travers les époques. Ce qui n’a, je crois, pas beaucoup de sens. C’est bien moi en effet qui ai convoqué Edberg et Becker dans notre discussion. Mais c’est Perse et toi qui vous sentez obligés de mettre des > et des <.

    Concernant les chiffres de Mats, je t'en citerai quatre :

    - Il est l'un des deux seuls joueurs de l'histoire du tennis, avec Nadal, à compter au moins deux victoires sur chacune des trois surfaces du Grand Chelem (dur, gazon, TB). Ils peuvent être rejoints par Djoko s'il gagne un deuxième titre à Paris (j'y crois moins pour Roger…). Pour être tout à fait honnête, rappelons que le Grand Chelem ne s’est joué que sur deux surfaces jusqu’en 1974.

    - Je souriais quand tu me parlais du GC junior d'Edberg. Peut-être est-il utile de rappeler qu'au même âge, Mats remportait son premier GC chez les adultes…

    - Mats ne détient pas le record de précocité sur le premier titre, il a été dépassé par Becker et par Chang. En revanche, Mats est le plus jeune de tous à avoir remporté un deuxième titre ailleurs que son premier : 19 ans et 4 mois à l’Open d’Australie 1983. Le deuxième, je crois, est Borg, qui avait 20 ans et 1 mois quand il a gagné son premier Wimbledon en 1976.

    - Dans le même ordre d’idée, Wilander est le plus jeune joueur à avoir détenu simultanément deux titres du Grand Chelem, à 20 ans et 9 mois. En gagnant à Roland Garros en 1985, il en gagnait même deux consécutivement, puisqu’il avait gagné l’Open d’Australie en décembre 1984. Sur ce terrain, c’est Lleyton Hewitt qui le seconde, l’Australien avait 21 ans et 4 mois quand il gagna Wimbledon en 2002, après l’US Open 2001.

    Je te laisse déterminer, dans l'hypothèse où ça te semblerait important, si ces accomplissements sont plus importants ou pas que le nombre de semaines, ou de fins de saisons, à la place de n°1 mondial. Les performances de Wilander, ce sont des performances marquantes avant tout par l’âge auquel il les a réalisées. A ce sujet, j’ai d’ailleurs lu un certain nombre de fois que Borg et McEnroe sont souvent convoqués à la table des meilleurs joueurs de tous les temps, avec l’argument qu’ils ont interrompu leur carrière au plus haut niveau alors qu’ils étaient encore très jeunes (25 ans pour le Suédois, 26 ans pour l’Américain), et qu’ils auraient certainement garni leurs étagères bien plus encore s’ils avaient prolongé leur effort. Je ne m’étends pas sur l’argument lui-même, il ne me semble pas très convaincant, Borg et McEnroe ont d’autres arguments, sans faire appel à une projection sur une poursuite de leur carrière qui n’a pas existé. Mais surtout, je n’entends jamais le même regret concernant Wilander, qui a connu son apogée et son déclin immédiat à 24 ans seulement. Et comme l’homme, qui était globalement très apprécié, n’est pas en cause, c’est bien son jeu qui pose problème, ou bien le fait que son palmarès (en particulier trois titres à Paris, mais aucun à Wimbledon) n’est pas apprécié à sa juste valeur.

    Les semaines comme n°1 mondial…

    C’est un critère en effet, mais à prendre avec des pincettes car il n’est pas forcément représentatif d’un rapport de forces réel. Surtout avant 1990, avec l’ancien système de classement basé sur la moyenne des résultats. Mais le système actuel n'est pas exempt d'erreurs flagrantes.

    En 1977, Connors a fini n°1 mondial avec 7 titres et 2 finales en GC, alors que Vilas présentait un bilan de 15 titres et 2 victoires en GC. Ce qui est une ineptie totale. Sampras, en 1998, s’est battu comme un fou pour battre le record de Jimbo (cinq fois consécutivement n°1 mondial en fin de saison), obtenu dans des conditions qui n’étaient pas du tout les mêmes. La force d’inertie de ce système de classement d’avant-1990 était absolument énorme. Il n’y a pas toujours eu un n°1 mondial dictatorial qui écrase la concurrence, ni même un duel au sommet entre deux monstres qui s’affrontent sans arrêt.

    Connors, par contre, n’a pas fini n°1 mondial en 1982, alors qu’il l’aurait mérité au vu de ses résultats. Mais surtout, quand on regarde le Jimbo de 1974 et celui de 1982, c’est celui de 1982 qui joue le mieux, parce qu’il a considérablement étoffé son jeu et ouvert de nouvelles possibilités tactiques.

    Nous sommes d’accord apparemment pour dire que Lendl est l’un des n°1 mondiaux qui ont été particulièrement difficiles à déboulonner, au même titre que Sampras, Federer, Nadal ou Djokovic. Il a été n°1 pendant des années, il s’enquillait sans sourciller un ou deux GC par an, et une dizaine de titres, bref, l’homme dominant du circuit. McEnroe l’a été aussi, mais sur une période beaucoup plus courte. Au moment où Becker et Edberg sont arrivés à maturité, Ivan était déjà sur la pente descendante. Stefan n’en reste pas moins un n°1 mondial récurrent entre 1990 et 1992, mais il ne m’a pas laissé la même impression de « taulier » que Lendl précédemment, ou que Sampras ensuite. J’ajoute qu’avec 72 semaines dans le fauteuil de n°1, Edberg se situe dans les mêmes eaux que Courier ou Hewitt, deux joueurs qu’il surpasse nettement en termes de palmarès.

    Je ne sais plus si c’est avec toi que j’ai rappelé que Murray, n°4 mondial au lendemain de sa finale de Wimbledon 2012, cumulait plus de points que Marcelo Rios au moment où il est devenu n°1 mondial en 1998. Pourquoi ? Parce que la place de n°1 mondial était beaucoup plus chère en juillet 2012 qu’en mars 1998.

    Le Sampras de Wimbledon 1999 est nettement plus impressionnant que celui de Wimbledon 1993 sur le plan du jeu. Mais en 1999, Agassi lui prend sa place de n°1 au lendemain de leur finale de Wimbledon, alors qu’en 1993 Sampras confirme sa place de n°1 récemment acquise.

    Donc, quand tu invoques le nombre de semaines comme n°1 mondial, ou le fait-même qu’un joueur soit n°1 mondial, oui je tique. Quand tu touilles bien l’ensemble des critères susceptibles de désigner le GOAT, ou même les critères de comparaison entre différents champions de la même époque, tu arrives à une mélasse difficile à manipuler. Et quand tu extrais des chiffres de cette mélasse, aussi incontestables soient ces chiffres, tu les prends en fonction d’une idée de départ, et tu trouveras bien les chiffres qui conforteront ton idée. Ce que beaucoup de monde fait aujourd'hui.

    • Perse 16 juillet 2020 at 15:46

      Rubens,

      Je suis désolé que tu penses que je mégote quant à la carrière de Wilander qui est effectivement sous-évaluée à l’heure actuelle au vu des arguments forts pertinents et divers que tu as exposé. Mais je n’ai pas mis des «  » à l’un ou à l’autre avec une prétention d’objectivité.

      Je me range plutôt à tes arguments de les mettre dans la même catégorie et ma subjectivité et ma jeunesse me font pencher pour Becker d’un point de vue préférentiel puisqu’il jouait encore quand j’été petit.

      Je pense qu’une raison supplémentaire à ce manque de reconnaissance est la précocité des succès de Wilander à une époque où le tennis et le sport spectacle n’étaient qu’à l’aube de l’importance dans les consciences qu’il atteindra à partir des 90′s. Le décalage de 3-4 ans avec Edberg et Becker, le fait que Becker a réussi à gagner jusqu’au mitan des 90′s expliquent une part de leur notoriété plus importante que Mats.

      • Rubens 16 juillet 2020 at 22:43

        Salut Perse,

        Nous avons tous évidemment le prisme déformant de ce que nous avons vécu ou pas. Si tu as vécu Becker en fin de carrière, c’est normal que tu penses davantage à lui. Mais je crois que la manière dont il a pris d’assaut Wimbledon en 85 a marqué les esprits, et cet exploit a de toute façon traversé les générations. Becker a par ailleurs un tennis révolutionnaire en 85, bien plus que Wilander en 82 (copié dans ses grandes largeurs sur celui de Borg), avec pour Becker un service canon et le point joué en deux coups de raquette. Du jamais vu à l’époque.

        Je suis presque d’accord avec toi pour l’émergence du sport spectacle. Mon seul contre-exemple, ce serait le Borg-McEnroe de 1980, que je n’ai pas vécu (et toi non plus j’imagine) mais qui nous est restitué intact, 40 ans plus tard, comme le plus grand match de tous les temps. Et qui se trouve, comme par hasard, être une finale de Wimbledon.

        Attention, hein, je ne dis pas qu’il n’était pas magnifique ce match, entendons-nous bien ! Mais je me demandais s’il aurait rassemblé autant de suffrages si ce match, avec les mêmes acteurs, le même suspense et le même score, avait été la finale de Roland Garros un mois plus tôt ? Ferait-il aujourd’hui partie du patrimoine de l’Unesco, un biopic en aurait-il été tiré ? Une chose est certaine, Nelson Mandela ne l’aurait pas vu depuis sa cellule, le tournoi français étant beaucoup moins diffusé que son homologue anglais.

        J’ai crayonné ici (https://www.15-lovetennis.com/?p=21187) quelques éléments évoquant le mépris avec lequel l’establishment anglo-saxon du tennis a traité le « French » au cours des années 70. Mais peut-être, au-delà de l’émergence du sport-spectacle, que c’est le tennis lui-même qui était beaucoup moins diffusé qu’il ne l’est aujourd’hui. J’ignore si Roland Garros était diffusé aux Etats-Unis et en Angleterre dans les années 80. Et s’il ne l’était pas, il n’est pas étonnant que les publics américain et anglais ait cru de bonne foi les illettrés qui tenaient l’antenne et qui ignoraient qu’il se passait aussi des choses à Paris. Peut-être, dans ces conditions, Wilander a t-il été perçu à l’US 1988 comme un « jeune qui monte »… pour redescendre aussitôt donc.

        Mais ici en France, l’explication ne vaut pas !

    • Paulo 17 juillet 2020 at 14:00

      Le but de cet article, c’est de démontrer que jouer intelligemment, c’est aussi productif que de faire des coups hallucinants. Qu’à la fin, ça peut produire des palmarès comparables. Et que ça mérite autant le respect.
      Ça mérite le respect, sans aucun doute. Je préfère un tennis offensif, fluide et « facile », mais je sais parfaitement que même Federer, qui en est l’illustration moderne, a dû travailler dur pour pouvoir jouer ce tennis. Et j’admire tous les joueurs qui à force de travail font progresser leur jeu, y compris Raonic, y compris Gilles Simon (qui réussit à faire des services-volées très corrects quand il veut désormais !), y compris évidemment Wilander.
      Palmarès qui force le respect, sans aucun doute. Je n’irai pas jusqu’à dire comparable :-) mais superbe palmarès, oui.
      Jouer intelligemment ? Oui bien sûr, même si jouer pour faire rater l’autre, c’est un concept qui m’est complètement étranger, peut-être parce que mon tempérament est celui d’un attaquant – au tennis du moins ; au foot, je faisais tout : défense, distribution, buts (à mon très modeste niveau). Tu en as déjà parlé, tu as appelé ça à juste titre winning ugly ; comptablement, c’est irréfutable, puisque tu gagnes et un match, c’est fait pour être gagné (mais n’est-ce pas aussi fait pour prendre du plaisir, et/ou en donner à ceux qui regardent ?). Le seul intérêt que j’y vois, en dehors de gagner le match façon Djoko-Wimbledon-2020, c’est que ça oblige ton adversaire à s’améliorer : ben oui quoi, s’il rate 3 fois sur 4 c’est que son coup « fort » n’est pas si fort que ça !

      Pour ce qui est des «  » vis à vis d’Edberg ou Becker,je crois que c’est toi qui les introduis implicitement quand tu écris Mais j’attends donc le même raisonnement concernant Stefan Edberg, dont les deux titres à Kooyong (1985 et 1987) ne vaudraient donc pas grand-chose non plus, et qui n’est donc le détenteur que de 4 VRAIS titres en Grand Chelem, à Wimbledon et à l’US Open ; au hasard, nettement derrière Becker donc. Au minimum, tu ouvres la discussion. De toute façon, quand on commence à parler de la carrière d’un joueur, il est très difficile de ne pas prendre de base de comparaison. S’il s’agit juste de dire que Wilander (ou un autre) a eu une très belle carrière épicétou, alors je crois que tout le monde ne peut qu’être d’accord.

      Sur les arguments que tu avances, ils me semblent faibles – désolé :

      - les 2 GC mini sur 3 surfaces différentes, c’est un de ces « records » dont sont avides les médias, qui en inventent sans cesse de nouveaux pour faire monter la mayonnaise ; c’est surtout depuis que Nadal l’a fait que certains s’excitent sur ce « record », mais moi ça ne me fait ni chaud ni froid.

      - Wilander a été l’un des meilleurs, sinon le meilleur jeune joueur (sur le circuit principal) : OK, bravo à lui. Mais perso quu’un joueur ait fait sa carrière avant 25 ans, entre 20 et 30 ou même après 35 ans, ça m’est un peu égal. Le bilan, je le regarde à la fin.

      - sur le nombre de semaines comme numéro un :
      a- je ne connais pas la façon dont le classement était fait avant 90, donc j’aurai du mal à me prononcer
      b- même s’il est imparfait, le système actuel me paraît globalement bon, ou pour le dire autrement, le moins mauvais qu’on puisse concevoir ; et si des améliorations sont possibles, cela joue à la marge. En clair, je crois que le nombre de semaines comme n°1, au moins depuis 90 donc, est représentatif de quelque chose. Ce n’est à mon sens pas le seul critère à prendre en compte (le nb de GC, de Masters, voire de Masters 1000, des indicateurs comme le % de victoires/numéro un… sont aussi à prendre en compte), mais il veut dire quelque chose. Si on commence à introduire des coefficients pour chaque surface – ce que tu fais implicitement quand tu dis que remporter deux GC sur 3 surfaces différentes est à prendre en compte – alors on n’en sort plus. Un joueur joue en fonction des surfaces à disposition à son époque, pas de celles existant à des époques différentes…

      [pour le GC junior d'Edberg, je précise que j'ai donné cette info comme élément de réponse possible, entre autres, à ta question de savoir pourquoi tant de gens mettent Edberg devant Wilander - perso ce GC junior ne me fait ni chaud ni froid]

      Pour finir, je ne suis pas intéressé par le classement du GOAT : mes remarques ont porté uniquement sur Edberg et Becker, deux joueurs de la génération de Wilander. Car si je n’ai jamais caché qu’à mes yeux les comparaisons intergénérationnelles ne veulent pas dire grand-chose – donc le débat sur le GOAT est biaisé dès le départ – je pense qu’il est néanmoins possible de comparer (ou d’essayer de le faire) des joueurs de la même génération.

      Pour ce qui est du lien que tu mets au début de ton commentaire, je suis mort de rire :-) : il y a 432 commentaires sous cet article ! et désolé mais même avec la meilleure volonté du monde je ne vais pas me taper ces 432 commentaires pour voir précisément à qui et sur quoi tu réponds… tu es décidément un passionné, c’est le moins qu’on puisse dire !

      Bonne journée.

    • Don J 20 juillet 2020 at 16:18

      c’est trop fort de relire ces commentaires de 2009, hallucinant de voir les commentaires qui prédisent la retraite de federer à 32 ans comme sampras, rétrospectivement !!!!

  9. Rubens 17 juillet 2020 at 16:56

    Salut Paulo,

    Pour les 432 commentaires, il me semble avoir zoomé sur la page 3 des commentaires. La discussion endiablée sur Wilander arrive vers le milieu de la page 3 (mais peut-être n’as-tu pas les mêmes paramétrages que moi, je crois que j’ai 100 commentaires par page). Oui, passionné, je le suis, sans aucun doute… mais toi aussi non ?

    Dans le post précédent, j’ai sans doute été brouillon. Je t’ai cité plein de cas où la place de n°1 ne revient pas au joueur dominant, ou du moins ça n’a rien d’évident. C’était juste pour illustrer que ce critère, comme tous les autres, n’est pas forcément représentatif d’un rapport de forces, bien qu’indiscutable d’un point de vue arithmétique.

    J’aurais pu te citer l’exemple de début 96, avec Sampras et Agassi qui se livrent une hallucinante joute au sommet depuis des mois. Ils se sont retrouvés 7 fois en finale de tournois, chacun empêchant l’autre de réellement prendre le dessus, et le privant des points du vainqueur en le battant. Le résultat ? C’est que Muster, n°3, est devenu n°1 quelques semaines, en ayant gagné l’immense majorité de ses points sur terre battue. C’est à ce moment-là qu’a émergé une discussion au sein de l’ATP pour proposer un classement par surface, afin d’éviter ce genre de situation. Solution finalement non retenue.

    Pour les GC remportés sur trois surfaces, je vois ce que tu veux dire sur l’effet « tarte à la crème » avec les records. Mais pour le coup, c’est un bon exemple de la non-transposition des records et des carrières d’une époque à une autre. Les années 80 ont représenté un âge d’or pour les équipementiers, avec les tenues, mais aussi avec les raquettes. Chacun avait sa raquette, adaptée à son jeu et seulement à son jeu, et les oppositions de style étaient beaucoup plus marquées qu’aujourd’hui. Au point que tous les champions que nous citons, avec leurs raquettes respectives, pouvaient, selon le terrain, être ultra-avantagés sur certaines surfaces, mais ultra-désavantagés sur d’autres. Avec la raquette de Wilander, il était quasi-impossible de faire un ace, par contre elle offrait beaucoup de contrôle, au détriment de la puissance. La raquette de Becker, évidemment, c’était exactement l’inverse. La Poulet Sportif de Noah était intermédiaire, et ainsi de suite. Dans ces conditions, je suis comme beaucoup, je ne suis pas capable d’expliquer comment Mats a pu gagner deux levées australiennes sur le gazon de Kooyong (j’aimerais beaucoup voir sa demi face à Mac en 83, en entier évidemment), mais je constate qu’il est le seul de cette époque à avoir gagné ainsi, à deux reprises, sur le terrain le plus défavorable à son jeu. Et comme je le disais, ce n’est pas parce que nous n’avons pas eu les matchs retransmis que nous devons en minimiser l’importance. Donc oui, gagner sur les trois surfaces à cette époque, aucun autre n’y est arrivé, et donc oui ça me semble significatif.

