Björn Borg et Rafael Nadal sont nés à 30 ans d’intervalle. Le blond suédois, le 6 juin 1956 ; le brun majorquin, le 3 juin 1986 (les deux avaient donc l’habitude de fêter leur anniversaire à Roland Garros, petit clin d’œil du destin).
Cet écart de 3 décennies tout pile facilite les comparaisons entre leurs trajectoires, d’abord très similaires jusqu’au bug qui s’est produit pour Borg à la fin 1981 (mais qui n’a pas eu lieu pour Nadal fin 2011) ; puis opposées à l’extrême. Ce qui permet de nous adonner à une (double) uchronie : que se serait-il passé après 1q81 si Borg avait eu la longévité de Nadal ? Et que serait-il arrivé après 20i1 si le bug s’était produit pour Nadal ?
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Introduction : Les similitudes, de 197[200]4 jusqu’à 198[201]1
On le sait, Borg et Nadal sont quasiment des jumeaux pour ce qui est de la première partie de leur carrière, et ce, via trois aspects principaux : (1) leur précocité ; (2) leur suprématie quasi hégémonique sur terre battue ; et (3) leur capacité à aller gagner aussi sur les autres surfaces.
Précocité
Dans ce domaine, Borg a été un précurseur.
D’abord en Coupe Davis (il remporte ses deux simples et son double lors de sa première participation à la Coupe Davis en 1972, à 15 ans ; il est alors le plus jeune joueur à disputer une rencontre de Coupe Davis).
Puis en tournoi : première finale à Monte-Carlo en 1973 alors qu’il n’a pas encore fêté ses 17 ans ; victoire à Rome puis à Roland-Garros en 1974, fêtant ses 18 ans pendant le tournoi (il est alors le plus jeune joueur du tableau). Borg détient toujours le record du joueur le plus jeune à avoir remporté son 3ème tournoi du Grand Chelem (20 ans et 1 mois).
Nadal n’a pas été en reste, mais, globalement, avec un an de retard par rapport à Borg. Beaucoup d’entre nous l’ont découvert lors de la campagne de Coupe Davis 2004, l’année de ses 18 ans, lors de laquelle, en demi-finale, il contribue à l’élimination de l’équipe de France en dominant Arnaud Clément, puis, en finale, dans le stade Olympique de Séville, il bat le numéro deux mondial Andy Roddick lors du second match, ce qui contribue à la victoire de l’Espagne par 3 à 2. Absent de Roland-Garros 2004 pour cause de blessure, c’est donc en 2005 qu’il remporte son premier titre Porte d’Auteuil, fêtant ses 19 ans pendant le tournoi, juste après s’être imposé à Monte-Carlo et à Rome.
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Hégémonie sur Terre Battue
Borg et Nadal ont tous deux remporté Roland Garros à 6 reprises entre 197[200]4 et 198[201]1, soit 8 éditions, donc avec 75% de succès. Mais chacun d’entre eux n’a participé qu’à 7 de ces 8 éditions, soit un taux de succès réel de 6 sur 7 soit 86%. A ce stade là de domination, on peut parler d’hégémonie.
Borg a été privé de l’édition 1977 (interdiction de concourir, comme tous les joueurs en contrat avec la World Team Tennis, circuit parallèle et concurrent de l’ATP) tandis que, comme on l’a vu ci-dessus, Nadal a raté l’édition 2004 sur blessure. Ils n’ont donc été battus qu’une seule fois porte d’Auteuil entre 197[200]4 et 198[201]1 : Borg par Adriano Panatta en quarts en 1976 ; Nadal par Robin Soderling en huitièmes en 2009. Le reste du temps, leur domination a été sans partage. Ainsi, Borg et Nadal ont tous deux remporté 2 de leurs 6 titres à Roland Garros sans perdre un seul set, en 197[200]8 et en 198[201]0.
Pour ce qui est des autres tournois disputés sur terre battue, leur domination était équivalente, même si, chez Nadal, elle avait un côté nettement plus stakhanoviste. Il faut dire qu’à l’époque de Borg, le circuit n’était pas encore stabilisé comme il a pu l’être après 1990, et les top players de son calibre avaient un intérêt financier important à disputer des tournois annexes grassement payés, notamment aux USA, plutôt que d’aller enquiller des titres moins rémunérateurs à Monte-Carlo, Barcelone, Hambourg, Rome…
Le palmarès de Borg s’en ressent, ainsi entre 197[200]4 et 198[201]1, si on ne compte que les tournois sur TB considérés depuis 1990 comme des Masters 1000 :
- Borg : 3 titres à Monte-Carlo, 2 à Rome et 0 à Hambourg (total 5)
- Nadal : 7 titres à Monte-Carlo, 5 à Rome et 2 à Hambourg/Madrid (total 14)
Plus représentatif que son palmarès, son ratio de victoire sur TB : A partir de septembre 1976 (juste après sa défaite face à Jimmy Connors à l’US Open), Borg ne compte plus que deux défaites, contre Guillermo Vilas en mai 1980 à Düsseldorf (World Team Cup) et Victor Pecci en avril 1981 à Monte-Carlo, ainsi que deux défaites par abandon contre Dick Stockton en août 1977 à l’US Open et Eliot Teltscher en mai 1979 à Hambourg. Il cumule 96 victoires dans cet intervalle de temps, soit un ratio facile à calculer de 96% et même 98% hors abandon sur blessure.
Nadal n’est pas en reste, évidemment, et nous connaissons tous ses statistiques « plus-que-borgiennes » dans le domaine. En voici deux, particulièrement représentatives, réalisées entre 2004 et 2011 :
- L’Espagnol a enchainé 81 victoires sur terre battue (record) : série débutée face à Gaël Monfils au premier tour du tournoi de Monte-Carlo 2005, et achevée lors de sa défaite face à Roger Federer en finale à Hambourg en mai 2007.
- En juin 2010, Nadal devient le premier joueur (et le seul à ce jour) à remporter le « grand chelem rouge » : Monte-Carlo, Rome, Madrid, Roland-Garros.
