Avouez, ça vous a manqué les articles-tableaux-Excel de Colin ? hé ben en voici un beau gros, comme au bon vieux temps.
J’ai annoncé la couleur récemment : Si Zverev s’imposait en finale de Roland-Garros 2026, il deviendrait utile de relancer le débat « qui est le meilleur joueur de l’ère open à n’avoir jamais gagné de GC? » vu que le Z était non seulement titulaire de cette distinction (celle que personne ne rêve de décrocher), mais, en plus, à vue de nez, largement en tête sur la concurrence…
Suite au résultat (longtemps incertain) de la finale de dimanche dernier, il a donc fallu que je tienne mes promesses et que je me mette au boulot.
Le ressenti
J’ai commencé par interviewer quelques uns des plus fameux analystes du monde tennistique :
Maître Rubens : « Leconte, Mecir, Medvedev-le-Vieux (Andrey), Nalbandian. Et je vote Mecir. Oups, j’oubliais Rios et Philippoussis. Ce qui ne change rien à mon vote final. »
Master Kristian : « N’oublions pas Casper (Ruud). Trois fois finaliste, jamais vainqueur. Et Soderling, deux fois finaliste en ayant éliminé le numéro 1 mondial et tenant du titre en route à chaque fois. Et Tsitsipas, si proche. »
Intéressant tout ça, messieurs. Mais cette approche empirique m’a laissé un peu sur ma faim.
Je suis donc revenu à mes amours, à savoir…… tadam……
Le tableau Excel !
Règles du jeu
Etablir le palmarès détaillé de tous les joueurs de l’ère open n’ayant jamais (ou « pas encore ») gagné de GC est un exercice très (trop) fastidieux. Il faut donc faire un peu de tri préalable.
J’ai décidé unilatéralement que deux ‘achievements’ étaient nécessaires pour avoir l’honneur de faire partie de la liste des concurrents :
1/ Avoir fait une finale en tournoi du GC (et je parle là d’un « vrai » tournoi du GC, donc hors Melbourne pré-1983, n’en déplaise à Guillaume), ET
2/ Avoir gagné une Masters Cup ou un M1000 (ou équivalent pré-1990, ce qui inclut Melbourne pré-1983).
Mais ces deux conditions ne suffisent pas, elles laissent la porte ouverte à trop de « seconds couteaux ». J’ai donc ajouté une troisième condition pour filtrer encore un peu :
3/ Avoir réalisé (au moins) un troisième fait d’arme notable au cours de sa carrière, comme :
3.1/ Une deuxième finale en (« vrai ») tournoi du GC, OU
3.2/ Une deuxième victoire en Masters Cup ou en M1000 (ou équivalent pré-1990), OU
3.3/ Une finale en Masters Cup, à condition qu’elle ait été perdue contre un top player (c’est à dire un vainqueur en GC), OU
3.4/ Une place de n°1 mondial à l’ATP, OU
3.5/Une Coupe Davis avec plusieurs victoires en simples « qui comptent », OU
3.6/ Une médaille d’or aux J.O.
Une fois que la liste des impétrants a été établie en se basant sur les critères d’éligibilité ci-dessus, il a fallu recenser leurs palmarès et les comptabiliser, en appliquant un barème de points associé à chacune des réalisations des candidats.
Ce barème est détaillé en fin d’article (finale en « vrai » GC = 15 points, victoire en Masters Cup ou Miami 85-89 = 15 points, victoire en M1000 = 12 points, victoire en équivalent M1000 pré-1990 (ce qui inclut Melbourne pré-1983)) = 10 points, etc.).
Le tableau ci-dessous donne le résultat du décompte.
And the winner is…
D’abord, on voit qu’en effet, le Sascha Zverev d’avant dimanche 7 juin 2026 était largement en tête, ce qui vient corroborer notre ressenti à tous.
Ensuite, hé bien… Il y a plusieurs réponses possibles. Il faut en effet gérer quelques cas particuliers.
Pour moi, VITAS GERULAITIS EST NOTRE GRAND GAGNANT, et de très loin. Il est d’ailleurs le seul dont le score s’approche à quelques encâblures de celui du Z d’avant dimanche.
Mais…
Il ne vous échappe pas que le nom de Gerulaitis est écrit sur fond vert. Cela matérialise le fait (comme pour Roscoe Tanner un peu plus loin dans le classement) que le blond frisé a gagné un petit open d’Australie (1977). Ce qui fait de lui un « presque vainqueur en GC », ou un « vainqueur en presque GC », comme vous préférez. Certains observateurs, comme Guillaume, n’hésiteront donc pas à éjecter Vitas de la liste des candidats autorisés au titre de meilleur joueur de l’ère open à n’avoir jamais gagné de GC.
Si l’on suit la logique willecoquienne, alors le gagnant devient…
Le grand… L’immense…
Harold SOLOMON !
D’une très courte tête devant Tom OKKER (celui-là même qui était surnommé The Flying Dutchman) et un duo Tsitsipas/Rios.
Avouez que ça a de la gueule, non ?
Solomon a en effet collectionné dans les années 70 des victoires dans une demi-douzaine de tournois majeurs. Ainsi que deux Coupes Davis.
[D’ailleurs, si Harold Solomon était bel et bien notre gagnant, je pense alors que c’est lui, plutôt qu’Adriano Panatta (son tombeur en finale de Roland-Garros 1976) qui aurait dû remettre la Coupe des Mousquetaires dimanche. En effet, si Cobolli avait gagné, il aurait été logique que le trophée lui soit remis par le dernier italien en date champion porte d’Auteuil, à savoir Panatta. Mais Zverev vainqueur abandonne de fait son titre de meilleur joueur de l’ère open jamais titré en GC, qu’il laisse à… Solomon. Donc si c’est celui-ci qui lui avait remis la Coupe des Mousquetaires, ç’aurait été un échange de bons procédés en quelque sorte).]
Au cinquième rang (ou au 6ème, si l’on garde le playboy Vitas comme champion, ce qui est mon choix), un autre cas particulier : Tony Roche. J’ai affiché le nom de l’australien sur fond ocre car celui-ci a bel et bien gagné un tournoi du GC, à savoir Roland-Garros, mais c’était AVANT le début de l’ère open (1966). Sa position est donc ambiguë, puisque, si on ne considère que l’ère open, Roche fait partie de ceux qui n’ont jamais gagné de GC. Par contre, je suis à peu près sûr que Tony Roche se considère comme un vainqueur de GC de plein droit (évidemment) et donc qu’il n’irait jamais revendiquer un accessit dans le classement du meilleur joueur de l’ère open à n’avoir jamais gagné de GC. Dans son cas, on dira donc qu’il est l’un des tous meilleurs joueurs à n’avoir jamais gagné de GC pendant l’ère open. Nuance subtile.
Derrière Roche, un duo qui a de la gueule : Corretja & Mecir .
Quoiqu’il en soit les écarts sont faibles donc tout changement dans le barème de comptabilité de leurs exploits sportifs pourrait leur faire permuter leurs positions.
Cocorico ou presque, trois français apparaissent à des accessits (14, 17 et 20ème).
–=–=–=–=–=–=–
*Fond vert : Gerulaitis et Tanner ont gagné un open d’Australie de seconde zone (pré-1983).
**Fond ocre : Tony Roche a gagné (une fois) Roland Garros avant l’ère open (1966).
Les recalés
Parmi ceux qui n’ont pas rempli les critères établis ci-dessus considérés comme nécessaires pour apparaître dans ce tableau, on peut citer quatre catégories de joueurs :
1/ Ceux qui ont fait deux finales en GC, mais qui n’ont jamais rien gagné d’important en individuel. Bref, ils ont été deux fois des losers de haut vol, mais jamais gagnants à moyenne altitude.
Ils sont deux : Todd Martin et Kevin Curren. Le décompte de leur (petit) palmarès selon le barème en vigueur pour les vrais candidats leur donne respectivement 34 et 30 points (Todd Martin a participé à la conquête d’une Coupe Davis par l’équipe étatsunienne dont le leader incontesté et principal contributeur était Pete Sampras). Soit plus que Taylor Fritz pour Martin, et plus que Magnus Norman pour Curren.
2/Ceux qui ont rempli les deux premières conditions (une (seule) finale en GC et une (seule) victoire en M1000 ou équivalent), mais pas la troisième (bref, pas de troisième coup d’éclat dans leur carrière).
Ils sont trois : Greg Rusedski, Mikael Pernfors et Niki Pilic. Avec un total de 27, 27 et 25 points.
3/ Ceux qui ont fait une seule finale en GC, et qui n’ont jamais rien gagné d’important. Ils sont nombreux (Cobolli, Kyrgios, Gonzalez, Baghdatis, Puerta, Schuettler, Verkerk, Clément, Washington, Berasategui, Lewis, Pecci, Metreveli, Proisy) et clairement hors du coup, sauf peut-être Cobolli si son palmarès s’étoffe dans les mois et années à venir. Et, si on est (très) gentils, Gonzalez pour ses deux médailles (bronze et argent) aux J.O. 2004 et 2008.
4/ Plus intéressants : ceux qui n’ont jamais fait la moindre finale en (vrai) GC, mais qui ont gagné d’autres titres importants. A nouveau, cette catégorie doit être scindée en trois sous-catégories :
4.1/ Ceux qui ont gagné la Masters Cup (et un ou plusieurs M1000 de surcroît). Ils sont deux : Nikolay Davydenko et Grigor Dimitrov. Avec son palmarès extra-large hors GC, Davydenko a accumulé la bagatelle de 65 points avec notre barème (ce qui le mettrait au 12ème rang du tableau ci-dessus, devant des gars comme Enqvist, Phlippoussis, Ferrer, Pioline, et ses contemporains Tsonga, Nalbandian, Berdych et Soderling). Il apparaît donc de façon évidente que Nikolaï Davydenko est (de loin) le meilleur joueur de l’ère open à n’avoir ni gagné de GC, ni même été en finale. Dans cette catégorie, Dimitrov est loin derrière avec 27 points.

4.2/ Ceux qui ont gagné un open d’Australie pré-1983 (et qui n’ont donc rien à faire dans ce classement selon la logique Willecoquienne). Ils sont trois : Johan Kriek (2 fois vainqueur à l’AO), qui émarge à 30 points ; Mark Edmondson (14 points grâce à la Coupe Davis) et Brian Teacher (qui rase la moquette avec ses 10 points).
4.3/ Celui (hé oui il est tout seul) qui a gagné le tournoi de Miami 1985, gros tournoi avec 128 inscrits, une dotation monstrueuse et des demi-finales et finale au meilleur des 5 sets : Tim Mayotte. Il a gagné trois autres « équivalents M1000″ et obtenu la médaille d’argent aux J.O. de Séoul, soit un total de 48 points : il est donc éligible au rang de n°2 au classement du meilleur joueur de l’ère open à n’avoir ni gagné de GC, ni même été en finale, loin derrière Davydenko cependant.
–§–§–§–§–§–§–§–§ –§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–§–
Barème utilisé :
Finale en « vrai » GC = 15 points
Victoire en Masters Cup et Miami 1985-1989 = 15 points
Victoire en M1000 post-1990 = 12 points
Victoire en équivalent M1000 pré-1990 (ce qui inclut Melbourne pré-1983)) = 10 points
Médaille d’Or aux J.O. = 10 points
Finale en Masters Cup : si perdue contre un joueur de premier rang (un vainqueur en GC) = 8 points, sinon 5 points
N°1 mondial au classement ATP : 1 point par semaine au rang de N°1
Coupe Davis : 2 points par victoire en « simple qui compte » pendant l’intégralité de la campagne




Exercice : faites une réponse au tableau de Colin en moins de 4 heures
Un grand merci, déjà, pour ce tableau. Le travail est énorme, on va y aller par étapes.
Ce n’est pas la première fois que tu me bluffes sur ta connaissance du tennis des 70′s, et je te soupçonne fortement d’être en possession d’un truc après lequel je cours depuis longtemps, un panorama complet des tournois des années 70 et de leur importance. Mais je trouve quand même surprenant que les 4 premiers de ton classement soient tous des joueurs de cette période.
Donc question : peux-tu me lister les 7 « équivalents 1000″ gagnés par Geru, les 6 de Solomon et Okker et les 3 de Roche, et pourquoi tu les considères comme des titres majeurs ?
Je pose ma question avec la modestie d’un écolier. J’ai tenté un jour de créer un système de classement « pré-ATP ». Je me suis vite rendu compte que ma ressource, le site internet de l’ATP, n’homologuait rétrospectivement que certains tournois. Ainsi, il me semble que sur les 5 victoires de Roche sur Laver en 69, 2 seulement apparaissaient sur le site de l’ATP… Et par ailleurs, les données de l’ATP sur cette période sont une véritable jungle dans laquelle je me suis vite perdu : un tournoi important pouvait disparaître ou proposer un tableau indigent l’année suivante, le nombre de tournois dits « importants » pouvait grandement varier d’une année sur l’autre, et pour couronner le tout le « circuit ATP » n’en était pas vraiment un, chaque joueur évoluant avant tout dans sa zone d’influence géographique. Et en particulier, les Américains et les Australiens se déplaçaient peu en Europe. Que valent les tournois sur terre battue gagnés par Nastase, Orantès ou Vilas lorsque les Newcombe, Roche, Rosewall, Laver, Connors, Geru et autres Tanner sont absents ? Bref, j’ai renoncé
Merci pour cet article, top !
Je trouve toujours que les JO sont surévalués dans l’importance du palmarès en tennis et en revanche, le Masters (ou ATP Finals) sont légèrement décotés.
Sacré palmarès mine de rien le Davydenko.
Zverev est un bien meilleur joueur de 3 sets que de 5 sets et c’est très inhabituel, normalement les meilleurs joueurs étant encore meilleur au grand format où la régression vers la moyenne favorise ceux à la plus grande valeur.
L’Equipe s’est probablement fait blacklisté maintenant avec son traitement sur les affaires privées de Zverev qui ont été mises sous cloche depuis 2 ans.
« Pire vainqueur de GC », c’est bien évidemment faux et cela sera bientôt oublié dans les vents de l’histoire, tout comme est déjà oublié qu’Alcaraz est n°1 mondial quand le meilleur joueur de la saison loupe des événements pour des raisons extra-sportives / physiques.
Clairement Zverev a une part sombre et très amateur d’antiphrase qui l’expose énormément à des coucous de vertu qui font du 1er degré pour se faire bien voir (cf : « les sportifs n’ont rien dans la tête » => c’était du sarcasme et de l’humour, c’était visible).
« Je trouve toujours que les JO sont surévalués dans l’importance du palmarès en tennis » Peut-être mais vu que c’est juste une fois tous les 4 ans, c’est largement dilué.
« en revanche, le Masters (ou ATP Finals) sont légèrement décotés » J’ai un peu corrigé ça dans la deuxième version de mon article (ou plutôt, de mon barème).
Oh on va s’amuser !
Mais si Vitas sort si largement en tête, c’est qu’il n’a pas volé son statut de vainqueur en GC, non ?
Non, c’est vrai que l’édition dont il émerge est particulièrement crade, plus que celle de Tanner la même année d’ailleurs. Je peux l’accepter en meilleur des mauvais.
J’avoue que je n’avais pas vu venir Solomon. Sa sortie du chapeau illustre un dernier aspect à prendre en compte : le degré de dangerosité réelle d’un joueur. Solomon, joueur que l’on pourrait probablement rapprocher de Ferrer pour ceux que l’on a vu jouer récemment : réguliers dans les derniers tours de GC, palmarès assez épais (au-delà de la vingtaine de titres)… mais, pour autant, les imagine t-on vainqueurs en Grand chelem ? A t-on réellement eu la sensation que dans l’un des 6 cas où il s’est présenté en demies de Chelem, Ferru pouvait aller au bout ? On savait pertinemment qu’à la fin, il servirait toujours de punching-ball à Fed, Nadal, Djoko ou Murray (la finale de RG 13, quel ennui). Par contre, quel acharnement à rester aux avant-postes dans la durée, là où Rios, Coria ou Tsitsipas ont tous connu une séquence où la victoire en GC a semblé largement plus possible / probable / promise, mais la fenêtre s’est vite refermée et leur carrière a périclité (un peu moins pour Fanou certes, même si je trouvais déjà loin du compte à l’OA23).
En creux, ce classement fait ressortir le fait qu’il n’y a en réalité par de scandale là-dedans, aucun dont l’absence au palmarès du GC ne me fait bondir. Il y a une forme de justice en ce que tous les vrais « maudits » du GC ont fini par toucher leur Graal, même s’il a fallu attendre longtemps, en années comme en tentatives : Murray, Ivanisevic, Thiem… Z aujourd’hui. Les autres auraient pu, parce qu’ils ont été forts à instant T (Coria), ou forts sur une surface donnée (Corretja), ou auteurs d’exploits retentissants (Sod), ou possédant une palette de jeu folle (Mecir, Nalbide), m’enfin leur absence n’est pas non plus une anomalie. Surtout que nos yeux se sont habitués depuis 20 ans à ne voir gagner qu’une petite élite imbriquant tous les éléments précités + une longévité certaine. Cela a contribué à rehausser l’exigence des pré-requis pour un vainqueur en GC « acceptable ». Suffit de voir combien Zverev fait grincer des dents, alors qu’il était il me semble évident depuis longtemps qu’il était le meilleur des sans GC, et même meilleur que certains détenteurs de GC : il y a son passif hors court, certes, pour expliquer tous ces gens qui se bouchent le nez, mais c’est peut-être aussi la résultante de 20 années où les GC sont devenus l’apanage des géants du jeu – on est à quoi, 12 vainqueurs différents seulement depuis Gaudio ? On est au-delà du club fermé.
Si Davydenko est le meilleur à ne jamais avoir atteint la finale d’un Chelem (ça me convient assez tant il fut impressionnant en BO3 à côté), le meilleur à ne jamais avoir atteint les demi-finales d’un Chelem : Rublev ? Avec ses 10 présences en 1/4, deux titres en M1000 et une palanquée d’ATP500-250, bon candidat, non ?
En nombre de tentatives ratées avant de toucher le graal, les deux recordmen de l’ère Open sont Lendl et Murray (4). Mais ensuite ils ne se sont pas arrêtés à une seule victoire ! Alors que Ivanisevic, Thiem (et sans doute Z, on verra…) ont échoué à « seulement » 3 reprises, mais n’ont jamais réitéré. Sans doute une question d’âge (Ivanisevic) et d’usure physique (Thiem).
« le meilleur à ne jamais avoir atteint les demi-finales d’un Chelem : Rublev ? » Bon candidat oui, mais je dois pouvoir t’en sortir quelques autres de mon chapeau (heu… de mon tableau)
En fouillant mon tableau, deux autres candidats se détachent :
- Guy Forget
- Joachim Nystrom
Il y a match avec Rublev.
Deuxième remarque Colin, à propos de la Coupe Davis.
La prise en compte de la Coupe Davis me pose problème à plusieurs niveaux. Un grand joueur isolé nationalement aura le plus grand mal à hisser son équipe de Coupe Davis, il ne part pas à armes égales avec trois compatriotes membres du top 10. David Ferrer n’a pas gagné la Coupe Davis en 2012, mais il a remporté ses deux simples en finale. Est-ce que ces deux simples sont pris en compte dans tes 9 simples à enjeu que tu attribues à David ?
Les différentes formules de la Coupe Davis lui donnent une importance variable selon la période où tu te places. Challenge Round jusqu’à 1971, formule interzones de 1972 en 1980, et enfin groupe mondial de 1981 à 2018. Avec des implications variables des meilleurs joueurs, qui viennent une année mais pas la suivante, etc. Le tennis de haut niveau, en passant à l’ère Open en 1968, a fondamentalement détruit l’esprit originel de cette compétition dont les GC amateurs étaient les jalons de préparation en vue de la phase finale où un challenger allait défier la nation tenante du titre. La disparition de la Coupe Davis en 2018 n’est que la phase terminale de cette évolution.
Toujours est-il que le Z, mais aussi Tsi² et Casper, sont désavantagés dans ton tableau car ils sont actifs à une période où la Coupe Davis n’existe plus. Mais ce n’est pas la seule source d’inégalité de ton tableau
En écho à ce que je te dis, je note l’absence de Todd Martin dans ton tableau. Dans un premier temps j’étais surpris, le grand Todd, en plus d’avoir un palmarès en tous points similaire à celui de Pioline, étant pleinement son contemporain.
De quoi Todd est-il coupable ?
De ne pas avoir remporté de Masters 1000, là où Cédric en a remporté un. Mais Todd a à son actif 4 demis en GC contre 2 à Cédric (l’un et l’autre ayant atteint à deux reprises une finale). Ca se vaut à peu près, je crois.
Mais Todd est aussi plombé par sa situation de cinquième roue du carrosse américain de Coupe Davis à une époque où sévissaient Sampras, Agassi, Courier et Chang. Todd a peu été appelé en Coupe Davis, et quand il l’a été c’était pour pallier les absences plus ou moins diplomatiques des quatre premiers cités. A la même période, Cédric était un pilier de l’équipe de France voire son fer de lance. Est-ce de la faute de Todd Martin ?
Faut se rendre compte de ce que les barêmes ATP ont changé avec le temps, d’ailleurs. Todd est un sacré cas d’école : en 94 il fait finale à l’OA, demie à Wim et demie à l’US, et malgré ce gros carton en GC (+ deux titres tout de même, et deux autres finales), il ne termine l’année « que » 10e. Derrière par exemple Berasategui qui ne gagne pourtant pas un match en GC hors de son run à Roland, mais prend 7 petits tournois sur terre à côté. Ou Chang qui ne passe pas les 1/4 en GC mais gagne 6 tournois dont Cincy. Avec les barêmes actuels de points, la valorisation des GC et le déclassement des bien-nommés ATP250, Martin leur passerait devant.
Certes mais ça ne change rien au final quant à sa présence dans mon tableau… Il aurait fallu qu’il gagne un M1000, c’est tout. Comme je l’écris dans mon article, s’il était dans le tableau, ce serait avec 34 points, donc tout en bas.
ah rien à voir avec ton tableau, effectivement, juste ma procrastination post-RG !
Ah ah je me balade dans les archives de ces saisons-là. Berasategui n’a pas le voyage à Francfort pour rien en fin d’année. 6/2 6/0 par Agassi, 6/1 6/0 par Chang, 6/3 6/2 par Bruguera. 8 jeux marqués en 3 matchs
Todd n’est pas dans le tableau mais il est cité dans les recalés, catégorie 1 (il a gagné une Coupe Davis, avec deux victoires en simple à la clé).
« De quoi Todd est-il coupable? »
Ben c’est simple, de ne pas avoir gagné de M1000. Alors que Pioline, lui, en a gagné un.
C’est exactement la même chose qui sépare un vainqueur en GC d’un finaliste en GC. Tu es vainqueur en GC, tu n’es pas concerné par cet article (sauf Z, évidemment, vu que c’est tout neuf). Tu n’es pas vainqueur en GC, tu es concerné.
Hé ben c’est pareil, tu gagnes un M1000, tu es dans le tableau; tu n’en gagnes pas, tu n’y es pas.
C’est assez binaire, je le concède.
Et puis si on commence à comptabiliser les demies en GC, pourquoi pas les quarts ? Pioline en a fait 4, Martin 4…
« Mais Todd a à son actif 4 demis en GC contre 2 à Cédric (l’un et l’autre ayant atteint à deux reprises une finale). Ca se vaut à peu près, je crois. »
Pas d’accord. Soulever la coupe en M1000, ça ajoute une ligne prestigieuse au palmarès, alors qu’être demi-finaliste en GC, ça veut dire qu’on n’est pas devant les caméras et les photographes le dimanche, le jour où ça compte.
Après il y a évidemment une variable des « autres accomplissements » selon les époques. Les JO ont gagné en valeur sous le Big 4 par rapport au sacre de Mecir à Séoul. Le Masters et la Davis ont à l’opposé connu décote plus ou moins importante dans le même intervalle. Je dirais même que tous les M1000 ne se valent pas (le Key Biscayne BO5 de Mecir vs les Bercy dépeuplés des 2000′s). Colin, au boulot pour émettre une pondération tenant compte de ces aléas, tournoi par tournoi depuis 1968 !
J’ai déjà fait cette étude pour tous les tournois du GC de 1968 à 2008 (ainsi que Miami 85-89), donc ce serait faisable, la méthodologie est prête. Mais ça me prendrait quelques années. Donc… Je préfère ne pas !

Rho, suis déçu de te voir reculer devant un tableau Excel !
Colin, je n’imagine même pas le temps que tes tableaux et graphiques ont dû te prendre. Et moi qui me fais traiter dans ces lieux de grand malade…
Ceci étant dit, quand tu me dis que tu préfères ne pas, tu fais écho à ma propre renonciation à faire tout un travail analytique dont on connaît au départ les biais qui en souligneront les limites. Comment comparer le nombre de titres en GC quand on sait qu’il n’y en avait que 3 « vrais » par an dans les années 70 (avec en plus un doute sur Roland selon les années) ? Comment établir une équivalence entre des tournois des années 70 du type circuit WCT et les Masters 1000 d’aujourd’hui ? Comment comparer le Masters des années 70 avec celui des années 80 avec le système des deux poules ? Comment comparer le Masters des années 80 avec celui d’aujourd’hui où tous les matchs sont en deux sets gagnants ? Peut-on comparer la victoire de Tsonga au Canada en 2014 (victoires sur Djoko, Murray et Federer) avec celle de Ferrer à Bercy en 2012 ?
Tout ceci me semble impossible.
Dans la liste que je t’ai citée, et que tu reprends dans l’article, nulle démonstration mathématique. Juste des noms. Pourquoi je les cite eux et pas d’autres ? Parce que, parmi les joueurs n’ayant pas touché au but en GC, ces joueurs-là avaient la particularité d’avoir un grand titre dans le bras, et de pouvoir regarder dans les yeux les meilleurs joueurs de leur époque.
