John McEnroe, chronique d’un déclin

By  | 5 juillet 2024 | 19 Comments | Filed under: Histoire, Légendes

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Magnifique article d’Eurosport, signé Laurent Vergne. Le début de l’article dit absolument tout du personnage : « John McEnroe est un homme en colère [...] peut-être, tout simplement, est-il en colère parce qu’il est en colère. [...] Il n’y a rien à expliquer. C’est comme ça. Il est comme ça. McEnroe, symbole vivant de la colère. Le bougon, le râleur, le colérique, le nerveux, le « Superbrat ». »

La rage de la perfection

 

Dans l’un des documentaires sur McEnroe en Français que l’on peut voir sur Youtube (Le crépuscule des dieux, ou Duel de hautes volées consacré à la rivalité avec Jimbo) se niche une interview de Richard Evans, journaliste américain de renom ayant consacré une biographie à McEnroe. Evans rapporte un propos du Sale gosse, qui remonte probablement à cette époque-là, 1984, où il écrasait le circuit : « Je n’y prends pas de plaisir. Je voudrais pouvoir savourer davantage mon jeu, mais je ne ressens que de la pression, je n’en profite pas ».

Le titre du livre d’Evans, La rage de la perfection, qui remonte à 1984, est particulièrement bien trouvé. Il ne recherchait pas la victoire, il recherchait la perfection. Et quand un point sublime car parfaitement exécuté lui apportait cette perfection, il ne le savourait pas, il se mettait déjà la pression pour que le point suivant soit du même tonneau.

Cette rage, cette insatisfaction permanente, ont-t-elles été bénéfiques à sa carrière, ou au contraire l’ont-elles plombée ? Il est difficile de trancher. Je n’ai pas lu le livre de Richard Evans, mais il remonte de toute façon à 1984 et ne peut pas traiter de ce qui a immédiatement suivi. Cette étrange année 1985, où il rentre dans le rang, où il se fait moins rapide, et parfois moins impliqué, moins motivé. Où il gagne quand même 8 titres, mais où il perd dans toutes les grandes occasions.

Les Usual Suspects

 

Une chronique du déclin de John McEnroe pourrait se décomposer ainsi : d’abord la chute du piédestal ( ? – janvier 1986) qui s’achève, clairement, avec la défaite face à Brad Gilbert au Masters. Ensuite la traversée du désert (janvier 1986 – décembre 1988). L’été indien, enfin (janvier 1989 – décembre 1992), période coiffée de 3 demi-finales en Grand Chelem.

Cette chute du piédestal, il est bien difficile d’en dater le début. 7 dates semblent plausibles :

  • La défaite en finale de Roland Garros 1984 face à Lendl.
  • Le pétage de plombs de Stockholm en octobre 1984.
  • La défaite sans appel en Coupe Davis face à la Suède 6 semaines plus tard.
  • La défaite en quarts de finale au tournoi WCT de Dallas 1985 face à Nyström.
  • La défaite en demi-finale de Roland Garros 1985 face à Wilander.
  • La défaite en quarts à Wimbledon 1985 face à Curren.
  • La défaite en finale de l’US Open 1985 face à Lendl.

On éliminera d’emblée la finale de Roland Garros 1984. Elle a été suivie de deux démonstrations de force en Grand Chelem, absolument immaculées, à Wimbledon et à l’US Open.

Les deux dernières dates, Wimbledon et l’US Open 1985, ne font que confirmer une tendance à l’œuvre depuis des mois. Mac n’est plus aussi rapide qu’avant, c’est un constat, et la défaite londonienne contre Curren est assortie de l’étrange impression qu’il ne se sentait même pas concerné. Dans ce tableau d’ensemble, on notera toutefois deux victoires probantes à Stratton Mountain et à Montreal, les deux fois en battant Lendl en finale. Mais les promesses de cet été-là furent tempérées dès l’entrée en lice de Mac à Flushing Meadows : opposé au modeste Israélien Shlomo Glickstein, il frôle l’élimination, ne l’emportant qu’au tie-break du cinquième set. Une autre victoire en cinq sets, face à Wilander en demi-finale, scellera son sort : en finale face à Lendl, il ne tiendra qu’un seul set avant de craquer physiquement. Le tout devant un public new-yorkais acquis à la cause de ses adversaires. Passe encore pour Shlomo Glickstein, New York abritant la plus grande communauté juive au monde. Mais face à Lendl, le doute n’est plus permis : McEnroe n’était plus soutenu par son propre public.

La défaite à Roland Garros face à Wilander fait suite à deux autres défaites contre Lendl, l’une sur le har-tru de Forest Hills, l’autre sur une « vraie » terre battue, à la Coupe des nations de Düsseldorf. Pas de défaites infamantes, mais on ne peut que constater que Mac est loin d’être aussi aérien qu’un an plus tôt.

Faudrait-il donc remonter le hiatus à ses sautes d’humeur de la fin 1984 ? C’est tout aussi discutable. Début 1985, il repart pied au plancher, remportant sans sourciller le Masters – avec à la clé une victoire probante en finale contre Lendl –  puis ses quatre premiers tournois de la saison. Ce qui accrédite, à ce moment-là, l’idée que la déroute face à la Suède en Coupe Davis est le fruit des mésententes au sein du trio McEnroe/Connors/Ashe, et non d’une baisse de niveau ou de motivation de McEnroe.

Fibak émerge des brumes de l’hiver

 

Ne resterait donc que la défaite face à Nyström à Dallas. Défaite surprenante, car Mac semblait alors seul au monde. Surprenante aussi car Nyström n’était pas un adepte des surfaces rapides. Surprenante enfin, car la finale WCT de Dallas était un rendez-vous majeur pour l’Américain. Cette défaite semble néanmoins marquer une rupture dans la saison du new-yorkais, parce qu’elle va être suivie de beaucoup d’autres.

En y regardant de plus près, un autre match mérite qu’on s’y arrête. Il s’agit du premier tour du tournoi indoor de Houston, en février 1985. Finaliste du Masters 1976, Wojtek Fibak avait flirté avec le top ten au cours des années suivantes. Mais à ce moment-là, il émargeait au 77ème rang mondial, et à 32 ans il était clairement sur la pente descendante. C’est l’époque où il connut les jeunes loups Edberg et Becker, dont il fera de saisissants portraits dans les colonnes de Tennis Magazine à la fin des années 80. John McEnroe aura aussi droit à son portrait… et il y sera notamment question d’un obscur match à Houston début 1985, qui a tourné au vinaigre.

Affrontant un John McEnroe n°1 mondial au sommet de son art sur surface rapide, le Polonais n’avait a priori pas grand-chose à espérer de ce match. Mais après la perte du premier set, il se mit à jouer son meilleur tennis et offrit une vraie opposition au Superbrat. Ce dernier va alors franchir le 38ème Parallèle après la perte du deuxième set au tie-break. John passera tout le troisième set à insulter et à trainer dans la boue l’adversaire, sa mère, sa famille, son épouse, son pays. Et s’il s’en sort sur le fil 7/5 au troisième, il n’échappera pas à une petite explication dans le huis-clos du vestiaire. