Le sommet des dieux

By  | 31 août 2022 | 238 Comments | Filed under: Histoire, Légendes

Apéro australien

Au cours de mes années alsaciennes (1998-2001), je n’ai pas la télé dans ma hutte d’étudiant, et en ce mois de janvier 2000 je sors d’une année quasiment vierge en termes de suivi du tennis à la télévision. Le seul événement que j’ai suivi en direct est la finale de la Coupe Davis entre la France et l’Australie. Je ne vis alors le tennis que par presse interposée. Je n’ai pas vu Agassi remporter Roland ou s’incliner en finale de Wimbledon face à un Sampras monstrueux. Je n’ai pas vu le Kid gagner l’US en l’absence de son rival blessé et finir n°1 mondial. Mes collègues m’ont juste murmuré qu’Agassi est de retour à son meilleur niveau et que Sampras, bien que (désormais) n°3 mondial, n’a jamais aussi bien joué qu’au cours du semestre précédent. En ce jeudi matin de janvier, je m’autorise une session buissonnière pour rejoindre mes copains du tennis, avec la provision de bière et de cacahuètes. Confortablement installés dans un canapé, nous assistons à ce qui nous semble alors être le plus fabuleux des duels entre Sampras et Agassi… et cette impression ne s’est pas dissipée 22 ans après.

Sampras-Agassi

Un voile de brumes

Pourquoi donc, alors qu’en termes de qualité de tennis il surpasse tous les autres, cet opus de l’Australian Open 2000 n’est-il pas perçu comme le plus beau de leurs affrontements dans l’imaginaire collectif ? Et plus précisément, pourquoi est-il à ce point éclipsé par le duel qu’ils ont livré 19 mois plus tard à l’US Open ?

Pour des raisons extra-tennistiques, et qui tiennent, d’une part à l’exposition médiatique particulière de leurs duels sur leur sol à Flushing Meadows, et d’autre part à la personnalité complexe d’Andre Agassi et à sa perception par le grand public.

On ne s’étendra pas sur le premier point : le public new-yorkais ayant son duel entre ses deux champions a montré une passion évidemment plus prégnante que le public australien. Et cette passion était d’autant plus forte que les médias américains faisaient monter la sauce, jusqu’à l’exagération parfois, en considérant tous leurs opposants comme de simples éléments de décor.

Je suis tombé, sur Youtube, sur une série de rétrospectives de l’US Open pour les années 1992, 1993 et 1994. Là où 92 et 93 font l’objet de véritables comptes-rendus de l’ensemble de la quinzaine, 94 n’est abordé que sous l’angle du parcours d’Agassi. Anecdote significative de l’écrin médiatique dont le Kid aura bénéficié (ou qu’il aura subi, c’est selon) tout au long de sa carrière, et singulièrement dans son pays.

Paillettes mises à part, le match le plus chargé d’enjeux de toute leur rivalité restera sans doute la finale de l’US Open 1995. Bien que décevante sur le plan tennistique, cette rencontre allait consacrer le meilleur joueur de la saison 1995, entre deux champions qui s’y affrontaient pour la cinquième fois de l’année, toujours en finale, et qui avaient chacun un grand titre dans la besace. On ferait difficilement plus légitime comme juge de paix…

Sampras et les autres

Mathématiquement, le règne de Pete Sampras commence en avril 1993 pour s’achever définitivement en novembre 2000. Sur cette période, les joueurs l’ayant délogé de sa place de n°1 mondial sont, dans l’ordre chronologique, Jim Courier, Andre Agassi, Thomas Muster, Marcelo Rios, Carlos Moya, Ievgueni Kafelnikov, Patrick Rafter et Marat Safin.

Passons rapidement sur la période 1998-2000, au cours de laquelle le trône de Sampras a été de plus en plus vacillant, période hélas dépourvue de matchs chargés de grands enjeux pour le trône. On relèvera le gros caillou dans la chaussure qu’a été Pat Rafter… en août 1998, l’emportant à Cincinnati et surtout en demi-finale de l’US Open. Et on rappellera que pour Marat Safin, de neuf ans le cadet de Pete, la finale de l’US Open 2000 a les attributs d’une passation de pouvoir, tant l’Américain était dépassé en vitesse ce jour-là.

Mentionnons Thomas Muster, ogre de la terre battue entre 1995 et 1996, ne serait-ce que pour rappeler que sa trajectoire s’est faite presque en parallèle à celles d’Agassi et Sampras à ce moment-là, l’Autrichien glanant l’essentiel de ses points sur une terre battue boudée par les deux Américains, alors que ceux-ci s’affrontaient sans cesse sur le dur américain et les surfaces indoor. Rappelons toutefois que Thomas s’est réellement positionné dans la course à la place de n°1 mondial en remportant le Masters 1000 d’Essen en octobre 1995, battant au passage un certain Sampras en demi-finale, 7/6 6/2. Et regrettons pour finir la demi-finale de Roland Garros 1995 qui n’a pas existé, celle qui aurait dû opposer Muster à Agassi, la blessure du Kid en quarts contre Kafelnikov ayant privé Paris d’un choc qui s’annonçait plus que prometteur.

Une fois mis de côté les n°1 de circonstance et les successeurs de Sampras, qui ont pris le pouvoir alors que le Californien voyait ses forces s’amenuiser, il ne reste que deux champions potentiellement rivaux pour Pete : Jim Courier et Andre Agassi. Sans pour autant que leurs places respectives dans la carrière de Sampras soient identiques. Bien au contraire.

Courier

Le bûcheron de Dade City n’est rien de moins que le n°1 mondial auquel s’attaque Pete Sampras, en 1993, pour entamer sa longue période de domination. L’accession au trône du Californien, le 12 avril 1993, était dans l’air depuis de longs mois et une certaine demi-finale de l’US Open 1992 qui les avait opposés. Malgré un coup de pompe physique durant le match, Pete éclabousse Flushing de toute sa classe pour bouter hors du tournoi le n°1 mondial, auquel il pose beaucoup de problèmes, et dont il est alors sur le point… de prendre la place à l’ordinateur. Beaucoup ont oublié ce détail, mais lorsque Sampras et Edberg entament leur duel en finale de l’US Open 1992, la place de n°1 mondial est promise au vainqueur. Ce sera une récupération de trône pour Edberg, mais c’eût été une première pour Sampras. Auteur d’un été de feu marqué par des titres à Kitzbühel, Cincinnati et Indianapolis, Pete s’arrête à une poignée de points du trône en même temps qu’il se découvre une haine viscérale pour la défaite. Il finira l’année au second rang mondial, reléguant, définitivement, Edberg à la troisième place. Il faudra quatre titres supplémentaires au Californien, début 1993, pour accéder enfin au trône. Ce qui alimentera la rancœur de Jim Courier, qui vient de conserver avec autorité sa couronne à l’Open d’Australie et reste le patron dans beaucoup de têtes. Tout le monde attend LE duel qui les mettra d’accord.

Pete et Jim, c’est déjà une vieille histoire. Amis plus que rivaux dans leur jeunesse, ils ont parfois joué le double ensemble et partagé la même chambre, s’avérant bien meilleurs qu’ils ne l’imaginaient à l’époque. C’est Jim, alors pensionnaire de l’académie de Nick Bollettieri, qui à l’été 1989 présenta Pete à un entraineur expérimenté, ancien joueur des années 60, Joe Brandi. L’association portera ses fruits dès l’US Open 1990.

Au tournant de deux décennies, néanmoins, les deux amis découvrent avec effroi qu’ils sont, de plus en plus, des rivaux, et que la proximité ne peut être la même. Chacun dans son couloir, et chacun à son rythme, ils se hissent vers les sommets du classement ; et si Pete dégaine le premier en Grand Chelem, c’est Jim qui s’invite le premier dans la lutte pour le trône que se disputent alors Becker et Edberg. C’est Jim qui écarte sans ménagement Pete en quarts de finale de l’US Open 1991, pour atteindre ensuite la finale. C’est Jim, quelques mois plus tard, qui devient le premier n°1 mondial de la bande, peu après son triomphe à l’Open d’Australie, affichant une exceptionnelle résistance à la pression. Et c’est encore Jim qui conserve sans sourciller ses deux titres du Grand Chelem acquis, à Paris en 1992 puis à Melbourne en 1993.

En ce mois d’avril 1993, il est difficile de contester à Sampras sa légitimité mathématique, mais il est tout aussi difficile de contester à Courier son statut de meilleur joueur du monde. Il est temps pour nos duettistes de régler ça sur le terrain. Ce ne sera pas à Roland Garros, où l’un et l’autre s’inclinent face à Sergi Bruguera, qui dépossède au passage Jim de l’une de ses deux couronnes majeures. Ce sera donc à Wimbledon.

Cette finale n’allait pas forcément de soi au départ. Sur gazon, Pete n’a pour lui que la demi-finale de l’année précédente, où il s’était frustré devant le déluge d’aces que Goran Ivanisevic avait fait pleuvoir sur lui. Quant à Jim, son meilleur résultat était un quart en 1991 ; n°1 mondial en 1992, il avait trébuché au troisième tour face à l’obscur Andreï Olhovskiy. Et sa nette victoire en demi-finale face à Edberg est une vraie surprise, tant la surface apparaissait favorable à l’attaquant suédois.

Outre le rapport de forces symbolique entre les deux joueurs, l’enjeu de cette finale de Wimbledon 1993 sera, comme espéré et attendu, la place de n°1 mondial. Et si les deux hommes continuent de se respecter, ils sont désormais rivaux avant tout. Le duel sera d’autant plus magnifique que la quinzaine londonienne aura été épargnée par la pluie, rendant le rebond plus haut que d’habitude et favorisant le relanceur et les échanges. La victoire de Sampras n’en sera que plus légitime.

Ce match constitue une rupture majeure dans la carrière de Jim Courier. Alors qu’il vient de disputer sept finales en Grand Chelem sur dix possibles entre juin 1991 et juillet 1993, il n’en disputera plus aucune. Jim vient de comprendre que Pete est en train de le dépasser ; pour le n°1 mondial qu’il était il y a peu, le constat est dur à encaisser. Sa victoire à Indianapolis au cours de l’été, qui le ramène à la première place mondiale, est un trompe-l’œil : il décline rapidement, au point de sortir du Top Ten en 1994. Il connaîtra un net regain de forme en 1995, sans pour autant parvenir à menacer les duettistes Sampras et Agassi qui se partagent alors tous les grands titres – nous y reviendrons.

Monstre de solidité mentale, Jim Courier ne fut sûrement pas le n°1 mondial le plus facile à déboulonner. Mais c’est précisément sur le plan mental qu’il va s’effriter, perdant désormais beaucoup de matchs sur quelques détails, ceux-là mêmes qu’il remportait lorsqu’il était le patron du tennis. Un rival, Jim, pour Pete Sampras ? Oui, le temps pour ce dernier de s’emparer du trône et de battre son rival à la régulière à Wimbledon. Mais sur la durée du règne de Pete, Jim n’apparaît qu’au début.

 Agassi

Mais après tout, Sampras ayant été l’incontestable champion de son époque, pourquoi donc serait-il à tout prix nécessaire de lui accoler un rival ? Pour des raisons de storytelling, sans doute. Pour l’attraction naturelle que constituait Andre Agassi pour les médias, c’est une évidence. Pour le surcroît d’attention que les médias américains – toujours en avance d’une guerre sur le marketing – ont accordée à un duel 100% US, c’est une réalité. Mais il serait réducteur de restreindre les ressorts d’une rivalité à ses aspects extra-sportifs.

Je dois l’un de mes plus grands chocs tennistiques au visionnage en direct du quart de finale de Bercy en 1994 qui a opposé Pete Sampras à Andre Agassi. Le spectacle était total, entre deux champions à 100% de leurs moyens physiques et techniques et dont les jeux s’imbriquaient à merveille. Je découvrais le « nouvel Agassi », que je n’avais jamais vu aussi régulier en fond de court, ni aussi patient, ni aussi consistant.

Et ce fut le début d’une période qui dura un peu moins d’un an, marquée par une série de duels entre Sampras et Agassi, période certes restreinte dans la décennie 90 mais qui semble la résumer :

  • Bercy 1994, quart de finale : Agassi 7/6 7/5
  • Masters 1994, demi-finale : Sampras 4/6 7/6 6/3
  • Open d’Australie 1995, finale : Agassi 4/6 6/1 7/6 6/4
  • Indian Wells 1995, finale : Sampras 7/5 6/3 7/5
  • Miami 1995, finale : Agassi 3/6 6/2 7/6
  • Montréal 1995, finale : Agassi 3/6 6/2 6/3
  • US Open 1995, finale : Sampras 6/4 6/3 4/6 7/5

Précisons qu’Agassi émargeait au 7e rang mondial à l’ouverture de Bercy en 1994, et qu’au Masters 1994 la victoire de Becker sur Sampras en poule précipita ce dernier vers une demi-finale face à Agassi. Par la suite, en 1995, Sampras et Agassi ne se sont affrontés qu’en finale.