Je confesse ne pas avoir en tête les seconds couteaux des années 70, que je n’ai pas vécues en direct et qui me parlent moins.
Je te cite Mecir, parce qu’il a battu, au meilleur des 5 sets, Lendl, Wilander, Edberg et Becker. Parce que sa demi contre Edberg à Wim 88 est l’un des plus beaux matchs que j’ai vus là-bas. Je te cite Nalbandian pour des raisons analogues. Je te cite Leconte et Rios pour des raisons analogues.
Je te cite Medvedev-le-Vieux pour sa démonstration hallucinante de tennis total en finale de Monte Carlo 94 contre Sergi, alors tenant du titre à Roland. Un mois plus tard son non-match en quarts de Roland contre ce même Sergi est un véritable crève-cœur. Même festival à Roland en 99, face à un Guga totalement démuni devant un cocktail improbable de puissance et de finesse qui le laissa sans réponse.
Les joueurs que je te cite, s’ils avaient touché au but en GC, auraient inspiré le respect général pour avoir concrétisé leur talent. Et sûrement pas les sarcasmes pour cause d’absence des tauliers.
Car c’est bien de cela qu’on parle pour le Z depuis dimanche soir : vainqueur par défaut. Un modèle de régularité et de quantitatif, avec une remarquable présence au plus haut niveau depuis 8 ans. Mais, côté qualitatif, une impuissance récurrente en GC face à Nadal et Djoko, puis face à Sinner et Alcaraz. Le Z a-t-il réussi là où Tsonga, Ferrer et Berdych avaient échoué ? Non. Avec deux tauliers, c’est plus facile qu’avec les quatre tauliers qu’ils ont dû se coltiner, en GC et en 1000. Si Davydenko avait gagné l’US 2005 et Ljubicic Roland 2006 en l’absence de Federer et Nadal, ils auraient été des vainqueurs par défaut, exactement comme le Z aujourd’hui.
C’est pour cela que mon critère à moi, qui est tout sauf scientifique, c’est la trace laissée par un joueur dans la mémoire collective. Söderling n’a été compétitif au plus haut niveau que pendant 2 ans, mais ses deux finales à Roland, et surtout sa première, resteront à la postérité.
Leconte, quand même, est-ce bien raisonnable ?
Colin, Rubens, Guillaume, Perse, je poste avant la grande réponse annoncée de Colin ; tant mieux, ce fil mérite d’être encombré.
Amon sens, vous avez cerné à quatre, sans le formuler, sa propriété la plus singulière : c’est la seule liste au monde dont on ne sort que par le sommet.
Dimanche, Sascha n’a pas seulement gagné Roland-Garros : il a abdiqué une couronne que personne ne brigue, en se faisant couronner ailleurs.
Et ton « je préfère ne pas », Colin, a des airs de Bartleby ; mais un Bartleby qui aurait recopié trente ans d’archives avant de poser la plume. Avant ton tableau, nous étions dans la mémoire, donc dans le charme, donc dans le mensonge affectueux ; depuis ton tableau, la poésie doit présenter ses papiers.
Un mot sur le sortant, pour départager Rubens et Perse. Au procès-verbal du sacre : cent vingt-cinq victoires en matchs de Grand Chelem avant le premier trophée, record absolu ; premier Allemand titré en Majeur masculin depuis Becker en 1996 ; treizième élu post-Gaudio, Guillaume, toi qui en comptais douze.
« Vainqueur par défaut », dit Rubens ; le décor héroïque manquait, c’est vrai : Alcaraz forfait, Sinner sorti au deuxième tour, Djokovic congédié au troisième tour par un gamin de dix-neuf ans, Cobolli en finale.
Mais un Grand Chelem ne s’excuse pas, il se gagne ; après une décennie de finales perdues et de retours, Masters, M1000 et or olympique dans la soute, on ne vole pas une coupe parce que le ciel s’ouvre : encore faut-il tenir debout sous l’ouverture.
Le sacre de Sascha est peut-être une anomalie émotionnelle ; ce n’est pas une anomalie statistique. Vingt ans de monstres complets ont rendu suspecte la normalité, et Perse a raison aussi sur la régression vers la moyenne, dont le Z fut longtemps l’exception. Quant au procès en personnalité, je le laisse hors de ce fil ; le seul tribunal compétent ici juge des coups droits.
Reste le trône. Je réponds à Colin par une infidélité : pas un roi, mais plusieurs monarchies incompatibles.
Le roi administratif, d’abord, et c’est le mien : Gerulaitis. Le 12 janvier 1980, en demi-finale du Masters, Vitas bat Connors 7-5, 6-2 après seize défaites consécutives, puis lâche en salle de presse la plus belle réplique de l’histoire du jeu : « Et que cela vous serve de leçon à tous. Personne ne bat Vitas Gerulaitis dix-sept fois de suite. »
Ironie délicieuse : un homme l’a bel et bien battu dix-sept fois de suite, Borg, contre qui Vitas disait arriver à chaque match avec trente idées pour le vaincre, toutes pulvérisées une à une, comme au ball-trap.
Ajoutez la demi-finale de Wimbledon 1977, perdue 8-6 au cinquième et tenue pour l’un des plus grands matchs de l’histoire ; ajoutez que Borg et Connors tiennent son absence du temple de la renommée pour une plaisanterie, trente ans après sa mort à quarante ans. Vitas gagne les deux instruments à la fois : il écrase ton barème et sature la mémoire de Rubens.
La logique willecoquienne a pourtant ses droits, et son champion vaut mieux qu’un sourire : Solomon, surgi du chapeau comme un notaire du Maryland venu confisquer le romantisme.
La mémoire collective préfère les météores ; le tableau aime les sédiments, et Solomon est la revanche du volume. Le mot « bagel » aurait été lancé par le duo Solomon-Dibbs, Eddie Dibbs en tête selon certaines versions ; Bud Collins les baptisa ensuite « Bagel Twins », et en 1976 Panatta réussit l’exploit discret de priver les deux jumeaux du même Roland-Garros, Dibbs en demie, Solomon en finale.
Surnommé « the Human Backboard », il présida l’ATP de 1980 à 1983. Ton idée de passation, Colin, était donc plus juste que prévu : Solomon remettant la Coupe des Mousquetaires à Sascha, c’eût été le syndicaliste des sans-couronne adoubant le transfuge.
Le roi ambigu, ensuite : Tony Roche, nuance de juriste faite homme. Sa demi-finale de l’Open d’Australie 1969 contre Laver reste un monument : quatre-vingt-dix jeux, un deuxième set conclu 22-20, une chaleur de four et la légende des feuilles de chou mouillées sous la casquette ; Laver l’a souvent désignée comme l’obstacle le plus rude de son Grand Chelem.
Roche n’a perdu ses trois finales open que contre Laver, deux fois, et Rosewall : ne s’incliner que devant des dieux est une jurisprudence, avant une seconde vie passée à collectionner par procuration, de Lendl à Federer, ce que la première lui avait refusé.
Le perdant payé, aussi : Tom Okker. Premier US Open de l’ère open, 1968 : Ashe le bat 14-12, 5-7, 6-3, 3-6, 6-3, mais Ashe est amateur ; il repart avec vingt dollars par jour, et c’est Okker, « joueur enregistré », qui encaisse le chèque du vainqueur, quatorze mille dollars. Le perdant par excès, exact négatif de notre vainqueur par défaut. L’homme fut tout de même numéro un mondial du double, titré à Roland et Flushing : des Chelems, mais pas dans la colonne comptée.
Les rois du vertige, enfin : Mecir et Rios. Mecir n’entrait pas dans le duel de puissance, il introduisait une autre géométrie ; deux mois après le crève-cœur de Wimbledon 1988, il prit sa revanche sur Edberg en demi-finale de Séoul avant de cueillir l’or.
Rios est une hypothèse qui a refusé de devenir une institution : seul numéro un mondial sans Majeur, battu à Melbourne 1998 par un Petr Korda qui sera contrôlé positif à la nandrolone quelques mois plus tard.
Coria n’a pas une revendication générale mais une adresse, Roland 2004.
Soderling a commis deux régicides porte d’Auteuil, le tenant et numéro un tombé à chaque fois. Et Ferrer reste le saint patron de l’excellence insuffisante.
Sur la querelle de méthode, Rubens et Colin, vous mesurez deux grandeurs : le tableur calcule l’intégrale d’une carrière, la mémoire cherche le maximum de la fonction. Le désaccord n’est pas factuel, il est dimensionnel.
La jungle des années soixante-dix est bien réelle : un Wimbledon 1973 déserté par quatre-vingt-un joueurs. Boycott déclenché pour défendre Niki Pilic, ton recalé de la catégorie 2, Colin ; l’homme valait une grève historique, avant de devenir capitaine champion de Coupe Davis avec deux nations et mentor munichois d’un gamin nommé Djokovic. Ses vingt-cinq points sont la chose au monde la plus mal mesurée.
Todd Martin, puisque Rubens plaide. Ta règle binaire est le prix honnête de toute classification, Colin ; versons quand même les pièces.
Wimbledon 1996 : 5-1 au cinquième contre Washington, deux services pour le match, l’aveu d’avoir « gelé », une défaite 10-8. L’homme que ton tableur recale fut ensuite l’entraîneur de Djokovic, puis appelé à diriger le temple de la renommée du tennis, à Newport. Le panthéon a embauché son propre recalé.
Rubens, l’arithmétique répond pour les simples de David : trois campagnes victorieuses, neuf simples à deux points, et 15 + 10 + 6 + 18 font exactement 49 ; la finale perdue de Prague 2012, où il battit pourtant Stepanek puis Berdych, reste donc hors caisse. Le tableur ignore les défaites glorieuses ; c’est sa force et son infirmité.
Reste ta question, Guillaume, la plus féconde du fil. Rublev et ses dix quarts tiennent la corde : le plafond qui tombe toujours au même étage.
Mais je te livre son jumeau d’époque, Wojtek Fibak : quatre quarts en Majeur, dont trois la seule année 1980, jamais une demie ; et pourtant finaliste du Masters 1976, où il sortit Vilas en demie, mena deux manches à une puis 4-1 service à suivre dans la quatrième contre Orantes, avant de céder 7-6, 6-1.
Passer à quelques points du titre de maître mondial sans avoir jamais foulé une demi-finale de Chelem : le vertige dépasse celui de Rublev.
Et pour boucler la boucle avec notre best of de la semaine dernière, Fibak fut le mentor du jeune Lendl, jusqu’à lui transmettre le virus des Mucha. Quant au roi des sans-finale, ton Davydenko, Perse, prince du samedi permanent : trois finales contre Nadal, trois gagnées, un bilan de 6-5, seul avec Djokovic à finir en positif contre l’Espagnol au-delà de dix rencontres ; et un Masters 2009 conquis en battant Federer en demie, première victoire en treize tentatives, avant de cueillir Del Potro.
Une rime, pour finir. Perse défend l’antiphrase de Sascha sur les sportifs qui n’auraient rien dans la tête ; Vitas répondait, lui, qu’il n’avait de toute façon rien dans la tête qui puisse vraiment s’abîmer.
La couronne invisible passe ainsi entre deux hommes qui plaisantaient du même vide : le protocole est parfait. Ce classement est le cadastre des presque, et son souverain ne change que par sacre ; si Gerulaitis doit un jour céder sa place, ce sera parce qu’un homme aura levé une coupe, pas parce qu’un historien aura retouché le barème.
Merci d’avoir fait le tableur, Colin : sans lui, nous répétions nos fantômes préférés.
Grâce à lui, les fantômes doivent jouer un barrage contre Harold Solomon ; et pour un site de tennis, c’est une assez belle définition du bonheur.
Waow. Je suis content d’avoir écrit cet article, juste pour qu’il puisse générer un tel commentaire, son complément (plus que) parfait.
Salut les 15-lovers, merci pour vos réactions, quelques réponses en vrac.
Pour Rubens d’abord. Les réponses aux autres suivront dès que j’aurai un peu de temps. [EDIT : Pour les autres, je les ai mis directement en réponse sous les commentaires initiaux]
« …je trouve quand même surprenant que les 4 premiers de ton classement soient tous des joueurs de cette période (NDLR : les années 1970) ».
Alors déjà, avant dimanche, le premier de ce classement était Z, qui est un joueur contemporain. Le fait qu’il y ait eu un « ctrl-X » sur le Z (ah ah ah) ne doit pas faire oublier le fait qu’un joueur contemporain a pu truster la première place pendant un temps certain, avec une avance confortable sur les « dinosaures ».
Ceci dit, c’est vrai que derrière le Z, on a surtout des ex-gloires des seventies. Comment l’expliquer ? Mmmmhhh… je ne sais pas, mais réfléchissons un peu.
Première explication : vu que je ne comptabilise pas l’AO dans les années 70, ça fait donc seulement 3 tournois par an qui permettent de devenir membre du club des vainqueurs en GC, donc c’est plus « facile » de se retrouver dans l’autre club, celui des non-vainqueurs en GC.
Quoique… la décennie 1970 n’a pas été spécialement conservatrice en termes de vainqueurs différents :
- Décennie 1970 : 13 vainqueurs différents, pour 30 tournois, c’est quand même assez « open bar ».
- Décennie 1980 : seulement 10 vainqueurs différents, pour 36 tournois. Ça se resserre.
- Décennie 1990 : la fête du slip ! 16 vainqueurs différents, pour 40 tournois.
- Décennie 2000 : encore de la variété, avec 15 vainqueurs différents, pour 40 tournois.
- Décennie 2010 : l’austérité… seulement 6 vainqueurs différents, pour 40 tournois ; le big 4 fait régner une junte sans précédent, qui se relâchera progressivement dans les années 2020, avant qu’Alcaraz et Sinner… mais vous connaissez l’histoire.
D’après cette liste, les années 2010 et 1980 auraient dû générer le plus de « non-vainqueurs en GC ». Sans doute… mais quantité ne veut pas forcément dire qualité. Exemple pour les années 2010 : le Big 4 a trusté non seulement les victoires en GC, mais AUSSI les victoires en M1000 et en Masters Cup ! Les autres joueurs se sont donc retrouvés avec des palmarès faméliques (on croit rêver en voyant que des gars comme Ferrer, Berdych et Soderling n’ont gagné qu’un seul M1000 dans toute leur carrière). C’était aussi, je pense, un peu vrai dans les années 1980 avec McEnroe puis surtout Lendl qui ne se gênaient pas pour faire des razzias sur tous les tournois « équivalents M1000 » (je vais revenir à la définition de ces tournois un peu plus loin).
Donc l’explication c’est sans doute que dans les années 1970 le circuit n’était pas encore très structuré, et donc des joueurs comme Solomon, Okker et Roche pouvaient remporter plein de tournois « importants » auxquels ne participaient pas forcément beaucoup de cadors (Gerulaitis est à part : tout le monde s’accorde à dire qu’il faisait partie des cadors, mais il est dans la partie basse de ce club (un peu comme Vilas, mais encore en dessous)). Il faut voir aussi qu’un joueur dominant et stakhanoviste (Connors, typiquement) pouvait très bien jouer et gagner trois tournois d’affilée, puis caler en quart de finale du 4ème tournoi consécutif qu’il jouait en 4 semaines, contre Solomon par exemple. Or, sur ces 4 tournois, ce sont peut-être le 2ème et le 4ème tournois que j’ai retenus en tant que « équivalent M1000 », ce qui fait un titre important qui tombe dans l’escarcelle d’Harold et lui rajoute 10 points dans mon tableau, juste parce qu’il a eu la chance de tomber sur un Connors cramé en 4ème semaine.
« …je te soupçonne fortement d’être en possession d’un truc après lequel je cours depuis longtemps, un panorama complet des tournois des années 70 et de leur importance ».

C’est quelque chose que j’ai dû faire moi-même avec mes petits bras musclés, pour la période 1968-1989, à l’époque de Sportvox, pour une série d’articles publiés en 2008/2009 :
• 13/05/2008 : Bilan des 40 premières années de l’ère open (1968 à 2007)
• 22/08/2008 : Bilan de 40 années d’ère open : la suite (1968 à 2007)
• 09/01/2009 : Bilan des 41 premières années de l’ère open (1968 à 2008)
• 28/01/2009 : L’Open d’Australie : Little Grand Slam
J’ai, pour cela, beaucoup utilisé la bible : « The Bud Collins History of Tennis ». Car le site web de l’ATP est plein de trous et d’incohérences (ou, en tous cas, il l’était à l’époque).
La méthodologie, c’était de chercher, chaque année, quels étaient les tournois : (1) les mieux dotés ($$$), ET (2) avec le tableau le plus relevé (et aussi le plus « chargé », càd que je favorisais un tournoi qui a 32 ou 64 inscrits plutôt que 8 ou 16). Je ne me suis pas cantonné forcément à 9 tournois par an, puisqu’à l’époque il y avait généralement plus de 10 tournois « importants » chaque année (j’avais donc adapté mes barèmes pour donner moins de poids à ces tournois qu’aux M1000 post-1990).
Bref, au final ça a donné ça :
Lien vers l’image lisible : https://www.15-lovetennis.com/wp-content/uploads/2026/06/EqTMS-1968-1989.jpg
A gauche, les tournois joués sur le sol étatsunien ; puis, à droite, l’open du Canada ; puis plus à droite les 3 tournois joués au printemps sur TB en Europe ; puis tout à droite les autres tournois joués sur le sol européen ou africain ou asiatique.
Alors en pratique, c’est vrai que le barème de points qui a été utilisé dans le cadre du présent article devrait être affiné :
1/ Donner moins de poids aux tournois « équivalents M1000 » avant 1989 (plutôt que 10 points : 9, ou 8, ou 7 selon les années, c’est-à-dire selon le nombre de tournois « équivalents M1000 » retenu chaque année, qui varie entre 10 et 14) ;
2/ à l’exception de Miami 1985-1989, qui, au contraire, était un tournoi très relevé (« le 5ème GC »), donc qui devrait au contraire voir son poids augmenté (ce qui relèvera le score de Miloslav Mecir). Et par extension, ça me fait penser que l’un des rares joueurs à pouvoir disputer à Davydenko le titre de « meilleur joueur à n’avoir jamais fait de finale en GC » est Tim Mayotte, vainqueur à Miami en 1985 (avant que les top-players arrivent en masse les années suivantes) entre autres.
Je ferai ça bientôt, et mettrai à jour mon article une fois fait. [EDIT : Fait.]
« …peux-tu me lister les 7 ‘équivalents 1000’ gagnés par Geru, les 6 de Solomon et Okker et les 3 de Roche »
Volontiers.
Gerulaitis :
_1/ Rome 1977
_2/ Melbourne 1977 (édition de décembre)
_3/ Forest Hills 1978
_4/ WCT Finals 1978
_5/ Rome 1979
_6/ Forest Hills 1980
_7/ Canada 1982
Solomon :
_1/ Washington 1974
_2 et 3/ Johannesburg 1975 et 1976
_4/ Alan King/Caesars Palace Tennis Classic (Las Vegas) 1978
_5/ Hambourg 1980
_6/ Cincinnati 1980
Okker :
_1/ Rome 1969
_2/ Monte-Carlo 1969
_3/ Paris indoor 1969
_4/ Hambourg 1970
_5/ Canada 1973
_6/ London indoor (Wembley) 1973
Roche :
_1/ Hambourg 1969
_2/ US Pro (Boston Longwood) 1970
_3/ Washington 1972
La suite bientôt…
« Deuxième remarque Colin, à propos de la Coupe Davis. » (je ne recopie pas tout le texte, qui est très intéressant).
Oui, la prise en compte de la CD est un facteur de non-équité puisque cela favorise les joueurs des « grandes nations de tennis » (USA, Australie, puis Suède, France et Espagne) au détriment des joueurs qui n’avaient pas de compatriotes de leur niveau (Okker, Rios…) ou à l’inverse qui n’étaient que la 5ème roue du carrosse dans leur pays à cause d’un trop plein de grands joueurs (Brian Gottfried, Todd Martin). Mais j’assume, puisque la CD reste une ligne de palmarès importante dans une carrière et que je trouve sain de récompenser les joueurs qui s’y sont impliqués. N’oublions d’ailleurs pas que certains joueurs hyper-doués et motivés l’ont gagné quasi seuls ! (Borg et Murray surtout, Becker à une moindre échelle – mais comme par hasard les trois sont des multi-vainqueurs en GC, ils ne sont donc pas concernés par cet article).
Ceci dit dans mon barème elle n’a pas une grande influence, son impact est marginal sur le classement.
Débat sur Eurosport.
Bertrand Milliard choisit Miloslav Mecir.
Olivier Canton choisit David Nalbandian.
https://www.eurosport.fr/tennis/de-mecir-a-nalbandian-quel-est-le-plus-grand-tennisman-sans-titre-du-grand-chelem_vid60081007/video.shtml
Plutôt sympa cette émission avec une conversation posée et bien menée par Anne Boyer.
Mais c’est le niveau au-dessus ici !
Article (et tableau) mis à jour après évolution du barème. Le nouveau barème me semble plus juste. Ça ne change rien pour Mecir qui reste 7ème ex-aequo avec Corretja, ni pour Solomon qui reste le « meilleur hors Vitas », mais de presque rien par rapport à Okker. En revanche Tsi²pas et Rios passent devant Roche, qui garde néanmoins un souffle d’avance sur le duo Corretja-Mecir. Bref, pas de changement fondamental.
Je me suis aussi amusé à calculer le score de Tim Mayotte : 48 points, donc loin derrière Davydenko, mais loin devant Dimitrov.
Autrement dit et pour reprendre une expression à la mode, il y a un monde où Tsitsipas est notre grand « gagnant ». Un regain de forme pour prendre un 4e Monaco, peut-être une dernière finale de Chelem (qu’a t-il de moins que Cobolli après tout)… Après est-il encore en mesure de sortir par le haut de ce tableau ? Là par contre…
Passer devant Okker et Solomon, c’est envisageable. Mais devant Vitas, même pas en rêve
Vive Webarchive
Colin, je vais examiner tes documents. Ton cas sera examiné avec soin
Je constate que le site de l’ATP est beaucoup plus complet qu’il y a 3-4 ans quand je m’étais penché sur la question : les 5 victoires de Roche sur Laver sont bien là. Je vais pouvoir reprendre là où je m’étais arrêté. Mais c’est un travail de fourmi… Colin, je vais examiner tes critères de notation des tournois, mais dans ce que tu dis plus haut je retrouve exactement les questionnements qui ont été les miens (dotation, nombre de tours, nombre de top players). On en reparle.
En guise d’apéritif, je rebondis sur le premier lien, le bilan des 40 premières années de l’ère Open. Tu y expliques avoir posé innocemment des critères de départ, et tu as été horrifié de voir que Lendl dominait ton classement, ce qui t’a conduit à changer tes critères pour éviter la souillure. Comment en es-tu arrivé à ce résultat ? Parce que Lendl a beaucoup gagné, partout (sauf à Wim), pendant 10 ans, et il l’a fait avec une régularité que Sampras lui-même n’a pas approchée.
Tu as toi-même constaté qu’une méthode de comptage parfaitement rigoureuse pouvait te conduire à un résultat fort éloigné du ressenti général. Et si je parle de ça maintenant, c’est parce qu’avec un système de comptage similaire le Z est arrivé nettement en tête de ta liste (auquel, donc, il n’appartient désormais plus).
Je reviens très vite
« Vive Webarchive » Oui pour ce qui est des textes, mais pour les images, je n’arrive pas à les retrouver… J’ai essayé plusieurs sauvegardes de chaque article, aucune n’a d’images. Bon ceci dit je les ai toutes gardées donc je pourrais très bien republier ces articles, par exemple sur 15-lovetennis…
« En guise d’apéritif, je rebondis sur le premier lien, le bilan des 40 premières années de l’ère Open. Tu y expliques avoir posé innocemment des critères de départ, et tu as été horrifié de voir que Lendl dominait ton classement, ce qui t’a conduit à changer tes critères pour éviter la souillure. Comment en es-tu arrivé à ce résultat ? Parce que Lendl a beaucoup gagné, partout (sauf à Wim), pendant 10 ans, et il l’a fait avec une régularité que Sampras lui-même n’a pas approchée. » Tout à fait… Tu as très bien répondu à ta propre question. Sampras et Lendl ont un palmarès assez proche finalement, donc le barème a une immense importance pour décider qui est devant l’autre. Tous deux ont 18 finales en GC : 14-4 pour Pete, contre 8-10 pour Ivan, donc un barème avec un fort ratio entre victoire et finale (exemple : 2 contre 1, e.g. 20-10) favorise Pete, alors qu’un ratio plus faible (exemple : 1,57 contre 1, e.g. 55-35), favorise Ivan. Ils ont le même nombre de victoires en Masters Cup (5) mais Lendl a + de finales perdues (4 contre 1). Mais surtout Lendl a gagné BEAUCOUP plus d’équivalents M1000 avant 1990 (27!) que Sampras a gagné de M1000 et coupes du grand chelem (11+2). Côté Coupe Davis c’est pareil (1), côté n°1 mondial c’est assez proche (6 contre 4 en fin d’année, 286 contre 270 semaines). Bref, je m’en suis sorti de la façon suivante, avec un double barème :
1/ Pour ce qui est de la marque globale laissée dans l’histoire du tennis, donc sur l’échelle d’une carrière entière, j’ai pris le barème avec le plus fort écart entre victoire et finale en GC (20-10). Et voilà comment in fine Sampras s’est retrouvé devant Lendl au classement du GOOE’40 (et 41 aussi).
2/ Par contre, pour ce qui est du classement *pour une année donnée*, j’ai utilisé un barème plus équilibré (55-35, mais aussi 20 pour les 1/2 finalistes et 10 pour les quarts de finalistes).