    Et enfin, pour l’âge du capitaine… La période contemporaine est tellement différente que les années 80 semblent nous renvoyer à un autre sport. Mesurer l’ampleur d’une victoire en Grand Chelem à 18 ans n’est pas simple. On ne se rend pas compte, au-delà de leur style de jeu, à quel point ces ados étaient mâtures dans leur tête, au point d’être capables aussi tôt d’extraire le meilleur de leur jeu. C’est particulièrement visible pour Becker, dans le registre « prise de la Bastille à coups d’épaules ». Mais Borg, Wilander et Chang, sans avoir un tennis aussi puissant, c’est aussi fort car le mental pèse d’un poids énorme sur leur exploit. Le blindage mental nécessaire pour faire craquer Vilas à son propre jeu, ça n’a rien de spectaculaire à l’œil nu, mais c’est hors du commun.

    Et enfin, pour Edberg qui n’aurait que 4 titres, je me suis sans doute mal exprimé. J’ai voulu faire une frappe préventive (dès l’article, d’ailleurs) contre une relativisation des 7 titres majeurs de Mats, sur le mode « oui, mais il y a deux AO là-dedans ». Mon propos n’est justement pas de contester les 6 grands titres d’Edberg. Mais donc de ne pas contester non plus les 7 de Wilander.

    Tu noteras, au passage, que jamais je n’avance le nombre de titres du Grand Chelem (7 pour Mats, 6 pour Stefan et Boris) comme un argument… Il a à peu près autant de valeur pour moi que le nombre de semaines comme n°1, à savoir que ça ne vaut pas rien, mais que ça reste sujet à caution.

  10. Montagne 21 juillet 2020 at 11:20

    Quel article et quels commentaires, je suis impressionné!!
    Mais le plus grand plaisir c’est de voir sur la photo la tête du sinistre tchèque.

  11. Colin 24 juillet 2020 at 20:17

    Oh oh mais c’est que 15-love a fait sa petite coupe d’été… Jolie cette nouvelle police.

  12. Sam 27 juillet 2020 at 11:04

    10mn de connexion estivale pour dire merci à Rubens, pour ce chouette article sur le sympathique Matsou, qui n’évite malheureusement pas d’ouvrir la porte au scandaleux Lendl Bashing trop habituel sur ce site, les auteurs se gardant bien de rappeler que la victoire d’Ivan à Wimbledon 87 est au moins aussi balèze que les deux OA du petit suédois ….

  13. Paulo 27 juillet 2020 at 11:56

    Tiens, l’US Open a aussi mis en ligne des matches en intégralité sur sa chaîne YouTube.
    J’en ai profité pour me taper le Wawrinka-Djokovic de 2016, que je n’avais pas vu à l’époque pour cause de décalage horaire.
    On n’a pas les stats des winners/UE, mais je ne trouve pas le match d’une si grande qualité que cela. Il est arrivé à Stan de jouer mieux. Quant au Djoker, il me semble qu’il perd le match tout seul : d’un niveau très irrégulier, tantôt injouable (à toute vitesse, très long, placé…), tantôt des fautes grossières. Surtout aux moments importants : 13 ou 14 balles de break dont seulement 3 converties… quand Stan n’en obtient que 9 mais en convertit 6 !
    Manifestement, c’est surtout dans la tête de Djoko que ce match s’est joué… n’aurait-il pas pu plutôt gagner cette finale, et perdre celle de Wimbledon 2019 ?

    • Elmar 27 juillet 2020 at 21:42

      Le match était médiocre, tout comme le tennis de Djoko pendant tout cet US Open où il doit sa présence en finale à une conjonction de peur inspirée aux adversaires, d’abandons et wo en cascade et d’un Monfils surréaliste en demi.
      Sauf erreur de ma part, c’est au GC suivant qu’il perd contre Istomin et commence sa série noire.
      Bref, un mauvais Djoko et un Stan crispé, qui a vomi genre 10 minutes avant de rentrer sur le court. C’est LA finale que Stan n’avait pas le droit de perdre étant donné les circonstances.