En englobant les Super 9 (les Masters 1000 de l’époque) dans les rendez-vous importants, hors terre battue, seuls deux des neuf tournois de cette période ne débouchèrent pas sur une finale (ou à défaut une confrontation, fin 1994) entre les deux duettistes : Wimbledon 1995, où Becker vint à bout d’Agassi en demi-finale, et Cincinnati 1995, où Sampras s’inclina en quarts contre Michael Stich. En amont dans l’ère Open, on ne retrouve pas la trace d’une rivalité aussi intense sur une année. Et en 2006, lorsque Federer et Nadal ont commencé à se retrouver systématiquement le dernier dimanche, les observateurs firent immédiatement référence à cette période de 1994-1995 ; il va de soi qu’en 2006, personne n’imaginait qu’on en aurait pour beaucoup plus longtemps avec les Fedal… La rivalité entre Sampras et Agassi, qui a évidemment connu des éclipses, n’en a pas moins été d’une intensité exceptionnelle, et alors inédite, pendant 10 mois. Cette seule réalité, même déconnectée de la deuxième époque dorée de leurs affrontements (à partir de 1999), distinguera Agassi comme le principal rival de Sampras. Sur cette période, Pete a eu un vrai opposant, qui disputait peu ou prou les mêmes tournois que lui, qui le retrouvait en finale presque à chaque fois et qui ne l’emportait pas qu’occasionnellement.

La bascule

Telle était la situation, le 10 septembre 1995, lorsque, visages tendus, Pete et Andre pénétrèrent sur le stadium Louis Armstrong. Chacun détenait alors un titre du Grand Chelem en 1995, et l’US Open allait les départager. Cette finale était espérée par le public américain, mais aussi par beaucoup de fans de tennis du monde entier. Rarement, dans l’ère Open, un match aura rassemblé autant d’enjeux.

Parmi ces enjeux, le seul manquant à l’appel était la place de n°1 mondial, qui resterait quoi qu’il arrive la propriété d’Agassi quand les deux hommes iraient se coucher ce soir-là. Le Kid était le tenant du titre, et sortait d’un été immaculé au cours duquel il avait remporté quatre tournois d’affilée ; il avait remporté leur match le plus important, à Melbourne ; en extérieur, Sampras ne l’avait battu que dans les conditions très venteuses d’Indian Wells. A bien des égards, il était donc légitime de faire d’Agassi le favori de cette finale.

On connaît la suite… ou pas. L’autobiographie étant un genre sujet à caution, le regard de l’auteur doit être pris pour ce qu’il est, le regard de celui qui ne livre au grand public que ce qu’il veut bien lui livrer. Quelques éléments me gênent un peu dans la version d’Agassi à propos de ce match.

Il décrit cette défaite comme un grand tournant négatif dans sa carrière. Mais il détaille également sa blessure au pectoral du dimanche matin. Si cette blessure est réelle, il y a évidemment quelque chose de frustrant, de rageant, d’insupportable, à ne pas pouvoir se présenter à 100% de ses moyens pour un match aussi important. Mais si cette blessure au pectoral était la cause de son match assez moyen voire terne, il n’y a pas là de quoi exploser en vol comme il l’a fait, il y a juste à ravaler sa déception, à constater l’évidence – il ne peut battre Sampras en étant diminué – et à donner rendez-vous à Pete pour la prochaine échéance. Pour qu’une fêlure psychologique soit aussi profonde qu’elle ne l’a été pour Andre au soir de ce match, il faut autre chose qu’une blessure.

Agassi, à ce moment-là, a intériorisé l’idée que Pete était un meilleur joueur que lui. Jamais, s’il n’avait été que blessé et diminué, il n’aurait fait ce constat.

Il y a pourtant bien des circonstances atténuantes au ratage du Kid ce jour-là :

  • Vainqueur de quatre tournois d’affilée, auxquels s’ajoutent les six matchs jusqu’à cette finale de l’US Open, Agassi avait connu un été très chargé. L’hypothèse de la fatigue physique est plausible.
  • Le parcours pas si simple d’Andre au cours du tournoi. Avec notamment un Corretja qui le pousse au cinq sets au deuxième tour, puis deux matchs en quatre sets tendus, en quarts et en demis.
  • La fixette sur Boris Becker, qui (selon son autobiographie) était dans le viseur d’Agassi depuis le début de l’été. En le lisant, on comprend que le moment vire à l’obsession pour Andre, qui ne rêve que de prendre sa revanche de Wimbledon et de lui faire payer ses déclarations. En y parvenant non sans mal, Andre n’a-t-il pas laissé trop d’influx nerveux, et du coup peiné à se remobiliser pour le match suivant ?
  • La pression inhérente à la position de tenant du titre et de favori des bookmakers.

Autant de difficultés que n’avait pas, ce jour-là, un Sampras plus frais et qui a mieux géré la pression inédite de ce match. Aussi chargés soient les enjeux de cette finale, il n’y avait aucune raison qu’elle soit davantage qu’un épisode, certes important, dans le duel au sommet que se livraient les deux hommes depuis de longs mois. Remportée par Agassi, elle aurait définitivement consacré ce dernier comme le meilleur joueur du monde. Aux yeux de beaucoup, la victoire de Sampras, sur le moment, n’a fait que rebattre les cartes et relancer l’incertitude quant à la suite des événements.

L’explosion en plein vol

Sauf que les plaies ouvertes dans le mental du Kid par le dénouement de ce match ont commencé à suppurer, et ont mis fin de facto à la saison 1 des grandes manœuvres entre Sampras et Agassi. La rivalité entre les deux hommes a une spécificité par rapport aux autres dans l’histoire du tennis, à savoir l’asymétrie dans le regard que chacun des deux posait sur l’autre.

Que des questions mentales viennent parasiter l’esprit d’un champion s’apprêtant à affronter un adversaire difficile pour lui, c’est vieux comme le tennis. Pete savait que battre Andre était difficile, qu’il devait se donner à 100% pour y parvenir et que ça ne suffirait peut-être pas. Mais à la suite d’une défaite face à Andre, Pete regardait simplement, et posément, ce qui lui avait manqué pour l’emporter, avant de passer au match suivant. Sans se préoccuper outre mesure du prochain match face au Kid, qui arriverait tôt ou tard et sur lequel il conviendrait de se pencher le moment venu. Ce qui manquait à Pete quand il perdait contre Andre était d’ailleurs souvent facile à identifier : son pourcentage de premières balles était en général trop faible.

Rien de tel chez Agassi, qui a vécu ses défaites face à Sampras comme autant de flèches dans le cœur. Open, pour le coup, est assez éloquent sur le décalage profond entre le ressenti d’Andre Agassi tout au long de sa carrière et ce qu’il nous a donné à voir sur le terrain. Dans son paysage mental étriqué, où son père avait fait en sorte qu’il n’y ait rien d’autre que le tennis comme sacerdoce et la place de n°1 mondial comme objectif, l’idée qu’un obstacle majeur pourrait se dresser entre Andre et cet objectif n’existait absolument pas. Lorsque cet obstacle, en la personne de Pete Sampras, se matérialisa sous ses yeux ce jour-là, ce fut une révélation impossible à encaisser. 14 ans plus tard lorsqu’il s’attablera à Open, la plaie sera encore béante.

En s’entourant de Gil Reyes puis de Brad Gilbert, Andre Agassi avait le sentiment d’avoir enfin toutes, absolument toutes les cartes en main pour devenir le meilleur joueur du monde. L’une des phrases les plus importantes d’Open, c’est l’encouragement de Brad au début de leur collaboration en 1994, où il prévient Andre que tirer la quintessence de son potentiel va lui prendre quelques mois, qu’il essuiera des défaites, mais qu’à un moment il sentira un déclic dans son jeu, cette capacité à jouer le bon coup au bon moment. Et Brad de conclure que dès lors que ce déclic arrivera, il n’y aura plus aucune raison pour qu’Andre ne devienne pas le n°1 mondial. Le point important dans cet échange, c’est que Brad ne parle à Andre que de la place de n°1 mondial, alors qu’Andre n’a en tête que de dépasser Pete Sampras ; la nuance est de taille. Et Brad avait presque raison, il lui manquait juste la dernière pièce du puzzle, celle qui n’appartenait qu’à Andre : cette fixation sur Sampras.

Lorsqu’Andre Agassi rentre sur le court ce 10 septembre 1995, il surfe depuis de longs mois sur une vague quasi-ininterrompue de succès. Il n’a jamais été aussi fort, aussi en forme, aussi discipliné, aussi concentré sur son sujet, aussi bien entouré. Cette défaite, il la voit comme la démonstration que, bien qu’il ait mis toutes les chances de son côté, Pete est au-dessus de lui, et donc que tous ces efforts auront été vains. La chute en sera d’autant plus brutale.

Les vaches maigres

La période 1996-1998 apparaît comme terne du point de vue de la lutte pour le trône mondial. La faute à Andre Agassi, sûrement, qui entame une dégringolade vers les abîmes du classement. La faute aussi à une concurrence pas au niveau.

Boris Becker remporte un dernier grand titre à Melbourne en 1996, et livre à Sampras la plus furieuse des oppositions en finale du Masters de la même année. Mais Boris joue là sa dernière grande année, son poignet le lâche à Wimbledon et il devient un intermittent du tennis, au point que sa participation à ce fameux Masters 1996 restera longtemps incertaine.

Michael Chang traverse cette période en embuscade ; n°2 mondial la plupart du temps, il ne parvient pas à tirer profit d’un affaiblissement physique de Sampras. Fragilisée par la perte de son titre à Wimbledon contre Richard Krajicek, la place de n°1 mondial de Pete ne tient plus qu’à un fil à l’ouverture de l’US Open 1996. Mais après un légendaire combat face à Corretja, Sampras barre la route à Chang avec autorité en finale. Ce dernier ne profite même pas des absences de son rival encombrant, notamment à l’US Open 1997, où là encore la place de n°1 mondial est à sa portée. Kafelnikov, Rafter et Kuerten remportent leur premier grand titre, sans avoir à affronter Sampras (à Roland 1996, Kafel n’a pas battu Sampras, il a battu son cadavre) et sans menacer sa place de n°1 mondial.

1998 sera l’année d’un duel à distance, purement mathématique, entre un Sampras dont les forces déclinent et dont l’étreinte sur le tennis mondial se desserre inexorablement, et un Marcelo Rios régulier mais aphone en Grand Chelem, et dont la finale australienne en début d’année sera la seule de toute sa carrière. Alors que Pete commence à subir les effets de la thalassémie, l’absence d’un véritable rival se fait cruellement ressentir.

S’ensuit un premier semestre 1999 où les hasards des points gagnés ou perdus amènent Pete Sampras à portée de fusil de plusieurs joueurs. C’est ainsi que Moya, Kafelnikov et Rafter décrochent le fauteuil suprême pour une poignée de semaines chacun, sachant que Krajicek rate de peu l’opportunité de se joindre à la liste.

Le retour du Kid

C’est donc dans un contexte de grande instabilité au sommet, qui a priori ne le concerne même pas, qu’Andre Agassi aborde l’édition 1999 de Roland-Garros.

Car entre déprime, addictions, nouvelles résolutions, case challengers et discipline de moine, Andre Agassi s’est reconstruit pierre par pierre. Enfin résolu à jouer au tennis pour lui-même et non par projection des ambitions de son père, il réussit un beau retour sur le devant de la scène en 1998, saison qu’il termine à la 6e place mondiale. Son premier semestre 1999, plombé par son divorce avec Brooke Shields, n’en sera que plus décevant. Blessé à l’approche de la quinzaine de l’ocre parisien, il est d’autant moins favori que sa dernière apparition en deuxième semaine à Roland remonte à quatre ans et que la lenteur de la surface semble désormais jouer contre lui.

Inexistante en début de quinzaine, fragile après avoir frôlé la défaite au deuxième tour face à Arnaud Clément, la confiance du Kid de Las Vegas va grandir au fil du tournoi, surtout après sa victoire probante contre le tenant du titre Carlos Moya, marquée par des échanges d’une violence inouïe. Et cette armure de confiance lui sera cruciale en finale pour remonter un handicap de deux sets face à Medvedev. Cette victoire inattendue catapulte Agassi de la 13e à la 4e place mondiale ; et à l’ouverture de Wimbledon, le Kid fait désormais partie des n°1 potentiels à l’issue du tournoi.

L’été indien de Sampras

Et les nostalgiques des duels Sampras-Agassi de se réjouir de l’arrivée, tant attendue, de la saison 2. Ils sont loin d’imaginer à quel point ils vont être comblés, et rapidement de surcroît. D’emblée, Agassi démontre à tous que son triomphe à Roland Garros, aussi inattendu soit-il, n’était pas un feu de paille, et atteint avec autorité la finale à Wimbledon pour y défier un Sampras alors en quête d’un sixième titre dans le Temple. Ce jour sera celui de Sampras : absolument divin du début à la fin, il verrouille ses mises en jeu pour mettre une pression monstrueuse sur les jeux de service d’Agassi. Ce dernier, pourtant extrêmement solide, ne peut éviter une défaite en trois sets. Ce sera l’un des plus beaux matchs de la carrière de Pete.

Par un hasard du classement, ce Wimbledon, au cours duquel Patrick Rafter atteint les demi-finales, place les trois hommes dans un mouchoir pour la place de n°1 mondial… et c’est Agassi, bien que vaincu en finale, qui émerge en tête. S’ensuit un été de fausse instabilité, marqué par une – et une seule – semaine où Rafter accède au trône suprême, marquée surtout par deux nouveaux duels Sampras/Agassi, en finale de Los Angeles et en demi-finale de Cincinnati, tous deux remportés par Sampras. Deux chefs-d’œuvre méconnus de leur rivalité, au cours desquels Agassi fait mieux que se défendre mais se fait coiffer dans le money time. Sampras s’offre également au passage une magnifique revanche sur Rafter en finale de Cincinnati. Le Californien affiche alors un niveau de jeu hallucinant, son talent est à son apogée et sa puissance au service, à la volée, mais aussi en coup droit, sont dévastatrices.

Revenu sur le trône à la veille de l’US Open, Pete Sampras en est alors le favori légitime, et tout le monde attend désormais de savoir si le Kid va se contenter de la position de faire-valoir en finale. La question restera sans réponse : victime d’une hernie discale, Sampras déclare forfait à l’ouverture du tournoi, et Rafter abandonne dès le premier tour face à Pioline. Débarrassé de son tourmenteur attitré et d’un rival dangereux (double tenant du titre), Agassi file sans trop d’émotions vers un titre dont il est devenu le grand favori. Sa place de n°1 mondial ne sera plus menacée d’ici la fin de l’année, Sampras blessé ne pouvant défendre ses points de fin 1998, période où il avait enchaîné les tournois en Europe afin de s’assurer de la place de n°1 mondial en fin d’année.

Forfait à Bercy après une difficile victoire contre le modeste Espagnol Francisco Clavet, Pete Sampras émarge au 5ème rang mondial à l’ouverture du Masters, il est à court de compétition. Dans la phase de poules, il s’incline lourdement face à Dédé (6/2 6/2).

Sa montée en puissance n’en sera que plus soudaine. Vainqueur de Kuerten et Lapentti en poules, puis de Kiefer en demi-finale, Pete s’offre une nouvelle victoire de référence sur Agassi en finale (6/1 7/5 6/4) à l’issue d’une nouvelle démonstration de force. Eblouissant de bout en bout – sur une surface qui lui est favorable face à son rival – Sampras conclut de la plus belle des manières son deuxième semestre 1999, au cours duquel il n’aura pratiquement pas connu la défaite (abandon à Indianapolis, forfait à Bercy, défaite sans conséquence en poules au Masters). La saison 1999 a remis sur le devant de la scène le couple infernal du tennis américain de la décennie écoulée, mais elle débouche sur un paradoxe : Agassi est un n°1 mondial incontestable, mais Sampras l’a battu à quatre reprises, notamment en finale de Wimbledon et du Masters, et peut légitimement être encore considéré comme le meilleur joueur du monde.

Le sommet des dieux

C’est lesté de cet enjeu que s’ouvre l’Open d’Australie du nouveau siècle. N°3 mondial, Sampras se retrouve dans la même moitié du tableau qu’Agassi. Ce n’est pas une finale cannibale qui nous attend, ce ne sera qu’une demi-finale cannibale. Hormis un troisième tour WTF de Sampras où il remonte un handicap de deux sets face à Wayne Black, les duettistes avancent sans trop d’émotions vers le dernier carré où ils se sont donné rendez-vous.

Une pluie d’aces et des coups de mutants côté Sampras, des retours et des passings prodigieux côté Agassi, tout le monde se régale devant la partie de Tetris, d’une intensité physique saisissante. Sampras brille de tous ses feux, la puissance de ses volées est phénoménale, et s’il s’écroule physiquement au cinquième set, ce n’est pas sans avoir livré une performance de haute volée dans les duels de fond de court. Pour Sampras, l’heure n’est pas encore à se reposer se reposer sur les services adverses une fois le break en poche, tendance récurrente sur les dernières années de sa carrière. Agassi devra rester vigilant du début à la fin sur ses jeux de service, et encaisser de nombreux points gagnants du fond du court.

Le legs à la postérité de ce match reste le tie-break du quatrième set, dont les 12 points seront tous gagnants. Sampras y réussit deux aces sur seconde balle, ainsi qu’un improbable passing croisé de coup droit en bout de course… mais Agassi ne lâche rien, et la qualité de ses retours de service fait, de justesse, la différence. Si l’on doit retenir une seule séquence de la rivalité Sampras-Agassi, ce tie-break s’impose haut la main ; jamais leur face-à-face n’a atteint une telle intensité.

Il n’a manqué à ce match qu’un cinquième set serré : à genoux physiquement, Pete n’a plus rien à donner, et encaisse un 6/1 injuste au regard du reste du match. Mais la victoire, ce jour-là, s’est bien offerte au meilleur des deux hommes, Agassi, qui a fait de la durée du match un allié précieux et a survécu à un déluge de 37 aces.

Une douceur pour le dessert

Ce duel de Melbourne va signer, paradoxalement, la fin de la saison 2 des grandes manœuvres entre Agassi et Sampras. Le kid de Las Vegas vient de conforter avec autorité son statut de n°1 mondial et de s’extirper de la position inconfortable de victime préférée de son rival. Mais sa propre série de succès (coiffée de trois titres du Grand Chelem en huit mois) va connaître un coup d’arrêt.

Quant à Pete, son dernier titre à Wimbledon, quelques mois plus tard, a des allures de chant du cygne. De plus en plus sujet à des coups de pompe physiques, il est désormais condamné à écourter les échanges (pas plus de 3-4 coups de raquette), ce qui augmente les déchets de son jeu. La jeune garde, désormais équipée de grands tamis, parvient à retourner son service avec la puissance de l’envoyeur. Marat Safin et Lleyton Hewitt à l’US Open, Roger Federer à Wimbledon, Gustavo Kuerten au Masters, anéantissent ses espoirs de garnir encore son étagère de trophées majeurs. Et le Californien, désormais irrégulier, dégringole au classement.

Aussi, lorsque Sampras terrasse Patrick Rafter à l’US Open 2001 pour s’offrir un duel face à son grand rival tout de noir vêtu, c’est presque une surprise de le retrouver là. Dédé est alors un n°2 mondial lorgnant clairement sur la place de n°1 en fin d’année. Ils se sont affrontés deux fois cette année-là, pour deux nettes victoires d’Agassi au terme de matchs oubliables. Dans un grand jour au service, Sampras envoie la sulfateuse ce soir-là, au point que le divin chauve ne trouvera pas la moindre ouverture sur le service adverse ; mais lui-même reste très ferme sur ses engagements, tout se jouera sur les nerfs, lors des tie-breaks, et les nerfs de Pete seront les plus solides.

Lorsque les duettistes pénètrent sur le Stadium ce soir-là, l’ovation qui les accueille tient plus à une nostalgie qu’à l’intérêt réel de ce match dans l’histoire de leur rivalité. Le public, enthousiaste et partagé, semble leur dire « on est ravis de vous voir, ce sera sans doute la dernière fois alors on veut juste en profiter. Et profitez-en aussi, lâchez-vous ». De fait, tout le monde en profitera ce soir-là, même le vaincu : dans les tribunes, le ventre de Steffi Graf s’arrondit, et le tennis n’est pas tout dans sa vie. Il n’est plus question de domination sur le tennis, chacun des deux protagonistes est juste conscient que les occasions de retrouver son rival de l’autre côté du filet seront de plus en plus rares, et seront tributaires des circonstances que les tirages au sort des tableaux voudront bien leur aménager. Aussi, quand une standing ovation accueille le début du dernier tie-break, Agassi et Sampras, aussi pudiques l’un que l’autre, n’en sont pas moins saisis par l’émotion, la même émotion qui traverse les tribunes. On est juste contents d’être là, et on en profite.

Ce ressenti général pèse lourd dans le regard rétrospectif que les fans de tennis posent sur ce match, certes marqué par de splendides échanges, mais dont on pourrait retourner en défaut ce qui est généralement présenté comme une qualité : aucun des deux joueurs, en 48 occasions, n’a réussi à ravir la mise en jeu adverse, une statistique flatteuse ni pour l’un ni pour l’autre.

Le pousse-café

A ce stade, Sampras ne semble plus avoir grand-chose dans la raquette. S’il prend une belle revanche sur un Marat Safin loin de son meilleur niveau en demi-finale, c’est pour mieux se faire cueillir physiquement en finale, contre un autre nouveau venu à ce niveau, Lleyton Hewitt. Pete n’a plus d’essence dans le réservoir… et semble-t-il plus rien à donner si l’on en croit sa feuille de résultats les mois suivants. A une époque où tous les champions – sauf Agassi – finissent carbonisés à 30 ans, le Californien traine sa peine. Battu par des anonymes lors des premiers tours des tournois auxquels il participe, il connaît en 2002 deux défaites particulièrement humiliantes sur son gazon chéri : en Coupe Davis contre un Alex Corretja qui ne goûte guère le tennis sur herbe, puis à Wimbledon face à l’anonyme George Bastl, qui le domine en cinq sets.

A l’ouverture de l’US Open 2002, Sampras doit défendre la majeure partie des points ATP qu’il lui reste ; en cas de défaite prématurée, c’est une plongée vers les profondeurs du classement qui l’attend. Au troisième tour, cinq sets lui sont nécessaires face à Rusedski, et son adversaire battu pronostique sa défaite au tour suivant. Entamé physiquement, Pete sait que son pourcentage de premières balles sera déterminant ; sur le service adverse, il se doit de prendre tous les risques pour écourter les échanges. Ce huitième de finale, face à Tommy Haas, sera peut-être le moment de bascule du tournoi. Face au n°3 mondial, Sampras se repose sur les jeux de service adverse, attendant quelques fautes adverses annonçant l’ouverture. Pete s’impose en quatre sets serrés, au terme d’un match qui restera le brouillon tactique de sa finale face à Agassi, dont les schémas de jeu sont proches de ceux de l’Allemand. En quarts, Pete se sent pousser des ailes face au jeune Andy Roddick qui craque totalement sur son service, avant une demi-finale parfaitement négociée en trois sets face à Schalken.

Voilà donc, à la surprise générale, le Californien à nouveau en finale face à son meilleur ennemi Andre Agassi, qui a fait le sale boulot en le débarrassant du tenant du titre Hewitt en demi-finale. Contrairement à Sampras, le Kid est encore sacrément dans le coup, ses résultats sont aussi réguliers qu’éblouissants et il lorgne clairement sur la place de n°1 mondial détenue par Hewitt. Autant dire que personne ne donne cher de la peau de Sampras avant cette finale, bien qu’Agassi ne l’ait encore jamais battu à New York.

La clé de ce dernier affrontement, plus que pour tous les autres, sera le pourcentage de premières balles de Sampras. Au cours de cette dernière semaine, Pete a élevé ce pourcentage, que ses nombreuses doubles-fautes n’ont pas entamé. Elevant sa mise en jeu au rang de forteresse imprenable, il peut mettre la pression sur le service adverse, quitte à la relâcher complètement une fois le break en poche. A trois reprises dans ce match, Pete a pris le service d’Andre, et sa victoire ne repose que sur ces trois jeux. Et notamment le dernier break, à 4/4 au 4e, léger moment de frustration pour le Kid qui vient de laisser échapper plusieurs balles de break au jeu précédent et qui va perdre sa mise en jeu au pire moment pour lui. Sampras n’a plus qu’à servir…

Une histoire des années 90

Pete Sampras et Andre Agassi ont été rivaux, et cette rivalité ne fut pas que médiatique ; elle repose sur plusieurs séries d’affrontements marqués par l’enjeu de la domination du tennis mondial. Sur le moment, en 1995, il était légitime d’y voir une rivalité inédite, leurs affrontements répétés d’un tournoi sur l’autre n’ayant alors pas d’équivalent au cours des années précédentes.

Toutefois, les chiffres de cette rivalité n’en disent pas tout, ils n’en disent même pas grand-chose.

L’histoire du tennis a connu quelques rivalités marquantes pour le trône, qu’il soit officiel ou officieux : Kramer, Gonzales, Hoad, Rosewall, Laver, Newcombe, Connors, Borg, McEnroe, Lendl, Edberg, ont livré des joutes mémorables, tout comme le trio Fedalic au cours du XXIe siècle. Mais tous ces champions, aussi différents soient leurs jeux et leurs personnalités, ont entretenu avec une constance remarquable une farouche volonté de s’emparer du sceptre et de le conserver.

A la liste ci-dessus, il faut évidemment ajouter Pete Sampras. Mais sûrement pas Andre Agassi.

Dans la configuration particulière qui fut celle des années 90, Sampras fut le joueur dominant, qui s’assuma comme tel et qui, jusqu’au bout, ne se fixa pas d’autre objectif que de gagner des Grands Chelems et d’agrandir, année après année, son armoire à trophées. Peu lui importaient ses adversaires, son attitude sur le terrain était celle d’un champion persuadé qu’en faisant ce qu’il fallait, il soulèverait le trophée à la fin. Quand on y réfléchit, il faut un orgueil démesuré pour raisonner de la sorte ; mais ainsi sont faits les grands champions.

Le Kid de Las Vegas a-t-il sa place dans cette liste ? Oui, si l’on regarde son palmarès. Non, si l’on examine de plus près le rapport totalement névrotique qu’il a entretenu avec son sport et avec le grand rival qui s’est dressé sur sa route. Programmé par son père, dès son plus jeune âge, à devenir le meilleur joueur du monde, Andre Agassi a longtemps joué au tennis pour des raisons qui ne lui appartenaient pas. Et si, à plusieurs reprises, il a envisagé d’arrêter purement et simplement le tennis, il n’a pas franchi le pas car son père ne lui avait strictement rien mis d’autre dans la tête, et il n’avait donc pas la moindre idée de ce qu’il aurait pu faire d’autre. L’idée qu’un autre joueur soit capable de s’interposer entre lui et la place de n°1 mondial n’entrait même pas dans son imagination. Lorsque cette idée se concrétisa avec Sampras, son obsession se détourna de la place de n°1 mondial pour s’orienter vers ce rival. Et son échec de l’US Open 1995 fut pour lui insupportable.

Aucun autre champion, probablement, n’a vécu une défaite aussi durement qu’Andre Agassi ce jour-là. Par rapport aux champions cités plus haut, sa carrière au plus haut niveau se distingue par de longues éclipses, et notamment celle de 1995-1997, au cours de laquelle le tennis disparut tout simplement de son champ de vision. La défaite fait infiniment plus de mal que la victoire ne fait de bien, écrit-il dans son autobiographie. Sans doute l’une des phrases les plus importantes et les plus sincères de son livre, comme en attestent les hauts et – surtout – les bas de sa carrière. Mais une phrase qu’aucun des autres grands champions de l’histoire du tennis ne serait prêt à contresigner. Pour douloureuse que soit une défaite, et bien que certains d’entre eux revendiquent la haine de la défaite davantage que l’amour de la victoire, aucun n’a vrillé pendant de longs mois comme Andre l’a fait à dater de ce 10 septembre 1995. Tous s’en sont remis, sauf lui.

Ce qui fait l’originalité de la rivalité Sampras-Agassi ne tient donc, ni dans la récurrence de leurs affrontements, ni dans la diversité de leurs jeux, ni dans les à-côtés médiatiques dont elle a été entourée. Ce n’est pas la rivalité Sampras-Agassi qui est originale, c’est Andre Agassi lui-même qui occupe une place totalement à part dans l’histoire du tennis. A part, pour la puissance financière et médiatique qu’il a représentée tout au long de sa carrière. A part, parce qu’il a débarqué sur le circuit professionnel doté d’un jeu révolutionnaire mais lesté d’un cerveau tourmenté au sujet de sa place dans ce monde et dans ce sport, tourments que ses victoires et ses défaites n’ont absolument pas résolus. A part, enfin, parce qu’il nourrissait à l’endroit de son grand rival une obsession à nulle autre pareille.

Oui, Sampras et Agassi ont été des rivaux, et pas des moindres.

Oui, les défaites d’Agassi face à Sampras – et notamment à l’US Open – sont les jalons essentiels de leur rivalité, tout simplement parce qu’ils ont été vécus comme tels par la victime, Agassi.

Oui, Agassi ayant été, pour de bonnes et de mauvaises raisons, globalement plus populaire que Sampras, le grand public a épousé le point de vue d’Agassi et réserve une place de choix à leur rivalité dans l’histoire du tennis.

Et oui, leur duel de Melbourne en 2000 n’occupe qu’une faible place dans cette rivalité, tout simplement parce qu’elle a débouché sur une victoire d’Agassi.

Reste que je ne regrette pas d’avoir séché les cours ce jour-là.

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Grand passionné de tennis depuis 30 ans.

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238 Responses to Le sommet des dieux

  1. Sebastien 24 septembre 2022 at 02:11

    Quelle immense émotion que ce départ de Rodge ! Ce final était magnifique avec un Nadal qui pleurait presque autant.

  2. Achtungbaby 28 septembre 2022 at 16:43

    Petit bilan de la Laver Cup et des adieux de Fed.

    Points négatifs :

    – sans doute pas la compétition avec le meilleur bilan carbone. L’opulence est partout et ça sens un peu trop le fric à mon gout, depuis les jets privés jusqu’aux bouteilles de champagne gâchées en mode F1. Tout est fait pour que les joueurs soient bien accueillis, mais trop c’est trop.

    - trop d’interviews creuses, sans doute pas la seule compète concernées, mais là avec le concert de louanges pour Fed, c’était vraiment lourd sur 3 jours.

    - un intérêt sur le moyen terme qui va être mis à rude épreuve avec le départ des 3 monstres. Voir Djoko cocher un Fedal ou voir Ruud cocher TsiTsi, ça n’aura pas vraiment la même saveur ni le même intérêt pour les groupies.

    - Une cohésion d’équipe sur la base d’une opposition Europe/World qui reste à trouver, là où c’est plus évident en golf avec la Rider.

    Points positifs :

    - une sortie très réussie pour FED. Il ne pouvait guère rêver mieux, malgré la double défaite (son match et son équipe) qui n’a pas d’importance, à part remuer le couteaux dans la plaie (match perdu avec BdM sur son service…). Des collègues plutôt sincères, yc Djoko pour qui ça n’était pas forcément évident.

    - un très bon niveau de jeu, loin d’une exib classique. Certes les joueurs se remettent sans doute vite d’une défaite en laver cup (à voir si Tsitsi va digérer rapidement, son ego a du en prendre un coup quand même) mais le niveau était vraiment très bon et chacun a visiblement à cœur de marquer des points pour son équipe. La encore, à voir comment l’absence des 3 monstres aura une influence sur la motivation de chacun.

    - un Nadal en pleurs qui assume le fait d’être sensible et de pleurer. Un très bon point contre la masculinité toxique.

    Bref, globalement un bon moment de tennis/groupie.

    • Achtungbaby 28 septembre 2022 at 16:50

      * coacher, pas cocher !

    • Colin 28 septembre 2022 at 18:43

      Plutôt d’accord avec ce bilan achtungbabyesque.
      J’ajouterais quelque chose concernant le lieu. Jusqu’ici la Laver Cup s’était tenue à son motto originel à savoir d’être organisée dans des grandes villes dépourvues de gros événements tennistiques : Grands Chelems, M1000, Masters Cup (même pas un ATP 500).
      Au maximum, un ATP 250 en plein air sur terre battue (Genève), donc rien à voir.
      Mais en 2022 on voit bien que Fed et Godsick ont cédé aux sirènes du gros gras pognon en choisissant Londres, complète entorse à leurs habitudes.
      Alors que des tas de grandes villes européennes auraient très bien pu faire l’affaire en respectant la règle (non écrite) initiale (Berlin, Bruxelles, Amsterdam, Dublin, Lisbonne, Porto, Francfort, Manchester, Liverpool, Glasgow, etc. etc.).
      Bonne nouvelle, 2023 => Vancouver, on revient aux fondamentaux.
      Quid pour 2024?

      • Anne 28 septembre 2022 at 21:12

        En 2024, on le sait déjà : la Laver Cup se jouera à Berlin. Et il y aura des changements de coachs aussi. C’était dans l’intérêt de la O2 Arena de proposer d’accueillir la Laver Cup au moment où elle perdait le Masters… la Laver Cup elle gagnait la seule salle indoor d’Europe capable de rivaliser un tant soit peu avec les salles nord-américaines…

        En 2021, il n’y avait pas un seul membre du Big 4 dans l’équipe européenne et non seulement elle aura été jusqu’à présent l’édition la plus survolée par l’Europe mais surtout les joueurs ne se sont pas privés de se prodiguer des conseils. Il serait surprenant que RF ne devienne pas coach de l’Europe à partir de 2024 et dans ces cas là, on risque de non pas lui reprocher de ne quasi rien dire façon Borg mais au contraire de ne pas savoir s’arrêter…

        Pour ce qui est des autres reproches faits à la Laver Cup en fait ils peuvent être faits au tennis en général… le calendrier n’est de ce point de vue là quand même pas un modèle vertueux, bien au contraire. Avec pas mal d’aberrations même. Et les déplacements se font régulièrement aussi en jet, etc.. Et les joueurs, pour la plupart n’ont quand même pas attendu la Laver Cup pour offrir régulièrement des interviews peu intéressantes. Je vous conseille dans le genre les interviews réalisées par la FFT pour rendre hommage à RF… pas sûr que celui-ci ait eu la moindre poussière dans l’oeil si jamais quelqu’un a eu l’idée de lui montrer la vidéo… que ce soit niveau pédigrées comme niveau banalités…
        Après n’est ce pas le tennis en général qui peut s’inquiéter sur son avenir, même à court terme avec le départ progressif du Big 3? Ce serait amusant de faire un sondage aujourd’hui auprès du grand public : qui sont les deux derniers vainqueurs de l’US Open chez les hommes. Je pense qu’on peut même pousser jusqu’à se limiter qu’à la seule dernière édition et être bien surpris des réponses…. L’édition de Wimbledon a été faiblarde, l’US Open très bonne mais qui l’a vu, hors les adieux de Serena Williams ?

      • Colin 29 septembre 2022 at 17:37

        Berlin, merci, je ne savais pas, mais ça fait sens !
        Si Federer remplace Borg comme capitaine, alors je suggère que McEnroe soit mis à la retraite par la même occasion, et remplacé par… DEL POTRO évidemment ! ça lui permettra de se refaire un peu la cerise financièrement parlant. Sinon… hé ben pourquoi pas Roddick, ce serait rigolo qu’il continue après la retraite de se faire martyriser par Fed :mrgreen:

        • Anne 30 septembre 2022 at 07:18

          A priori comme Borg, McEnroe va arrêter à l’issue de l’année prochaine. Je trouve aussi que Roddick comme Del Potro seraient des capitaines monde tout trouvé. Roddick serait peut être le plus expressif sur le banc des deux

          • Achtungbaby 30 septembre 2022 at 09:52

            c’est sûr que Roddick, vu ses états de services en conf de presse durant sa carrière, serait parfait pour le rôle !

  3. Montagne 30 septembre 2022 at 14:04

    A Annecy, cette semaine c’est le festival du cinéma italien comme toutes les années depuis 40 ans. Un régal pour les cinéphiles.
    Mercredi soir, j’ai assisté, dans un petite salle, à un film documentaire ayant pour titre « Una squadra », film réalisé par Domenico Procacci. Ctte squadra, c’est l’équipe de Coupe Davis italienne des années 1975/1978. Elle est coachée par Nicola Pietrangeli, icône du tennis italien des années 60, vainqueur à Roland Garros en 1959 et 1960? et deux fois finaliste (61 et 64).

    Les joueurs étaient Adriano Panatta, Corrado Barazzutti, Paolo Bertolucci et Tonino Zugarelli.

    On retrouve les débats entre les joueurs, les officiels, les journalistes, les politiques pour savoir si l’équipe devait aller au Chili jouer la finale contre l’équipe locale. Chili alors sous le régime de Pinochet et dont l’équipe soviétique avait boycotté la demi-finale.

    Les italiens gagneront la finale sur terre battue (4/1).

    Le film alterne des images des matchs, de l’ambiance militaro-sécuritaire entourant la rencontre (le stade de tennis étant attenant au stade de foot de Santiago qui avait servi en 1973 à l’enfermement-et à la torture- des opposants au coup d’Etat) et des interviews des joueurs (italiens et chiliens).

    On suit également d’autres matchs de Coupe Davis de l’équipe italienne de cette époque, notamment un match Italie/Espagne à Barcelone qui se termine par un pugilat dans les tribunes entre Panatta et des spectateurs espagnols et un double entre les italiens et les britanniques avec le bel Adriano s’entêtant à servir le coup droit de Taylor(son point fort) par pur orgueil au désespoir de Bertolucci son partenaire.

    Le film insiste sur la dichotomie de l’équipe italienne entre Panatta et Bertolucci d’un côté, les bons vivants, se payant un retour en Concorde d’une exhibition en Argentine pour profiter d’une journée à Copacabana, et Barazzutti et Zugarelli d’un autre côté rentrant de Buenos Aires par un vol commercial.

    Ce film est un montage cinéma d’une série produite pour Sky Italie, en quatre épisodes. Si quelqu’un a accès à cette série, regardez la, ça vaut le coup pour les amateurs de tennis de cette époque.

    Ah !! la nostalgie des raquettes en bois, du toucher de balle, des plongeons de Panatta au service, de sa classe et de son look de play boy.

    • Montagne 30 septembre 2022 at 14:20

      Bien sûr, les plongeons de Panatta sont au filet et non pas au service, faut pas exagérer !

  4. Sam 17 octobre 2022 at 13:30

    On aurait pas un peu de spleen là ?!

    https://www.youtube.com/watch?v=dPuPEgcNGZY

    • Rubens 17 octobre 2022 at 20:34

      Sam, nos routes se séparent sur nos goûts musicaux. Convoquer Serge Lama en 2022, c’est à peu près comme supporter Leconte dans les années 80 : on ne peut plus rien pour toi, ton cas est incurable :mrgreen:

      Dixit un réac devant l’éternel.

      Si vous aimez les voix : https://www.youtube.com/watch?v=MRb9_F-CZHE

      • Sam 20 octobre 2022 at 12:13

        Rubens, je comprends qu’on bloque immédiatement en voyant arriver le Lama. Mais, as-tu pris le temps d’écouter l’Oeuvre ?

        • Rubens 20 octobre 2022 at 16:52

          Non, j’avoue. Quelques chansons m’ont largement suffi. Mais je précise que je suis peu sensible aux paroles et bien plus à la musique, ce qui ôte à la chanson française tout avantage compétitif pour mes oreilles.

          J’ai connu une brève période d’égarement, voici une dizaine d’années, en regardant un peu la télé et plus précisément l’émission de Ruquier le samedi soir. J’étais tombé sur un échange génial entre Léa Salamé et Michel Sardou, que je reprends à mon compte :
          – Léa : quand j’étais petite j’adorais vos chansons.
          – Michel : oui merci… Mais ce n’est plus le cas ?
          – Léa : non, malheureusement quelqu’un m’a fait écouter les Rolling Stones.
          – Michel (sur un ton d’autodérision bien senti) : ah oui, là évidemment je ne peux plus lutter…

          Telle est l’histoire musicale de Léa Salamé, et telle est la mienne, à ceci près que Sardou (et Lama, Lenorman ou encore Duteil), j’ai longtemps cru que c’étaient des chanteurs que pour les enfants. Peut-être suis-je passé à côté de leur œuvre, c’est possible.

          Mais là actuellement, je suis mobilisé par Miles Davis, et plus précisément par « In a silent way ». Le grand Miles comptait déjà au nombre de mes références majeures, mais je ne m’étais jamais trop penché sur cet album, dont j’écoute en boucle les « complete sessions » (3h30 au lieu des 40mn de l’album original) et qui m’a mis à genoux à la troisième écoute.

          Je ne tricherai pas sur la marchandise : pour un non-initié qui n’écoute pas de jazz, c’est de la musique de drogué. Si vous êtes aussi vaporisés que moi, sachez que mes morceaux préférés de l’album sont « It’s about that time » et « The ghetto walk », et que je ne pardonnerai jamais à Miles Davis de ne pas avoir retenu le second pour la sortie de l’album original en 1969.

          • Sam 23 octobre 2022 at 15:17

            Oui, paroles ou musique, Lama, c’est une certaine chanson française de droite pénible, c’est sûr. Mais c’était pour le thème.

            Me demande si je ne vais pas commencer une Compil tennis, celle-ci pourrait être en bonne place :

            https://www.youtube.com/watch?v=bXTnV5FoSb4

          • Colin 26 octobre 2022 at 22:21

            Oh my god… Le Federer de Lama est aussi nullissime que le Tennisman de Chamfort. Affligeant. Egalité dans la nullité.
            A ce rythme ta playlist va arroser les bâches ou échouer tout en bas du filet mon pauvre homard, ce sera un naufrage.
            Angle plus intéressant peut-être : les anciens tennismen devenus chanteurs. Bon évidemment il y a notre Yan national reconverti dans la chansonnette gentillette et le reggae aseptisé, ça, tout le monde connaît. Personnellement j’apprécie beaucoup plus Cyril Mokaïesh, ancien espoir du tennis français (même génération que Gasquet) passé depuis belle lurette à la chanson disons… « exigeante ». Mais impossible de trouver dans ses textes la moindre référence à la balle jaune.

  5. Anne 21 octobre 2022 at 15:59

    Comme l’actualité tennis était un peu au ralenti ces derniers temps, Halep s’est chargée, malgré elle, de la dynamiser. Elle aurait été contrôlée positive à une substance proche de l’EPO lors du dernier US Open. On prend les paris qu elle va faire porter le chapeau à son ex mari ?

    • Perse 26 octobre 2022 at 16:19

      C’est dingue que cette nouvelle ne fasse pas réagir, Halep est tout de même l’une des athlètes les mieux payées au monde et avec un palmarès conséquent.

      Pour ce qui est du Cluedo, son ex-mari lui a déjà fait part publiquement de son soutien, qui n’avait pas l’air d’être celui de la corde au pendu.

      Le plus étonnant est surtout que personne ne commente la résurgence de Thiem qui gagne enfin des matchs en ATP et du client au passage. J’ai toujours une impression un peu mitigée quand je le voie maintenant, comme pratiquant un jeu obsolète après son hiatus d’un an : celui d’un bûcheron qui passe en force mais avec un manque de vitesse patent par rapport à la nouvelle génération des Alcaraz et Sinner.

      Mais je suis content pour lui et son revers vaut le déplacement et le coup d’oeil !

  6. Rubens 3 novembre 2022 at 00:31

    Gilou je t’aime.

  7. Rubens 4 novembre 2022 at 11:34

    Article très intéressant sur Eurosport :

    https://www.eurosport.fr/tennis/atp-paris/2022/rolex-paris-masters-gilles-simon-et-le-malentendu-de-son-potentiel-il-avait-tout-pour-devenir-n1-mon_sto9212270/story.shtml

    Et qui pourrait difficilement être plus proche de mon point de vue sur Gilou.

    • Nathan 4 novembre 2022 at 21:39

      Effectivement, article très pertinent avec l’analyse de Lafaix.

    • Anne 5 novembre 2022 at 12:46

      De mon côté, j’ai du mal à partager cette analyse. Comme j’ai du mal à croire que l’insouciance (et donc sa perte ensuite) explique pourquoi il fait une saison 2008, début de saison 2009 extraordinaire et qu’ensuite, il n’arrive plus à faire davantage qu’enquiquiner le big 3. Et encore quand il était lui dans un excellent jour.

      De mon point de vue, il n’a jamais eu le potentiel pour être numéro 1 mondial. Pas plus à cette époque qu’après, d’ailleurs. Parce qu’il y avait quand même pas mal de joueurs soit au-dessus, soit nettement au-dessus de lui. Il a prouvé qu’il pouvait les battre, puisqu’il y est parvenu. Mais durablement, non. Et au final il y a tout au long de sa carrière plein de joueurs qui, même sans le big 3, étaient bien au dessus de lui sur une saison et même sur des parties de saison. Pour moi, et c’est tout à son honneur, il a réussi en effet à maximiser son potentiel. Et c’est plus qu’un compliment.

      Après quand on voit qu’en 2022 pour l’annoncer sur un court alors qu’il s’apprête à raccrocher, on en a est a rappeler sans cesse qu’il a battu Nadal et Federer en 2008 et on ne cite pas grand chose après, c’est un peu inquiétant pour l’ensemble de sa carrière.

      Cela a peu avoir mais la FFT a vraiment fait le minimum niveau hommage. Peut-être pensait-elle qu’il allait perdre dès le premier tour et que la présence de ses copains de promo suffisaient. Sinon comment expliquer qu’elle n’avait pour seule vidéo quels quelques vieilles images mais surtout qu’une poignée d’interviews toutes enregistrées à Bercy ?

  8. Kristian 4 novembre 2022 at 19:14

    Bon sinon, on est a 2 matchs d’assister a un exploit peut etre unique dans l’histoire de l’ATP. FAA pourrait dimanche remporter un quatrieme tournoi consecutif en quatre semaines de suite. De memoire ca n’est jamais arrive, a moins que Connors ou Vilas dans l’obscure circuit des annees 70 aient realise quelque chose de comparable mais ce ne serait de toutes facons pas comparable. On n’y est pas encore, il reste 2 matchs et probablement l’affreux au bout, mais bon quand meme.

  9. Nathan 7 novembre 2022 at 11:00

    Quel naïf je suis ! J’avais complètement oublié de m’occuper des sources d’eau des Pyramides, l’eau des Pyramides, l’élément de base indispensable à la préparation de la potion magique ! Comment ai-je pu être aussi stupide ?

    • Sebastien 9 novembre 2022 at 09:47

      Ben oui Nathan, ils ont osé en plein Bercy, lui concocter une mystérieuse préparation à base de poudre et d’eau des pyramides.

      Ils savaient cela hautement prohibé et ont tenté de masquer cette honteuse opération de recours aux éléments divins des pyramides.

      Cela doit cesser, et nous savons quel héros dédié tu es dans cette lutte antipyramides qui sont le moteur du Fils de Dieu.
      Courage, tes efforts portent.

  10. Achtungbaby 7 novembre 2022 at 15:49

    Vu les highlights de la finale de Bercy hier.

    Il y a un truc qui me laisse vraiment songeur. Comment Djoko, qui maîtrise aussi mal certains coups du tennis peut être à 21 GC et surtout à 3 victoires en finale de Wim contre Fed ?

    Le type ne sait pas smasher et ne sait pas quoi faire de la balle à la volée, et il a 21 GC, série en cours, dans la besace. Dingue.

    • Rubens 7 novembre 2022 at 16:24

      Parce que la volée est devenue un coup mineur en tennis.

      Parce que sur gazon, savoir se déplacer est beaucoup plus important que savoir volleyer. C’était d’ailleurs déjà vrai il y a 30 ou 40 ans, sinon Noah et Rosset, pas maladroits au filet, auraient été beaucoup plus loin à Wimbledon.

      Et enfin parce que Novak a probablement (je n’y étais pas) grandi dans un environnement où on ne lui a pas expliqué qu’avec son jeu il ne pourrait jamais jouer les premiers rôles. :mrgreen:

      • Achtungbaby 7 novembre 2022 at 18:23

        et bien je dis que quand on s’appelle Rubens, Picasso ou je ne sais qui, on devrait trouver ça moche ! ;-)

    • Nathan 8 novembre 2022 at 17:01

      Parce que Djoko, s’il n’est pas un volleyeur triomphant (et élégant aussi, sachant que l’élégance impacte forcément le jugement de l’observateur qui juge de la qualité d’une volée) sait (hélas !) terminer le point au filet après un échange savamment construit. Au filet, Djoko est un Chinois qui s’appuie sur l’adversaire, ce n’est pas un joueur qui veut franchir le Rubicon en imposant des trajectoires éclatantes et inattendues. Bref, il faut en convenir, c’est moche certes, mais Djoko sait venir au filet pour conclure.

    • Elmar 8 novembre 2022 at 17:21

      Je déteste Djoko, tout le monde le sait.

      Mais dire qu’il ne sait pas quoi faire à la volée alors qu’il y a un an, il a battu Medvedev en montant au filet quasi systématiquement, c’est quand même un peu caricatural pour le moins.

      Sinon, la demi-finale contre Tsitsipas et la finale contre Rune étaient vraiment remarquables. Tsitsipas a un niveau très élevé, ce gars DOIT remporter de gros titre. Il est vraiment regrettable que Roland lui ait échappé l’an dernier. La performance de Rune en fin de match a été bluffante. Sauver 6 balles de débreak et parvenir à terminer son jeu de service malgré le stress et un physique qui commençait à flancher, c’est fort, très fort.

      • Sebastien 9 novembre 2022 at 09:42

        Rares sont ceux (au moins ici) qui ne détestent pas Djokovic, tellement il tend le flanc.
        Ce sont des moments merveilleux de le voir perdre, et si rares.
        Concernant Tsitsipas et son niveau, oui, mais depuis la finale de Roland, il y a une dynamique un peu cassée dans les phases finales des tournois, moins d’audace et de confiance, un léger repli mental.
        Il dit lui-même que Rune par exemple est comme lui-même était il y a quelques années. Il se met une trop grosse pression sur les épaules. Le toilet break de Djokovic a vraiment tout changé et j’espère qu’il va reprendre vraiment confiance en lui. Car il a un tel besoin de coaching que cela démontre quand même un manque d’assurance manifeste.

      • Achtungbaby 15 novembre 2022 at 15:33

        Tu as raison Elmar de veiller à ce que personne ici ne tienne de propos caricaturaux sur Djoko ! Par contre attention, c’est un job à temps plein sur 15-LOve !

        Blague à part je persiste sur son niveau à la volée, regarde son match en finale à Bercy. Entre les 3 prétendus GOAT et eu égard à son immense palmarès, ses lacunes en la matière sont assez flagrantes je trouve. Surtout quand il doit jouer une volée sur une balle avec rebond.

        • Montagne 16 novembre 2022 at 14:29

          Jouer une volée sur une balle avec rebond ??? Explique

          • Achtungbaby 16 novembre 2022 at 16:00

            tu montes au filet et plutôt que d’envoyer un passing sur les côtés ou un balle plein corps bien forte, ton adversaire te mets subtilement une balle qui est courte, dans le pieds, alors que tu vient de monter. Tu es donc à la volée avec une balle que tu dois rejouer après un rebond. Bien plus compliqué à jouer qu’une volée sur un passing tendu que tu rabats, car là tu dois d’abord faire remonter la balle pour qu’elle passe le filet, et souvent tu renvoies une balle assez molle qui permet au défenseur de te passer facile.

            Fed a fait ça sans arrêt contre le frère ainé de Zverev à l’AO 2017, hyper efficace pour neutraliser un volleyeur compulsif.
            C’est plus clair ?

            • Montagne 16 novembre 2022 at 17:22

              Si tu joues une balle après un rebond ce n’est pas une volée, même si tu es près du filet.
              Une volée c’est un coup joué avant le rebond. Dans ton cas c’est une demi-volée (la spécialité de McEnroe souvent jouée en sautant).

              • Achtungbaby 17 novembre 2022 at 23:17

                Alors remplace à la volée par au filet et tu m’as compris!

  11. Kristian 14 novembre 2022 at 17:38

    Bon sinon, les nostalgiques des surfaces rapides devraient etre contents, visuellement ca semble aller vraiment vite a Turin. Trop vite pour Nadal en tout cas. Vu son niveau de forme et les conditions, je doute qu’il gagne un match cette semaine. Sinon beaucoup de sets et de matchs se jouent et vont se jouer au tie break

  12. Guillaume 15 novembre 2022 at 17:27

    Je ne m’explique vraiment pas ce que Nadal est venu faire à Bercy et à Turin. Le mec est manifestement rôti pour cette année, physiquement et on dirait bien mentalement, il vient à 36 ans d’être pour la première fois papa, qui plus est après une grossesse compliquée pour Madame comme il l’a dit lui-même lors de la Laver Cup… et plutôt que de profiter de sa nouvelle vie, 15 jours après la naissance du bébé il est à Bercy puis à Turin, disputer des tournois qu’il a zappé pour moins que ça étant plus jeune.

    Plus généralement, il n’a jamais autant dit et redit que le tennis n’est pas sa priorité dans la vie, que la famille, la santé et d’autres trucs étaient plus importants… et tout dans sa prog de 2022 aura traduit le contraire de ses mots. Après l’OA il tire sur la corde à Acapulco et Indian Wells et s’y pète logiquement. Contre-la-montre pour jouer sur terre, retour et bobo pied à Rome, tout le psychodrame de Roland, « peut-être mon dernier match »… et dès qu’il soulève la coupe, « naaaan j’déconne, à l’année prochaine ». Trois semaines plus tard, il est à Wim. Forfait en demies… il revient fissa à l’été, manifestement trop court, termine l’US en se disant la tête ailleurs avec la paternité à venir… pour, celle-ci avérée, revenir aussi vite à Bercy donc.

    Vraiment, je ne comprends pas à quoi ça rime, pourquoi il n’a pas coupé pour « de vrai », pas une convalescence comme il en est coutumier, mais des vacances, pouponner peinard, et revenir fringant en janvier après une bonne prépa. Est-ce à dire que biberons et couches ne sont pas son truc ? :mrgreen: Ou est-ce que, cyniquement, derrière les discours de façade, il s’est dit que, quand même, il y avait un truc à tenter pour la place de n°1 de fin d’année avec Carlito qui n’avançait plus depuis Flushing ?

    Juste dommage, si c’est ça, de ne pas l’assumer clairement. Mais ça irait bien dans le sens d’une tendance nouvelle à ce que personne, à entendre joueurs et joueuses, ne veuille réellement de ce dossard #1. Ou pas au point d’en faire un objectif direct. La conséquence de victoire(s) en Chelem, oui. Une cerise sur le gâteau. Mais plus un objectif à part entière. Encore un truc dévalué, tiens, après les doubles, la Davis, quasiment le Masters qui a bcp perdu de son lustre passé… Comme si les Chelems avaient pris trop de place et phagocytaient tout.

    • Guillaume 15 novembre 2022 at 17:35

      Message de service par ailleurs : @Elmar, tu consultes encore la boîte avec laquelle tu t’es inscris ou c’est un mail mort ?

    • Anne 16 novembre 2022 at 12:00

      Je suis assez portée à croire en effet que la potentielle place de numéro 1 a dû jouer sur sa présence à Bercy et à Turin. Ou sinon, en effet, je ne vois vraiment pas ce qu’il est venu y faire alors qu’il était visiblement bien cramé physiquement et mentalement. Après, ça a toujours été sa com que de prétendre ne pas être le meilleur, de ne pas avoir ce genre d’objectifs… alors que ses choix démontrent tout le contraire.
      A Paris, sa présence était d’autant plus surprenante que femme et enfant n’étaient visiblement pas du voyage et qu’il semble en plus avoir fait un aller/retour le samedi précédent le début pour une fête d’anniversaire (?) d’un proche. Donc pas vraiment de sens…

      Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’étranglement la place de numéro 1 semble de plus en plus passer en second plan. Ce qu’elle ne devrait pas. Limite, le record de Djoko en M1000 est bien plus mis en avant que son record en haut du classement

    • Perse 16 novembre 2022 at 12:27

      Je partage effectivement l’incompréhension autour du calendrier de Nadal. Mais il y a peut-être des pressions de l’ATP pour sa présence vu l’ultra concentration du marketing de l’ATP autour des 2 Mohicans restants.

      En revanche, je suis assez consterné par l’affadissement général du circuit et le phagocytage du circuit par les GC. C’est vraiment la mentalité élitiste et inégalitaire en diable avec un gagnant qui remporte littéralement tout, qui mets en danger la pérennité du circuit.

      Auparavant, les GC et le Masters étaient les points d’orgue d’une saison alors que maintenant le sentiment est que les GC sont les seuls choses dignes d’intérêt. Grave erreur à mon sens.

      Et à mon sens, être n°1 est bien plus significatif que de gagner des GC vu que la signification est d’être le meilleur avec la pression inhérente à la cible dans le dos.

      Le fait qu’Alcaraz soit le plus jeune n°1 de l’histoire, et de fin d’année est un exploit qui mérite le terme d’historique, même si c’est vrai qu’il est absent au Masters.

      Ceci étant, la prolongation de carrière du Big 4 est analogue à l’apologue du géant qui mange ses propres enfants, d’un point de vue marketing il est préférable qu’ils prennent leurs retraites et que les nouvelles générations se forgent un palmarès : Alcaraz, Sinner, Rune & Co ne manquent pas de talent ni de style.

      • Achtungbaby 16 novembre 2022 at 16:42

        cette évolution dans l’importance accordée au GC au détriment de la place de n°1 est forcément liée au contexte ambiant où il faut à tout prix désigner le GOAT, le nb de GC ayant été décrété comme le meilleur indicateur. On ne parle plus du nb d’année comme n°1 par exple.

        Et aussi au plan com des 2 cadors encore en activité, qui passent leur temps à dire que la place de n°1 ne les intéresse plus. Quand les 2 tauliers dévaluent quelque chose, ça a forcément un impact sur la communauté du tennis et sur la perception des autres joueurs et des suiveurs. Parce que celui qui sera n°1 à la fin de la saison saura, et nous aussi, que les 2 cadors n’auront pas tenté de lui disputer (vrai ou faux, à vérifier…)

  13. Guillaume 15 novembre 2022 at 17:55

    De ce que j’ai vu du Masters jusque-là (seul Ruud me manque encore), le tournoi semble promis à Djokovic.

    C’est triste, mais Tsitsipas stagne, en admettant même qu’il n’ait pas régressé depuis un an. Il ne relance pas bien, il boise ses revers à en rendre jaloux la Piole, et puis Djoko lui est rentré dans le cerveau. Medvedev aussi est dans le creux de la vague. Et Nadal, j’en parle au-dessus. Je ne sais pas s’il est mathématiquement éliminé ou s’il peut encore passer par un trou de souris dans une config à 3 deuxièmes de poule à 1 victoire, mais bon…

    Les autres partent de loin, n’ayant pas l’habitude de gagner gros, ni de battre Djoko. Rublev hier t’avais l’impression qu’il avait gagné le tournoi. FAA montre de belles choses mais sa course poursuite folle pour Turin a dû laisser des traces : contre Nadal je l’ai trouvé exceptionnel au service (Nadal n’a dû remettre en jeu que 40% de ses services), autant à l’échange entre les toiles, les mauvais choix… Faudra monter en puissance si Djoko est au rdv en face. Fritz est un compromis de joueur en forme mais relativement frais grâce à son élimination rapide à Bercy. A t-il pour autant une tête de vainqueur du Masters ?

    Bref, à moins d’un Patator en chaleur en demie, ou d’une montée en puissance subite de Medvedev qui reste jusqu’à preuve du contraire, avec Nadal, le plus à même de poser des problèmes à Djoko à la régulière, on est bien parti pour DjokoSix. Si ce n’est pas DjokoUno en 2023.

    • Anne 16 novembre 2022 at 12:03

      Pour Tsitsipas, il semble vraiment marquer le pas. Et cela aurait été une anomalie que de le voir prendre la tête du classement à la d’écrue d’un excellent Masters de fin d’année. Un autre truc embêtant chez lui je trouve, vu son jeune âge, c’est qu’il ne donne pas l’impression d’être hyper épanoui sur un court de tennis, de traîner un peu sa peine. Mais peut-être n’est ce là qu’une fausse impression

      • Guillaume 16 novembre 2022 at 13:39

        Fanou il ne serait pas assisté du giga méga Coach que la Terre entière nous envie et que son omniprésence dans les médias a rendu intouchable dans lesdites multiples colonnes où il prêche la sainte parole, il y a longtemps qu’on se poserait la question de l’apport de son staff depuis 2 ans, et la pertinence d’avoir à ses côtés un entraîneur qui batifole de box en box en fonction de la forme du moment des pensionnaires de son académie.

        • Rubens 17 novembre 2022 at 11:49

          Je voyais Mark Philippoussis hier dans le box de Fanou. Pour les plus jeunes, en gros Philippoussis est le Bernard Tomic version 0.9, Australien cela va de soi, et accessoirement d’origine grecque. Le Marko doit parfaire son Grec moderne en papotant avec Fanou, en revanche j’ai du mal à deviner ce que lui, Marko, peut apporter à Fanou :smile:

          • Guillaume 17 novembre 2022 at 15:09

            Philippoussis – Tomic ? T’es dur ! Je me souviens d’un Mark flambeur, oui, tombeur aussi, mais finalement plutôt bosseur et capable de revenir d’une grave blessure au genou pour rejouer une finale de GC alors que tout le monde le pensait plus ou moins fini pour le tennis. Meilleure mentalité, meilleurs accomplissements, plus dur au mal, certes jeu moins riche que Bernie (que je tiens comme un des plus gros gâchis de son temps eu égard à ce qu’il était capable de produire) mais taillé pour les canons de l’époque… y’a pas grand-chose pour les réunir, hors la nationalité.

            Mais je partage ton questionnement sur l’apport de Philou à Fanou, sorti du dénominateur commun grec.

        • Anne 19 novembre 2022 at 13:00

          Tu as tellement bien résumé la situation. C’est fou qu’il soit intouchable à ce point. Quand on voit la bien maigre bafouille dont il s’est fendu pour la retraite plus ou moins avérée de celle qui aurait dû être sa Queen Serena… ça interroge

          Je me demande si d’ailleurs PM ne leur fait pas signer des contrats qui les engagent sur un paquet d’années, sans vraiment possibilité d’en sortir. Dans le cas de Fanou, vu son manque de réussite criante sur tous les points importants contre les too joueurs et ce tout au long de l’année, ou quasi… il serait temps qu’il envisage autre chose. En tous les cas, il est à parier que s’il avait eu autour de lui une structure plus traditionnelle et moins pater + PM dépendantes, il ne se poserait même pas la question et s’en serait débarrassé

  14. Rubens 16 novembre 2022 at 00:33

    Casper je t’aime. Gillou est mort, vive Casper. Et en plus j’adore les trois cousines de ton box :smile:

    Tout ceci, en effet, sent quand même bien fort la victoire de l’Immonde à la fin.

  15. Rubens 17 novembre 2022 at 00:00

    Magnifique tie-break du 2ème entre Fanou et Daniil. Le Russe est encore en vie.

  16. Kristian 17 novembre 2022 at 09:22

    Djokovic, je sais pas. Oui, il a l’air plus solide. Mais c’est tous les ans comme ca, et a l’arivee le Masters lui echappe et il se fait coiffer par un jeune. En realite le Masters appartient aux jeunes, La derniere victoire du serbe remonte a 2015 quand il etait lui meme encore jeune. C’est pourquoi je mets une piece sur FAA, si comme je le pense il tombe sur le Djokovic en demi-finale.

  17. Guillaume 17 novembre 2022 at 15:50

    Le nouveau Ferrer peut-il être à la hauteur de son aîné qui, pour inoffensif qu’il ait pu être sur terre (22-2 au H2H !), a su faire jeu égal avec Nadal sur dur (4-4) ?

    Il y a un vrai enjeu pour Ruud aujourd’hui, comme pour Felix il y a 2 jours. Parce que si tu ne bats pas ce Nadal-là, en indoor en fin de saison, comment tu veux espérer y parvenir quand tu devras l’affronter dans les derniers tours d’un GC en 2023 ?

    • Guillaume 17 novembre 2022 at 16:56

      Y’a une grosse différence tout de même entre Ferrer et Ruud : Ferrer avait un très bon revers. Ruud explose trop vite de ce côté.

      Merci aussi pour le vilain passing baduf sur balle de break à 4-4 au premier set. Après ça Nadal a déroulé.

  18. Rubens 18 novembre 2022 at 10:46

    Salut Guillaume,

    Mark Philippoussis…

    De ce que j’en sais, il passait ses heures à jouer à la Nintendo. Il n’aimait pas trop les GC, car les matchs plus longs empiétaient sur son temps de Nintendo.

    A la fin de sa carrière, il a participé à une émission de télé-réalité, des filles s’affrontant pour que la gagnante puisse passer la soirée avec lui. De mon modeste point de vue hétéro non refoulé, je me demandais si ce type beau comme un dieu avait besoin d’en arriver là pour entrer en contact avec une personne du sexe opposé. Si Twitter avait existé, il aurait fait un malheur. Quand je vois les concours de zizis Narbé-Nicky, je me dis que ce cher Marko a eu le grand malheur de naître 20 ans trop tôt.