« Tu as toi-même constaté qu’une méthode de comptage parfaitement rigoureuse pouvait te conduire à un résultat fort éloigné du ressenti général. Et si je parle de ça maintenant, c’est parce qu’avec un système de comptage similaire le Z est arrivé nettement en tête de ta liste (auquel, donc, il n’appartient désormais plus). » A mon avis quel que soit le barème utilisé, le Z était toujours largement devant tout le monde au classement (avant dimanche). Et Gerulaitis largement derrière lui, mais largement devant tous les autres. C’est pour départager tous ceux qui sont derrière que le barème utilisé joue. Bref si l’on considère que Vitas est éligible, alors pour moi il n’y a aucun doute que c’est lui le lauréat. En revanche si on s’en tient à la logique Willecoquienne (i.e. un Australian Open même merdique reste un GC) alors là… on peut discuter à l’infini pour savoir qui de Solomon, Okker, Tsi², Rios, Roche, Mecir, Corretja… (et pourquoi pas Nalbide pendant qu’on y est) est l’heureux élu, puisque là, pour le coup, le barème fait tout.
Comme d’habitude pour les articles de Colin, je suis scotché par le travail accompli !!
Mais quel bonheur pour moi de trouver dans le peloton de tête mes deux idoles tennistiques (avec Big John), Mecir et Gerulaitis.
J’ai eu la chance de les suivre à l’époque, le roi du service/volée et le roi de la géométrie du court. De plus le mépris (la haine ?) qu’avait Miroslav le slovaque pour Lendl le tchèque m’enchantait, je n’ai jamais pu saquer le sinistre.
Quant à la volée de Vitas, rien pour l’égaler (sinon la volée de revers d’Edberg). Vivent les années 70 et vive le sens de la fête de Gerulaitis.
Je rejoins Montagne pour applaudir ce formidable article de Colin, un de ces articles qui ont fait la gloire de 15L et probablement aussi contribué à ce que nous soyons probablement observés de loin par le monde entier comme une secte de fous furieux.
Je n’ai pas terminé de lire le tableau ligne à ligne. Mais en tous cas, et bien entendu je ne conteste pas les résultats, ça pique un peu les yeux de voir Solomon aussi haut. Suffit par ailleurs de regarder la photo pour comprendre que non ,tout n’était pas rose et fun dans les 70′s.
Fun fact : notre meilleur joueur sans GC de l’ère Open hors Vitas n’a pas gagné le moindre MATCH à Wimbledon (4 participations, autant de first) et à l’open d’Australie. Son CV en Grand chelem tient peu ou prou à RG et au har tru de l’US. Et après on viendra taxer Corretja de spécialiste
L’angoisse de la fin des années 70 ; tomber sur un match Solomon / Vilas sur terre!!!
Que dire sur cette somme de Colin ? Que c’est un exercice oulipien qui sans doute fera date !
Pas le temps, pas le temps…
Bon, déjà il y a une bonne nouvelle, le site de l’ATP est désormais beaucoup plus fourni en archives, y compris pour la période antérieure à 1968. Il y a même les résultats du circuit WCT ! Je vais tenter un travail de sodomie de diptères pour établir des classements.
Colin, je n’ai pas eu le temps de regarder dans le détail ta méthode. Et surtout ton barème. Je t’en propose un ci-dessous.
Pour 1968, un tournoi se voit attribuer un coefficient, calculé sur la base suivante :
1. Les 3 sets / 5 sets :
– 1 point si le tournoi ne comprend que des matchs en 2 sets gagnants.
– 2 points si le tournoi a des tours en 3 sets gagnants (même s’il ne s’agit que de la finale).
– 3 points si le tournoi ne comprend que des matchs en 3 sets gagnants.
2. Le coefficient « Grand Chelem »
– 3 points si le tournoi est un Grand Chelem.
– 0 point sinon.
[Note : c'est ce critère que je pensais affiner pour les années plus récentes, pour notre affaire des JO. Je pensais à un truc du genre "1 point pour un Masters 1000, 2 points pour le Masters et les JO.]
3. Le coefficient « dotation »
– Critère valant de 0 à 3 points, selon un barème variable d’une année sur l’autre. Un tournoi offrant 10000 dollars est un tournoi important en 1968, il est totalement insignifiant en 1975.
4. Le coefficient « top ten »
– 1 point si le tournoi accueille de 0 à 3 top ten.
– 2 points de 4 à 6 top ten.
– 3 points de 7 à 10 top ten.
Attention, je ne prends pas en compte ce critère pour l’année 1968, où je ne calcule que des classements provisoires.
La somme de ces quatre chiffre nous donne le coefficient général du tournoi.
Ensuite, je fais un barème pour les résultats des joueurs, qui tient compte de la « taille » du tableau. Par exemple, le vainqueur d’un tournoi n’ayant que 3 tours (quarts, demis et finale) remportera 20 points, alors que le vainqueur d’un GC à 7 tours remportera 60 points.
Le nombre de points réel marqué par un joueur dans un tournoi donné sera le produit de mes deux calculs. Par exemple, si un joueur remporte un tournoi à 8 joueurs (son résultat vaut 20 points) et que le coefficient du tournoi est de 6, alors il marquera 120 points pour mon classement.
Colin, avec tes petits bras musclés, n’as-tu pas fait quelque chose d’approchant ?
Mmmmh il va falloir que j’y réfléchisse, je ne suis pas sûr de bien jauger pour l’instant le ratio ressemblances / dissemblances par rapport à ma méthodologie. Il va falloir que je me replonge là-dedans…
Salut Rubens
Hé bien figure toi qu’en fouillant mes archives je n’ai PAS retrouvé de tableur Excel recensant les tournois des années 1968 à 1989 et leur attribuant une « note », qui m’aurait permis de choisir les (11 à 14 selon les années) plus importants. J’avais donc dû faire cette évaluation au fil de l’eau…
Concernant les GC, en revanche, j’ai retrouvé le tableur. Quant à la notation, elle est donnée explicitement dans mon article « Little Big Slam »:
Cette méthodologie était sans doute voisine de celle que j’avais utilisée pour « noter » les tournois non-GC entre 1968 et 1989, mais évidemment si l’on veut automatiser ça, une adaptation et deux ajouts sont nécessaires.
1/ Adapter la note n°4, puisque la taille des tableaux est beaucoup plus variable qu’en GC. Exemple :
- 20 pts pour un tableau de 128
- 17 pts pour un tableau de 96
- 14 pts pour un tableau de 64
- 11 pts pour un tableau de 48
- 8 pts pour un tableau de 32
- 5 pts pour un tableau de 24
- 3 pts pour un tableau de 16
- 2 pts pour un tableau de 12
- 1 pt pour un tableau de 8
2/ Rajouter une note relative à la dotation du tournoi (pas vraiment utile pour les GC, considérant que le prestige de la participation à un GC est censé compenser une dotation fluctuante). Comme tu l’as fait remarquer, le barème doit évoluer chaque année, en fonction de l’évolution des dotations. Exemple :
- 20 pts pour les tournois dont la dotation est comprise entre 95% et 100% de la dotation la plus forte de l’année (hors GC)
- 19 pts pour les tournois dont la dotation est comprise entre 90% et 94,9% de la dotation la plus forte de l’année (hors GC)
- etc.
3/ Rajouter un critère relatif à la durée des matches. Exemple :
- 20 pts pour les tournois dont tous les matches se jouent au meilleur des 5 sets
- 10 pts pour les tournois dont les demies et la finale se jouent au meilleur des 5 sets
- 5 pts pour les tournois dont seule la finale se joue au meilleur des 5 sets
- 0 pt pour les tournois dont tous les matches se jouent au meilleur des 3 sets.
On est donc d’accord sur la plupart des critères de notation des tournois. En revanche je ne suis pas d’accord avec cette section de ton raisonnement : « Ensuite, je fais un barème pour les résultats des joueurs, qui tient compte de la « taille » du tableau. Par exemple, le vainqueur d’un tournoi n’ayant que 3 tours (quarts, demis et finale) remportera 20 points, alors que le vainqueur d’un GC à 7 tours remportera 60 points. Le nombre de points réel marqué par un joueur dans un tournoi donné sera le produit de mes deux calculs. Par exemple, si un joueur remporte un tournoi à 8 joueurs (son résultat vaut 20 points) et que le coefficient du tournoi est de 6, alors il marquera 120 points pour mon classement. » Pour moi la taille du tableau fait partie de la qualité intrinsèque du tournoi.
Salut Colin,
TRES intéressant. Ta philosophie rejoint à peu près la mienne.
Mais il me manque, dans ton raisonnement, les points que tu attribues à chaque joueur en fonction de son résultat dans un tournoi.
Si je te suis bien, tu attribues une note sur 100 (voire plus) à chaque tournoi. Mais combien de points attribues-tu, par exemple, à un quart-de-finaliste ? Si ça doit dépendre de la taille du tableau, alors ton raisonnement rejoint le mien. Mais peut-être que ton calcul consiste à dire, par exemple, qu’un quart-de-finaliste marque 15 points en toutes circonstances, et que tu multiplies ces 15 points par la note (sur 100) du tournoi ?
C’est parce que le classement des tournois et le classement des joueurs sont deux processus différents chez moi (même si, comme on l’a vu plus haut, ils interagissent : le classement des joueurs à un instant T influe sur la notation d’un tournoi à l’instant T+1 ; et réciproquement le classement des tournois affecte le classement des joueurs).
Le calcul des points des joueurs se fait via un double barème.
1/ Barème servant à établir le classement sur l’ensemble de la carrière des joueurs.
2/ Barème servant à établir un classement annuel.
1/ Le premier barème est le suivant :
- 20 points: victoire en tournoi du Grand Chelem (hors Open d’Australie (OA) avant 1987)
- 12 points: victoire en Coupe Davis avec 7 matches gagnés et 0 perdus en simples qui comptent
- 10 points: victoire en Masters Cup
- 10 points: victoire à l’OA 1983 – 1985
- 8 points: victoire en Coupe Davis avec 6 V / 0 D en simples qui comptent
- 5 points: médaille d’or aux J.O. (depuis 1988)
- 5 points: victoire en Coupe Davis avec 5 V / 0 D ou 7 V / 1 D en simples qui comptent
- 4 points: finale en GC
- 4 points: victoire à l’OA jusqu’en 1982
- 4 points: victoire en TMS / Super 9 / M1000 (depuis 1990)
- 3 points: victoire en coupe du grand chelem (de 1990 à 1999)
- 3 points: victoire en tournoi « important » (hors GC et Masters Cup) avant 1990 (Monte Carlo, Rome, Hambourg, Canada, et, selon les années: WCT finals, Forest Hills, Wembley, etc.)
- 3 points: victoire en Coupe Davis avec 4 V / 0 D ou 6 V / 1 D en simples qui comptent
- 2 points: finale en Masters Cup
- 2 points: finale à l’OA 1983 – 1985
- Plus quelques points « bonus » attribués aux n°1 du classement ATP, en fonction du nombre de semaines où ils ont trusté cette place (depuis 1 pt pour moins de 10 semaines jusqu’à un maximum de 18 points pour tous ceux au dessus de 268 semaines). Enfin des bonus supplémentaires ont été attribués en fonction du classement de fin d’année: +3 points à ceux qui ont fini une année au rang de n°1 mondial, +2 points pour les numéros 2, et +1 point pour les numéros 3.
2/ Le deuxième barème est le suivant :

Afin d’éviter les disparités entre années (nombre de M1000 ou équivalents pré-1990 variable d’une année sur l’autre, création de la Masters Cup seulement en 1970…) le nombre de points de chaque joueur est ensuite ramené au total de points attribués pendant l’année. C’est donc un pourcentage qui est utilisé pour le classement annuel, afin de pouvoir comparer les performances des joueurs d’une année sur l’autre.
Conclusion : tout le travail fait pour déterminer quels sont les tournois les plus importants (hors GC et Masters Cup) chaque année entre 1968 et 1989, n’a qu’un seul but : savoir quels tournois (11 à 14 selon les années) vont attribuer 3 pts au vainqueur selon le barème n°1, et 20 pts au vainqueur et 10 pts au finaliste selon le barème n°2 (colonne « TMS »).
Je prends bien note de tout ça. On en reparle.
Le pauvre Stefanos a pris une grosse balle perdue de la part de son ex.
La saison sur gazon commence doucement, ravi du retour du rouge pour le Queens, c’set plus esthétique que le violet ou le bleu des sponsors précédents.
Shelton bon an mal an, à l’arrache gagne un deuxième tournoi, cela montre que c’est vraiment un bon joueur au-delà du service.
Je vois pas mal passer Dimi sur IG avec toujours des psaumes de ses derniers croyants tandis que Draper n’arrive toujours pas à être en santé, c’est dommage.
Le tableau sera très ouvert à Wim en WTA, et à l’ATP l’inconnu sera toujours le bon Sinner : chaud / pas chaud. En forme ou pas.
Cher Perse, je ne suis pas certain de comprendre cette phrase : « Je vois pas mal passer Dimi sur IG ». « Dimi » ? Si on parle bien de Dimitrov, suis étonné que tu le voies pas mal passer quelque part…Mais j’espère !