  14. Guillaume 31 juillet 2020 at 15:12

    Sans l’avoir connu en activité, je n’en ai pas moins une tendresse certaine pour Matsou. D’abord parce que le joueur était un modèle d’intelligence de jeu, et que le cheminement réalisé pour passer du limeur de RG82 au serveur-volleyeur de la finale de l’US88 est admirable et n’a que peu (n’a pas ?) d’équivalents dans l’histoire du jeu. Mats, c’est le type qui n’avait rien de réellement exceptionnel dans sa palette – rien qu’on n’ait jamais vu avant, en tout cas – sauf son cerveau. Lendl avait un coup droit hors normes pour son époque, Mc était un génie au filet, Becker avait son service… Mats, lui, avait la tête pour jouer dans la même cour qu’eux (qu’il soit aussi mauvais analyste du jeu actuel est, eu égard à tout ce qui précède, un mystère pour moi). Beaucoup d’admiration pour le champion, donc. Et un attachement certain pour l’homme. Un chic type, un parcours humain touchant, quelqu’un de généreux (bcp d’initiatives pas médiatisées pour un sou), pas grande gueule ni grosse tête pour un sou. A ce titre, je lui dois un de mes meilleurs souvenirs pro, longue itw réalisée en 2013 après un match de Senior Tour : on est au self, il mange un morceau, et je le verrai longtemps, emporté par son récit et appuyant ses propos en faisant de grands moulinets de bras, bout de pain trempé de sauce dans la main. Et Pernfors, assis à côté, se marrant de voir ainsi son pote si exalté.

    Sur le débat qui s’est ensuivi : effectivement, il me semble compliqué d’établir des hiérarchies quand les palmarès sont si semblables. 6GC ou 7, est-ce que ça fait vraiment une différence ? 20 semaines ou 12, itou ? Mats, Mac, Becker, Edberg évoluent tous pour moi dans les mêmes eaux. Vouloir les classer, c’est entrer dans le jeu des sensibilités personnelles pour distinguer l’un ou l’autre (par ex: « j’accorde plus d’importance au fait d’avoir été n°1 72 semaines » vs « j’accorde plus d’importance au fait d’avoir connu une saison dominante comme celle de Mats en 88″). Quand les écarts chiffrés, factuels, sont si minces, la part de subjectivité, mais aussi de circonstances, d’aléatoire, pèse de tout son poids. Et je ne vous dis pas alors si on essaie de comparer des joueurs d’époques différentes :lol:

  15. Montagne 31 juillet 2020 at 16:21

    Et si « j’accorde plus d’importance au fait d’avoir été n°1 72 semaines « vs « j’accorde plus d’importance au fait d’avoir connu une saison dominante comme celle de Mats en 88″ était en fait la traduction de : « Si j’étais un champion de tennis de haut niveau c’est telle version que j’aurais préféré dans ma carrière.
    Je pense que ce n’est en rien la recherche d’un critère objectif, mais bien ce que mon ego aurait préféré si j’avais été un champion.

    Critère valable aussi dans d’autres domaines : aurais je préféré être Roger Federer ou Pelé ? Jean Pierre Rives ou Bernatd Hinault ? Plutôt que Merckx était il plus fort que Coppi ou Suzanne Langlen meilleure que Chris Evert ?

    En ce qui me concerne, au tennis j’aurais préféré, du point de vue sportif être l’homme d’un exploit (Style Johansson), qu’un joueur installé pendant 10 ou 12 ans dans les 20 ou 30 meilleurs mondiaux (genre Jiri Novak ou Todd Martin).

    Plutôt Noah que Grosjean (dont, d’ailleurs, à ma surprise, le quizz sur les demi-finalistes de Grands Chelems m’a fait découvrir qu’il avait deux fois plus de demi que Noah -4 contre 2-).