Capacité à s’imposer ailleurs que sur terre battue
Sur ce point, la similitude entre les deux ogres de l’ocre reste notable, même si elle commence à s’estomper légèrement. En effet, ils ont été, tous les deux, capables d’élargir le champ de leur domination en dehors de la brique pilée, à l’opposé d’autres champions comme Vilas, Muster ou Kuerten, qui n’ont pas gagné grand-chose ailleurs que sur TB. Mais les lieux de leurs succès entre 197[200]4 et 198[201]1 ont été un peu différents. Si l’on s’en tient aux tournois dits « majeurs » :
- Borg a très vite dompté le gazon londonien (premier titre à Wimbledon en 1976, suivi par 4 autres consécutifs), mais il a au contraire toujours buté sur la dernière marche à l’US Open (4 finales et une demie). Et il ne se déplaçait pas à Melbourne. Quant à la Masters Cup, son bilan est plutôt positif car il l’a remportée à deux reprises (1979 et 1980) après deux finales perdues (en 1975 et 1977).
- Nadal, lui, a réussi à remporter son premier US Open avant 2011 : c’était en 2010, dès sa première finale (il remportera, mais plus tard, 3 autres titres à Flushing Meadows). A Wimbledon, après deux défaites en finale face à Federer (2006 et 2007), il s’impose en 2008 puis en 2010 (sa 2ème et dernière victoire à Londres). Et à Melbourne, c’est dès 2009 qu’arrive son premier titre (un 2ème arrivera beaucoup plus tard). Aucune victoire en revanche en Masters Cup, ni entre 2004 et 2011, ni après, mais une médaille d’or aux J.O. (Séoul 2008).
Cela dit, d’un point de vue uniquement comptable, les bilans sont très proches entre 197[200]4 et 198[201]1, avec 5 titres en GC (et 2 Masters) pour Borg, contre 4 GC (et 1 J.O.) pour Nadal.
Preuve de leur capacité à gagner partout, et dernier point commun : Borg a fini n°1 mondial en 1979 et 1980, Nadal a fait de même en 2008 et 2010.
Terminons par un mot sur la concurrence : Borg avait en face de lui Connors, Vilas, McEnroe (et Lendl sur la fin), quand Nadal a dû se taper Federer, Djokovic, Murray et les autres. Nous n’en dirons pas plus car c’est un débat éternel et infini.
Chapitre 1 : 1q81 (…et si Borg avait eu la longévité de Nadal)
On sait qu’après sa finale perdue à Flushing Meadows en septembre 1981, face à McEnroe (par qui il avait déjà été battu en juillet à Wimbledon), Borg perd subitement le goût de la compétition. Il va traîner son mal-être encore quelques mois, avant d’arrêter définitivement à Monte-Carlo au printemps 1982 après une défaite face à Henri Leconte (nous ne parlerons pas de sa tentative piteuse de come-back en 1991).
Et si…
Et si Borg avait eu la longévité (et la grinta, et la haine de la défaite…) de Nadal ?
Après tout, Nadal après 198[201]1, ce sont pas moins de :
- 8 nouvelles Coupes des Mousquetaires, dont la dernière en 2022, l’année de ses 36 ans (donc 17 ans après la première),
- 4 autres sacres en Grand Chelem,
- 3 nouveaux titres de n° 1 mondial.
Hé bien dans ce cas, nous aurions pu assister à ceci :
- A Roland-Garros (en respectant l’écart de 30 ans avec les sacres de Nadal), des nouvelles victoires de Björn Borg en :
- 1982 (dommage pour Wilander)
- 1983 (dommage pour Noah)
- 1984 (dommage pour Lendl)
- 1987 (dommage pour Lendl (encore))
- 1988 (dommage pour Wilander (encore))
- 1989 (dommage pour Chang)
- 1990 (dommage pour Gomez)
- 1992 (dommage pour Courier) – il est ahurissant de se dire que Borg, s’il avait été nadalien, aurait été capable en 1992 de mater des joueurs tels que Courier, mais aussi Agassi, Muster, Sampras, Edberg, Becker, Ivanisevic… tandis que Lendl et Wilander, pourtant arrivés sur le circuit bien après lui, avaient déjà cessé d’être compétitif (Lendl) ou carrément disparu (Wilander)).
- Dans les autres tournois du Grand Chelem, au hasard :
- Encore deux autres titres à Wimbledon, par exemple en 1985 (dommage pour Becker) et 1987 (dommage pour Cash)
- Un unique titre à Melbourne, par exemple en 1984 (dommage pour Wilander)
- Enfin, pour couronner le tout, un unique titre à l’US Open, par exemple en 1985 (dommage pour Lendl).
- Et peut-être encore une ou deux Masters Cup, et la médaille d’or aux J.O. de 1992 à Barcelone (dommage pour Marc Rosset).
Bref, un bon paquet de joueurs auraient vu leurs palmarès sérieusement amputés à cause de ce Borg nadalien (à noter que les « one shots » tels que Noah, Cash, Chang et Gomez auraient sans doute souffert tout particulièrement).
Chapitre 2 : 20i1 (…et si Nadal avait craqué comme Borg)
198[201]1 a été l’année du gros bug pour Borg mais elle aurait pu l’être aussi pour Nadal. En effet c’est l’année de l’émergence de Djokovic en tant que n°1 (durable de surcroit), tandis que Federer refuse d’abdiquer. Sur terre battue, l’Ibère gagne à Monte-Carlo comme d’habitude, mais ensuite, chose encore jamais vue, il s’incline deux fois de suite en finale à Madrid et à Rome face au Serbe. A Roland-Garros, Federer sort en même temps le match de sa vie et Djokovic en demi-finale, mais cale (comme d’habitude) face à Nadal en finale (on ne saura donc jamais ce qui se serait passé en finale si Djokovic avait affronté le Terre-Minotaure : aurait-il pu réitérer le double exploit de Madrid et de Rome ?). Le reste de l’année verra Djokovic continuer de dominer, avec notamment des victoires à Wimbledon et à Flushing Meadows, dans les deux cas face à Nadal en finale.
Alors évidemment, malgré cette trajectoire très similaire en 198[201]1, Nadal n’a pas buggé comme Borg.
Et si…
Et si ç’avait été le cas ?
Hé bien dans ce cas, nous aurions pu assister à ceci :
- A Roland-Garros, des victoires de :
- Djokovic en 2012
- Djokovic (ou, moins probablement, Ferrer) en 2013
- Djokovic en 2014
- Wawrinka ou Thiem en 2017
- Thiem ou Del Potro en 2018
- Thiem ou Federer en 2019
- Djokovic en 2020
- Djokovic ou Zverev (qui ne se serait pas cassé la cheville) ou Ruud en 2022.
- Dans les autres tournois du Grand Chelem, des victoires de :
- Djokovic à l’US Open 2013
- Anderson ou Del Potro à l’US Open 2017
- Medvedev (ou, moins probablement, Berrettini) à l’US Open 2019
- Medvedev (ou, moins probablement, Berrettini) à Melbourne en 2022.
Djokovic aurait 5 ou 6 GC de plus et en serait aujourd’hui à 29 ou 30 titres (gloups…), quand le Nadal borgien serait resté bloqué à 10. Federer n’en aurait probablement qu’un seul de plus, à 21. Les joueurs « one shot » que sont Del Potro, Thiem et Medvedev compteraient probablement 2 ou 3 couronnes. Et, du coup, seraient remplacés par d’autres « one shots » (Zverev ? Ruud ?? Anderson ???).
Conclusion
J’ai découvert le tennis à travers Björn Borg, qui a été le héros tennistique (et sportif) de mon enfance, je peux donc comprendre tous ceux qui ont 30 ans de moins que moi et qui ont vécu la même chose à travers « Rafa ».
Mais si Borg avait poursuivi sa carrière après 1q81, en mode « Nadal » c’est à dire en continuant d’enquiller les Coupes des Mousquetaires comme des perles, il n’y a aucun doute que j’en aurais vite eu ma claque et que j’aurais fini, tel un renégat, par ne plus le supporter (dans les deux sens du terme) et souhaiter qu’il dégage enfin pour laisser la place aux jeunes. Sa disparition du gotha en pleine gloire participe donc de son aura et de son prestige immaculé.
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Nota 1 : Le texte en italiques a été copié depuis Wikipedia.
Nota 2 : Le titre de cet article est, bien entendu, un clin d’œil à Haruki Murakami.


Il serait temps que l’équipe des bleus layette se lève comme un seul homme sinon…
Sinner qui se plaint à son box des variations de Novak
Vois le bon côté des choses : il a bien un petit cœur qui bat
Carlito m’a dit qu’il aimerait voir un 5ème set. Cette partie est pleine d’enseignements.
Ayant les idées particulièrement mal placées, je crois me souvenir d’une interview de Medvedev-le-vieux, dans Tennis Mag, à l’été 99. Il y revient longuement, évidemment, sur sa récente épopée parisienne jusqu’à la fameuse finale contre Agassi. Mais il livre aussi une anecdote sur le Wimbledon qui a suivi : lors d’un changement de côté, il demande un MTO ; alors que le kiné arrive à son chevet et lui demande ce qui se passe, il lui répond que tout va bien, il a juste besoin de souffler un peu
Il a mis un strap pour donner le change, et l’a enlevé deux jeux plus tard.
Si ma mémoire ne me fait pas défaut, je dis qu’à ce point-là c’est beau…
Y a-t-il un détenteur du Tennis Mag en question pour vérifier ?
Ca joue bien ?
Edit : je parlais du match présent évidemment…
Je ne suis que le score. Il se défend sacrément le Novak. Mais que vaut la prestation du Béornide qui lui fait face ?
Djoko est redevenu le Djoko des fins de match !
Darren Cahill est levé, c’est dire !
L’Italien lui met des mines dans tous les coins !
Break confirmé !
Sérieux ? Pour de vrai ?
L’Affreux déjoue tous les pronos, dont le mien.
Le mien aussi. Mais rien du côté du Béornide ? Il était nul, apathique, fatigué ?
Non.
Incroyable.
Si mon abonnement n’avait pas sauté après les deux premières balles de match je pourrais ne pas me contenter du score board de cette absolut bullshiterie qu’est l’Equipe, mais IL l’a fait.
Au final on est passé à quelque chose comme 2 ou 3 points d’une finale Djoko / Z, quand je pense que certains avaient pronostiqué 2 branlées…
Peux pas m’empêcher, mais ça fait un moment déjà, d’avoir une sorte d’affection à présent pour Djoko. Serais ravi qu’il gagne son 25 et dise ciao la compagnie.
Peut-être que Sinner aurait dû changer de coach ?
Guillaume, c’est bien toi qui rêvais l’autre jour d’un troisième homme battant une tête de l’hydre après 5 sets furieux et ne cédant contre l’autre en finale qu’après 5 autres sets furieux ?
La première partie de tes vœux est sous tes yeux. Je te présente le troisième homme : Novak Djokovic
Djoko énorme. Brillant dans la gestion du match (temps forts / temps faibles, moments chauds cf les balles de break…), dans l’intelligence de plan de jeu et son exécution. Il termine dominé dans tous les secteurs statistiques mais chaparde une fois de plus on ne sait comment un match (Fed et Nadal sont passés par là plus tôt
)
Sinner me laisse une drôle d’impression. Autant le premier set correspond à ce qu’on connaît de lui (le rouleau-compresseur qui écrabouille toute balle qui passe à proximité), autant je l’ai trouvé… passif ensuite. Plus loin de sa ligne que d’habitude, se jetant moins dans la moindre balle courte… Etait-ce dû aux variations de Djoko après lesquelles il pestait auprès de sa box ?
Voilà en tout cas qui va donner du grain à moudre à ceux qui pensent que Sincaraz ne sont pas (encore ?) au niveau du Big 3. Carlos aura aussi cette pression là dimanche : la street credibility de Sincaraz en dépend. Djoko, lui, jouera pour sa « Federer Wimbledon 2019″ mais en essayant de gagner ce foutu dernier point
C’est très exactement cela. J’ajouterai juste les éléments suivants :
- Pendant pas mal de temps, Djoko a enquillé un nombre assez considérable de points sur le revers de Sinner.
- Djoko a extrêmement bien servi sur les points importants et pour éviter les breaks qui lui pendaient au nez.
- Cela lui a permis de résister au petit sursaut de Sinner après avoir été breaké dans le 5ème set. C’est vrai que Sinner était bon mais un petit cran en dessous de son habitude. Oui, je crois qu’on peut parler d’une sorte d’apathie.
C’était du très bon Djoko. mais tout de même, depuis le début du tournoi, que de conditions favorables pour arriver en forme au bon moment. Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il a fait le même tournoi que ses grands compétiteurs. C’est la loi du sport. Mais c’est une réalité
Je ne vois pas de quoi tu parles. Je n’ai aucun souvenir d’une finale qui aurait eu lieu à Wimbledon en 2019. Tu divagues
Pour le reste, je ne crois pas que la crédibilité de Sincaraz soit en cause. 3 finales consécutives en GC, la 4ème qui leur échappe de peu, on est quand même sur du high level. Quant à savoir s’ils disputeront un jour les records des trois Golgoths, il va falloir attendre quelques années avant d’en juger… Bien plus désespérant est le constat que pour aller les chercher il n’y ait qu’un type de 38 ans (certes un grand monstre du jeu).
Mais voyons le verre à moitié plein. Cet AO 2026 n’avait proposé jusqu’à présent que des chocs survendus et finalement décevants, seules des crampes et des abandons faisant remuer l’électroencéphalogramme. Nous avons au moins eu deux demi-finales mémorables aux scénarios improbables.
A propos de cette finale de 2019, je me demande toujours comment fait Federer pour ne pas se taper la tête contre les murs en y repensant. Je me demande aussi combien de fois par jour il y repense.
Et si un fan a trouvé un moyen de ne plus y penser, je suis preneur !
Achtung, je répète : il n’y a pas eu de finale de Wimbledon en 2019
Marrant : au moment du speech d’après-match, Courier lui dit « Après l’US, tu disais que tu n’y croyais plus trop contre ces deux-là au meilleur des 5 sets, que ç’allait être compliqué face à eux dans ce format. Et là tu en dis quoi ? » Et là l’oeil du Djoko qui s’illumine : « Nan mais j’avais raison. J’avais dit que ça serait difficile, pas impossible ». Tout le bonhomme est là-dedans, quoi. Plus il y a du défi, plus il aime ça.
A propos, la liste des 5 sets perdus par le Jésuite commence à sérieusement s’allonger, non ?
Si j’ai bien enregistré au vol le bla-bla des commentateurs, ça ferait 6 victoires pour 11 défaites au 5e set.
Et, surtout, la stat dont je suis sûr : 0/9 dans les matchs qui atteignent les 4h de jeu.
5h29 : Alcaraz RG25
5h26 : Altmaier RG23
5h15 : Alcaraz U22
4h41 : Zverev US23
4h10 : Djoko OA26
4h09 : ALcaraz RG24
4h00 : Medvedev Wim24
4h00 : Tsitsipas OA23
3h55 : Shapo OA21
Ce qui est à mettre en relation avec un pattern que je commence à trouver récurrent chez Sinner : il a appris à entrer pleine balle dans ses matchs, t’asphyxie – à la louche – la première heure de jeu où il met une pression dingue sur chaque frappe, t’agresse, ne commet pas une UE gratuite… mais ne tient pas cette exigence extrême, ce jeu A+, au-delà d’une heure, une heure et demie. Derrière il relâche un poil l’étreinte. Pas grand-chose vu les hauteurs auxquelles il évolue, d’autant que l’écart qu’il a eu le temps de creuser dans ce laps de temps est souvent significatif (je dirais un set, un break, minimum), mais quand même… Le tout est de survivre à la tornade qui s’abat sur toi en début de match. Après le match s’équilibre un peu et, si l’écart creusé ne l’a pas été de manière irrémédiable, il peut y avoir match.
Yep. Et ça suggère aussi qu’il a quand même un petit problème mental, pour finir des matchs serrés quand l’adversaire résiste à cette fameuse première heure.
La stat la plus hallucinante de ce match, c’est que Djoko n’a marqué que… 6 points sur le service adverse au cinquième set ! A mettre en relief avec les 8 balles de break que le Chloroforme s’est procurées… Statistiquement, Djoko remporte 6/4 un set qu’il n’aurait pas été déconnant qu’il perde 6/3, voire 6/2… sauf qu’il a optimisé au max de cinquième set et remporté tous, absolument tous les points qu’il fallait.
Le souvenir du match de Roland 2023 contre Altmaier est encore bien net pour moi. Il perd ce cinquième set entre autres parce qu’il était dans le rouge physiquement (Altmaier n’en menait pas large non plus). Mais aujourd’hui, franchement, les stats de ce cinquième set sont claires : ce n’est pas physiquement qu’il était atteint, et à 24 ans il avait à l’évidence une réserve que n’a plus Nole. Mais mentalement, là par contre, il est évident que ça pêche.
Le mental, le physique, tout est lié, difficile de trancher. Je penche plus pour le physique, son type de jeu demandant une précision millimétrique de placement. Franchement, ce n’est pas le 5ème set qui me pose problème, tout le monde sait que Djoko au 5ème est un autre homme qui rentre en transe pyramydale. C’est le 2ème set. Pourquoi ce relâchement chez Sinner ? Tout allait bien, il jouait comme d’habitude en version 6.0 et puis pfff… Est que l’équipe de programmeurs de Darren Cahill n’aurait pas bien peaufiné la préparation de celui qui était dédié à rafler les 4 GC ? (je dis ça un peu par taquinerie pour faire sortir Perse de ses gonds).
Jamais pronostiqué un GC calendaire ni l’archi-domination figée à venir.
Rubens a déjà fait le travail analytique : Sinner n’a pas gagné les points qu’il fallait, et n’a pas su performer sur ses 18! balles de break.
Et comme pour Altmaier ou pour Alcaraz à RG l’année dernière, mon explication « spirituelle » est similaire : Sinner n’a pas la « grâce » protestante, pas cette prédestination que possède Alcaraz. Il est effectivement plus similaire à Djokovic qui a tout eu par la force de ses dents et de son travail sans « coup de pouce ».
C’est clairement un coup dur pour l’Italien qui doit bouillir intérieurement mais au moins, ça le met à l’abri de l’hybris.
« coup de pouce » ???
Du destin, des Moires, l’oubli des mots dont je suis coutumier, toujours.
Le coup de pouce du toit pour l’un et de Mensik et de Musetti pour l’autre peuvent-ils être assimilés à « un coup de pouce du Destin » ?
A l’échelle du point, non.
Pour le toit, étant donné que c’est l’application bête et méchante de la règle, c’est tangent.
Bien évidemment Mensik / Musetti c’est le cas.
Le Djoker a beau être connu pour sa clutchitude au 5ème set, un type qui gagne 6/4 un set en ne marquant que 6 points sur le service adverse, c’est rarissime. On a tous en tête les matchs où Nole est passé par le chas d’une aiguille, pour autant il n’était pas déficitaire en points comme il l’a été hier.
La fatigue, clairement, a frappé Zverev hier à la toute fin. Il peinait à remporter ses jeux de service jusqu’à 5/3, moment où évidemment le mental s’en est mêlé. Zverev a perdu ce cinquième set sur le physique.
Excellent travail de compilation, Guillaume. Le 0/9 au-delà de 4h est une stat absolument accablante et elle confirme ce que je disais sur le parallèle avec le Djokovic pré-2011.
Ton analyse du « pattern Sinner » est très juste et je la reformulerais ainsi : Sinner est un joueur qui impose mais qui ne s’adapte pas, ou très peu, quand son niveau A+ retombe naturellement.
Là où un Djokovic ou un Nadal savaient trouver des ressources tactiques et mentales pour compenser les passages à vide (varier, ralentir, jouer sale si nécessaire), Sinner semble n’avoir qu’un seul mode : la pleine puissance maîtrisée. Quand la lucidité ou le physique ne suivent plus pour maintenir ce niveau d’exigence, il n’a pas vraiment de plan B à proposer.
C’est d’ailleurs ce qui rend la comparaison avec Djokovic intéressante : avant 2011, Nole avait le talent, l’explosivité, mais il « lâchait » physiquement dans les grands moments (les fameux abandons, les fins de match subies).
Le déclic a été autant physique que mental.
La question pour Sinner est de savoir si un travail similaire — que ce soit d’ordre diététique, athlétique, mental ou pyramidal — peut lui permettre de franchir ce palier.
Parce que le talent et la régularité sur les deux premiers tiers d’un match sont déjà ceux d’un numéro 1 mondial. C’est le dernier tiers qui lui manque pour devenir encore plus dominant.
En attendant, ta stat montre bien que la « feuille de route » pour battre Sinner existe : survivre à la tornade initiale, ne pas décrocher mentalement malgré la pression, et miser sur l’usure. C’est exactement ce qu’Alcaraz a fait à Roland-Garros.
Personne pour commenter le match entre Elyna RABASANKA et Aryna BELENIKA ?
Il semblerait que Rybakina, après son ultime ace final, ait murmuré poliment : « Fuck off, Sabalenka », suscitant une approbation silencieuse de Svitolina.
Suis au taf… Mais je suis l’évolution du score
Plutôt content de cette victoire.
Bon, difficile d’imaginer que l’affaire continue encore à ce rythme là pour Djoko pendant 2 sets quand même…
Break Carlitos dans le deuxième.
Je n’ai pas le son… Qu’est-ce qui se passe ? Djoko est allé se prendre une douche ?
Non, mais il a un gros coup de mou, balle de double break pour Carlito
Cette finale est une purge.
Autant nous avons eu des demi-finales qui en jetaient autant cette finale était poussive.
Finalement un résultat attendu : un Alcazar moyen domine un Djoko vieillissant.
Le discours de Djoko était plutôt meilleur que son match, oui.
Pour ma part, je n’ai jamais trouvé Alcaraz très libéré ni explosif dans cette finale. L’enjeu, peut-être, la présence de Nadal dans les tribunes, et surtout le match épuisant contre Zverev… autant de facteurs qui ont pu peser.
Évidemment, vu le premier set qu’il s’est pris, c’était difficile de jouer autrement : j’ai trouvé qu’il évoluait beaucoup en mode défensif, peut-être pour sécuriser son taux de fautes directes et miser sur l’usure de Djokovic.
Stratégiquement pas absurde, mais ce n’était clairement pas le Carlos spectaculaire qu’on connaît.
Djokovic, lui, était au sommet de la pyramide au premier set — probablement un de ses meilleurs depuis deux ou trois ans, et c’était assez beau à regarder.
Mais ensuite, plus d’étincelles ni d’un côté ni de l’autre. Le match s’est éteint progressivement, comme si aucun des deux n’avait les ressources pour relancer la machine.
Une finale Sinner-Alcaraz aurait peut-être offert un spectacle plus flamboyant. Quand ces deux-là se tirent la bourre, il y a une intensité et une escalade dans le jeu qu’on n’a pas retrouvées ici.
C’était la finale des Petits As, que le franco-japonais Lyoma Hotelier a remportée 6/0 6/1. J’avais regardé un bout de sa demie hier, et déjà, on voyait qu’il était un cran au-dessus. Le gamin a 13 ans et sert régulièrement à 185. Je ne suis pas spécialiste, mais j’ai l’impression que c’est beaucoup.
Oui, je confirme, c’est beaucoup, même s’il mesure déjà 1,83 m pour 13 ans. Ce qui est remarquable, c’est sa coordination motrice qui est exceptionnelle. Il est capable de faire une vollée liftée de coup droit en fond de court gagnante. Il sait tout faire. Il dirige le jeu, il va au filet. Ce gamin m’a bluffé.
Bon, il faut quand même reconnaitre que Carolo nous enlève une sacrée épine du pied…
Un jour il faudra penser à édifier une statut à Medvedev et Carlos.
lire Carlos évidemment, et non Carolo…
C’est vrai, Medvedev a été sublime en 2021 pour LE match de l’année. Et on peut aussi remercier Carlos et Jannik de faire barrage depuis 9 Grand Chelems consécutifs.
Concernant Jannik, je lui trouve encore un petit côté Djokovic pré-2011, quand le Serbe, déjà très fort, affichait des limites physico-mentales qui ont totalement disparu par la suite (notamment après sa fameuse suppression du gluten).
La question est de savoir si on verra un jour une version de Sinner ultra stable physiquement, voire le joueur le plus endurant du circuit. Pour l’instant, ça reste son principal axe de progression.
À Roland, il était très bien, porté par la fraîcheur que lui conférait son peu de matchs dans les jambes, et il a fallu un Carlos en God mode pour le sortir.
Par ailleurs, même si le jeu très monovalent de Sinner convient peut-être mieux à Djokovic, je ne m’explique toujours pas la hausse aussi brutale de niveau entre son match contre Musetti et celui contre Sinner.
On a certes déjà observé que Djokovic passe à un tout autre régime en demi-finale et en finale (2019 en est un bon exemple), mais l’écart reste frappant.
« je ne m’explique toujours pas la hausse aussi brutale de niveau entre son match contre Musetti et celui contre Sinner ».
« La Pyramide a ses raisons que le Tennis ne connaît pas. C’est tout ». (Srdjan Djokovic, le 2 février 2026)
Nathan, oui : Srdjan savait. Il avait toujours su.
La Pyramide lui avait murmuré, dans un souffle tellurique chargé d’ions négatifs et de fréquences que les laboratoires de l’AMA sont trop vulgaires pour capter, que le Messie parousique viendrait en short Nike, qu’il ressusciterait du gluten, transcenderait le cartilage et foulerait le Plexicushion de ses pieds lavés à l’eau structurée — cette même eau qui changea Cana en open bar et qui change, tous les Grands Chelems, un trentenaire finissant en surfeur de ligne de fond capable de renvoyer du plomb fondu à 155 km/h comme s’il avait vingt-deux ans et un pacte notarié avec les lois de la physiologie.
Que chaque demi-finale serait une Transfiguration, chaque finale une Ascension — et que quiconque oserait invoquer autre chose serait frappé d’aveuglement, comme Paul sur le chemin de Damas, mais version Belgrade-Melbourne, avec escale à Monte-Carlo pour une séance de câlinothérapie arboricole.
Oui, Nathan, la science ne peut pas expliquer. La biomécanique baisse les yeux.
Seule la foi pyramidale, conjuguée à un régime sans lactose, à une méditation profonde face à un chêne pubescent du Rocher et à ce que Srdjan appelle pudiquement « la volonté », permet de passer d’un niveau Challenger blafard contre Musetti à un niveau d’apothéose cosmique contre Sinner en quarante-huit heures chrono — métamorphose que Kafka lui-même aurait trouvée un poil abrupte.
Ce n’est pas du tennis. C’est de l’hagiographie en temps réel. Et nous, pauvres mécréants, nous n’avons que nos yeux indignes pour contempler le Mystère.
Tout est dit sans le dire. Et avec brio ! BravO
Dans le même genre, il y a Sinner qui est mené 2 sets à zéro par Dimitrov en huitièmes à Wimbledon 2025 avant que le bulgare se blesse fort opportunément, puis qui marche sur ses adversaires ensuite.
ça c’est un de mes grands « what if » de la saison 2025. Parce que si, après Alcaraz à Rome, Bublik à Halle et bien sûr Alcaraz dans les conditions que l’on sait à RG, Dimitrov le bat dès les 8e à Wim, est-ce qu’il ne prend pas alors un coup derrière la tête ? Sa chance, entre guillemets, post-RG l’an passé c’est que Wim arrive très vite, pas le temps de gamberger qu’une autre échéance majeure est déjà là. Et puisqu’il gagne Wim il peut tourner la page RG sans ruminer ses regrets. Mais s’il referme ce chapitre de son retour par 4 tournois, 0 trophée dont la défaite douloureuse de RG, et en »pente descendante » puisque dans un ordre finale, finale, quart et huitièmes, pas sûr qu’il passe sa coupure estivale l’esprit serein…
Et la période actuelle pourrait bien fournir un début de réponse à ta question, puisque sa saison s’est ouverte par deux défaites contre des non-Alcaraz, aussi surprenantes l’une que l’autre. Pour ma part, je m’attends à la contre-réforme : si son problème est juste la lucidité sur des balles de break, c’est largement surmontable. Je m’attends à ce qu’il réagisse, il a trop souvent marché sur la concurrence depuis 2 ans et demi pour ne pas avoir un minimum de certitudes.
Je suis d’accord. Il s’est hissé de manière trop nette au-dessus de la mêlée depuis 2 ans pour rentrer dans le rang comme ça. Mon « What if » ne porte que sur l’exercice 2025, pas au-delà – les champions de ce calibre nous ont au 21e siècle habitué à faire reset relativement rapidement : ce qui s’est passé telle année reste telle année et n’augure pas de la suivante.
On ne peut pas écarter d’ailleurs la simple piste de la fatigue consécutive à une grosse fin de saison pour expliquer son début d’année en-deçà dans l’agressivité. Il a bcp joué en fin d’année, parce qu’il croyait toujours à la place de 1 et dans une espèce de logique de « rattraper le temps perdu » au premier trimestre. Mais en vrai ça ne fonctionne pas comme ça et on ne récupère pas tout à fait, en se rajoutant Vienne en octobre, les points laissés à Rotterdam ou Munich au premier semestre. Les 500 pts à l’arrivée sont là mais la gestion de calendrier est clairement moins optimale et la note finit forcément par se payer. Or l’OA arrive très vite quand tu as bcp joué au dernier trimestre…
Dans le même registre je suis très étonné qu’il ait brillé par son absence aux JO de Milan-Cortina, tenus chez lui, dans sa région, sur des sports qui lui parlent puisqu’il vient du ski, avec des protagonistes italiens qu’il connaît forcément… Le mot d’excuse « Je dois bosser dur pour préparer Doha dans 10 jours » me semble léger. Soit il a réclamé du pognon pour prendre part à la cérémonie d’ouverture (où était quand même présent Valentino Rossi, encore plus éloigné que lui des sports d’hiver, c’est peu de le dire !) et n’a pas eu ce qu’il voulait, soit il est vraiment un grand malade en termes de stakhanovisme s’il renonce à une soirée aussi unique dans une vie pour optimiser la préparation de l’ATP 500 de Doha dans son désert 10 jours plus tard
Si j’en crois l’article d’Eurosport, il a bossé le physique ces dernières semaines, en prenant bien soin de s’entrainer sous de fortes chaleurs et non chez lui, où se tenaient pourtant « ses » JO d’hiver. On est clairement dans l’hypothèse du stakhanoviste, ce qui ne fait que conforter mon regard sur le personnage
Pour le reste, je ne suis pas surpris qu’il n’en ait rien à braire des JO de sa région, il est totalement hors sol de toute façon et il n’est d’ailleurs pas seul dans ce cas. Carlitos n’est pas en reste, aller faire une exhib et toucher un gros chèque chez les Enturbannés OK, mais représenter son pays en Coupe Davis, quelle vulgarité franchement… Leurs prédécesseurs leur ont de toute façon pavé la voie en regardant ailleurs quand l’ITF a bradé la reine-mère des compétitions tennistiques.
Quant à Nole, son soutien aux étudiants serbes l’année dernière a eu raison de sa déification dans son propre pays, il paraît même que des critiques se sont faites jour en Serbie sur sa saga juridico-carcérale australienne de début 2022. Mieux vaut tard que jamais, et ça démontre au passage l’ampleur que prennent les indignations à géométrie variable. La morale n’a plus guère de place dans ce bas monde, et il ne faut pas s’attendre à ce que les sportifs de haut niveau montrent quelque exemple que ce soit.
J’ignore si la foi pyramidale ou la grâce protestante sont en cause, mais je livre quelques billes pour poursuivre la réflexion sur cette étrange victoire de Novak sur Jannik (vous noterez que je les appelle par leur prénom, ce n’est pas si fréquent
)
Parmi les circonstances favorables au Serbe, il en est une qui a été finalement assez peu discutée. Cette édition australienne a été marquée par de TRES fortes chaleurs. Au point que les conditions de jeu entre l’après-midi et la soirée étaient radicalement différentes. J’avais lu quelque part que le rebond du dur australien était légèrement plus vif en soirée, la balle fuse davantage. Je ne sais pas si, en elles-mêmes, ces circonstances sont susceptibles d’être favorables au Djoker, mais elles étaient en tout cas très différentes. Qu’il soit passé à côté de son quart contre Musetti ne signifiait donc pas qu’il allait encore passer à côté contre le Béornide. Si l’on ajoute que l’Immonde a eu la chance de bénéficier d’un forfait en huitième suivi d’un abandon en quart, on en déduit qu’il est arrivé en demi avec un état de fraîcheur inespéré et qui ne se reproduira sans doute pas.
Dans aucun autre Grand Chelem les conditions sont à ce point différentes entre la journée et la soirée, sachant qu’elles sont également différentes quand le toit du Central est fermé pour cause de forte chaleur. Et c’est bien là qu’arrive le nœud du problème. Autant je ne suis pas d’accord pour l’uniformisation des surfaces dures extérieures – qui débouchent, fort logiquement, sur des résultats assez semblables d’une semaine à l’autre – autant les conditions dans lesquelles se déroule un tournoi donnée doivent être un minimum constantes sur la durée de ce tournoi. Quand un joueur remporte un match en plein cagnard et un autre en soirée à la fraîche, ils ne partent pas à armes égales au tour suivant car le premier aura en réalité dépensé beaucoup plus d’énergie sans que son match soit plus long. Il en est de même pour deux joueurs jouant au même moment et bénéficiant de l’Extreme heat policy : le premier qui joue sur un court annexe verra son match interrompu, alors que le deuxième évoluant sur le Central devra juste attendre que le toit soit fermé. A la fin, ça donne un Béornide sauvé par l’interruption, un Carlitos soigné pour des crampes (au mépris du règlement) en pleine chaleur et qui a bien failli passer à la trappe contre Zverev, un Novak exceptionnellement préservé au moment d’aborder sa demi-finale. Bref, ça donne un tournoi dont le déroulement aurait été différent s’il s’était joué à une autre période de l’année sans ces chaleurs extrêmes.
En se déplaçant fin février ou début mars, l’Australian Open préserverait les joueurs des fortes chaleurs et une certaine équité serait rétablie. Il serait précédé d’une vraie saison en amont avec un 1000 à Indian Wells ou Miami, puis un deuxième 1000 à Shanghaï qui limiterait le décalage horaire. Il serait suivi immédiatement de la saison sur terre battue, ce qui serait logique puisque le Grand Chelem suivant est Roland, et cette saison sur terre battue commencerait en Amérique latine pour n’arriver en Europe qu’avec Monte Carlo.
Quant à Doha et Dubaï, n’en déplaise à Roger, la situation actuelle devrait conduire l’ATP et la WTA à s’interroger sur leur pertinence. Bisous à Tallon, Rublo et Meddy, toujours coincés à Dubaï à l’heure où j’écris ces lignes.
Alors, en d’autres termes, disons que le gouape étique à force de gluten et de foi pyramidale a eu le f… bordé de nouilles.
Merci à Sébastien dont les flèches sont toujours très inspirées et à Rubens pour cette analyse impeccable et ses propositions qui ne verront jamais le jour.
Ne serait-ce pas la Némésis qui s’abat sur ce pauvre Sinner (qui n’a jamais si bien porté son nom) pour s’être cru au-dessus des lois ? Comment expliquer que celui qui garde « le meilleur coach » du monde soit puni et que celui qui vire celui qui lui a tout appris soit récompensé de gloire et de sequins ? Voilà un autre mystère…
Rien à voir, mais je me suis rendu compte deux petites stats intéressantes (pour les grands malades évidemment). Je vous les présente sous forme de quiz.
1. Je suis le seul joueur à avoir remporté un tournoi du Grand Chelem en battant 7 hommes ayant été au moins demi-finalistes en Grand Chelem. Qui suis-je ?
2. 4 joueurs ont vaincu à deux reprises le tenant du titre d’un même tournoi du Grand Chelem :
– John McEnroe, vainqueur de Jimmy Connors à l’US Open en 1979 et 1984 (Jimbo avait remporté les éditions de 1978 et 1983).
– Ivan Lendl, vainqueur de John McEnroe à l’US Open 1982 et 1985 (Mac était à chaque fois le tenant du titre).
– Novak Djokovic, vainqueur de Roger Federer à l’Open d’Australie 2008 et 2011.
– Novak Djokovic, encore lui, vainqueur de Rafael Nadal à Roland Garros 2015 et 2021.
Un quatrième homme a réussi cet exploit. De qui s’agit-il ?
1 Wawrinka à l’AO.
2 Boris Becker
Edberg et McEnroe.
@Nathan :
1. Non. A l’AO 2014, Stan bat, dans cet ordre, Golubev, Falla, Pospisil, Robredo, Djokovic, Berdych et Nadal. Les quatre premiers cités n’ont jamais atteint, ni avant ni après, le dernier carré en Grand Chelem.
2. Non plus. Becker n’a jamais battu McEnroe en Grand Chelem. Edberg, par contre, n’est pas loin de faire partie de cette liste, puisqu’il bat deux fois Becker à Wimbledon. Sauf que la première fois en 88, Boris n’était pas le tenant du titre.
Si vous pensez à Sampras-Agassi à l’US Open, raté également : Pitou gagne 4 fois contre Dédé à l’US, mais une seule fois comme tenant du titre, en 95 (le Kid l’ayant emporté en 94).
Ah ah la première je pense l’avoir. On parle bien de joueurs qui ont fait une demie en GC à un moment ou un autre dans leur carrière, pas qu’ils l’avaient déjà faite au moment où notre joueur mystère les a croisé sur la route de son titre ?
La deuxième m’a fait un peu plus galérer mais faut partir du postulat que, pour que ce soit notable, on ne cherche pas là un top gun du calibre Lendl / Mc / Djoko and co, mais bien un type qu’on n’attendrait pas à leur table.
@Guillaume : oui, c’est ça. Pour être précis, dans le parcours du Gus :
– un seul de ses adversaires n’avait pas encore atteint le dernier carré en GC, il allait le faire plus tard.
– trois d’entre eux l’avaient déjà fait.
– un l’a fait à cette occasion.
– et deux l’avaient déjà fait mais allaient également le refaire.
Ca devrait te confirmer dans ta réponse…
Pour la question 2 : c’est exactement ça, le type qu’on cherche n’est pas un Golgoth. Et j’ajoute, en guise de petit indice, que pour le tenant du titre, par définition le fait n’est possible que si ses plusieurs titres n’ont pas été consécutifs.
Il ne s’agit pas de Jaime Yzaga, vainqueur à deux reprises de Pitou à l’US. La première fois en 88, Pitou n’était pas le tenant du titre.
Mais l’empreinte du Gus dans la mémoire collective est sans doute plus proche de celle de Jaime Yzaga que de celles de McEnroe, Lendl et Djokovic
En fait quand tu trouves la réponse à la #1, la #2 vient assez naturellement (oui, c’est un indice
)
Pour le 2, ce serait pas Wawrincka à l’US Open ? (Murray, Djoko)
Désolé, j’avais mal compris la question.
Nathan, je me suis sans doute mal exprimé. Je fais l’inventaire des joueurs ayant battu à deux reprises un joueur se trouvant être le tenant du titre d’un même titre du Grand Chelem.
Je reprends l’exemple de Novak/Rafa à Roland :
– En 2014, Rafa remporte le titre. L’année suivante, il s’incline contre Nole en quarts.
– En 2020, Rafa s’impose. En 2021, il est donc tenant du titre, et il s’incline à nouveau contre le même joueur, Novak.
Novak a donc battu à deux reprises le tenant du titre Rafa à Roland Garros.
Quatre hommes seulement ont réussi cet exploit : Mac, Ivan, Novak (à deux reprises) et un quatrième larron.
Si Wawrinka en 2016 et 2019 US Open vs Djoko (2015, 2018)
Magnifique Nathan, tu as raison, j’avais oublié Stan ! Vainqueur en effet de Djoko aux US 2016 et 2019, alors que le Serbe était à chaque fois le tenant du titre.
Stan est donc le 5ème de ma liste, que je n’avais pas vu. Mais ce n’est pas à lui que je pensais…
Et du coup je vais bien vérifier que ma liste est vraiment complète.
Il est vrai que Djoko avait abandonné en 2019 au 3ème set… en 1/8ème !
L’abandon du mauvais perdant, à 2 sets et 1 break contre lui. Genre tu peux pas finir les 4 jeux qu’il reste… Sacré Djoko. Il a beau être ami avec Stan je pense que ça commençait à le saouler que l’autre soit à ce point devenu sa Kryptonite en Grand chelem !
C’est certain.
N’entre pas en ligne de compte le coupeur de têtes le plus célèbre de l’histoire du tennis, j’ai nommé Robin Söderling. Tombeur deux années consécutives du tenant du titre à Roland… mais de deux hommes différents.
1/ Goran ?
Non.
Si on suit la logique de Guillaume…
En 2001, non ?
à Wimby
Mais Goran n’est pas loin en effet. Seul son adversaire du premier tour, le Suédois Fredrik Jonsson, n’a jamais atteint le dernier carré en GC. Moya, Roddick, Rusedski, Safin, Henman et Rafter l’ont tous fait.
Et au passage, quel parcours royal quand même le Goran cette année-là ! Hormis Gentleman Tim, ils ont tous été non seulement demi-finalistes, mais finalistes ! Il ne manque que Pitou à ce tableau de chasse…
Incroyable, oui, le parcours !
Jonsson l’inconnu du bataillon qui me fait perdre !
En vrai ils sont nombreux à être tout proches de ce « perfect » en ne jouant que des demi-finalistes (futurs ou passés) en GC. Gaudio par exemple, sur ce plan, n’a pas volé son RG victorieux avec Canas et Andreev (soit 2 quarts de finalistes, qui plus est de RG) pour « pires » adversaires sur son chemin.
Par essence par contre il faut des vainqueurs inattendus sur le moment, pas assez bien classés pour avoir évité des gros bras dans les premiers tours.
Ivanisevic, évidemment. Monumental son Wim victorieux.
Kuerten et son RG 97 : Dosedel comme plus mauvais (26e ATP, 3 titres, plusieurs huitièmes en GC), puis Bjorkman dans sa meilleure saison de 4e ATP, Muster, Medvedev, Kafel tenant du titre, Dewulf en demies et Bruguera pour finir.
L’US 2001 de Hewitt est fort à posteriori aussi : Gustafsson, ex top 10, Blake futur, Portas dans son année vainqueur de 1000, Haas, Roddick, Kafel, Sampras.
Et c’est là aussi qu’on voit les limites d’une stat pure. Notre Monsieur X n’a battu que des demi-finalistes en GC, mais quand tu regardes de près les circonstances et la valeur des adversaires, c’est quand même moins impressionnant que Goran 2001.
Le plus impressionnant, c’est Guga 97. Absolument monstrueux. Les 3 derniers vainqueurs, + Medvedev, je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus légitime. Pour pinailler un peu Guga, je vais faire la fine bouche sur la demi-finale : au tableau de chasse, il manque Alex Corretja, mais ce dernier avait perdu dans le vent contre Dewulf. D’où cette demi improbable entre le 66e et le 122e. Une édition de Cocagne. Avec Arazi qui domine Rios en toucher, avec Rafter le pur attaquant qui atteint le dernier carré. Mais avant même de remporter la finale, franchement Guga ça dépassait tout. Il a aligné tous les favoris l’un après l’autre. Sergi était, en finale, le dernier lien avec les éditions précédentes, on avait l’impression que le tournoi partait d’une nouvelle page vierge.