Dimitrov sur Instagram : les comptes spécialisés tennis le suivent beaucoup et font monter la sauce.
Ok… Je vois que notre Grigou perd en 1/4 au Chall de Dublin, Vs K.Jaquet. J’espère pour lui que ça ira mieux à Marjorque.
Mais je suppose que pour Wimb, c’est passage par les qualifs aussi.
Dimitrov wild-card à Wimb. Ils doivent se sentir vaguement péteux de sa blessure l’an passé.
L’affaire Vondrousova va faire jaser. Je mets en lien les ressources de l’ITIA https://www.itia.tennis/news/sanctions/marketa-vondrousova-suspended-for-refusing-anti-doping-test/
Celle-ci a déjà fait une vidéo et les attendus rédigés seront publiés incessamment.
Ce n’est pas comparable à Swiatek ni Sinner en tout cas.
Vu sur Eurosport une vidéo traitant des meilleurs joueurs à n’avoir jamais remporté de tournoi sur gazon.

Parmi lesquels on trouve, évidemment, le Z (on ne parle que de lui en ce moment, toujours sur le même thème : « le meilleur à n’avoir pas réussi ceci ou cela »).
Du coup ça m’a (presque) donné envie d’écrire un article dont j’ai déjà le titre : « Le meilleur joueur de l’ère open à n’avoir jamais gagné de tournoi sur gazon (ce n’est pas Sascha Zverev) ».
Il faut dire qu’ils sont une quantité invraisemblable. La vidéo en nomme quelques uns, parce qu’il serait trop long de tous les citer.
Voici donc ma liste de joueurs n’ayant pas le pied vert, classés par nombre de GC remportés, puis meilleur classement obtenu à l’ATP, puis nombre de finales perdues sur gazon. J’ai pris en compte tous les joueurs à avoir gagné au moins un GC dans l’ère open, ainsi que les 10 premiers de mon classement de ceux qui n’ont jamais gagné de GC (hé oui il faut bien rentabiliser mes investissements). Le podium se compose de :
1/ Jim Courier (4 GC / n° 1 / 1 finale perdue à Wimbledon)
2/ Gustavo Kuerten (3 GC / n° 1)
3/ Stan Wawrinka (3 GC / n° 3 / 1 finale perdue à Rosmalen)
La suite dans le tableau ci-dessous.
Nota 1 : On voit qu’il y a beaucoup de terriens dans cette liste (la couleur ocre dans la colonne « Nb GC » indique que le joueur n’a pas gagné de GC ailleurs qu’à Roland-Garros). Ce qui n’est pas étonnant.
Nota 2 : Thomas Johansson n’a PAS été oublié. C’est juste qu’il a bel et bien gagné un tournoi sur gazon (tout comme Dominic Thiem ou Daniil Medvedev ou Stefanos Tsitsipas).
Nota 3 : Sascha Zverev n’est « que » neuvième. Mais contrairement aux 8 joueurs classés devant lui, il lui reste la possibilité de remonter encore dans la hiérarchie, voire carrément d’en sortir.
Joli taf ! On ne sera pas étonnés de voir la surreprésentation des joueurs des années 90 et, disons, la fourchette élargie débutant dès la fin des 80′s et perdurant jusqu’à l’avènement de Fedal vers 2004-2005. On a là une quinzaine d’année voyant foisonner les irrécupérables allergiques à l’herbe.
), et venant juste le temps d’encaisser son chèque à WImbledon. Zverev c’est plus illisible, entre 3 finales de tournois tout de même, mais de gros fails à Wim où il n’a jamais passé les 8e. Hypothèse : le format BO3 des ATP500 et 250 lui permet des braquages à coup de tie-breaks, là où il se fait cueillir sur la longueur du BO5.
- 2 représentants des 70′s seulement (Panatta, Solomon, toujours inséparables), faut dire qu’il y avait plus de gazon et donc plus de chances de viser dans le mille à un endroit ou un autre.
- 2 des 80′s (Yan et Gomez)
- 11 des 90′s, apogée du balec de Wim chez les terriens
- 3 des 2000′s (Gaudio, Safin, Ferrero, le premier dans la tradition de ses devanciers des 90′s, les 2 autres pas si mauvais sur herbe, notamment une fois qu’elle fut ralentie, avec une demie en 2008 qui fit dire à un Marat pince-sans-rire qu’il n’aurait jamais pu faire ce résultat sans le tripatouillage de la surface ; quant à Ferrero, Wim devint tout simplement son meilleur Chelem en seconde moitié de carrière).
- 2 des 2010′s (Wawrinka, clairement en-deça de ses résultats ailleurs, effectivement, alors que Delpo mal payé puisqu’assez consistant à Wim, battu en 5 sets en demies par Djoko en 2013, en 5 sets en quarts par Rafa en 2018)
- 2 des 2020′s, tout de même, mais des configs différentes. Ruud c’est du rien à foutre complet : il ne joue jamais les tournois de prépas, et profite de ce tronçon post-terre battue pour prendre des vacances (festivals de musique, voyages, mariage… toujours drôle de regarder son actu du mois de juin sur les RS
En vrac :
- à la lecture de tout ça, on pourra déterminer Wawrinka et Zverev comme les n°1 de l’ère où il n’y a pourtant plus guère de raison d’être moins bon sur herbe qu’ailleurs (sais pas si je suis clair, là !)
- Courier c’est drôle combien il a tout donné en 93 (Ferreira, Martin, Edberg quand même, et un vrai match contre Sampras), pour pas grand-chose d’autre.
- Johansson un doublé de tournois sur herbe en 2001, même (Notthingham, Halle). Hewitt en ayant fait de même sur Queen’s et S’Hertogenbosch, on doit être sur une des années où il y eut le moins de vainqueurs différents sur herbe.
- Quelques-uns ont une ou deux victoires de référence sur herbe en Davis, aussi : je pense à Corretja qui bat Sampras en 2002, mais aussi Moya qui bat Philippoussis en finale en Australie en 2003.
Merci Guillaume pour ce commentaire très complet. J’y ajouterai seulement une information concernant Del Potro : sa médaille de bronze aux JO de 2012 après avoir été battu en demie dans un match au couteau par Federer puis avoir battu Djokovic pour le bronze (médaille qui, à mon humble avis, vaut bien un titre dans un tournoi 250 du genre Nottingham, Eastbourne, Rosmalen…)
Exact, je l’avais honteusement oubliée, celle-là, alors qu’elle est un temps fort de la carrière de JuanMa.
D’accord sur à peu près tout, sauf sur Safin. La constance ne fut pas la qualité première du bonhomme, mais ses résultats à Wim ne sont pas non plus si ridicules par rapport au reste. Marat, c’est 26 victoires en simple à Roland et 16 à Wim. A titre de comparaison, Moya, c’est 7 victoires à Wim (en 8 participations), Alex et Bebert 2 victoires chacun (en 4 ou 5 participations).
Il y aurait tout un dossier à constituer sur les aventures de Marat à Wimbledon, mais pour ma part je ne crois pas à une allergie naturelle à la surface. Je différencie plusieurs « allergies » : Noah et Gomez avaient des jeux qui auraient théoriquement pu se marier correctement avec la surface, mais ils avaient des problèmes de déplacement sur gazon. Faiblesse également identifiée chez Marc Rosset (énorme serveur devant l’Eternel) ou chez Tsitsi.
Autre type d’allergie, les aztèques apôtres du lift qui, outre leur besoin de relâche post-Roland (signifiant aussi la fin d’un long cycle de plusieurs mois sur TB où ils faisaient le plein de points ATP), avaient un jeu inadapté au gazon. Je crois avoir entendu Alex une fois à ce sujet. Il a reconnu ne pas avoir cherché à adapter son jeu au gazon, d’une part parce que c’eut été un gros investissement sans certitude de récompense à la fin, et d’autre part parce que ça pouvait par contre lui coûter ses sensations sur les autres surfaces où il se sentait nettement plus à son aise (Pitou a dit peu ou prou la même chose à propos de la TB). A partir de là, il voyait la mini-saison sur gazon comme une pause en plein milieu de saison, tout à fait bienvenue pour lui puisque post-Roland. Je mentionne Alex parce qu’il figure dans le tableau de Colin, mais aussi parce qu’Alex s’était insurgé une année contre le classement maison des têtes de série de Wim, qui évidemment le déclassait, et en retour il avait zappé cette édition.
Marat, je crois que c’est encore autre chose. Le gus avait sa part de génie torturé, et il était capable de se compliquer la vie plus que nécessaire. Il a fait comme à peu près tout le monde, il a joué Wim dès que son classement le lui a permis (en 98), il s’est planté lamentablement au premier tour (comme presque tout le monde) et il en a tiré la conclusion qu’il ne parviendrait jamais à jouer dessus. En 2001, surprise, il atteint les quarts, et c’est là que sa trajectoire se détache de celle d’Agassi : là où le Kid (en 91) s’est rendu compte que la qualité de ses retours sur herbe pouvait être aussi meurtrière que la qualité de service des bombardiers qui faisaient la loi à Wim, Marat s’est conforté dans une pseudo-théorie du malentendu, et n’a jamais cherché à approfondir ses affinités avec le tennis sur gazon, qui étaient potentiellement bien réelles.
J’ai un souvenir bien précis à ce sujet. Je crois avoir déjà dit ici que j’étais allé à Wimbledon en 2001, le samedi de la première semaine. La gazette quotidienne, ce jour-là, avait fait un dossier sur le nouveau gazon qui remplaçait l’ancien, avec à la clé un micro-trottoir auprès des joueurs-euses, partagés entre ceux qui ne voyaient qu’une différence minime et ceux qui ne savaient pas vraiment répondre car ils ne connaissaient pas assez la surface. Bref. Dans cette gazette figurait aussi une interview de… Mats Wilander, alors entraineur de Marat. L’interview faisait suite à sa victoire en cinq sets au troisième tour contre Prinosil. Je restitue approximativement le diagnostic de l’entraineur : Marat était puissant, avait un gros service et son déplacement sur gazon était tout à fait correct. Le match témoignait avant tout de ses errances en termes de concentration, face à un adversaire il est vrai coriace sur gazon. Et Matsou de conclure que la grande difficulté qu’il connaissait avec Marat était de l’amener à se convaincre lui-même qu’il pouvait très bien jouer sur cette surface et que le titre était à sa portée [note : Pitou avait fait des frayeurs à tout le monde en étant poussé aux cinq sets par un inconnu britannique, tout le monde pressentait que c'était la fin de son cycle et que le tableau allait s'ouvrir tôt ou tard]. Résultat final : Marat laissa 5 jeux à Arnaud Clément en huitièmes, puis s’inclina en quarts contre Goran en 4 sets serrés (un seul break de chaque côté), tandis qu’un autre jeune loup, Roger Federer, fit tomber le Roi et en tira des enseignements plus substantiels pour la suite.
Ici se situe la différence de hauteur, importante, entre Marat et Roger, entre Marat et Andre, en tant que champions. Mais ça, nul besoin d’un détour par leur palmarès sur gazon pour s’en rendre compte
« D’accord sur à peu près tout, sauf sur Safin. La constance ne fut pas la qualité première du bonhomme, mais ses résultats à Wim ne sont pas non plus si ridicules par rapport au reste »
Bah c’est exactement ce que je dis
Ceci dit c’est vrai que c’est drôle de le voir aujourd’hui dans le costume de coach, s’agaçant de voir Rublev manquer d’autoconviction. Comme s’il avait été exemplaire dans ce domaine durant sa carrière !
Pas tout à fait quand même, puisque toi tu cites Marat expliquant que sans le ralentissement du gazon il n’aurait jamais rien fait à Wim. Je ne doute pas une seconde que Marat ait dit ça, c’était un client en conf. Sauf qu’en 2001, le verdict du changement de gazon, c’était que les anciens retrouvaient à peu près leurs petits, le vestiaire semblait être le réceptacle de discussions acharnées entre ceux qui estimaient que ça allait plus vite (c’était notamment le ressenti de Pitou, Henman et Rafter) et ceux qui au contraire le trouvaient légèrement plus lent (comme Dédé et Goran). Où était Marat là-dedans ? Sans doute dans le camp de ceux qui n’y connaissaient rien
Et d’ailleurs, je crois que c’est Martina Navratilova, qui jouait encore le double à Wim en 2001, qui avait été la juge de paix entre tous et qui synthétisait la discussion : elle avait des sensations différentes d’un court à l’autre, parfois que c’était un peu rapide, parfois que c’était un peu lent. Et elle avait précisé que c’était le cas chaque année depuis qu’elle foulait le gazon sacré (depuis les années 70 donc
). Voila pourquoi tous me font hurler de rire quand ils parlent du ralentissement du gazon.
Autre cas un peu à part, le cas de Stan. Jamais trop en vue à Wim. Pas trop d’explication à ça. Mais, comme pour Marat, il n’est pas non plus totalement fanny sur la surface. Enorme bras de fer contre Andy en 2009. Match au couteau contre Roger en 2014. Peplum en 2015 contre Richie, sans doute la plus belle victoire de Richie en GC. Le shark pouvait frapper partout, il n’a pas frappé à Wimbledon, mais je n’y vois aucune allergie particulière.
