Le sommet des dieux

By  | 31 août 2022 | Filed under: Histoire, Légendes

Apéro australien

Au cours de mes années alsaciennes (1998-2001), je n’ai pas la télé dans ma hutte d’étudiant, et en ce mois de janvier 2000 je sors d’une année quasiment vierge en termes de suivi du tennis à la télévision. Le seul événement que j’ai suivi en direct est la finale de la Coupe Davis entre la France et l’Australie. Je ne vis alors le tennis que par presse interposée. Je n’ai pas vu Agassi remporter Roland ou s’incliner en finale de Wimbledon face à un Sampras monstrueux. Je n’ai pas vu le Kid gagner l’US en l’absence de son rival blessé et finir n°1 mondial. Mes collègues m’ont juste murmuré qu’Agassi est de retour à son meilleur niveau et que Sampras, bien que (désormais) n°3 mondial, n’a jamais aussi bien joué qu’au cours du semestre précédent. En ce jeudi matin de janvier, je m’autorise une session buissonnière pour rejoindre mes copains du tennis, avec la provision de bière et de cacahuètes. Confortablement installés dans un canapé, nous assistons à ce qui nous semble alors être le plus fabuleux des duels entre Sampras et Agassi… et cette impression ne s’est pas dissipée 22 ans après.

Sampras-Agassi

Un voile de brumes

Pourquoi donc, alors qu’en termes de qualité de tennis il surpasse tous les autres, cet opus de l’Australian Open 2000 n’est-il pas perçu comme le plus beau de leurs affrontements dans l’imaginaire collectif ? Et plus précisément, pourquoi est-il à ce point éclipsé par le duel qu’ils ont livré 19 mois plus tard à l’US Open ?

Pour des raisons extra-tennistiques, et qui tiennent, d’une part à l’exposition médiatique particulière de leurs duels sur leur sol à Flushing Meadows, et d’autre part à la personnalité complexe d’Andre Agassi et à sa perception par le grand public.

On ne s’étendra pas sur le premier point : le public new-yorkais ayant son duel entre ses deux champions a montré une passion évidemment plus prégnante que le public australien. Et cette passion était d’autant plus forte que les médias américains faisaient monter la sauce, jusqu’à l’exagération parfois, en considérant tous leurs opposants comme de simples éléments de décor.

Je suis tombé, sur Youtube, sur une série de rétrospectives de l’US Open pour les années 1992, 1993 et 1994. Là où 92 et 93 font l’objet de véritables comptes-rendus de l’ensemble de la quinzaine, 94 n’est abordé que sous l’angle du parcours d’Agassi. Anecdote significative de l’écrin médiatique dont le Kid aura bénéficié (ou qu’il aura subi, c’est selon) tout au long de sa carrière, et singulièrement dans son pays.

Paillettes mises à part, le match le plus chargé d’enjeux de toute leur rivalité restera sans doute la finale de l’US Open 1995. Bien que décevante sur le plan tennistique, cette rencontre allait consacrer le meilleur joueur de la saison 1995, entre deux champions qui s’y affrontaient pour la cinquième fois de l’année, toujours en finale, et qui avaient chacun un grand titre dans la besace. On ferait difficilement plus légitime comme juge de paix…

Sampras et les autres

Mathématiquement, le règne de Pete Sampras commence en avril 1993 pour s’achever définitivement en novembre 2000. Sur cette période, les joueurs l’ayant délogé de sa place de n°1 mondial sont, dans l’ordre chronologique, Jim Courier, Andre Agassi, Thomas Muster, Marcelo Rios, Carlos Moya, Ievgueni Kafelnikov, Patrick Rafter et Marat Safin.

Passons rapidement sur la période 1998-2000, au cours de laquelle le trône de Sampras a été de plus en plus vacillant, période hélas dépourvue de matchs chargés de grands enjeux pour le trône. On relèvera le gros caillou dans la chaussure qu’a été Pat Rafter… en août 1998, l’emportant à Cincinnati et surtout en demi-finale de l’US Open. Et on rappellera que pour Marat Safin, de neuf ans le cadet de Pete, la finale de l’US Open 2000 a les attributs d’une passation de pouvoir, tant l’Américain était dépassé en vitesse ce jour-là.

Mentionnons Thomas Muster, ogre de la terre battue entre 1995 et 1996, ne serait-ce que pour rappeler que sa trajectoire s’est faite presque en parallèle à celles d’Agassi et Sampras à ce moment-là, l’Autrichien glanant l’essentiel de ses points sur une terre battue boudée par les deux Américains, alors que ceux-ci s’affrontaient sans cesse sur le dur américain et les surfaces indoor. Rappelons toutefois que Thomas s’est réellement positionné dans la course à la place de n°1 mondial en remportant le Masters 1000 d’Essen en octobre 1995, battant au passage un certain Sampras en demi-finale, 7/6 6/2. Et regrettons pour finir la demi-finale de Roland Garros 1995 qui n’a pas existé, celle qui aurait dû opposer Muster à Agassi, la blessure du Kid en quarts contre Kafelnikov ayant privé Paris d’un choc qui s’annonçait plus que prometteur.

Une fois mis de côté les n°1 de circonstance et les successeurs de Sampras, qui ont pris le pouvoir alors que le Californien voyait ses forces s’amenuiser, il ne reste que deux champions potentiellement rivaux pour Pete : Jim Courier et Andre Agassi. Sans pour autant que leurs places respectives dans la carrière de Sampras soient identiques. Bien au contraire.

Courier

Le bûcheron de Dade City n’est rien de moins que le n°1 mondial auquel s’attaque Pete Sampras, en 1993, pour entamer sa longue période de domination. L’accession au trône du Californien, le 12 avril 1993, était dans l’air depuis de longs mois et une certaine demi-finale de l’US Open 1992 qui les avait opposés. Malgré un coup de pompe physique durant le match, Pete éclabousse Flushing de toute sa classe pour bouter hors du tournoi le n°1 mondial, auquel il pose beaucoup de problèmes, et dont il est alors sur le point… de prendre la place à l’ordinateur. Beaucoup ont oublié ce détail, mais lorsque Sampras et Edberg entament leur duel en finale de l’US Open 1992, la place de n°1 mondial est promise au vainqueur. Ce sera une récupération de trône pour Edberg, mais c’eût été une première pour Sampras. Auteur d’un été de feu marqué par des titres à Kitzbühel, Cincinnati et Indianapolis, Pete s’arrête à une poignée de points du trône en même temps qu’il se découvre une haine viscérale pour la défaite. Il finira l’année au second rang mondial, reléguant, définitivement, Edberg à la troisième place. Il faudra quatre titres supplémentaires au Californien, début 1993, pour accéder enfin au trône. Ce qui alimentera la rancœur de Jim Courier, qui vient de conserver avec autorité sa couronne à l’Open d’Australie et reste le patron dans beaucoup de têtes. Tout le monde attend LE duel qui les mettra d’accord.

Pete et Jim, c’est déjà une vieille histoire. Amis plus que rivaux dans leur jeunesse, ils ont parfois joué le double ensemble et partagé la même chambre, s’avérant bien meilleurs qu’ils ne l’imaginaient à l’époque. C’est Jim, alors pensionnaire de l’académie de Nick Bollettieri, qui à l’été 1989 présenta Pete à un entraineur expérimenté, ancien joueur des années 60, Joe Brandi. L’association portera ses fruits dès l’US Open 1990.

Au tournant de deux décennies, néanmoins, les deux amis découvrent avec effroi qu’ils sont, de plus en plus, des rivaux, et que la proximité ne peut être la même. Chacun dans son couloir, et chacun à son rythme, ils se hissent vers les sommets du classement ; et si Pete dégaine le premier en Grand Chelem, c’est Jim qui s’invite le premier dans la lutte pour le trône que se disputent alors Becker et Edberg. C’est Jim qui écarte sans ménagement Pete en quarts de finale de l’US Open 1991, pour atteindre ensuite la finale. C’est Jim, quelques mois plus tard, qui devient le premier n°1 mondial de la bande, peu après son triomphe à l’Open d’Australie, affichant une exceptionnelle résistance à la pression. Et c’est encore Jim qui conserve sans sourciller ses deux titres du Grand Chelem acquis, à Paris en 1992 puis à Melbourne en 1993.

En ce mois d’avril 1993, il est difficile de contester à Sampras sa légitimité mathématique, mais il est tout aussi difficile de contester à Courier son statut de meilleur joueur du monde. Il est temps pour nos duettistes de régler ça sur le terrain. Ce ne sera pas à Roland Garros, où l’un et l’autre s’inclinent face à Sergi Bruguera, qui dépossède au passage Jim de l’une de ses deux couronnes majeures. Ce sera donc à Wimbledon.

Cette finale n’allait pas forcément de soi au départ. Sur gazon, Pete n’a pour lui que la demi-finale de l’année précédente, où il s’était frustré devant le déluge d’aces que Goran Ivanisevic avait fait pleuvoir sur lui. Quant à Jim, son meilleur résultat était un quart en 1991 ; n°1 mondial en 1992, il avait trébuché au troisième tour face à l’obscur Andreï Olhovskiy. Et sa nette victoire en demi-finale face à Edberg est une vraie surprise, tant la surface apparaissait favorable à l’attaquant suédois.

Outre le rapport de forces symbolique entre les deux joueurs, l’enjeu de cette finale de Wimbledon 1993 sera, comme espéré et attendu, la place de n°1 mondial. Et si les deux hommes continuent de se respecter, ils sont désormais rivaux avant tout. Le duel sera d’autant plus magnifique que la quinzaine londonienne aura été épargnée par la pluie, rendant le rebond plus haut que d’habitude et favorisant le relanceur et les échanges. La victoire de Sampras n’en sera que plus légitime.

Ce match constitue une rupture majeure dans la carrière de Jim Courier. Alors qu’il vient de disputer sept finales en Grand Chelem sur dix possibles entre juin 1991 et juillet 1993, il n’en disputera plus aucune. Jim vient de comprendre que Pete est en train de le dépasser ; pour le n°1 mondial qu’il était il y a peu, le constat est dur à encaisser. Sa victoire à Indianapolis au cours de l’été, qui le ramène à la première place mondiale, est un trompe-l’œil : il décline rapidement, au point de sortir du Top Ten en 1994. Il connaîtra un net regain de forme en 1995, sans pour autant parvenir à menacer les duettistes Sampras et Agassi qui se partagent alors tous les grands titres – nous y reviendrons.

Monstre de solidité mentale, Jim Courier ne fut sûrement pas le n°1 mondial le plus facile à déboulonner. Mais c’est précisément sur le plan mental qu’il va s’effriter, perdant désormais beaucoup de matchs sur quelques détails, ceux-là mêmes qu’il remportait lorsqu’il était le patron du tennis. Un rival, Jim, pour Pete Sampras ? Oui, le temps pour ce dernier de s’emparer du trône et de battre son rival à la régulière à Wimbledon. Mais sur la durée du règne de Pete, Jim n’apparaît qu’au début.

 Agassi

Mais après tout, Sampras ayant été l’incontestable champion de son époque, pourquoi donc serait-il à tout prix nécessaire de lui accoler un rival ? Pour des raisons de storytelling, sans doute. Pour l’attraction naturelle que constituait Andre Agassi pour les médias, c’est une évidence. Pour le surcroît d’attention que les médias américains – toujours en avance d’une guerre sur le marketing – ont accordée à un duel 100% US, c’est une réalité. Mais il serait réducteur de restreindre les ressorts d’une rivalité à ses aspects extra-sportifs.