    Quant à sa carrière, elle a effectivement une autre allure que celle de Narbé. Mais elle est également marquée par des éclipses liées à des blessures, autant de périodes où (pour ce qui m’en a été dit) son hygiène de vie était absolument déplorable. Ce qui retardait d’autant ses retours au plus haut niveau, et a pesé lourdement sur sa carrière. Ceci dit, Marko a également été capable de bosser sérieusement à certains moments (tout comme Narbé du reste), quand son corps le lui permettait et quand l’envie lui prenait. Il avait un rapport bipolaire au tennis, avec des épisodes dépressifs qui débouchaient sur des matchs semi-balancés ou un éloignement des courts. Par moments il ne venait que pour toucher sa garantie, il n’y avait pas à l’époque les réseaux sociaux pour documenter et amplifier tout ça. Quand il n’avait pas envie de jouer, il faisait un peu illusion sur le terrain. Il faut dire qu’à la base c’était un serveur surpuissant, doublé d’un cogneur, l’un des plus grands de son époque. Quand il ne voulait pas, il lui était facile d’envoyer des missiles de tous les coins du terrain, c’était son jeu de toute façon. Quand ça ne rentrait pas, la conclusion logique était d’écrire qu’il était dans un mauvais jour.

    Pour être tout à fait juste avec Marko, je lui reconnais un vernis de bonne conduite en société que n’a absolument pas Narbé. Il n’avait pas cette flamboyance dans l’affirmation de son je-m’en-foutisme du tennis. Mais entre les deux, il y a une différence de curseur, pas de nature.

    Je lisais vos échanges sur Tsi² qui ne semble pas épanoui sur le terrain. En son temps, David Nalbandian m’avait fait un peu la même impression, et si je devais remonter encore le nom de Mark Philippoussis réémergerait rapidement. Ou, dans un autre registre, Agassi en 94-95. Des types qui dégagent quelque chose d’étrange, voire de malsain, dans leur comportement sur le court. Chez les filles, Naomi Osaka me semble rentrer dans ce registre. Ce sont des personnalités très différentes, dont le point commun me semble être de ne pas avoir situé exactement la place du tennis dans leur vie. Et donc de souffrir des sacrifices qu’ils font pour évoluer au plus haut niveau.

    La dernière chose à faire quand on se pose ce type de question, c’est d’aller chercher quelqu’un qui a eu les mêmes et s’est avéré incapable d’y répondre. Mark Philippoussis est la dernière personne dont Fanou aurait besoin sur le terrain. Et je dirais la même chose si Naomi Osaka allait chercher Mary Pierce.

    • Guillaume 18 novembre 2022 at 12:31

      Ah oui, à ce point-là ? Je te fais confiance, tu sembles avoir tes sources J Me concernant, j’ai surtout connu le Philippoussis des dernières années, celui qui s’est donné les moyens de revenir après ses opérations au genou et n’est pas passé loin d’accomplir son rêve de gagner Wimbledon. Le genre de parcours auquel j’accorde du crédit. Après que dans ses jeunes années il ait eu un côté branleur… Il avait tout pour en cocher les cases, du physique de jeune premier à l’explosion précoce (à peine 19 ans quand il met 3 sets à Sampras à l’OA). Mais, et c’est un pareil pour Bernie, ce genre de comportement à 18, 20 ans, ne m’étonne pas et me paraît même plutôt humain – c’est l’inverse, les mecs ultra focus dès leurs 16 ans à la Nadal qui sont à mes yeux l’anomalie. Même Roro cochait les cases du caractériel féru de jeux vidéos et au rapport au tennis ambivalent à ces âges-là ;) En revanche, c’est quand rien n’a changé à 30 piges que ça devient plus problématique : Narbé aurait très pu être tête de con à 20 ans et avoir compris des trucs à 30.
      Je te rejoins pour le reste. Il y a un équilibre à trouver en être investi dans ton sport, être dédié à ton sport, tout en étant capable de relativiser les échecs. Lüthi parlait de la capacité de Rodge à « switcher » après un revers, à passer à autre chose. Sans ça, tu t’autodétruis. C’est ce qu’à vécu Coria par exemple. Tsitsi me semble là-dedans : les défaites le marquent durablement. IL a eu beaucoup de mal à rebondir après sa défaite sur Stan à RG en 2019, quand il se voyait tout bouffer, et il traîne encore comme un boulet celle de RG 21 contre Djoko.

      • Rubens 18 novembre 2022 at 17:07

        Mes sources ?

        Feu le tournoi de Toulouse, qui existait à l’époque où j’y étais étudiant. A Toulouse comme ailleurs, les joueurs pouvaient se signaler par des comportements en dehors de la norme (en bien comme en mal, d’ailleurs). Et à Toulouse comme ailleurs, certains des acteurs qui gravitaient autour du tournoi étaient aussi des dirigeants ou des bénévoles dans les clubs environnants. Marko a marqué le tournoi de son empreinte, avec un titre en 96 et une finale en 97. Et, sans trop en dire, il ne l’a pas marqué que sur le terrain. Ceci dit tu as raison, il avait la vingtaine à l’époque de Toulouse, et l’inquiétant n’est pas d’être comme ça à 20 ans mais de l’être encore à 30. Mark Philippoussis est sans doute le principal underachiever de son époque, qui aurait dû atteindre sa plénitude sur la période allant de la fin des années Sampras au début du règne de Federer. Il avait dans la raquette un arsenal largement suffisant pour marquer cette période au fer rouge. Mais il est resté à l’état de promesse perpétuelle, incapable de gérer sa carrière, incapable de conscientiser son véritable potentiel et de s’astreindre à la discipline nécessaire pour l’exploiter à fond. Incapable de prendre soin de son corps, qu’il a lui-même rendu fragile par négligence.

        Quant à l’histoire de l’émission de télé-réalité, elle vient d’une certaine revue que je lisais avec assiduité, dans la rubrique « à la volée » je crois, en 2005 ou 2007, je ne sais plus :smile:

        Et sinon, au-delà de Toulouse, ayant été au contact de nombreux acteurs locaux ou nationaux du tennis jusqu’en 2005, j’ai eu des échos par des biais. Et parfois des témoignages de première main. Selon ces mêmes témoignages, d’ailleurs, il semble que Marat Safin était un plus grand bosseur que ce qu’il voulait bien en dire, bien plus que ce que son image publique a retenu de lui. Il pouvait prendre du bon temps à l’occasion, mais sûrement pas autant que ce que l’Histoire en a retenu, et sûrement pas en étant en lice dans un tournoi. Mais c’est lui, en répondant à ces questions par des sourires entendus, qui alimentait sa légende. Parce que Marat entre 1998 et 2005, il se levait tôt environ 360 jours par an, et il ne chômait pas à l’entrainement. Sa légende ne porte que sur les 5 jours restants…

      • Colin 18 novembre 2022 at 18:03

        Ah Philippoussis… Finalement je me demande si son plus grand « achievement » n’a pas été cette finale de Coupe Davis à Nice en 1999 sur TB indoor, où il explose coup sur coup Grosjean et Pioline (au contraire de Hewitt (encore très jeune) battu deux fois). Mais bon, on va dire qu’il était alors sous l’influence bénéfique d’un capitaine de CD et du reste de l’équipe aussie qui ne prenaient sûrement pas cette finale à la légère. Peut-être qu’ils lui avaient confisqué sa Nintendo toute la semaine…

        • Rubens 19 novembre 2022 at 00:05

          Le match contre Pioline est un chef-d’œuvre. Du Del Potro avant l’heure, une mitraillette, de n’importe quelle position du terrain. Pioline n’était pas le premier venu, mais là il ressemblait à un petit garçon dépassé par la puissance de l’adulte. Hallucinant.

          Le match contre Sampras à l’AO 96, autre grand moment : le gars en fusion totale, qui ne rate absolument rien. J’étais presque surpris que le score soit aussi serré (6/4 7/6 7/6). Sampras n’est resté au contact que grâce à son service. Dès que l’échange se prolongeait au-delà de deux coups, Marko remportait le point dans 80% des cas. Une boucherie. Une démonstration de force comme Pitou en a subi très peu dans sa carrière. Soit dit en passant, Pitou était parti pour se prendre le même tarif en quarts de Wim 99, mais le genou de l’Australien l’a lâché.

          Mais mon préféré de Marko, c’est une défaite, la finale de Bercy 2000 contre Safin. Finale monstrueuse d’intensité, marquée par des points joués à une vitesse irréelle. C’est le match, je crois, qui fait de Marat le nouveau n°1 mondial, dans le cadre d’une course sublime contre Kuerten pour le trône en fin d’année.

          J’ai vu ces matchs-là. Et j’en suis sorti à chaque fois en me disant que je n’avais jamais vu quelqu’un jouer à la fois aussi vite et aussi bien au tennis. Même Pitou était démoli en puissance.

          A l’arrivée, deux finales en GC et une éphémère place de n°8 mondial en 1999. Ce gars avait un problème. Un vrai gros problème. Il avait des contentieux avec Hewitt oui, et aussi avec Rafter. Je ne sais pas si ses coéquipiers lui confisquaient sa Nintendo lors des rencontres de Coupe Davis. D’un côté, des trucs pareils au sein d’une équipe de Coupe Davis semblent inimaginables, d’un autre côté ce serait tout à fait conforme au personnage, d’une immaturité à donner le vertige. Guillaume, c’est toi je crois qui avais parlé de mauvais retour de karma à propos du tennis aussie des années 2000. Question décérébration, Kyky et Narbé ont touché le fond, mais rendons à César ce qui appartient à Jules et convenons, outre la prime à l’ancienneté, que les profondeurs atteintes par Marko étaient déjà abyssales.

    • Guillaume 18 novembre 2022 at 21:44

      Oui, Safin il y a une large part de Liberty Valance là-dedans, on imprime la légende. Mais le type a quitté pays et famille pour aller s’entraîner en Espagne à l’adolescence ; la famille a emprunté de l’argent à des gens qu’on ne fait pas attendre à l’heure de rembourser ; Marat s’est déglingué le dos à rembourser ladite dette et ses intérêts le plus vite possible, et celle de sa soeur en même temps… Rien dans son parcours n’accrédite le je m’en foutisme.

      Quant à Philippoussis, c’est clairement sa meilleure période, de sa finale d’US Open 98 à la victoire en Davis un an plus tard. Au milieu, un M1000 à Indian Wells, un quart à Wim où il est contraint à l’abandon alors qu’il a gagné le premier set contre Sampras… Avec 2003, il fait aussi partie des privilégiés qui peuvent se targuer d’avoir inscrit 2 fois le point du titre en Davis.

      Je crois avoir lu aussi qu’il y avait eu un temps un relationnel difficile avec Hewitt.

      • Rubens 19 novembre 2022 at 00:42

        « la famille a emprunté de l’argent à des gens qu’on ne fait pas attendre à l’heure de rembourser »

        Je ne sais pas si le moment où Marat a payé sa dette est connu ??

        Mais ce serait intéressant de le savoir, parce que ça nous éclairerait sur sa trajectoire. Je parlais juste à l’instant de son accession au trône en novembre 2000, je soupçonne que c’est à la fin de cette année-là qu’il a réglé la note.

        Un indice plaidant en ce sens est la purge qu’ont été les six premiers mois de 2001. D’aucuns y ont vu une mauvaise digestion de cette place de n°1 qui lui échappe finalement d’un cheveu fin 2000. Franchement je n’y crois pas. En revanche, je soupçonne une phase de décompression à ce moment-là, jouer au tennis et gagner de l’argent n’étant plus une affaire de survie. Je ne peux pas imaginer ce que ce doit être de vivre et de jouer au tennis avec une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête. Dans les années 90, un donateur russe était déjà un donateur russe, c’est-à-dire en effet quelqu’un qu’on ne fait pas attendre. Peut-être a-t-on repêché quelques cadavres de jeunes Russes prometteurs quelque part en Mer Noire, ou peut-être a-t-on récupéré dans les poubelles du métro moscovite leurs membres dont les skins n’avaient pas voulu :mrgreen:

        Toujours est-il que c’est à cette période-là que Marat a commencé à faire du sur-place, à se blesser, à partir, à revenir… et à nourrir une image d’épicurien qui ne l’a plus lâché.

        Reste que le Marat fut en son temps le plus jeune à devenir n°1 mondial. Et dans des conditions normales en plus. On était en 2000, pas en 2022, Sampras n’a pas fait 6 mois de taule et Agassi ne s’est pas fait amputer du pied droit, ils étaient là et bien là :smile:

        • Guillaume 21 novembre 2022 at 12:03

          On sait plus ou moins, oui. Il a cravaché pour rembourser au début, ce qui explique notamment son calendrier de stakhanoviste en 2000. Le mec joue quand même 31 tournois + la Coupe Davis ! Et il ne baisse pas de cadence après son titre à l’US. Il explique aussi qu’il s’y déglingue le dos au passage, ce qu’il paie en 2001. Quand tu évoques son premier semestre loupé, il y a aussi cette donnée-là. A Dubai, il abandonne à cause de la douleur. A Indian Wells, il va au bout de son match contre Thomas Johansson (tiens, déjà :lol: ) mais il sert en moyenne à 140 km/h en première !