  16. Rubens 31 juillet 2020 at 16:31

    Salut Guillaume,

    Sur ta synthèse de fin de post : pas mieux ! Je me suis juste insurgé contre le fait que quand les anciens champions sont convoqués dans une discussion, Connors, Mac, Edberg et Becker sont généralement cités. Lendl ne l’est pas (ou en tout cas pas souvent), pour des raisons confessionnelles propres à ce site, ça me fait bien marrer. Mais Wilander ne l’est pas non plus, et c’est là que je tique un peu plus.

    Pour les analyses actuelles de Mats, je dissocie ses chroniques girouettes dans l’Equipe, de son travail de coach (où il a échoué dans les grandes largeurs). Pour ses chroniques, il a lui-même expliqué qu’il se plante souvent, et clairement ce n’est pas ce qu’il fait de mieux.

    Pour ses échecs en tant que coach (Safin, Golovin, Mathieu), là c’est beaucoup plus intéressant. J’ai une vague idée, qui n’est sûrement pas une vérité absolue.

    Au-delà de ce que je lis sur ce site, je constate que de nombreux fans de tennis ayant connu les années 80 sont plutôt nostalgiques de cette époque. Epoque de caractères, avec un arbitrage alors en voie de professionnalisation. Epoque de jeux aussi, puisque les contrastes de jeux étaient beaucoup plus marqués qu’aujourd’hui. Entretemps, nous sommes passés aux grands tamis, qui permettent de frapper beaucoup plus fort tout en conservant un grand contrôle ; à de nouveaux standards de professionnalisme aussi, qui ont rallongé les carrières et permis une meilleure gestion des blessures. Bref, aujourd’hui ça va plus vite, beaucoup plus vite. Mais la vitesse ne fait pas la qualité, et beaucoup, je crois, signeraient pour un tennis où il serait à nouveau question d’action dur le terrain, et non de réaction. Moins de coups improbables, mais plus de stratégie et de variété. C’est cette approche, je crois, que Mats a essayé d’enseigner à ses poulains. Sauf que dans les années 2000, cette approche était déjà datée. Ca jouait déjà tellement vite que le plus important – et le plus générateur de palmarès – était de jouer vite et non de jouer bien.

    Pour faire le lien avec ce que je raconte en début d’article, je ne vois plus aujourd’hui un grand intérêt à voir un match de tennis en entier. Je ne vois pratiquement aucune nuance, aucun cheminement, aucune réflexion. Ca cogne à 10000, à 10cm des lignes, point. Voir les highlights me semble donc tout à fait suffisant. Sauf quelques exceptions, comme Gilles Simon ou David Goffin, maîtres dans l’art d’utiliser la géométrie du terrain.

  17. Rubens 31 juillet 2020 at 16:47

    Et sinon Guillaume, sans indiscrétion, comment t’es-tu retrouvé à papoter avec Mats sur le Senior Tour ?

    • Guillaume 1 août 2020 at 11:53

      aucune indiscrétion, j’en ai même parlé ici à l’époque, entre autres bricoles :smile: : https://www.15-lovetennis.com/?p=18246

      • Sam 2 août 2020 at 12:13

        Aahaha, ça me permet de retomber là-dessus : « Grigor Dimitrov fut aussi, il n’y a pas si longtemps, ce jeune joueur incapable de confirmer les promesses nées de son éclosion soudaine à Rotterdam, au point que certains 15lovers ne lui voyaient même pas d’avenir dans le Top 100 (si si, il y en a eu, n’est-ce pas mon Homard préféré ?) » …Je suis bien pire que Mats en matière d’analyses !

      • Guillaume 2 août 2020 at 14:21

        Oh on a tous nos casseroles. Je l’ai déjà dit, mais fut un temps dans leur jeunesse où je trouvais Verdasco plus impressionnant encore que Nadal :mrgreen:

  18. Sam 2 août 2020 at 21:21
  19. Paulo 5 août 2020 at 19:06

    Un peu de détente avec les excellentes imitations de Murray, Djoko, Fed, Waw, Kyrgios…

    https://www.youtube.com/watch?v=mfq3zIN7zCI

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