Je dois l’un de mes plus grands chocs tennistiques au visionnage en direct du quart de finale de Bercy en 1994 qui a opposé Pete Sampras à Andre Agassi. Le spectacle était total, entre deux champions à 100% de leurs moyens physiques et techniques et dont les jeux s’imbriquaient à merveille. Je découvrais le « nouvel Agassi », que je n’avais jamais vu aussi régulier en fond de court, ni aussi patient, ni aussi consistant.

Et ce fut le début d’une période qui dura un peu moins d’un an, marquée par une série de duels entre Sampras et Agassi, période certes restreinte dans la décennie 90 mais qui semble la résumer :

  • Bercy 1994, quart de finale : Agassi 7/6 7/5
  • Masters 1994, demi-finale : Sampras 4/6 7/6 6/3
  • Open d’Australie 1995, finale : Agassi 4/6 6/1 7/6 6/4
  • Indian Wells 1995, finale : Sampras 7/5 6/3 7/5
  • Miami 1995, finale : Agassi 3/6 6/2 7/6
  • Montréal 1995, finale : Agassi 3/6 6/2 6/3
  • US Open 1995, finale : Sampras 6/4 6/3 4/6 7/5

Précisons qu’Agassi émargeait au 7e rang mondial à l’ouverture de Bercy en 1994, et qu’au Masters 1994 la victoire de Becker sur Sampras en poule précipita ce dernier vers une demi-finale face à Agassi. Par la suite, en 1995, Sampras et Agassi ne se sont affrontés qu’en finale.

En englobant les Super 9 (les Masters 1000 de l’époque) dans les rendez-vous importants, hors terre battue, seuls deux des neuf tournois de cette période ne débouchèrent pas sur une finale (ou à défaut une confrontation, fin 1994) entre les deux duettistes : Wimbledon 1995, où Becker vint à bout d’Agassi en demi-finale, et Cincinnati 1995, où Sampras s’inclina en quarts contre Michael Stich. En amont dans l’ère Open, on ne retrouve pas la trace d’une rivalité aussi intense sur une année. Et en 2006, lorsque Federer et Nadal ont commencé à se retrouver systématiquement le dernier dimanche, les observateurs firent immédiatement référence à cette période de 1994-1995 ; il va de soi qu’en 2006, personne n’imaginait qu’on en aurait pour beaucoup plus longtemps avec les Fedal… La rivalité entre Sampras et Agassi, qui a évidemment connu des éclipses, n’en a pas moins été d’une intensité exceptionnelle, et alors inédite, pendant 10 mois. Cette seule réalité, même déconnectée de la deuxième époque dorée de leurs affrontements (à partir de 1999), distinguera Agassi comme le principal rival de Sampras. Sur cette période, Pete a eu un vrai opposant, qui disputait peu ou prou les mêmes tournois que lui, qui le retrouvait en finale presque à chaque fois et qui ne l’emportait pas qu’occasionnellement.

La bascule

Telle était la situation, le 10 septembre 1995, lorsque, visages tendus, Pete et Andre pénétrèrent sur le stadium Louis Armstrong. Chacun détenait alors un titre du Grand Chelem en 1995, et l’US Open allait les départager. Cette finale était espérée par le public américain, mais aussi par beaucoup de fans de tennis du monde entier. Rarement, dans l’ère Open, un match aura rassemblé autant d’enjeux.

Parmi ces enjeux, le seul manquant à l’appel était la place de n°1 mondial, qui resterait quoi qu’il arrive la propriété d’Agassi quand les deux hommes iraient se coucher ce soir-là. Le Kid était le tenant du titre, et sortait d’un été immaculé au cours duquel il avait remporté quatre tournois d’affilée ; il avait remporté leur match le plus important, à Melbourne ; en extérieur, Sampras ne l’avait battu que dans les conditions très venteuses d’Indian Wells. A bien des égards, il était donc légitime de faire d’Agassi le favori de cette finale.

On connaît la suite… ou pas. L’autobiographie étant un genre sujet à caution, le regard de l’auteur doit être pris pour ce qu’il est, le regard de celui qui ne livre au grand public que ce qu’il veut bien lui livrer. Quelques éléments me gênent un peu dans la version d’Agassi à propos de ce match.

Il décrit cette défaite comme un grand tournant négatif dans sa carrière. Mais il détaille également sa blessure au pectoral du dimanche matin. Si cette blessure est réelle, il y a évidemment quelque chose de frustrant, de rageant, d’insupportable, à ne pas pouvoir se présenter à 100% de ses moyens pour un match aussi important. Mais si cette blessure au pectoral était la cause de son match assez moyen voire terne, il n’y a pas là de quoi exploser en vol comme il l’a fait, il y a juste à ravaler sa déception, à constater l’évidence – il ne peut battre Sampras en étant diminué – et à donner rendez-vous à Pete pour la prochaine échéance. Pour qu’une fêlure psychologique soit aussi profonde qu’elle ne l’a été pour Andre au soir de ce match, il faut autre chose qu’une blessure.

Agassi, à ce moment-là, a intériorisé l’idée que Pete était un meilleur joueur que lui. Jamais, s’il n’avait été que blessé et diminué, il n’aurait fait ce constat.

Il y a pourtant bien des circonstances atténuantes au ratage du Kid ce jour-là :

  • Vainqueur de quatre tournois d’affilée, auxquels s’ajoutent les six matchs jusqu’à cette finale de l’US Open, Agassi avait connu un été très chargé. L’hypothèse de la fatigue physique est plausible.
  • Le parcours pas si simple d’Andre au cours du tournoi. Avec notamment un Corretja qui le pousse au cinq sets au deuxième tour, puis deux matchs en quatre sets tendus, en quarts et en demis.
  • La fixette sur Boris Becker, qui (selon son autobiographie) était dans le viseur d’Agassi depuis le début de l’été. En le lisant, on comprend que le moment vire à l’obsession pour Andre, qui ne rêve que de prendre sa revanche de Wimbledon et de lui faire payer ses déclarations. En y parvenant non sans mal, Andre n’a-t-il pas laissé trop d’influx nerveux, et du coup peiné à se remobiliser pour le match suivant ?
  • La pression inhérente à la position de tenant du titre et de favori des bookmakers.

Autant de difficultés que n’avait pas, ce jour-là, un Sampras plus frais et qui a mieux géré la pression inédite de ce match. Aussi chargés soient les enjeux de cette finale, il n’y avait aucune raison qu’elle soit davantage qu’un épisode, certes important, dans le duel au sommet que se livraient les deux hommes depuis de longs mois. Remportée par Agassi, elle aurait définitivement consacré ce dernier comme le meilleur joueur du monde. Aux yeux de beaucoup, la victoire de Sampras, sur le moment, n’a fait que rebattre les cartes et relancer l’incertitude quant à la suite des événements.

L’explosion en plein vol

Sauf que les plaies ouvertes dans le mental du Kid par le dénouement de ce match ont commencé à suppurer, et ont mis fin de facto à la saison 1 des grandes manœuvres entre Sampras et Agassi. La rivalité entre les deux hommes a une spécificité par rapport aux autres dans l’histoire du tennis, à savoir l’asymétrie dans le regard que chacun des deux posait sur l’autre.

Que des questions mentales viennent parasiter l’esprit d’un champion s’apprêtant à affronter un adversaire difficile pour lui, c’est vieux comme le tennis. Pete savait que battre Andre était difficile, qu’il devait se donner à 100% pour y parvenir et que ça ne suffirait peut-être pas. Mais à la suite d’une défaite face à Andre, Pete regardait simplement, et posément, ce qui lui avait manqué pour l’emporter, avant de passer au match suivant. Sans se préoccuper outre mesure du prochain match face au Kid, qui arriverait tôt ou tard et sur lequel il conviendrait de se pencher le moment venu. Ce qui manquait à Pete quand il perdait contre Andre était d’ailleurs souvent facile à identifier : son pourcentage de premières balles était en général trop faible.

Rien de tel chez Agassi, qui a vécu ses défaites face à Sampras comme autant de flèches dans le cœur. Open, pour le coup, est assez éloquent sur le décalage profond entre le ressenti d’Andre Agassi tout au long de sa carrière et ce qu’il nous a donné à voir sur le terrain. Dans son paysage mental étriqué, où son père avait fait en sorte qu’il n’y ait rien d’autre que le tennis comme sacerdoce et la place de n°1 mondial comme objectif, l’idée qu’un obstacle majeur pourrait se dresser entre Andre et cet objectif n’existait absolument pas. Lorsque cet obstacle, en la personne de Pete Sampras, se matérialisa sous ses yeux ce jour-là, ce fut une révélation impossible à encaisser. 14 ans plus tard lorsqu’il s’attablera à Open, la plaie sera encore béante.

En s’entourant de Gil Reyes puis de Brad Gilbert, Andre Agassi avait le sentiment d’avoir enfin toutes, absolument toutes les cartes en main pour devenir le meilleur joueur du monde. L’une des phrases les plus importantes d’Open, c’est l’encouragement de Brad au début de leur collaboration en 1994, où il prévient Andre que tirer la quintessence de son potentiel va lui prendre quelques mois, qu’il essuiera des défaites, mais qu’à un moment il sentira un déclic dans son jeu, cette capacité à jouer le bon coup au bon moment. Et Brad de conclure que dès lors que ce déclic arrivera, il n’y aura plus aucune raison pour qu’Andre ne devienne pas le n°1 mondial. Le point important dans cet échange, c’est que Brad ne parle à Andre que de la place de n°1 mondial, alors qu’Andre n’a en tête que de dépasser Pete Sampras ; la nuance est de taille. Et Brad avait presque raison, il lui manquait juste la dernière pièce du puzzle, celle qui n’appartenait qu’à Andre : cette fixation sur Sampras.

Lorsqu’Andre Agassi rentre sur le court ce 10 septembre 1995, il surfe depuis de longs mois sur une vague quasi-ininterrompue de succès. Il n’a jamais été aussi fort, aussi en forme, aussi discipliné, aussi concentré sur son sujet, aussi bien entouré. Cette défaite, il la voit comme la démonstration que, bien qu’il ait mis toutes les chances de son côté, Pete est au-dessus de lui, et donc que tous ces efforts auront été vains. La chute en sera d’autant plus brutale.

Les vaches maigres

La période 1996-1998 apparaît comme terne du point de vue de la lutte pour le trône mondial. La faute à Andre Agassi, sûrement, qui entame une dégringolade vers les abîmes du classement. La faute aussi à une concurrence pas au niveau.

Boris Becker remporte un dernier grand titre à Melbourne en 1996, et livre à Sampras la plus furieuse des oppositions en finale du Masters de la même année. Mais Boris joue là sa dernière grande année, son poignet le lâche à Wimbledon et il devient un intermittent du tennis, au point que sa participation à ce fameux Masters 1996 restera longtemps incertaine.

Michael Chang traverse cette période en embuscade ; n°2 mondial la plupart du temps, il ne parvient pas à tirer profit d’un affaiblissement physique de Sampras. Fragilisée par la perte de son titre à Wimbledon contre Richard Krajicek, la place de n°1 mondial de Pete ne tient plus qu’à un fil à l’ouverture de l’US Open 1996. Mais après un légendaire combat face à Corretja, Sampras barre la route à Chang avec autorité en finale. Ce dernier ne profite même pas des absences de son rival encombrant, notamment à l’US Open 1997, où là encore la place de n°1 mondial est à sa portée. Kafelnikov, Rafter et Kuerten remportent leur premier grand titre, sans avoir à affronter Sampras (à Roland 1996, Kafel n’a pas battu Sampras, il a battu son cadavre) et sans menacer sa place de n°1 mondial.

1998 sera l’année d’un duel à distance, purement mathématique, entre un Sampras dont les forces déclinent et dont l’étreinte sur le tennis mondial se desserre inexorablement, et un Marcelo Rios régulier mais aphone en Grand Chelem, et dont la finale australienne en début d’année sera la seule de toute sa carrière. Alors que Pete commence à subir les effets de la thalassémie, l’absence d’un véritable rival se fait cruellement ressentir.

S’ensuit un premier semestre 1999 où les hasards des points gagnés ou perdus amènent Pete Sampras à portée de fusil de plusieurs joueurs. C’est ainsi que Moya, Kafelnikov et Rafter décrochent le fauteuil suprême pour une poignée de semaines chacun, sachant que Krajicek rate de peu l’opportunité de se joindre à la liste.

Le retour du Kid

C’est donc dans un contexte de grande instabilité au sommet, qui a priori ne le concerne même pas, qu’Andre Agassi aborde l’édition 1999 de Roland-Garros.

Car entre déprime, addictions, nouvelles résolutions, case challengers et discipline de moine, Andre Agassi s’est reconstruit pierre par pierre. Enfin résolu à jouer au tennis pour lui-même et non par projection des ambitions de son père, il réussit un beau retour sur le devant de la scène en 1998, saison qu’il termine à la 6e place mondiale. Son premier semestre 1999, plombé par son divorce avec Brooke Shields, n’en sera que plus décevant. Blessé à l’approche de la quinzaine de l’ocre parisien, il est d’autant moins favori que sa dernière apparition en deuxième semaine à Roland remonte à quatre ans et que la lenteur de la surface semble désormais jouer contre lui.

Inexistante en début de quinzaine, fragile après avoir frôlé la défaite au deuxième tour face à Arnaud Clément, la confiance du Kid de Las Vegas va grandir au fil du tournoi, surtout après sa victoire probante contre le tenant du titre Carlos Moya, marquée par des échanges d’une violence inouïe. Et cette armure de confiance lui sera cruciale en finale pour remonter un handicap de deux sets face à Medvedev. Cette victoire inattendue catapulte Agassi de la 13e à la 4e place mondiale ; et à l’ouverture de Wimbledon, le Kid fait désormais partie des n°1 potentiels à l’issue du tournoi.

L’été indien de Sampras

Et les nostalgiques des duels Sampras-Agassi de se réjouir de l’arrivée, tant attendue, de la saison 2. Ils sont loin d’imaginer à quel point ils vont être comblés, et rapidement de surcroît. D’emblée, Agassi démontre à tous que son triomphe à Roland Garros, aussi inattendu soit-il, n’était pas un feu de paille, et atteint avec autorité la finale à Wimbledon pour y défier un Sampras alors en quête d’un sixième titre dans le Temple. Ce jour sera celui de Sampras : absolument divin du début à la fin, il verrouille ses mises en jeu pour mettre une pression monstrueuse sur les jeux de service d’Agassi. Ce dernier, pourtant extrêmement solide, ne peut éviter une défaite en trois sets. Ce sera l’un des plus beaux matchs de la carrière de Pete.

Par un hasard du classement, ce Wimbledon, au cours duquel Patrick Rafter atteint les demi-finales, place les trois hommes dans un mouchoir pour la place de n°1 mondial… et c’est Agassi, bien que vaincu en finale, qui émerge en tête. S’ensuit un été de fausse instabilité, marqué par une – et une seule – semaine où Rafter accède au trône suprême, marquée surtout par deux nouveaux duels Sampras/Agassi, en finale de Los Angeles et en demi-finale de Cincinnati, tous deux remportés par Sampras. Deux chefs-d’œuvre méconnus de leur rivalité, au cours desquels Agassi fait mieux que se défendre mais se fait coiffer dans le money time. Sampras s’offre également au passage une magnifique revanche sur Rafter en finale de Cincinnati. Le Californien affiche alors un niveau de jeu hallucinant, son talent est à son apogée et sa puissance au service, à la volée, mais aussi en coup droit, sont dévastatrices.

Revenu sur le trône à la veille de l’US Open, Pete Sampras en est alors le favori légitime, et tout le monde attend désormais de savoir si le Kid va se contenter de la position de faire-valoir en finale. La question restera sans réponse : victime d’une hernie discale, Sampras déclare forfait à l’ouverture du tournoi, et Rafter abandonne dès le premier tour face à Pioline. Débarrassé de son tourmenteur attitré et d’un rival dangereux (double tenant du titre), Agassi file sans trop d’émotions vers un titre dont il est devenu le grand favori. Sa place de n°1 mondial ne sera plus menacée d’ici la fin de l’année, Sampras blessé ne pouvant défendre ses points de fin 1998, période où il avait enchaîné les tournois en Europe afin de s’assurer de la place de n°1 mondial en fin d’année.

Forfait à Bercy après une difficile victoire contre le modeste Espagnol Francisco Clavet, Pete Sampras émarge au 5ème rang mondial à l’ouverture du Masters, il est à court de compétition. Dans la phase de poules, il s’incline lourdement face à Dédé (6/2 6/2).

Sa montée en puissance n’en sera que plus soudaine. Vainqueur de Kuerten et Lapentti en poules, puis de Kiefer en demi-finale, Pete s’offre une nouvelle victoire de référence sur Agassi en finale (6/1 7/5 6/4) à l’issue d’une nouvelle démonstration de force. Eblouissant de bout en bout – sur une surface qui lui est favorable face à son rival – Sampras conclut de la plus belle des manières son deuxième semestre 1999, au cours duquel il n’aura pratiquement pas connu la défaite (abandon à Indianapolis, forfait à Bercy, défaite sans conséquence en poules au Masters). La saison 1999 a remis sur le devant de la scène le couple infernal du tennis américain de la décennie écoulée, mais elle débouche sur un paradoxe : Agassi est un n°1 mondial incontestable, mais Sampras l’a battu à quatre reprises, notamment en finale de Wimbledon et du Masters, et peut légitimement être encore considéré comme le meilleur joueur du monde.

Le sommet des dieux

C’est lesté de cet enjeu que s’ouvre l’Open d’Australie du nouveau siècle. N°3 mondial, Sampras se retrouve dans la même moitié du tableau qu’Agassi. Ce n’est pas une finale cannibale qui nous attend, ce ne sera qu’une demi-finale cannibale. Hormis un troisième tour WTF de Sampras où il remonte un handicap de deux sets face à Wayne Black, les duettistes avancent sans trop d’émotions vers le dernier carré où ils se sont donné rendez-vous.

Une pluie d’aces et des coups de mutants côté Sampras, des retours et des passings prodigieux côté Agassi, tout le monde se régale devant la partie de Tetris, d’une intensité physique saisissante. Sampras brille de tous ses feux, la puissance de ses volées est phénoménale, et s’il s’écroule physiquement au cinquième set, ce n’est pas sans avoir livré une performance de haute volée dans les duels de fond de court. Pour Sampras, l’heure n’est pas encore à se reposer se reposer sur les services adverses une fois le break en poche, tendance récurrente sur les dernières années de sa carrière. Agassi devra rester vigilant du début à la fin sur ses jeux de service, et encaisser de nombreux points gagnants du fond du court.

Le legs à la postérité de ce match reste le tie-break du quatrième set, dont les 12 points seront tous gagnants. Sampras y réussit deux aces sur seconde balle, ainsi qu’un improbable passing croisé de coup droit en bout de course… mais Agassi ne lâche rien, et la qualité de ses retours de service fait, de justesse, la différence. Si l’on doit retenir une seule séquence de la rivalité Sampras-Agassi, ce tie-break s’impose haut la main ; jamais leur face-à-face n’a atteint une telle intensité.

Il n’a manqué à ce match qu’un cinquième set serré : à genoux physiquement, Pete n’a plus rien à donner, et encaisse un 6/1 injuste au regard du reste du match. Mais la victoire, ce jour-là, s’est bien offerte au meilleur des deux hommes, Agassi, qui a fait de la durée du match un allié précieux et a survécu à un déluge de 37 aces.

Une douceur pour le dessert

Ce duel de Melbourne va signer, paradoxalement, la fin de la saison 2 des grandes manœuvres entre Agassi et Sampras. Le kid de Las Vegas vient de conforter avec autorité son statut de n°1 mondial et de s’extirper de la position inconfortable de victime préférée de son rival. Mais sa propre série de succès (coiffée de trois titres du Grand Chelem en huit mois) va connaître un coup d’arrêt.

Quant à Pete, son dernier titre à Wimbledon, quelques mois plus tard, a des allures de chant du cygne. De plus en plus sujet à des coups de pompe physiques, il est désormais condamné à écourter les échanges (pas plus de 3-4 coups de raquette), ce qui augmente les déchets de son jeu. La jeune garde, désormais équipée de grands tamis, parvient à retourner son service avec la puissance de l’envoyeur. Marat Safin et Lleyton Hewitt à l’US Open, Roger Federer à Wimbledon, Gustavo Kuerten au Masters, anéantissent ses espoirs de garnir encore son étagère de trophées majeurs. Et le Californien, désormais irrégulier, dégringole au classement.

Aussi, lorsque Sampras terrasse Patrick Rafter à l’US Open 2001 pour s’offrir un duel face à son grand rival tout de noir vêtu, c’est presque une surprise de le retrouver là. Dédé est alors un n°2 mondial lorgnant clairement sur la place de n°1 en fin d’année. Ils se sont affrontés deux fois cette année-là, pour deux nettes victoires d’Agassi au terme de matchs oubliables. Dans un grand jour au service, Sampras envoie la sulfateuse ce soir-là, au point que le divin chauve ne trouvera pas la moindre ouverture sur le service adverse ; mais lui-même reste très ferme sur ses engagements, tout se jouera sur les nerfs, lors des tie-breaks, et les nerfs de Pete seront les plus solides.

Lorsque les duettistes pénètrent sur le Stadium ce soir-là, l’ovation qui les accueille tient plus à une nostalgie qu’à l’intérêt réel de ce match dans l’histoire de leur rivalité. Le public, enthousiaste et partagé, semble leur dire « on est ravis de vous voir, ce sera sans doute la dernière fois alors on veut juste en profiter. Et profitez-en aussi, lâchez-vous ». De fait, tout le monde en profitera ce soir-là, même le vaincu : dans les tribunes, le ventre de Steffi Graf s’arrondit, et le tennis n’est pas tout dans sa vie. Il n’est plus question de domination sur le tennis, chacun des deux protagonistes est juste conscient que les occasions de retrouver son rival de l’autre côté du filet seront de plus en plus rares, et seront tributaires des circonstances que les tirages au sort des tableaux voudront bien leur aménager. Aussi, quand une standing ovation accueille le début du dernier tie-break, Agassi et Sampras, aussi pudiques l’un que l’autre, n’en sont pas moins saisis par l’émotion, la même émotion qui traverse les tribunes. On est juste contents d’être là, et on en profite.

Ce ressenti général pèse lourd dans le regard rétrospectif que les fans de tennis posent sur ce match, certes marqué par de splendides échanges, mais dont on pourrait retourner en défaut ce qui est généralement présenté comme une qualité : aucun des deux joueurs, en 48 occasions, n’a réussi à ravir la mise en jeu adverse, une statistique flatteuse ni pour l’un ni pour l’autre.

Le pousse-café

A ce stade, Sampras ne semble plus avoir grand-chose dans la raquette. S’il prend une belle revanche sur un Marat Safin loin de son meilleur niveau en demi-finale, c’est pour mieux se faire cueillir physiquement en finale, contre un autre nouveau venu à ce niveau, Lleyton Hewitt. Pete n’a plus d’essence dans le réservoir… et semble-t-il plus rien à donner si l’on en croit sa feuille de résultats les mois suivants. A une époque où tous les champions – sauf Agassi – finissent carbonisés à 30 ans, le Californien traine sa peine. Battu par des anonymes lors des premiers tours des tournois auxquels il participe, il connaît en 2002 deux défaites particulièrement humiliantes sur son gazon chéri : en Coupe Davis contre un Alex Corretja qui ne goûte guère le tennis sur herbe, puis à Wimbledon face à l’anonyme George Bastl, qui le domine en cinq sets.

A l’ouverture de l’US Open 2002, Sampras doit défendre la majeure partie des points ATP qu’il lui reste ; en cas de défaite prématurée, c’est une plongée vers les profondeurs du classement qui l’attend. Au troisième tour, cinq sets lui sont nécessaires face à Rusedski, et son adversaire battu pronostique sa défaite au tour suivant. Entamé physiquement, Pete sait que son pourcentage de premières balles sera déterminant ; sur le service adverse, il se doit de prendre tous les risques pour écourter les échanges. Ce huitième de finale, face à Tommy Haas, sera peut-être le moment de bascule du tournoi. Face au n°3 mondial, Sampras se repose sur les jeux de service adverse, attendant quelques fautes adverses annonçant l’ouverture. Pete s’impose en quatre sets serrés, au terme d’un match qui restera le brouillon tactique de sa finale face à Agassi, dont les schémas de jeu sont proches de ceux de l’Allemand. En quarts, Pete se sent pousser des ailes face au jeune Andy Roddick qui craque totalement sur son service, avant une demi-finale parfaitement négociée en trois sets face à Schalken.

Voilà donc, à la surprise générale, le Californien à nouveau en finale face à son meilleur ennemi Andre Agassi, qui a fait le sale boulot en le débarrassant du tenant du titre Hewitt en demi-finale. Contrairement à Sampras, le Kid est encore sacrément dans le coup, ses résultats sont aussi réguliers qu’éblouissants et il lorgne clairement sur la place de n°1 mondial détenue par Hewitt. Autant dire que personne ne donne cher de la peau de Sampras avant cette finale, bien qu’Agassi ne l’ait encore jamais battu à New York.

La clé de ce dernier affrontement, plus que pour tous les autres, sera le pourcentage de premières balles de Sampras. Au cours de cette dernière semaine, Pete a élevé ce pourcentage, que ses nombreuses doubles-fautes n’ont pas entamé. Elevant sa mise en jeu au rang de forteresse imprenable, il peut mettre la pression sur le service adverse, quitte à la relâcher complètement une fois le break en poche. A trois reprises dans ce match, Pete a pris le service d’Andre, et sa victoire ne repose que sur ces trois jeux. Et notamment le dernier break, à 4/4 au 4e, léger moment de frustration pour le Kid qui vient de laisser échapper plusieurs balles de break au jeu précédent et qui va perdre sa mise en jeu au pire moment pour lui. Sampras n’a plus qu’à servir…

Une histoire des années 90

Pete Sampras et Andre Agassi ont été rivaux, et cette rivalité ne fut pas que médiatique ; elle repose sur plusieurs séries d’affrontements marqués par l’enjeu de la domination du tennis mondial. Sur le moment, en 1995, il était légitime d’y voir une rivalité inédite, leurs affrontements répétés d’un tournoi sur l’autre n’ayant alors pas d’équivalent au cours des années précédentes.

Toutefois, les chiffres de cette rivalité n’en disent pas tout, ils n’en disent même pas grand-chose.

L’histoire du tennis a connu quelques rivalités marquantes pour le trône, qu’il soit officiel ou officieux : Kramer, Gonzales, Hoad, Rosewall, Laver, Newcombe, Connors, Borg, McEnroe, Lendl, Edberg, ont livré des joutes mémorables, tout comme le trio Fedalic au cours du XXIe siècle. Mais tous ces champions, aussi différents soient leurs jeux et leurs personnalités, ont entretenu avec une constance remarquable une farouche volonté de s’emparer du sceptre et de le conserver.

A la liste ci-dessus, il faut évidemment ajouter Pete Sampras. Mais sûrement pas Andre Agassi.

Dans la configuration particulière qui fut celle des années 90, Sampras fut le joueur dominant, qui s’assuma comme tel et qui, jusqu’au bout, ne se fixa pas d’autre objectif que de gagner des Grands Chelems et d’agrandir, année après année, son armoire à trophées. Peu lui importaient ses adversaires, son attitude sur le terrain était celle d’un champion persuadé qu’en faisant ce qu’il fallait, il soulèverait le trophée à la fin. Quand on y réfléchit, il faut un orgueil démesuré pour raisonner de la sorte ; mais ainsi sont faits les grands champions.

Le Kid de Las Vegas a-t-il sa place dans cette liste ? Oui, si l’on regarde son palmarès. Non, si l’on examine de plus près le rapport totalement névrotique qu’il a entretenu avec son sport et avec le grand rival qui s’est dressé sur sa route. Programmé par son père, dès son plus jeune âge, à devenir le meilleur joueur du monde, Andre Agassi a longtemps joué au tennis pour des raisons qui ne lui appartenaient pas. Et si, à plusieurs reprises, il a envisagé d’arrêter purement et simplement le tennis, il n’a pas franchi le pas car son père ne lui avait strictement rien mis d’autre dans la tête, et il n’avait donc pas la moindre idée de ce qu’il aurait pu faire d’autre. L’idée qu’un autre joueur soit capable de s’interposer entre lui et la place de n°1 mondial n’entrait même pas dans son imagination. Lorsque cette idée se concrétisa avec Sampras, son obsession se détourna de la place de n°1 mondial pour s’orienter vers ce rival. Et son échec de l’US Open 1995 fut pour lui insupportable.

Aucun autre champion, probablement, n’a vécu une défaite aussi durement qu’Andre Agassi ce jour-là. Par rapport aux champions cités plus haut, sa carrière au plus haut niveau se distingue par de longues éclipses, et notamment celle de 1995-1997, au cours de laquelle le tennis disparut tout simplement de son champ de vision. La défaite fait infiniment plus de mal que la victoire ne fait de bien, écrit-il dans son autobiographie. Sans doute l’une des phrases les plus importantes et les plus sincères de son livre, comme en attestent les hauts et – surtout – les bas de sa carrière. Mais une phrase qu’aucun des autres grands champions de l’histoire du tennis ne serait prêt à contresigner. Pour douloureuse que soit une défaite, et bien que certains d’entre eux revendiquent la haine de la défaite davantage que l’amour de la victoire, aucun n’a vrillé pendant de longs mois comme Andre l’a fait à dater de ce 10 septembre 1995. Tous s’en sont remis, sauf lui.

Ce qui fait l’originalité de la rivalité Sampras-Agassi ne tient donc, ni dans la récurrence de leurs affrontements, ni dans la diversité de leurs jeux, ni dans les à-côtés médiatiques dont elle a été entourée. Ce n’est pas la rivalité Sampras-Agassi qui est originale, c’est Andre Agassi lui-même qui occupe une place totalement à part dans l’histoire du tennis. A part, pour la puissance financière et médiatique qu’il a représentée tout au long de sa carrière. A part, parce qu’il a débarqué sur le circuit professionnel doté d’un jeu révolutionnaire mais lesté d’un cerveau tourmenté au sujet de sa place dans ce monde et dans ce sport, tourments que ses victoires et ses défaites n’ont absolument pas résolus. A part, enfin, parce qu’il nourrissait à l’endroit de son grand rival une obsession à nulle autre pareille.

Oui, Sampras et Agassi ont été des rivaux, et pas des moindres.

Oui, les défaites d’Agassi face à Sampras – et notamment à l’US Open – sont les jalons essentiels de leur rivalité, tout simplement parce qu’ils ont été vécus comme tels par la victime, Agassi.

Oui, Agassi ayant été, pour de bonnes et de mauvaises raisons, globalement plus populaire que Sampras, le grand public a épousé le point de vue d’Agassi et réserve une place de choix à leur rivalité dans l’histoire du tennis.

Et oui, leur duel de Melbourne en 2000 n’occupe qu’une faible place dans cette rivalité, tout simplement parce qu’elle a débouché sur une victoire d’Agassi.

Reste que je ne regrette pas d’avoir séché les cours ce jour-là.

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Grand passionné de tennis depuis 30 ans.

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237 Responses to Le sommet des dieux

  1. Rubens 10 septembre 2022 at 15:33

    En regardant Khachanov hier soir, je repensais à Sam et à la saillie de Marat sur l’intelligence de jeu (voir plus haut). Et ça m’a rappelé l’unique match de rugby que j’ai jamais joué, quand j’étais à l’université, dans un contexte purement amical.

    Le « capitaine » de mon équipe, qui avait un modeste niveau de club et avait réparti les rôles, vient me voir pour m’annoncer que je serai talonneur. N’y connaissant rien, je lui demande ce qu’il faut faire. « Tu baisses la tête et tu pousses », qu’il me répond. Et il ajoute « Avant le match, penche la tête vers la droite et secoue-là un peu, puis fais la même chose du côté gauche. Ce que tu as entre les deux oreilles ne te sera d’aucune utilité ».

    Je me demandais hier si Khachanov se vidait la tête avant les matchs comme me l’avait enseigné mon camarade, parce que franchement ça ne respire pas la finesse. Rien de personnel contre Karen, qui m’a l’air d’être un bon gars, et dont la gifle en coup droit est d’une pureté hallucinante.

    • Nathan 10 septembre 2022 at 18:45

      Autrement dit, Un tennis cristallin un peu con.

      • Rubens 10 septembre 2022 at 21:36

        Khachanov est l’anti-Medvedev.

  2. Guillaume 10 septembre 2022 at 20:33

    @Sam : objectif taper la causette avec Dominic Thiem cette année ?

    • Rubens 10 septembre 2022 at 21:45

      L’Open de Rennes serait-il en train de devenir le repaire des anciennes gloires sur le chemin du retour ? Après Murray et Thiem, les Gallos peuvent envisager sereinement Federer en 2023. A moins qu’il ne préfère revenir sur le théâtre de ses exploits de jeunesse à Brest :lol:

      • Sam 11 septembre 2022 at 00:38

        L’open de Rennes s’est très judicieusement positionné en deuxième semaine de GC, il faut l’admettre.
        Par contre, @guillaume, si je tombe nez à nez avec Domi, je lui raconte quoi ? Et, en Allemand, je suis moyen…

        • Sam 11 septembre 2022 at 00:41

          En tous cas, je ne boude pas mon plaisir, et ma PLACE VIP pour le vendredi, un très bon choix de date, assurément, mais, déconne pas Domi. Un quart de Tchal’, normalement c’est à ta portée et ça serait même un peu vexant pour toi que je réserve avant ce vendredi.

  3. Jo 11 septembre 2022 at 14:46

    Bon, il est temps de se mouiller. Le monde entier attend Alcaraz, moi aussi. Je remarque que malgré sa deuxième semaine éreintante, il en a eu une première aisée et son été américain fut touristique. Afin de s’éviter toute déconvenue, Carlitos doit démarrer pied au plancher, gagner les deux premiers sets puis contrôler en trois ou quatre manches.

  4. Rubens 11 septembre 2022 at 23:37

    Cette finale nous réserve de très, très beaux échanges.

    6/4 Alcaraz, break Ruud dans le deuxième.

  5. Rubens 11 septembre 2022 at 23:50

    Un set partout. Il va falloir que Carlito fasse autre chose que des amorties quand la balle revient plus de trois fois…

    • Rubens 12 septembre 2022 at 00:08

      Je reformule : Carlito doit arrêter tout court de faire des amorties.

  6. Rubens 12 septembre 2022 at 01:02

    Et il vient de gagner le troisième en survolant le tie-break, mais contre le cours du jeu.

  7. Rubens 12 septembre 2022 at 01:43

    Yep. New champion.

  8. Sebastien 12 septembre 2022 at 03:01

    Finale moins belle que le match contre Tiafoe et plus encore que le match vs Sinner, mais des résultats prometteurs ; plus jeune N°1 mondial de l’histoire, plus jeune vainqueur de l’US Open depuis Sampras 1990, plus jeune vainqueur de Grand Chelem depuis Nadal 2005.
    J’ai apprécié son relâchement avec l’ouverture du robinet à aces notamment

    Espérons que contrairement aux monovainqueurs de GC de ces dernières années, Thiem et Medvedev, il construise sur cette victoire pour aller plus loin plutôt que de régresser

    L’année prochaine Melon sera à mon avis optimisé comme jamais, avec des pyramides au summum. Aucun Next Gen n’a son endurance.

    Profitons de cette année plus riche en gluten

  9. Jo 12 septembre 2022 at 05:03

    Le roi Rafa est mort (va bien finir par mourir), vive le roi Juan Carlitos. Du reste, Vostradamus (votre humble serviteur) avait posté/prédit ceci au printemps : Alcaraz ne gagnera peut-être pas Roland-Garros cette année, mais simplement l’US Open.

    • Colin 12 septembre 2022 at 18:40

      Toujours en mode Nostradamus, « Afin de s’éviter toute déconvenue, Carlitos doit démarrer pied au plancher, gagner les deux premiers sets puis contrôler en trois ou quatre manches » => tu y étais presque !

  10. Rubens 12 septembre 2022 at 09:59

    Je voudrais souligner combien cette levée de l’US a été super. Alcaraz, Ruud, Khachanov, Tiafoe, Kyrgios, Sinner, Cilic, Ivashka, Davidovitch Fokina et bien d’autres se sont déchirés sur le terrain. Il n’y a qu’un vainqueur à la fin, mais dans ce tournoi ouvert ils ont assuré le spectacle.

    Gaël Monfils conserve haut la main le titre du joueur ayant ostensiblement refusé de combattre en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem.

    Une remarque au passage : après Del Potro en 2009, Cilic en 2014, Thiem en 2020, Medvedev en 2021 et désormais Alcaraz, l’US Open est décidément le GC le plus récalcitrant à la dictature du Big 3. Je ne me l’explique pas, mais c’est à noter.

    • Guillaume 12 septembre 2022 at 15:47

      Il y a plusieurs choses qui peuvent expliquer ça. Mais la principale pour moi est surtout que l’US a été le GC le plus récalcitrant à la dictature de Djokovic. Federer y a été largement tyrannique en son temps, Nadal a maximisé ses ouvertures plus que partout ailleurs, Murray et Waw ont pris leur part syndicale du gâteau… La grosse différence, c’est que pour ce qu’il est/était dominant sur dur, Djoko en a bavé plus qu’ailleurs à Flushing. Freiné par Roger les premières années, dominé au H2H en finales à NY par Nadal, plus quelques autres bizarreries : la demie contre un Nishi rôti en 2014, la disqualification de 2020… plus le fait que 2 de ses 3 forfaits en GC depuis le début de sa carrière ont eu NY pour cadre.

    • Colin 12 septembre 2022 at 18:53

      Voui, c’est net. Sans remonter jusqu’à Delpo et Cilic, car c’était une autre époque, ça fait maintenant trois années consécutives que l’US Open est le SEUL grand chelem à échapper aux deux Golgoths, donc il me semble que ça commence à signifier quelque chose (même si nos amis statisticiens nous diront qu’on peut difficilement tirer des conclusions à partir d’un échantillon de seulement 11 éléments).
      Guillaume donne des pistes intéressantes, mais ça n’explique pas vraiment, selon moi, l’origine de la spécificité de l’US Open par rapport aux trois autres. Pourquoi Nadal et Djoko n’y arrivent plus depuis 3 ans à NY alors qu’ils semblent programmés pour être invincibles sur les 3 autres levées ? Ou, réciproquement, pourquoi des joueurs qui apparaissent totalement impuissants à Melbourne, Roland-Garros et Wimbledon, deviennent subitement des tueurs de Golgoths à Flushing?

    • Guillaume 12 septembre 2022 at 20:39

      Ce que je veux dire, c’est que les largesses du Big 3 à Flushing sont largement dûes à Djoko. Fed ? Un quintuplé dans ses grandes années, j’appelle ça verrouiller un palmarès. Et s’il n’a plus gagné ensuite, c’est principalement la faute à Djoko (2010,2011,2015). La seule « occasion manquée » c’est peut-être 2017, où il se pointe avec bobo dos depuis Montréal. Mais à 35, 36 ans, c’est normal de caler de plus en souvent physiquement. Nadal ? Il a plus que rempli sa part du contrat : il a gagné autant à Flushing qu’à l’OA et Wim réunis. Celui qui manque significativement au palmarès par rapport à ce qu’il représente sur la surface, et représente tout court d’ailleurs, c’est Djoko et seulement Djoko.

      Pour les trois dernières années plus spécifiquement, Nadal n’en joue qu’un, Fed zéro. Et Djoko deux : celui du ball trap sur juge de ligne, et celui qui échoue à un match du Grand Chelem calendaire. Bref, pas besoin de tueurs de Golgoths quand les Golgoths ne sont pas là ou s’éliminent tout seul ! :lol: A l’arrivée, les Big 3 en question n’ont jamais perdu que 2 matchs sur les 3 éditions en question : Djoko en 2021 (Meddy) et Nadal en 2022 (Tiafoe).

    • Rubens 12 septembre 2022 at 22:36

      Oui, Djoko est le principal responsable. C’est quand même incroyable qu’à ses 9 AO répondent seulement 3 US. Mais comme le dit Guillaume, il s’est largement pénalisé lui-même.

      Toujours est-il que nous autres Gaulois serions désormais légitimes pour brocarder l’US sr le mode « Mais qui sont donc tous ces vainqueurs en carton », refrain qui allait bon train chez les Yankees dans les années 90 à propos de Roland Garros :smile:

  11. Guillaume 12 septembre 2022 at 15:37

    Un superbe tournoi, et un superbe vainqueur. Perso j’adore voir jouer Alcaraz. Il est créatif, entreprenant, a une main de folie, monte souvent au filet (et pas des points à 40/0 sur son service !), peut mettre des sacoches comme jouer la finesse… Ne lui manque que le revers à une main :smile: Même son attitude, j’aime bien. Je n’y vois pas de parallèle avec Djoko. Plutôt un ado qui, après un beau point, cherche son grand frère / mentor / père spirituel du regard : « t’as vu, t’as vu ? J’ai bien fait, non ? » moitié dans la recherche d’approbation, moitié dans le chambrage qui rebondirait sur des discours tenus par Ferrero, ou des séquences vécues à l’entraînement. Ledit Ferrero étant plus souvent qu’à son tour en mode « pff, mais qu’est-ce qu’il m’a encore fait là »…

    • Perse 12 septembre 2022 at 17:34

      En effet, Alcaraz semble ou plutôt est un talent générationnel puisque être n°1 mondial et gagner un GC sont les sommets du tennis.

      Il est en effet incroyable à voir jouer, avec une explosivité rare, une main magnifique mais également un sens tactique aiguisé pour obtenir une telle réussite. Mon seul bémol est le fait que ce soit un espagnol et ce n’est pas sa faute :)

      Pour ce qui est du tournoi, c’est effectivement l’une des plus belles éditions de récente mémoire avec des joueurs que j’ai trouvé en forme versus d’autres années où c’était le bal des éclopé.

      Il est impressionnant de constater à quel point l’émergence de Sinner et d’Alcaraz semblent avoir rendu la génération d’aspirant des Tsitsi & Zverev obsolète (sans oublier Thiem qui semble en l’espace de 12 mois pris une carrière de « journeyman »).

      Contrairement à Rubens, je serai aux anges que Sinner concrétise en 2023 parce que j’admire considérablement sa persistence, sa qualité de frappe et sa souplesse que seul surpasse l’hallucinant Alcaraz.

      —————————————–

      Chez les femmes, il est nécessaire de tirer son chapeau à Swiatek qui après un creux cet été réaffirme une suprématie assez nette sur la concurrence, là-aussi on a l’impression d’un coffre en terme de niveau de jeu par rapport au reste du champs.
      Il est dommage pour Garcia de tomber contre Jabeur qui semble être sa némésis (au même titre que Kyrgios l’est pour Medvedev ou Krajicek le fut pour Sampras) mais il n’y a que du bon à tirer de son tournoi aussi.
      Elle aussi a les cartes en main pour être une top 5 pérenne et je suis curieux de voir sa saison 2023.

    • Colin 12 septembre 2022 at 18:34

      Alors là, mon Guillaume, mon jumal, dans mes bras !!! Tu me fais bien plaisir car ce que tu écris là c’est EXACTEMENT ce que je pense. Ce petit Alcaraz devenu grand est extrêmement agréable à voir jouer, et rien, mais rien, mais alors rien du tout, en lui ne me rappelle Djokovic. Il fait un bien fou au tennis, après des générations de « nextgen » toujours prêts à se déballonner (ou à se tordre la cheville) dès qu’ils se retrouvaient face à l’un des deux cyborgs.
      Transition toute trouvée concernant la finale d’hier soir : je n’ai rien contre Ruud, évidemment, il est bien gentil ce garçon, mais il souffre d’une tare fondamentale selon moi : s’être pris 3-6 3-6 0-6 face au cyborg au pied cassé lors de sa première finale en GC, et surtout, ce 0-11 final, assez honteux quand même pour quelqu’un qui aurait pu, à un match près, devenir n°1 mondial hier soir. Dès que Ruud aura battu Nadal sur TB et Djoko sur dur on en reparlera, mais pour l’instant le seul qui fasse un vrai beau nouveau n°1 c’est bien le petit Carlito. Vamos !

    • Sebastien 12 septembre 2022 at 21:21

      Super commentaire, Guillaume, dont je cosigne chaque mot. C’est totalement ça sur l’attitude, rien à voir avec le Serbe ! Moi aussi j’adore voir Alcaraz jouer, il se passe toujours quelque chose avec lui et il a animé cet US Open comme personne avec ses coups venus d’ailleurs, sa joie de vivre, sa spontanéité.
      Il a frappé des coups droits aussi puissants que ceux de Delpo, couru presque aussi vite que Nadal 2005, tenu mentalement comme Nadal ou Djoko, tout en s’amusant. Il insiste d’ailleurs sur le côté « amusement » qu’il disait avoir un peu perdu au Canada et à Cincy.
      La pépite de la next (next) gen, à surveiller de près avec un Sinner qui devient de plus en plus fort.

  12. Rubens 12 septembre 2022 at 23:37

    Perse, il ne faut pas non plus prendre au pied de la lettre tout ce que je raconte sur Sinner. Je ne me trompe pas de cible, le Béornide n’est pas non plus mon grand méchant, même s’il suscite ma causticité.

    Ce qui est vrai, c’est que je suis attentif à l’évolution du tennis de haut niveau. Et je redoute la prise de pouvoir de purs cogneurs sans imagination, qui ne l’emporteraient que par leur puissance physique et feraient disparaître toute nuance au sommet, avec la perte d’attractivité qui en découlerait pour le tennis. Sinner n’est que l’un d’entre eux, je pourrais te citer Zverev, Rublev, Khachanov ou encore FAA, dont les jeux ne me font pas rêver. Ils n’y sont pas, et il y a encore de la place pour des variations. Mais ils ne sont pas loin. Pour revenir au thème de mon article, il faut se rappeler des cris de pucelles effarouchées qui ont accompagné la finale de RG 91 entre Courier et Agassi, certains redoutant que ce déluge de puissance brute ne devienne la norme. Nous n’en étions pas encore là, et Jim et Andre étaient par ailleurs de délicats éphèbes à côté des cogneurs d’aujourd’hui :smile:

    Côté tennis féminin, je ne partage pas l’enthousiasme général (si enthousiasme général il y a). J’ai grandi avec Evert, Navratilova, Graf, Hingis. Je n’ai donc sans doute aucune prédisposition naturelle pour apprécier les matchs d’aujourd’hui. Samedi soir, au détour de mes déambulations sur le web, j’ai vu que Swiatek menait 6/2 5/4 contre Jabeur. Je me suis laissé aller à regarder la fin, en me disant que vu le score je n’en aurais sans doute que pour quelques minutes (voire quelques secondes).

    La fin a été plus longue que je ne l’espérais : 3 jeux et un tie-break. Une trentaine de points en tout. Dixit Eurosport, « la finale devenait superbe » à ce moment-là. Pour ma part, j’ai compté 2 points gagnants, 4 fautes provoquées et donc 24 fautes directes (soit 80% du total). Le tout au termes d’échanges n’ayant presque pas dépassé les 5 ou 6 frappes. A vue de nez, je dirais que la balle ne rentrait dans le terrain que deux fois sur trois en moyenne.

    Il m’a semblé que les deux joueuses tapaient à peu près aussi fort que les demi-finalistes masculins de la veille, c’est-à-dire à une vitesse où elles ne peuvent plus contrôler la balle (et où leurs homologues masculins ont d’ailleurs eux-mêmes du mal à la contrôler). Et je me prenais à rêver qu’on leur donne des raquettes d’il y a 30 ans, afin qu’elles puissent montrer au public ce qu’elles sont réellement capables de faire.

    Cette puissance que permettent les raquettes d’aujourd’hui, elle est en train d’engloutir le tennis féminin. Et elle engloutira le tennis masculin dans la foulée, à moins que le public, en masse, ne se remette à applaudir des gens qui jouent bien plutôt que des gens qui jouent vite.

    Et c’est pour cela que j’étais, hier soir, à fond pour Ruud. Rien de personnel contre Carlito, dont j’apprécie l’enthousiasme juvénile qu’il montre sur le terrain, et qui n’est pas l’un des bourrins que je décrivais plus haut, s’il y a un nouveau n°1 mondial je préfère que ce soit lui plutôt que Zverev ou Thiem. Mais si j’avais autour de moi des gamins qui apprennent le tennis, je leur montrerais la monumentale séquence d’1h30 au cours de laquelle, hier soir, le Norvégien a patiemment contré et étranglé la puissance adverse. Parce que quand tu es un gamin, tu dois faire face à des adultes qui tapent plus fort que toi, il faut te démerder avec ça et il y a bien des manières de s’en sortir. Alcaraz, c’est un génie, sa frappe est d’une pureté hallucinante et son jeu est très complet. S’il s’agit d’admirer du tennis, Alcaraz est parfait, mais du point de vue de la pédagogie du tennis, Casper est infiniment plus intéressant.

  13. Perse 13 septembre 2022 at 11:05

    Il y avait un article du New York Times sur la convergence des circuits en terme de vitesse de balle il y a quelques années. C’était intéressant mais je crois qu’il y avait un biais quant à la lourdeur des frappes : il y a plus d’effet chez les hommes même si les vitesses elles convergent.

    En revanche, là où il n’y a pas convergence, c’est le déplacement infiniment meilleur chez les hommes. A contrario, d’après le bouquin de Caroline Martin sur la technique du tennis (une grosse somme très intéressante), les filles ont une agressivité et une qualité de retour plus fortes.

    Pour ce qui est de la puissance pure, il est à noter que la nouvelle génération est revenue à la norme habituelle en terme de gabarit : Alcaraz, Ruud, Sinner font moins de 1.90m là où la génération des FAA, Medvedev, Khachanov etc… est au-delà du 1m95.

    Pour moi, le plus gros problème des raquettes et cordages actuelles est leur trop grande tolérance, permettant d’exécuter d’excellents coups avec des plans de frappes non-optimaux. D’un côté, cela permet des coups de défenses hallucinants mais la qualité de centrage n’est pas suffisamment récompensé.

    Il suffit de se passer du tennis des années 90 pour savoir quand une frappe est parfaite d’une autre où le joueur n’était pas bien placé.

    • Rubens 13 septembre 2022 at 12:34

      C’est exactement ça. J’ajoute une précision : la récurrence des géants tutoyant les 2m est une évolution assez récente (le début des années 2010) liée aux améliorations de la préparation physique. C’est Jerzy Janowicz, je crois, qui a fait halluciner tout le monde quand il a explosé fin 2012, parce qu’il cumulait une grande taille avec une grande souplesse dans les jambes. Zverev et Medvedev ont probablement effectué un travail spécifique aussi, en tout cas si tu leur envoies la balle dans les pieds ils sont capables de se baisser comme s’ils faisaient 1,70m.

      Mais la spécificité de notre époque, c’est effectivement que des coups mal centrés peuvent néanmoins être parfaitement placés, ce qui ajoute le contrôle à la puissance. Mais le temps de réaction en est réduit d’autant, d’où la disparition du service-volée, et d’où l’incapacité chez les filles – et bientôt, je le répète, chez les garçons – à maîtriser la puissance qu’elles génèrent malgré elles. Nous sommes en train de basculer d’une ère de l’action à une ère de la réaction, avec des schémas tactiques qui s’appauvrissent, sans même parler des blessures désormais omniprésentes dans les carrières.

      • Perse 13 septembre 2022 at 16:50

        JJ avait effectivement réalisé un tournoi extraordinaire à Bercy 2012 et a connu une saison suivante de belle tenue. Depuis, les blessures l’ont empêché de se maintenir sur l’ATP (il joue encore en Challenger) mais il a pavé la voie pour HH.

        Pour Zverev, il a régulièrement expliqué que son agilité, notamment sur les balles basses pouvait être liée à sa pratique du hockey sur gazon intensive. Au fait, personne n’a commenté à propos de son diabète ? C’est tout de même impressionnant d’avoir une telle intensité physique avec une maladie comme ça !

        Nous divergeons sur le manque de maîtrise de la puissance alors que je trouve que le tennis masculin est rarement devenu aussi attritif : le nombre d’échanges à rallonge sur toutes les surfaces m’incitent à penser que le terrain est trop petit pour les hommes.

        Après, c’est peut-être mon conservatisme qui parle mais au même titre que les raquettes spaghetti avaient interdites, j’accueillerai avec plaisir une mesure réduisant les tamis. Vu le niveau des joueurs qui arriveraient à jouer négatif avec une cuillère en bois comme on voit régulièrement des vidéos sur Instagram, cela permettrai d’éviter d’avoir des défenses démentes et il y aurait un vrai bonus à centrer la balle.

  14. MarieJo 13 septembre 2022 at 17:15

    Alacaraz a été énorme et encore j’ai raté le tiafoe et une bonne partie du Sinner…
    La finale était moins époustouflante mais y’avait largement de quoi se faire plaisir, évidemment il a raté des amorties à la pelle mais il a remporté celle qui lui donne un set donc on lui pardonne :)
    Moi qui me disais qu’après Rafa ce serait la disette côté espagnols… tout faux et tant mieux!
    J’espère que les zverev Tsitsipas et co vont enfin se bouger le cul au lieu de se trouver des excuses.
    Et Vamos Carlitos :)

  15. Colin 14 septembre 2022 at 15:57

    Godard a cassé sa raquette…
    Ayant abondamment cité Godard dans mon premier volume de l’anthologie du tennis au cinéma (Sur l’écran noir les lignes blanches), il fallait bien que j’en parle.
    Je vous partage donc le témoignage/hommage de Cathy Tanvier publié sur le site de Libé (Guillaume s’il faut supprimer le texte ci-dessous par respect pour ta consœur de Libé, tu le fais, ne te gêne pas pour moi…)

    Par Sabrina Champenois – publié le 13 septembre 2022 à 22h36
    C’est notoire, Jean-Luc Godard était passionné de sport. C’est comme ça que Catherine Tanvier, tête de pont du tennis féminin français dans les années 80, 20e mondiale au plus haut de sa carrière, en 1984, s’est retrouvée à jouer dans Film Socialisme. Une expérience indélébile qu’elle nous raconte, au téléphone, depuis Saint-Ciers-sur-Gironde où elle vit, écrit, entraîne.

    «Nous sommes en 2007. Je suis à Paris, en fin de tournée promotionnelle de mon livre Déclassée [publié aux éditions Panama, ndlr], quand soudain mon éditeur, Marc Grinsztajn, me dit : “Au fait, Jean-Luc Godard a appelé. Il souhaite vous rencontrer.” Moi : “Pardon ?” Il me confirme cette information incroyable. Je sais que Jean-Luc Godard est passionné de tennis, mais bon… Je demande pourquoi. Lui : “Ah, ça, c’est lui qui vous le dira.” Quelque temps plus tard, Jean-Paul Battaggia, le bras droit de Godard, me contacte et c’est lui qui va organiser la rencontre, chez lui à Paris.

    «Le jour venu, un 3 décembre, jour de l’anniversaire de Jean-Luc Godard, je suis terriblement impressionnée, d’autant plus qu’il y a une caméra, sur pied, et je ne suis jamais à l’aise devant une caméra. Mais je remarque que Jean-Luc l’est aussi, en fait : on est deux grands timides. Heureusement, très vite, on commence à parler tennis, et là la conversation devient complètement naturelle. J’ai affaire à quelqu’un qui connaît toute l’histoire du tennis, c’est franchement impressionnant. Il parle des grands joueurs de son époque comme Arthur Ashe et Ken Rosewall, il s’étonne que le Tchèque Tomás Berdych ne soit pas dans le top 3 mondial, il s’intéresse aussi beaucoup à la technique.

    «La conversation dure une heure et demie, et au bout d’un moment, je me demande ce que je fais là. C’est alors que Jean-Luc évoque l’idée de me prendre dans son prochain film. J’objecte que je ne suis pas actrice. Il me répond avec un petit sourire : “Mais qui vous demande de jouer ? Soyez juste vous-même.” Et c’est comme ça que je me suis retrouvée sur le tournage de la deuxième partie de Film Socialisme, qui a eu lieu chez lui, à Rolle, pendant dix-sept jours.

    «En amont, il m’a juste envoyé un petit texte “à savoir par cœur, sans intention.” Mon rôle dans le film est celui de la mère de deux enfants qui prennent le pouvoir. Une fois arrivés sur le tournage, on nous a donné un classeur, avec les grandes lignes du film, environ 70 pages. Il y avait un scénario écrit mais Jean-Luc le complétait, le modifiait, au fur et à mesure. Je l’ai perçu à la fois en ébullition, toujours en train de réfléchir, penser, chercher, très concentré. On travaillait du matin au soir mais en prenant notre temps, jamais dans la précipitation, il y avait une dimension à la fois très artisanale et très intellectuelle dans sa façon de faire. On tournait dans son appartement d’une simplicité étonnante, minimaliste, et dans un garage. Je l’ai vu, à 80 ans, s’allonger par terre pour vérifier que la lumière était celle qui voulait… Pas autoritaire, très doux et très patient avec tout le monde, il disait toujours “Ne vous inquiétez pas” quand il fallait refaire une prise. Généralement, trois ou quatre suffisaient. Parfois, je me permettais de dire que je ne comprenais pas où on allait, il se marrait…

    «Quand il n’était pas inspiré, son bras droit m’appelait au téléphone pour me demander si j’étais d’accord pour faire un tennis, et Jean-Luc passait me prendre à l’hôtel. Il venait dans sa vieille voiture pleine de cendre de cigare, et on allait jouer à dix minutes de là, dans un court couvert d’un club hyper huppé perdu entre deux vignes. Avant, on avait toujours pris un bon goûter, une tarte aux fraises, souvent avec sa compagne Anne-Marie Miéville. Il jouait en tee-shirt et pantalon de ville, le cigare éteint dans sa poche. Je faisais évidemment attention, je jouais sur lui, à une vitesse qui lui permettait de renvoyer la balle, mais lui, le lascar, faisait tout pour me balader… On a fait ça trois ou quatre fois pendant le tournage, c’était exquis.