Et sinon, ce gros boulot de Colin (un de plus
) m’inspire une petite question aux tauliers. Les Etats-Unis, l’Australie et dans une moindre mesure l’Angleterre, ont dominé le tennis pratiquement sans interruption jusqu’aux années 70. Est-ce lié à la prédominance des terrains sur gazon sur cette période ? Le nombre de terrains en gazon s’est-il effondré dans les années 70 (ce qui serait un pont avec notre discussion précédente sur la TB) pour devenir résiduel aujourd’hui ? En tant que pratiquant, je n’ai vu (hors Wimbledon) qu’un seul terrain de tennis sur gazon dans ma vie.
La question sous-jacente, c’est d’avancer l’hypothèse que le gazon est désormais une surface totalement étrangère à TOUS les joueurs de haut niveau, qui n’y jouent que pendant les tournois ATP du mois de juin, plus ou moins sous la contrainte. Si ça se confirme, c’est une hypothèse à avoir en tête pour interpréter ce tableau de Colin.
Autre sujet, la WC de Serena. Nos amis d’Outre-Manche nous prouvent une nouvelle fois leur supériorité sur nous. Là où nous nous répandons en hommages bidons à des pseudo-gloires pendant Roland, à Wimbledon ils font vraiment les choses en grand, ils les acceptent dans le tableau final
Je constate que Serena monopolise les articles consacrés au tennis féminin depuis cette annonce, ce qui confirme que le tournoi féminin n’intéresse plus grand monde.
Roger, ta place est au chaud pour l’année prochaine, tu n’as plus qu’à la demander.
De deux choses l’une : soit l’adversaire de Serena, qu’elle soit n°1, n°20 ou n°100, la remet gentiment mais fermement à sa place pour lui signifier qu’elle n’a rien à faire là (ridiculisant au passage les organisateurs bien plus que Serena elle-même), soit Serena réussit à faire un run dans le tournoi, mais ce serait l’acte ultime de décès du tennis féminin.
Canicule aidant, j’ai envie de me lâcher un peu. J’écoutais Nico Mahut sur Eurosport, essayant d’exprimer aussi poliment que possible son goût amer devant la victoire de Cerundolo au Queen’s. Nico, je lui voue un respect éternel depuis Isner, aucun débat là-dessus. Sauf que Nico, il est en retard de 3 décennies, et son jeu aussi.
S’il s’agit de regretter de ne plus voir de service-volée sur gazon, pourquoi s’en prendre en particulier à Cerundolo ? Que dire de Hewitt, de Nalby, de Nadal, de Djokovic, de Cilic et même d’Alcaraz et de Sinner, pour n’évoquer que les vainqueurs de Wimbledon ? Nico a-t-il perçu les limites de son propre jeu, y compris sur gazon, lui qui n’a atteint qu’une seule fois la deuxième semaine à Wim ?
Je propose de dire les choses clairement.
Wimbledon est THE Championship, nul besoin de lui accoler un nom, le monde entier sait de quel tournoi il s’agit. Il est des légitimités qu’il n’est pas question de contester, il s’agit juste de les constater et de les célébrer.
L’une des raisons de cette légitimité naturelle est que tous les grands champions l’ont remporté. Je parle évidemment des vrais champions, pas des Rosewall et autres Lendl (et une pièce au passage pour un autre Empire, celui de 15-Love
).
Ce qui se passe depuis 2002 est une souillure. Roger n’a jamais été que l’arbre cachant la forêt, que des créatures insignifiantes – à commencer par les vainqueurs de Roland Garros – puissent s’illustrer dans le Temple témoigne d’un système de valeurs complètement déréglé.
Et pour finir, regrettons notre empire colonial. Regrettons la mainmise des Aussies, des Yankees, des sujets de sa Majesté, qui se sont succédé pour assurer l’assise de l’Empire. Depuis 1985, on accepte les Allemands, et même les Suisses depuis 2003. Leurs jeux ne nous ont pas déflorés, nous parlons à peu près le même langage. Borg c’est autre chose, c’est comme les Beatles. Des gamins braillards sans éducation, sans classe, mais sans qui l’odeur de naphtaline serait par trop irrespirable aux frontières de l’Empire. Quelques ouvertures de fenêtres sont nécessaires, et en l’occurrence accepter Edberg derrière ça passait encore. Mais Cerundolo vainqueur du Queen’s ? Un quoi ? Un Argentin ? Non, là ce n’est juste pas possible. Pourquoi pas un Kenyan tant qu’on y est ?
Une chose est certaine. Rubens n’est pas sinnérien. La chaleur le stimule, décuple ses forces, aiguise ses réflexes, sa frénésie graphorrhéique devient presque sans limite. C’est dans la durée de l’effort et dans la capacité à affronter les duretés climatiques, qu’on reconnait les vrais champions !
Une petite précision : mon discours, évidemment caricatural, est la prolongation de toute une série de propos que j’entends ici ou là, mais que les orateurs peinent à formuler clairement. Par politesse naturelle, comme chez Nico Mahut. Ou parfois ils laissent échapper un propos un peu ambigu qui traduit une pensée plus large mais dont ils n’ont pas forcément conscience.
Une chose que je n’ai pas précisée, c’est qu’il est possible que le gazon de Wim ait été REELLEMENT ralenti. Pas en 2001, mais plus tard.
J’avais lu l’interview d’un jardinier du Temple, en 2012 ou 2013. Il expliquait que les sévices répétés que les joueurs faisaient subir au gazon obligeaient les jardiniers à des exploits toujours plus grands pour le maintenir en état sur toute la durée d’une quinzaine. Pourquoi ? Parce que ça jouait beaucoup, beaucoup plus vite que dans les années 90, et que le temps de réaction des joueurs était prié de se rétrécir, ce qui occasionnait d’innombrables dérapages. La composition du gazon, son aération, les fertilisants, tout ceci est un exercice de haute couture et le jardinier en concluait que certains de leurs traitements, en effet, pouvaient aboutir à des impacts différents et il entendait le reproche général de ralentissement du gazon. Mais il ajoutait aussi que le même court pouvait être plus ou moins rapide, notamment en fonction de son exposition au soleil (ce qui rejoint le ressenti de Martina).
Perso ce qui m’a choqué dans cette victoire, ce n’est pas la nationalité, ni le profil joueur de fond de court de Cerundolo, mais bien le fait qu’il n’a ni service, ni revers, ni nerfs (on le sent toujours au bord de l’implosion, le garçon). Bref, c’est un 3e voire 4e couteau qui vient de gagner le Queen’s, et ça fait mal vu l’histoire du tournoi. Roro avait déjà mis un bon coup de canif dans le prestige du tournoi en préférant Halle, Djoko a institutionnalisé les victoires à Wim sans compète préparatoire… Le tournoi s’est longtemps abrité derrière Murray pour masquer des tableaux bof bof, puis un peu derrière Feliciano Lopez, 83 ans mais comme tu dis, « chabite, il fait service-volée donc ça excuse qu’il réussisse vieux ce qu’il n’arrivait pas à faire dans la force de l’âge », mais là ça craque de partout au palmarès. Carlos pas là pour honorer la garantie, on se retrouvait avec une finale où rien ne va, ni Cerundolo vainqueur, ni Tommy Paul pour lequel l’étiquette « double vainqueur » eût été tout aussi exagérée. Bref, il y a quelque chose de pourri au royaume d’Albion et, dès lors que l’étiquette « passage obligé sur la route de Wimbledon » ne suffit plus, comment conserver son standing pour un tournoi historique ?
Oui.
Ce qui nous conduit à un questionnement qui va monter en puissance au cours des prochaines années, la place de Wimbledon dans le calendrier.
Déjà, les qualifs à Roehampton pour préserver le gazon sacré, on est clairement dans du bricolage avec des complications logistiques énormes. Ce qui prouve au passage qu’il est impossible de garder le gazon jouable plus d’une quinzaine. On avait une discussion sur les coûts d’entretien de la terre battue, mais là on change encore de monde. Dans un contexte d’austérité générale, saigner les budgets pour que des terrains soient jouables deux semaines dans l’année, ça pose quand même quelques questions.
Au-delà du seul cas de Wim, combien de clubs de tennis dans le monde peuvent se permettre d’entretenir ne serait-ce qu’un terrain en gazon ? En France, il y a eu Deauville je crois, mais ils ont mis la clé sous la porte, les coûts étant prohibitifs.
Et donc, personne, hormis quelques cas isolés comme un Rafa déjà millionnaire se faisant construire son gazon perso pour préparer Wimbledon (en 2006 ou 2007, je ne sais plus), qui a à sa disposition un terrain en gazon pour se préparer correctement pour Wimbledon ? Personne. Tous sont obligés de disputer les tournois préparatoires. Dans quel état, juste après Roland Garros ? Nombre d’entre eux sont sur les rotules. Donc comment en vouloir à un Casper qui « attend que ça passe » en faisant relâche en juin et en venant en touriste à Wim ? Combien sont-ils à en faire autant, sachant qu’ils n’ont rien à l’année pour préparer la saison sur gazon ?
Tu me parles du Queen’s, de son palmarès et de son prestige. Mais n’oublions pas que l’époque où Connors venait au Queen’s pour humer l’odeur du gazon une semaine avant Wim est aussi une époque où Jimbo zappait ostensiblement Roland Garros, ce qui n’émouvait pas grand monde à l’époque hormis Philippe Châtrier (c’est l’objet de l’un de mes articles sur ce site). Un demi-siècle plus tard, la victoire de Cerundolo n’est que l’un des avatars d’une situation que je résumerai ainsi : la saison sur gazon emm… tout le monde, les joueurs s’y rendent parce qu’ils viennent toucher leur chèque, mais compte tenu de ce que sont aujourd’hui les exigences du tennis de haut niveau, lever le pied à ce moment-là de la saison est un choix rentable, ne serait-ce qu’en vue de la deuxième moitié de la saison.
Et c’est pour cette raison que, plutôt que de batailler pour agrandir leur stade au détriment de leur environnement immédiat (ce qui est loin d’être gagné), les dirigeants de Wimbledon devraient une bonne fois pour toutes faire de leur stade un musée à ciel ouvert (car témoin d’une époque totalement révolue) et déplacer leur GC vers un autre lieu et une autre période de l’année. Je note que ces 20 dernières années ont vu la part des tournois en salle se réduire, jusqu’à être ramenée à la portion congrue aujourd’hui. J’ai du mal à voir pourquoi. Autant la TB est la meilleure surface pour apprendre le tennis, autant une surface relativement rapide dans des conditions indoor me semble cocher une case manquante dans les 4 saisons du tennis. J’ai joué sur moquette dans ma jeunesse, c’était fabuleux, à peu près aussi rapide que du Greenset mais plus doux pour l’organisme, et il ne me semble pas insurmontable de construire des courts sur moquette jouables à l’année partout dans le monde afin que les joueurs puissent préparer correctement cette échéance. A minima, les contraintes seront beaucoup moins fortes que la préparation d’un Wimbledon sur gazon en juin. Mais bon, un Greenset serait déjà bien, c’est quand même raisonnablement répandu et ça ne nécessite pas des coûts d’entretien prohibitifs.
Alors évidemment, je suis d’un iconoclasme hallucinant vis-à-vis du Temple.
Mais de quel deuil parlons-nous au juste ? Du deuil des valeurs que je caricaturais plus haut ? Du deuil du palmarès du Queen’s qui (au temps de sa splendeur) n’était que la résultante d’un balec général de Roland ? Du deuil d’une surface sur laquelle personne ne peut jouer ?
oh que c’est riche, et tu ne sais pas combien tu fais écho à mon actu boulot
Je ne crois pas au « balec de Roland » du passé. En tout cas pas depuis les 80′s. Peut-être avant cela avec les Ashe, Newcombe voire le Connors des 70′s quand il était exclu de RG… Mais le Connors des 80′s, rabiboché avec RG, fait des RG très corrects (1/4, 1/2) les années où il va gagner le Queen’s dans la foulée. Pareil McEnroe, qui enchaîne d’ailleurs comme un grand le titre au Queen’s juste après le Lendlgate de la finale de RG. Idem Becker qui gagne Queen’s juste après 1/2 à Paris…
Là où je pense que tu touches juste, c’est le fait que plus personne, ou presque, n’aime vraiment l’herbe. Ils (et elles, le phénomène étant au moins aussi prononcé chez les femmes) ont une peur bleue de se blesser dessus, n’appréhendent pas bien les rebonds et les trajectoires, sont frustrés de ne pas y produire « le » coup qu’ils recherchent (pas oublier que le tennisman moderne ne tolère rien, ni le vent, ni la pluie, ni un rayon de soleil dans l’oeil, ni un bébé trop bruyant, ni une serviette donnée trop lentement… tout ce qui ajoute de l’aléa, de l’imprévu les insupporte, alors une surface capricieuse…).