  19. Colin 18 novembre 2022 at 18:19

    Daniil Medvedev a fait un pari insensé avec des copains, celui d’être le premier joueur de l’histoire à perdre ses trois matches de poules aux Masters au tie-break du 3ème set.
    Le bougre est bien parti pour gagner cet improbable pari !

  20. Colin 18 novembre 2022 at 18:25

    Voilà c’est fait. Bravo Daniil. L’année prochaine tu tenteras un pari moins stupide, celui de GAGNER tes trois matches de poules au tie-break du 3ème set. L’avantage c’est que tu pourras essayer ensuite de refaire ça en demi-finale puis en finale.

    Novak Djokovic c’est un peu comme si Tom Simpson s’était relevé, était remonté sur son vélo, et avait repris tous les autres coureurs un par un pour finir par s’imposer au sommet du Ventoux.

  21. Colin 18 novembre 2022 at 18:28

  22. Colin 18 novembre 2022 at 18:53

    Nadal gagnera encore Roland-Garros à 55 ans.
    Mais Djokovic, lui, fera beaucoup mieux : Il gagnera encore des matches de tennis après sa mort.

  23. Colin 19 novembre 2022 at 01:44

    Ruud, Fritz, et donc Rublev. Je vous avoue que je ne suis pas très confiant.

    • Anne 19 novembre 2022 at 13:02

      Nathan, on a besoin de toi. Un ultime coupe de collier avant janvier s’il te plaît. L’avenir du tennis est entre tes mains

    • Nathan 21 novembre 2022 at 13:46

      N’ayant pu me rendre aux Pyramides, je suis allé à Turin pour soutenir Rublev et répandre de mauvaises ondes sur celui dont j’ai promis de taire le nom pour les siècles des siècles.

      Pourquoi Rublev ? Rublev, c’est ma failesse honteuse, je le regarde en cachette, je ne peux pas m’en passer, c’est ma dope, ma préférence à moi. Un jeu monomaniaque, un tennis instable sur courant alternatif, un type pas très fun dont les rares sourires ont les charmes mystérieux d’une embellie au fin fond des prairies tourbeuses d’Ecosse en décembre, une âme slave torturée, version masochiste, toujours prêt à se crier dessus et à se frapper quand il rate une balle (c’est peu dire que le grand Autre dans la tête à Rublev doit être un brin persécuteur ou persécutrice).

      Bref Rublev, c’est l’anti Slip, un tennis non maîtrîsé qui vous met les nerfs en pelote, un type a priori sympa en dépit d’un abord peu accueillant, au lieu d’être un sale type à l’accolade accueillante -vous aurez reconnu celui dont je parle, il faut en effet toujours se méfier des gens qui sourient trop facilement.

      Tout avait bien commencé. La blancheur adamantine des Alpes enneigées promettait un avenir radieux, il faisait un soleil magnifique sur Turin, le Vitello Tonnato était très bon, le Barolo exquis, les Italiennes étaient belles comme d’habitude, tutte bene…

      La soirée s’annonçait sous les meilleurs auspices. La salle du Pala Alpitour était bondée, j’étais bien assis, chèrement assis tout de même, je voyais bien.

      Rublev semblait en forme. Le service pétait des aces, le coup droit mitraillette faisait très mal, on sentait qu’il allait faire le break d’un moment à l’autre. Il dominait l’échange… et puis patatras ! Vous connaissez la suite. No comment. Le pire du pire. Un jeu de service plein de fautes. Et surtout derrière, un tennis indigne, un mental en carton. Rublev frappait ses cuisses maigrelettes de ses petits poings. Rublev avait dix ans. Rublev voulait montrer à tout le monde qu’il était incapable de jouer.

      Le plus terrible dans l’histoire, c’est qu’en face Ruud jouait son tennis aseptisé, bien fait, solide, hygiénique. Voilà, Ruud, c’est le tennis hygiénique. Un tennis hygiénique condamné à perdre contre l’Autre des Balkans. Triste soirée. Même pas envie de me fatiguer à répandre de mauvaises ondes pour faire chuter l’Innomable.

      Il va falloir que Rublev change de tête. Et s’il changeait de coach pour changer de vision ? Accepter de perdre… pour se foutre la paix et gagner. Je lui conseillerais bien Stéphane Robert, le Kerouac du tennis, qui est devenu coach dans une Académie indigne, ou alors son mentor, Ronan Lafaix. Si Ronan l’a fait pour Stéphane (elle est bonne, celle-là !), il pourrait le faire pour Andrey. Non ? je rigole mais au fond, c’est une idée qui est loin d’être stupide.

      • Nathan 21 novembre 2022 at 13:53

        Innommable, c’est mieux avec 2 M, un M de plus pour celui qu’on déteste, quelle cruelle ironie…

      • Colin 24 novembre 2022 at 18:17

        Djokovic, appelons-le désormais l’innoable.

      • Colin 24 novembre 2022 at 18:19

        Allez, je veux bien (comme toi) pousser jusqu’à lui mettre un I majuscule, pour rendre hommage à son melon majuscule.

        Donc Djokovic = l’ Innoable.

  24. Nathan 23 novembre 2022 at 15:31

    Et voilà ! Le cirque médiatique est reparti ! Maintenant qu’il a gagné le Masters, on lui prédit x années de carrière avec 2/3 GC par an. Même Ruud avec sa tête de gendre parfait et de gentil garçon lui lèche les pieds, pour ne pas dire autre chose, en commentant sa victoire « C’est incroyable après tout ce que tu as enduré en 2022 ! ». Un comble, le gars refuse de se faire vacciner, a un comportement d’un egocentrisme irresponsable, et c’est le monde qui serait contre lui ! Si ça continue comme ça, je vais prendre les sens interdits, le sens interdit est une injure insupportable à ma liberté corporelle personnelle inaliénable d’aller et venir. C’est comme ça !

    • antsiran23 23 novembre 2022 at 18:28

      Personnellement je n’aime pas le joueur, mais pas du tout. En revanche le bonhomme il a du panache. Il a défié la bien-pensance en ne se faisant pas vacciner pour se protéger et il est allé au bout, au risque assumé de freiner sa course aux grands chelems. Ses années au top étant inexorablement comptées. Il a préféré user de sa liberté de penser et d’agir, valeurs oh combien bafouées par une société mondialisée qui a voulu imposer un pseudo vaccin qui ne sert à rien. Et pas sans effets secondaires. En tout cas ni à éviter la transmission, ni la contagion. Contrairement au lobbying des labos. Chapeau le bonhomme. Mais je continue à vomir son tennis.

  25. Anne 23 novembre 2022 at 23:22

    Euh… la pensée de Djokovic en matière sanitaire est surtout particulièrement perchée et carrément dangereuse. Il n’est pas contre le vaccin contre le Covid mais contre la vaccination en général et se retranche derrière « la vaccination doit être un choix personnel ». Ce qui méconnaît grandement le principe même de la vaccination et est une attitude très égoïste. C’est à se demander comment il fait pour scolariser ses enfants à Monté-Carlo puisque la vaccination est obligatoire pour nombre de maladies là bas. Et il a tenu des conversations dangereuses à plusieurs reprises, notamment sur la force du seul esprit de transformer de l’eau impure en eau potable. Ah oui, il a aussi des parts dans une société danoise de « remèdes alternatifs » pour tenter de soigner entre autres le Covid… le problème n’est pas qu’il défie la bienpensance mais bien que certains de ses propos et de ses actes sont dangereux et son plus proches de certains gourous sectaires qu’autre chose. Propos qu’il prend bien garde de ne propager qu’en serbe car il sait combien ils se retourneront contre lui en anglais… Personnellement’ je ne vois strictement aucun panache dans son attitude. Et comme il y a nombre de points qu’il s’est bien gardé d’éclaircir sur tout l’épisode australien… donc là aussi, question panache, il peut repasser…

    Chacun ses opinions mais TOUTES les études médicales sérieuses démontrent que si les vaccins n’empêchent pas TOTALEMENT la transmission ou la contagion, ils les réduisent FORTEMENT, en plus d’atténuer très fortement les risques de contracter une forme grave de la maladie (comme quoi le vaccin est loin de ne servir à rien…). Même à Djokovic je ne souhaite aucun des symptômes les plus graves du Covid…

    • Rubens 24 novembre 2022 at 13:59

      Pour ma part, j’ai bien assez de reproches à faire à Novak Djokovic, je n’y ajouterai pas de remarques sur ses positions antivax. En revanche, Antsiran, je crois que tu réécris l’histoire : c’est une chose de ne pas vouloir se faire vacciner, c’en est une autre justement de ne pas accepter d’en subir les conséquences et de tenter de rentrer frauduleusement sur le territoire australien en présentant de fausses attestations.

    • Colin 24 novembre 2022 at 18:31

      Toutafé.
      Panache my ass.
      Le panache ç’aurait été de rester chez lui. Ce qu’il a fait en Australie c’est le contraire du panache. C’était « I am the King ; et toi, le monde, conforme-toi à Mes souhaits ». Et il a été tout surpris de découvrir que l’Australie et la Serbie, ça ne fonctionnait pas pareil. Dommage, à 36 ans, d’être encore autant coupé des réalités.

      • Anne 24 novembre 2022 at 18:57

        Je plussois totalement et puis j’ajouterais que le panache c’est tout sauf prétendre assumer les conséquences de son choix et de se répandre à longueur d’interviews sur le fait que cette saison a été super compliquée pour lui et ses proches. Et d’envoyer son coach et son entourage dire maintes fois combien ses résultats en fin d’année sont tellement extraordinaires surtout pour un joueur qui a dû s’entraîner sans savoir quand il serait autorisé à jouer ou pas

  26. Anne 23 novembre 2022 at 23:56

    je suis étonnée que le fait que Nadal zappe la Piqué / Davis Cup pour aller jouer une exhibition en Argentine ne fasse pas plus parler que ça… alors que la phase finale de la-dite Cup se joue quand même en Espagne. accessoirement d’ailleurs ses compatriotes ont perdu contre la Croatie… qui joueront donc la demi-finale contre les Australiens

    • Colin 24 novembre 2022 at 18:36

      J’ignorais. Mais moi tout ce qui est susceptible de planter un clou de plus sur le cercueil de la Piqué cup, je l’accueille très favorablement, donc si Nadal était allé jouer une exhibition sur Mars plutôt que d’aller soutenir cette mascarade j’aurais trouvé ça aussi très bien.
      Piqué cup et FIFA world cup au Qatar, c’est du pareil au même : corruption, aberration, et enterrement des valeurs sportives les plus élémentaires.

  27. Anne 27 novembre 2022 at 19:55

    Et voilà, le Canada qui a perdu au premier tour mais a été repêché après la disqualification de la Russie a gagné la Piqué Cup

  28. Rubens 2 décembre 2022 at 12:07

    Article très intéressant d’Eurosport, à propos du contrôle positif de Fernando Verdasco. Il semble que l’usage du méthylphénidate, un stimulant du système nerveux, soit largement répandu dans le tennis de haut niveau. Ce n’est pas un produit interdit, mais il doit faire l’objet d’une prescription médicale, et c’est sur ce point que l’Espagnol a fauté puisque son AUT n’était pas à jour.

    A 39 ans, Nando est en fin de carrière, mais l’essentiel n’est pas là. Le recours massif à ce type de traitement en dit long sur la pression psychologique à laquelle sont soumis les joueurs et joueuses de haut niveau, et sur les difficultés qu’ils rencontrent pour la supporter.

    Comme souvent en pareil cas, nous parlons d’un médicament légal. Mais si j’ai bien compris, il s’agit d’un stimulant pour les capacités d’attention, et donc un produit aidant celui qui le prend à améliorer ses capacités de concentration. Selon moi il s’agit donc bien de dopage, puisque c’est un produit susceptible d’améliorer la performance. Nous sommes loin du crystal meth du Kid et du rail de notre Richie.

    Un certain nombre de commentateurs ont observé, en parlant du Big 3 et de la cohorte de leurs suiveurs immédiats, que la nouveauté de l’époque était que ces types étaient d’une constance absolument remarquable. Pour rebondir sur le thème de mon article, Pitou et Dédé, même dans leurs phases les plus fastes, n’ont pas aligné les quarts, demis voire finales en GC et en M1000 avec la même constance que Tsonga, Berdych ou Ferrer. J’ignore s’il y a un lien avec les produits que la médecine met désormais à disposition des joueurs, mais l’arrière-plan de cette affaire Verdasco pose au moins trois questions :

    – le recours massif (puisque renouvelé sur ordonnance) à de tels produits est-il dangereux à long terme pour la santé ?

    – ce type de produits doit-il continuer à être autorisé ?

    – ne serait-il pas préférable de faire retomber la pression sur le corps et l’esprit des joueurs et joueuses, plutôt que de les aider (par la chimie) à encaisser cette pression ?

    Les autorités du tennis, qui prétendent être attentifs au bien-être des joueurs et joueuses (ils l’ont martelé au moment de l’affaire Osaka), ont là une magnifique occasion de transformer les paroles en actes.

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