    «A la fin du tournage, il y a eu un goûter à la pâtisserie où il avait ses habitudes et à un moment donné, je suis allée m’asseoir à côté de lui. J’avais lu quelque part qu’il avait annoncé que ce film serait son dernier. Pour l’avoir vu travailler, cet esprit en perpétuelle ébullition, je ne pouvais pas y croire. Du coup, je lui ai lancé : “Alors, comme ça, vous ne tournerez plus ?” Il a répondu que c’était vrai. Et moi, que je ne le croyais pas, donc il m’a demandé pourquoi. “Parce que vous n’arrêtez pas de penser”, j’ai dit. Il a tiré sur son cigare, il a souri. J’avais raison, il a continué de penser, de chercher. Je suis consciente d’avoir eu une chance inouïe de voir évoluer un tel artiste.»

    • Guillaume 14 septembre 2022 at 16:44

      Oh tu sais j’ai beau connaître la problématique économique derrière, j’ai un problème avec le système de paywall : dans un monde où les gens s’informent énormément sur le web, qu’est-ce qui se passera quand les médias « sérieux » se seront tous barricadés derrière des paywall et que l’info gratuite, en libre accès, sera laissée à n’importe quels types de supports ? Si l’avenir du web c’est le Monde, Libé, Figaro, AlterEco et d’autres en payant et Sputnik, RT France et FdeSouche en accès libre, les titres de presse y auront gagné, mais notre société… ?

      Quant à Godard, il y a une interview célèbre aussi de lui où il expliquait que s’il devait filmer le tennis, il opterait pour la narration d’un tournoi, prenant un qualifié au premier tour, le suivant jusqu’à sa défaite, pour suivre son vainqueur, jusqu’à sa défaite, pour suivre son vainqueur… et ainsi de suite jusqu’à arriver au champion 15 jours plus tard. Ce qui avait incité France TV a tester le procédé en 2004, je crois, partant de Julien Jeanpierre (?) au premier tour jusqu’à Gaston le dernier dimanche.

      • Rubens 15 septembre 2022 at 09:55

        Je me souviens de ce reportage ! L’un des maillons de la chaîne était d’ailleurs Mickaël Llodra, puis Tim Henman, puis Guillermo Coria. Mais j’ignorais que l’idée était de Godard. Je n’ai pas grand chose à dire sur le cinéaste lui-même, j’ai le vague souvenir de m’être ennuyé devant A bout de souffle et de ne pas avoir poussé plus avant dans son œuvre.

        • Guillaume 15 septembre 2022 at 10:37

          J’irais pas jusqu’à dire m’être ennuyé mais les tunnels de dialogues verbeux, pas spontanés du tout, entre Bebel et Seberg dans la deuxième partie m’avaient un brin sorti du film. Alors que la dimension (faussement) désinvolte, enlevée, de la mise en scène et du jeu des acteurs faisaient tout le charme de la première moitié de péloche.

  16. Bastien 14 septembre 2022 at 17:24

    Superbe commentaire hier soir, Rubens. Casper est chiant comme un gentil fantôme, mais il faut avouer que c’est ce qu’on fait de mieux en stratégie en ce moment. Ce revers banane infiniment lent qui renvoie la bomba d’Alacatraz en train de sprinter vers le filet, tout penaud à 3 cm du coin arrière droit de son terrain était d’une délectable subtilité.

    Cependant, du côté de l’homme de Murcie, il y a un sens tactique délirant de précocité (les montées au filet à contre-temps et à contre-tempo (le fait d’en tenter cinq en six points à un moment décisif) et surtout un mental tout vamosien voire pyramidal qui lui permet de s’accrocher comme une teigne dans les moments faibles et de rouler comme un bulldozer dans ses moments forts, là où le brave Casper s’effiloche quand ça compte vraiment, cf. l’affreux tie-break qu’il commet avec des balles soudainement à 3 mètres dans le décors en deux coups de raquette alors qu’il pouvait tenir 800 échanges et viser les lignes cinq minutes avant et cinq minutes après.

    J’essaie de trouver un joueur des générations précédentes à qui Ruud me ferait penser, mais je peine un peu : Hewitt, Magnus Norman ?

    • Guillaume 15 septembre 2022 at 10:06

      Oh Bastoon, ça fait plaisir de te revoir ! Ruud pour moi c’est le nouveau Ferrer. Il en a la régularité, le niveau plancher et le plafond de verre, la polyvalence, quasiment le jeu (Ferrer avait su évoluer pour prendre la balle plus tôt)… sans oublier la capacité à se liquéfier. En finale de RG, on n’attendait pas grand-chose de lui d’autre que Casper le fantôme, et puis Nadal jouant moyennement, on soulève une paupière quand il breake dans le 2e, on se dit « tiens ? » et puis non, fausse alerte, il replonge (et nous on repionce) aussi vite pour ne plus marquer un seul jeu. J’ai retrouvé ça à Flushing où il joue super bien, ou en tout cas juste, au troisième, jusqu’à se procurer ses balles de set à 6-5. Alcaraz les sauve, ok, ça arrive… Mais derrière il cochonne son tiebreak comme un grand avec des UE comme il n’avait pas dû en commettre depuis 2019.

      « L’homme de Murcie »… Me revient qu’avant cette périphrase désignait Nicolas Almagro. On parle toujours de foudre dans le bras, par contre côté variété et ciboulot avec Carlito on a basculé dans le Murcian 3.0 :lol:

      • Rubens 15 septembre 2022 at 10:18

        Guillaume, nos posts se sont croisés :lol:

      • Elmar 15 septembre 2022 at 11:26

        Avec deux finales de GC et une deuxième place mondiale, Ruud a déjà fait mieux que Ferrer sur l’ensemble de sa carrière.

        Je n’aurais pas dit ça avant son US Open, mais il n’est pas impossible qu’il rafle la mise un de ces quatre. J’ai trouvé qu’il avait fait de très nets progrès dans son jeu, au service, en revers et dans l’idée d’agression.

        Affaire à suivre.

      • Colin 15 septembre 2022 at 14:44

        Tandis qu’en vélo la périphrase « L’homme de Murcie » désigne Alejandro Valverde.
        Ça fait beaucoup d’hommes de Murcie tout ça.

        • Guillaume 15 septembre 2022 at 15:35

          et tous des puncheurs !

    • Rubens 15 septembre 2022 at 10:08

      Salut Bastien,

      Magnus Norman sûrement pas, le Suédois avait une force de frappe nettement supérieure.

      Celui auquel je pense, c’est l’une des têtes épinglées dans le légendaire traité de pouxomachie de Karim, et qui n’a jamais eu beaucoup de supporters (tout comme Ruud du reste), j’ai nommé David Ferrer. Je ne vais pas me lancer dans l’hagiographie d’un joueur ayant le double handicap d’être retraité et de ne pas avoir bercé ma jeunesse tennistique (contrairement à Wilander). Quelques lignes devraient suffire.

      David Ferrer a eu droit à un magnifique – et remarquablement juste – portrait dans le bouquin de Gilles Simon : c’était un attaquant, dans le sens où il avait un jeu très agressif s’efforçant de prendre tout de suite le jeu à son compte pour mettre progressivement l’adversaire hors de position. Mais il lui manquait la puissance phénoménale qu’avaient ses rivaux, et il se retrouvait plus souvent qu’à son tour dans la position du contreur voire du défenseur, registre dans lequel il excellait. Ruud me semble avoir un peu plus de fulgurances que Ferrer, il a réussi des accélérations phénoménales dimanche soir auxquelles Alcaraz ne s’attendait pas du tout, il a aussi des gestes plus déliés et plus naturels. Mais Ferrer me semblait meilleur en défense, notamment du côté revers où même débordé il ne se séparait pas de son revers à deux mains, s’avérant capable de passings meurtriers. En défense côté revers, le Norvégien se repose trop sur un slice assez inoffensif car bien souvent trop court. Pour le reste, leurs schémas tactiques sont presque identiques.

  17. Elmar 15 septembre 2022 at 11:23

    J’arrive bien trop tard (mais c’était compliqué d’accéder au site ces derniers temps), mais je voulais dire mon enthousiasme face à cet US Open, le meilleur Grand Chelem à mes yeux depuis bien longtemps.

    Beaucoup de formidables combats, du suspens, un niveau de jeu fantastique, des joueurs qui viennent à nouveau beaucoup au filet et bien sûr un formidable vainqueur. Il y a beaucoup de bruit autour d’Alcaraz et c’est bien normal, je participe à ce concert de louanges: il est phénoménal sur un terrain. J’adore son jeu, j’adore son mental, sa capacité à repartir au combat. Il nous a gratifié d’un tryptique Cilic-Sinner-Tiafoe qui était sidérant. La finale était un poil en-dessous, mais on a quand même eu notre lot de points hors-normes.

    Alcaraz, c’est vraiment une superbe promesse pour l’avenir du tennis. Sinner et Tiafoe ont été grand formidables aussi. Le premier sera très dangereux partout (j’espère juste qu’il n’ait pas une trajectoire à la Berdych) et le second ne me paraît pas être en mesure de jouer les premiers rôles régulièrement mais il sait désormais qu’il est capable de coups d’éclats.
    J’adore aussi suivre Murray, je suis pétri d’admiration pour lui et je le crois capable d’arriver en quart de finale de Chelem l’an prochain.
    Et puis quand même un mot sur Kyrgios qui se retrouve à un stade de sa carrière où une défaire en quarts de finale est devenu un mauvais résultat pour lui. C’est dire le chemin parcouru!

    J’espère que l’AO ne va pas doucher ce vent de fraîcheur avec une Nième finale Djoko-Nadal.

  18. Elmar 15 septembre 2022 at 15:48

    Adieu Champion.

    Tu as accompagné ma vie, de lycéen, d’universitaire, de prof, d’homme marié, de père (merci d’en avoir gagné encore quand mes enfants ont été en âge de vibrer avec moi).

    Merci pour toutes ces émotions que tu m’as fait vivre. Merci champion.

    • Guillaume 15 septembre 2022 at 15:59

      Et le Gloat a encore frappé : il va venir mourir derrière Connors au nombre de matchs pros gagnés pour 23 petits matchs (1251 vs 1274). Si on m’avait dit que celui-là lui échapperait…

      Fallait vraiment que ça n’aille pas pour qu’il renonce ainsi. Terrible à quel point la première vraie grosse blessure de sa carrière lui aura été fatale.

  19. Jo 15 septembre 2022 at 16:16

    À-Dieu.

    • Colin 15 septembre 2022 at 16:58

      Dieu et Artiste.
      God-Art.
      Le fait que l’annonce de sa retraite arrive le lendemain de la mort de son compatriote tennisophile montre bien la délicatesse du personnage. Il savait que cette annonce achèverait le vieux croulant de Rolle, donc il ne voulait pas se sentir responsable de sa mort. Quelle classe.

  20. Sam 15 septembre 2022 at 16:40

    L’espèce est présente depuis 7 000 000 d’années sur terre et nous avons eu la chance de tomber en même temps que Federer. Ça console ? Non.

  21. Achtungbaby 15 septembre 2022 at 16:47

    on savait bien que ça sentait la fin, mais ça fait quand même chier putain.

  22. Colin 15 septembre 2022 at 17:04

    Elisabeth II, William Klein, Jean-Luc Godard, Irène Papas, Roger Federer… Non mais faut que ça s’arrête là, ça commence à faire beaucoup.
    Quoique… Un dernier p’tit Poutine pour la route, ça serait pas de refus.

  23. Colin 15 septembre 2022 at 17:31

    « La Laver Cup, la semaine prochaine à Londres, sera mon dernier tournoi ATP. »
    Etrange comme déclaration non ? Depuis quand la Laver Cup est un tournoi ATP???

    • Anne 16 septembre 2022 at 22:40

      C’est un ATP event (expression utilisée par RF dans son communiqué) depuis 2019 (j’ai un doute avec 2018 mais quasi sure que c’est 2019), raison pour laquelle les matchs comptent dans les H2H officiels

    • Colin 17 septembre 2022 at 12:13

      Ah OK merci Anne j’ignorais. A partir du moment où ça ne rapportait pas de points je supposais que c’était hors ATP.

  24. Rubens 15 septembre 2022 at 17:43

    C’est Marc Rosset, je crois, qui avait annoncé qu’à l’annonce de la retraite de Roger il irait se prendre une biture jusqu’à vider le bar du coin ?

    Marco, c’est toi qui es aux manettes maintenant. Mon vol pour Genève est prêt, je n’attends plus que ton signal.

  25. May 15 septembre 2022 at 19:27

    Stupeur et tremblement,

    Qu’est-ce que j’apprends en allumant la radio en sortant d’une journée de boulot
    FEDERER ARRETE SA CARRIERE ! What!
    Je ne pensais pas, mais ça m’a fait un choc.
    De quoi quand même mettre la sphère Tennis en PLS.

    J’ai une pensée pour ses nombreux fans (pas fanatiques).
    Je ne croyais guère à son retour mais quand même, c’est la fin d’une ère.
    ¼ de siècle à fouler les courts de tennis pour le palmarès que l’on sait.
    Il va faire ses adieux dans son tournois d’exhib’ haut de gamme, c’est pas super, super mais c’est son bébé alors pourquoi pas?

    Il a tout réussit et ce avec la manière, il n’aurait pas pu faire mieux que tout ce qu’il a fait et la joie qu’il a donné à des millions d’afficionados de la petite balle jaune est sans égal. Well done Roger!

    Je pensais que Nadal allait arrêter avant Fed, lui qui s’est donné corps et âme au tennis et qui n’en sortira pas indemne.
    En découvrant la paternité, et se rendant à l’évidence qu’il ne pourra plus jouer plusieurs semaines d’affilé sans un bobo, il voudra peut-être enfin poser la raquette qui sait?

    Un petit mot sur le jeune Alcaraz, cet ado qui fait l’unanimité. Je vais attendre un peu avant de m’enflammer vraiment. Son tennis a tout pour séduire mais ne souffre d’aucune sécurité. Il est tout frais, tout neuf et en pleine ascension. Va venir le temps de stabiliser un peu tout ça et voir comment il va gagner les matches lorsqu’il ne sera pas à 100%.
    Il sait tout faire déjà à 19 ans, il peut progresser un peu au service et sur l’aspect tactique. Il peut aussi limiter les fautes directes mais c’est difficile de lui trouver une quelconque lacune. Du coup, sa marge de progression est faible, non?
    Il sera intéressant à suivre ses prochains mois, son investissement physique me pose question, pas sur qu’il s’épargne les blessures. Je ne lui souhaite pas mais ça ne présage pas d’une carrière sans pépin physique.

  26. Achtungbaby 15 septembre 2022 at 19:59

    Une pensée pour Djoko qui va devoir se taper les acclamations et la standing ovation pour Roger…

  27. Babolat 16 septembre 2022 at 00:06

    Comme Gabin, je vais m’enfoncer dans un long hiver.

  28. Sebastien 16 septembre 2022 at 02:15

    Roger, Roger, Roger, pourquoi nous as-tu abandonné ?

    C’est mon idole d’enfance qui nous quitte de manière discrète complètement opposée aux délires autour de Serena Williams.

    C’était le danseur-étoile des joueurs, on aurait dit qu’il faisait du patinage à glace sur n’importe quelle surface. Note artistique maximale, note technique maximale.

    Son visage lisse n’exprimant aucun effort ni tension au moment de la frappe, Federer est LE monument du tennis du 21ème siècle. Je n’ai jamais vu un aussi beau jeu et vraiment j’espérais le revoir pour la saison sur gazon 2023.

    P*tain de blessure ! Franchement ces s*l*pes de pyramides, faudrait les raser!

    Pour moi le vrai deuil c’est Federer 1 pas Elisabeth 2 !

    Espérons que Djokovic va se gaver de GC avec un Nadal faiblissant et des joueurs jeunes qu’il faut encore observer pour conclure quoi que ce soit.

    Alcaraz a un potentiel énorme, mais la brutalité de son jeu (certains de ses coups droits sont aussi puissants que ceux de Delpo) ses déplacements extrêmes font craindre des blessures.

    Je serais étonné que l’an prochain il n’ait pas une petite baisse le temps de digérer son année exceptionnelle.

    Melon pourrait en profiter pour retenter un Grand Chelem calendaire.

    • Sebastien 16 septembre 2022 at 02:21

      Suis trop bouleversé, je voulais écrire :

      Espérons que Djokovic ne va pas se gaver de GC avec un Nadal faiblissant et des joueurs jeunes qu’il faut encore observer pour conclure quoi que ce soit.

  29. Rubens 16 septembre 2022 at 10:35

    La tonalité générale depuis hier me conforte dans mon ressenti depuis plusieurs années. Tous ceux qui ont clamé haut et fort que Roger était le GOAT en raison de son palmarès supérieur se sont fourvoyés. Selon ce critère-là, il n’est plus le GOAT, mais tous écrivent quand même aujourd’hui qu’il l’est.

    Et c’est ici que nous quittons le domaine de la statistique pour rentrer dans celui des affects. Roger me laissera une trace indélébile, un peu en raison de son palmarès, et beaucoup en raison de son génie, de sa classe, de ses coups venus d’ailleurs, de l’apparente facilité avec laquelle il les réussissait, de sa technique naturelle et déliée, sans oubliée un comportement correct sur le terrain. Et aucun statisticien de l’ATP n’ébranlera jamais cette préférence que je lui porte.

    Et je dis aux plus jeunes qui découvrent le tennis « Regardez Roger, vous ne l’avez plus en direct mais vous avez Youtube. N’essayez pas de faire aussi bien, vous n’y arriverez pas, mais vous pouvez essayer de vous en inspirer, il y a beaucoup à copier dans sa technique. Et même si vous ne jouez pas au tennis profitez du spectacle, car oui c’est un spectacle. « 

    • Achtungbaby 16 septembre 2022 at 10:53

      pas mieux.
      On pourrait écrire des pages entières sur l’expérience vécue en regardant Fed jouer au tennis. Certains on parlé d’expérience religieuse.

      Mais pour faire court on peut aussi regarder la photo que j’ai prise dans un article 15-love de 2014 consacré aux plus beaux coups droit du tennis et qui se trouve à côté de mon pseudo.

      Cette photo dit tout.

      A ce stade de sensations les débats sur le GOAT…
      Est-ce qu’on se pose la question de savoir si Mozart est le GOAT ?
      Si Comanecci est la GOAT ?

    • Perse 16 septembre 2022 at 18:56

      C’est pour ça que mon Goat à moi c’est Petou, j’en suis un adorateur absolu, et j’admire énormément Federer. Nadal et Djokovic sont respectables de par leurs palmarès, et me dégoûtent régulièrement par leurs résultats mais je n’ai pas de plaisir à les regarder jouer.

      C’est très con mais devant la télé, je préfère regarder du Alcaraz, du Sinner, du Shapovalov, du Tsitsi (un peu moins depuis son changement d’attitude)), du Kyrgios et même du Zverev (quand il joue bien).

      Medvedev qui est un vrai albatros me divertit plus que Riri et Loulou pour tout dire.

  30. Sam 16 septembre 2022 at 11:12

    Considérer que Roger pourrait ne pas être le GOAT – ahaha – est une faute de goût.

    • Rubens 16 septembre 2022 at 12:30

      Cette question du GOAT ne m’intéresse pas en elle-même. La question de la place d’un champion dans l’histoire m’intéresse bien plus. De nombreux gamins, après avoir vu Federer à la télé, allaient dans le jardin pour poursuivre le match. En ce sens, son apport au tennis est énorme. Et il est bien supérieur à ce qu’ont apporté ses deux rivaux d’étage.

      • Achtungbaby 16 septembre 2022 at 14:25

        le coup des gamins marche pour bcp d’autres joueurs ! J’ai poursuivi le match après des Lendl/Mc Enroe, pas de « GOAT » en vue chez ces 2 là, même si l’un des deux est un artiste, au même titre que Federer.

        Mais nul doute que des gamins tapent ou tapaient en pensant à Nadal ou Djoko. D’ailleurs les jeunes tapent toujours en pensant aux cadors du moment, par définition.
        Donc sans doute qu’actuellement Alcaraz occupe l’esprit de nos chères têtes blondes…

        • Rubens 16 septembre 2022 at 14:56

          Et précisément, puisque Lendl et McEnroe ont également suscité la même chose, c’est donc bien qu’ils ont aussi laissé une empreinte indélébile, et que ça dépasse donc, et de loin, leur palmarès.

          Et évidemment que Nadal et Djoko ont aussi suscité ça. Mais au vu des réactions depuis hier, beaucoup moins que Federer.

  31. Nathan 19 septembre 2022 at 12:05

    Quand je pense que ma femme m’avait proposé une plave à la Laver Cup et que j’ai dit « trop cher ! ». Voilà, j’ai raté la sortie de Brel à l’Olympia et maintenant celle de Federer !

    Que dire ? Federer, l’être du tennis en action qui n’avait rien d’étant : la grâce, l’élégance, la fluidité, la brutalité, un déplacement aérien qui invitait à l’extase, détachement et pleurs… force et fragilité.

    Le plus beau joueur de tennis forever.

    • Rubens 22 septembre 2022 at 09:33

      Ne sois pas trop triste, il n’est même pas certain que le Maestro soit sur le court. S’il l’est, ce sera seulement pour le double avec Rafa. De toute façon, je ne suis pas sûr qu’il soit désireux de livrer le spectacle de son déclin physique, les quelques matchs qu’il a joués en 2021 étaient assez éloquents dans ce registre.

      Repose-toi. Tes séjours aux pyramides ont dû t’épuiser. Et, on ne sait jamais, prépare-toi pour janvier en Australie.

  32. Achtungbaby 23 septembre 2022 at 18:09

    je suis à la recherche d’un stream pour ce soir.
    Quelqu’un aurait ça svp ?

  33. Achtungbaby 23 septembre 2022 at 21:40

    Merci
    Tu t’es inscrit + numéro de CB ?

    • Rubens 23 septembre 2022 at 22:15

      Non, en allant directement au deuxième écran, il n’y a pas besoin de s’inscrire.

      • Achtungbaby 23 septembre 2022 at 22:59

        Oui trouvé en fouinant.
        Merci !

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