Je ne suis pas assez au fait, mais peut-être y a t-il aussi une question de « gazonS », comme il y a des terreS (qualité aléatoire, lignes cloutées occasionnant des blessures comme à Rome…), faisant que S’Hertogenbosch / Stuttgart par exemple, joués tous les ans dans des conditions d’humidité fortes (cette année encore, ils se sont déroulés pile dans le spot automnal entre les canicules de RG et l’actuelle) n’inspirent guère confiance aux joueurs, là où Wim les rassure plus niveau qualité de ce qu’ils auront sous les pieds – qui de toute façon, à force d’être martelé par des centaines de pieds, n’a plus d’herbe que le nom au bout de quelques jours. Il s’agit donc de faire le dos rond le temps de 3 ou 4 matchs et après on reprend les affaires courantes.
Le GC indoor sur rapide, c’était le Masters des grandes années, mais les joueurs n’en voulaient plus. Comme du Bercy rapide. Je n’ai pas de vécu d’avoir joué sur moquette, contrairement à toi, mais là aussi les récits qui reviennent sont que les joueurs appréhendaient les grosses blessures sur ces moquettes indoor type Taraflex, d’où leur disparition. En gros ils expliquaient que la glissade étant devenue la norme partout, pas seulement sur terre, elle occasionnait des risques de casse sévère sur les bouts de course et/ou reprises d’appuis.
Bon, je crois que Colin et toi vous êtes donnés le mot pour me refiler du taf
Je te réponds sur la moquette. La moquette que j’ai connue, c’était une… moquette. Elle était assez fine, posée (je crois) sur un ciment. Je me rappelle avoir joué là-dessus à Blagnac, et plus tard à Sarreguemines, à Souffelweyersheim et à la Wantzenau, près de Stras. Je te précise tout de suite que je ne sais pas si ces terrains (intérieurs évidemment) sont toujours sur moquette aujourd’hui. C’était du moyen-rapide, le rebond était un peu bas et ça fusait un tout petit peu. Très vite j’avais pris mes marques là-dessus. Précision : on était priés de troquer nos chaussures contre des grolles à semelle plate, afin de ne pas abîmer la moquette. Qu’on rendait évidemment une fois le match terminé
Je me souviens d’une hallucination totale la première fois que j’ai posé le pied là-dessus, d’autant que c’est une pluie estivale qui nous avait rabattus sur les moquettes intérieures et que ce n’était pas prévu. Mais dès les premières balles j’avais trouvé ça mystique. Le faible bruit de l’impact de la balle… j’avais l’impression de jouer dans un salon, avec une ambiance feutrée et une résonance faible par rapport aux salles que je connaissais. Mais surtout, il m’a semblé que tous les types de jeu pouvaient s’exprimer là-dessus.
Je ne connais pas le Taraflex, mais rien à voir à mon avis, le Taraflex est une sorte de plastique. Le Taraflex, je le rapprocherais des revêtements des gymnases omnisports, conçus pour que tu puisses faire des chutes sans te blesser. Idéal pour le hand ou le basket, moins pour le tennis car là pour le coup c’est ULTRA-rapide. En tombant sur la moquette, ça pouvait érafler un peu, mais beaucoup moins que sur un quick par exemple.
Ceci étant, je prends au sérieux le point de vue des joueurs, en m’efforçant d’en séparer ce qui relève de l’authentique inquiétude pour les appuis de ce qui ressemble à des jérémiades. Perso je n’ai pas le moindre souvenir d’une appréhension par rapport aux appuis sur moquette. Mais j’étais joueur de seconde série, pas un pro, et encore moins un pro des années 2020 où ça va à des vitesses folles. La vigilance sur les appuis est une vraie question. Mais d’un autre côté, le Djoker de la grande époque qui faisait des glissades de 30cm sur le ciment de l’US, ne risquait-il pas un jour ou l’autre de voir sa cheville vriller à 90° ?
Là en l’occurrence le Taraflex c’était « la » moquette du circuit pro. Les M1000 de Bercy et Stuttgart, Bâle, le GPTLyon, Moscou, Saint-Pétersbourg, Stockholm, les ATP Finals période Shanghai, une pelletée de matchs de Davis dont la finale de Lyon 91 : dans les années 90 – début des 2000′s, la fin de saison c’est leur chasse gardée.
Mais Rafa n’aimait pas, et – curieusement ? – Federer pas plus, arguant tous deux de risques de blessures. Ils ont pesé de tout leur poids (et de leurs forfaits à Bercy) pour qu’un revêtement alternatif vienne le remplacer. Aujourd’hui ces surfaces-là ont disparu des cahiers des charges ATP – WTA. Il en subsiste en revanche sur le circuit ITF. Marrant que tu évoques Sarreguemines d’ailleurs, leur Future se jouait encore sur moquette il y a quelques années (s’y joue peut-être toujours). J’en avais parlé avec quelques joueurs englués dans ces catégories de tournois qui y voyaient source supplémentaire de leur difficulté à monter : le fossé Futures -> Challenger serait particulièrement ardu à franchir pour certains profils (bons serveurs, attaquants, revers à une main sliceurs) qui trouvent encore un peu conditions adéquates en ITF, mais plus du tout au-dessus quand il faut tenter sa chance en qualifs de Chall.
Pour le reste, je découvre pas mal de choses avec toi
Pour le Queen’s, ce que je disais était surtout vrai pour les 70′s en effet. D’une manière générale, le « prestige » du Queen’s a longtemps été lié au fait qu’il se disputait la semaine juste avant Wim, et quitte à devoir se coltiner le gazon autant aller au Queen’s, situé dans la même ville. Le calcul était surtout pertinent pour ceux qui étaient rentrés chez eux après leur défaite à Roland, ou pour ceux qui n’y étaient même pas allés. Jim Scott Connors est l’un de mes putching balls préférés, j’en conviens. J’avais surtout relevé que dans ses grandes années au cœur des 70′s, il ne quittait sa hutte yankee que pour une poignée de semaines dans l’année, l’enchainement Queen’s-Wimbledon, et un ou deux tournois en octobre en Asie du Sud-Est, moyennant une garantie que j’imagine colossale pour l’époque. Pour le reste, il consentait parfois à se rendre au Canada, mais pas plus
Mais à la décharge de Jimbo, son calendrier épousait celui du circuit ATP/WCT de l’époque, qui lui permettait de disputer un max de tournois sans quitter le sol US, pourquoi s’en serait-il privé ?
Ceci étant précisé, je note quand même que Jimbo, et une cohorte de Yankees des années 70-80, n’ont guère fait d’efforts pour disputer une vraie saison sur terre battue en Europe (et non pas sur le har-tru US) afin de tenter de briller à Roland. Personne ne leur en faisait le reproche, alors qu’en y réfléchissant leur attitude était exactement la même que celle d’un Casper aujourd’hui vis-à-vis de la saison sur herbe. D’où mon hypothèse d’une déférence naturelle vis-à-vis de Wimbledon, dans un contexte où Américains, Australiens et Anglais représentaient la majorité du top 100.
Pour la variété des gazons, je ne sais pas, je n’ai pas les billes. Ce que tu dis de Bois-la-Baronne et Stuttgart semble se tenir, mais nous savons que le gazon est une surface vivante, et donc sensible au climat. Sur la qualité du gazon lui-même, ces tournois préparatoires qui ont vu le jour au cours de la dernière décennie me semblent d’autant plus crédibles qu’ils proposeront le même gazon que celui de Wim ; franchement si l’écart devient trop grand ils deviendront totalement sans intérêt. Par contre, les conditions automnales ou caniculaires ont des conséquences sur les terrains, ça c’est certain.
Les joueurs apeurés par les reprises d’appuis en indoor… Je ne savais pas. J’avais entendu une huile de l’ATP expliquer qu’ils avaient tendance à privilégier les tournois en extérieur, et qu’en effet ils ne faisaient pas obstacle au remplacement d’un tournoi en salle européen par un tournoi asiatique en extérieur. Mais toi, tu me parles des joueurs eux-mêmes qui avaient peur pour leurs appuis. C’est peut-être exact pour le Taraflex. Mais franchement, un Greenset leur fait peur ? Là encore, ça illustre une déférence naturelle envers Wimbledon qui me semble hors de saison. Les surfaces indoor rapides ne leur plaisent plus et ils y ont des appréhensions, ils le disent et ces surfaces disparaissent du circuit. Mais jamais ils n’osent en dire autant du gazon de Wim, alors qu’objectivement la question des dérapages et des reprises d’appui y est au moins aussi problématique !!!!! Et puisqu’aucun d’entre eux ne veut se mettre à dos les gentlemen de l’AELTC et leurs domestiques, je vais le dire à leur place : le gazon en général, et Wimbledon en particulier, les emmerdent au plus haut point et ils n’en veulent plus
Si tu connais Sarreguemines, et si elle n’a pas changé entre 2000 et aujourd’hui, tu vois ce que j’appelle une « moquette »
Et je précise que les Frenchies, si on sondait le fond de leur âme, seraient prêts à dire la même chose de la TB en général et de Roland en particulier. Mais là, ce qui est en cause, c’est une politique fédérale et non la spécificité d’une surface, le gazon, certes surface originelle du tennis mais qui est un anachronisme dans le tennis de haut niveau aujourd’hui.
Juste une question : si je te suis bien, le circuit ITF autorise des surfaces un peu exotiques, mais pas le circuit challenger ?
La moquette que j’ai foulée à Sarreguemines me semble ressembler à ça : https://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-sarreguemines-bitche/2019/11/06/l-ass-tennis-pret-a-accueillir-les-internationaux
Je reconnais la trace légèrement marron sur la zone où l’on s’apprête à servir, marque de l’usure de la moquette. A mon avis, cette moquette doit être changée une fois l’an. Ca ne doit pas être donné, mais à comparer avec les numéros quotidiens d’équilibristes des jardiniers de Wim
« Juste une question : si je te suis bien, le circuit ITF autorise des surfaces un peu exotiques, mais pas le circuit challenger ? »
oui !
J’ai ça aussi : https://www.pourlepro.com/sol-sportif-tennis/1919-moquette-tennis-matchplay2-pour-tennis-et-multisport.html
Sur l’une des photos on voit bien les rouleaux de moquette en train d’être posés. Par contre, en extérieur la moquette doit s’user en moins de deux, mais bon, c’est pour la photo…
En complément de mon dernier post, proposition de calendrier ATP à peu près cohérent :
0. TOUS les Masters 1000 durent une semaine.
1. Masters 1000 d’Indian Wells et Miami en janvier-février, le climat de Californie et de Floride le permet.
2. 3ème semaine de février : le Masters 1000 de Shanghaï, qui réduira le décalage horaire avec Melbourne.
3. Open d’Australie fin février – début mars.
4. Mi-mars, début de la saison sur TB, en commençant par l’AmLat. Puis mes 1000 de Monte Carlo, Madrid et Rome.
5. Fin juin – début juillet : Roland Garros.
6. Juillet-août : la saison sur dur américain, avec les 1000 du Canada et de Cincinnati.
7. Août-septembre : US Open, aux dates inchangées.
8. Septembre-octobre : la saison en salle en Europe, avec le 1000 de Bercy.
9. Première quinzaine de novembre : le Grand Chelem londonien.
10. Fin novembre : Masters. Sur une semaine, et avec une vraie finale en 5 sets.
Guillaume, j’ai beau chercher, je peine à trouver le nom spécifique de ma moquette de Sarreguemines, Blagnac, etc. Je crois que c’est un préalable, parce que toute l’argumentation autour des « carpets » qui ont été bannies du haut niveau repose sur les caractéristiques de revêtements qui pour certains sont des PVC (comme le Taraflex), ou des gazons synthétiques, ou des moquettes extérieures, etc. J’ai moi-même joué sur plusieurs modèles de moquettes, et celle que j’ai adorée – et qui était relativement répandue au tournant des années 90-2000 – est bien celle de Sarreguemines.
La moquette à laquelle je pense n’est pas si rapide que ça et c’est une surface géniale à jouer, mais je ne peux pas affirmer qu’elle résiste aux dérapages du haut niveau. Si tu trouves le modèle, nous pourrons enfin être bien certains de parler de la même chose
A propos de moquette, j’en appelle aux lecteurs de 15 -love de la région lyonnaise. Colin, je crois ??
J’ai joué à Brignais , banlieue de Lyon sur de la moquette en indoor pendant les années 80 au Tennis Club des Barolles. Quelqu’un peut a connu ?
Maintenant, ce club n’existe plus et je suis bien incapable de dire quelle était la qualité, la marque et les spécificités de cette moquette.
Ce que je peux dire en tous cas, c’est que les joueurs (et joueuses) de mon niveau – fin de troisième série ou haut de quatrième-, on faisait le plein de nos pauvres points annuels au classement en faisant des perfs régulièrement contre des adversaires de 1, 2 ou 3 classements au dessus qui découvraient cette surface sur laquelle ils n’avaient jamais joué.
Salut Montagne, désolé je suis de Grenoble et je n’ai jamais joué au tennis en région lyonnaise, ni d’ailleurs sur moquette !!!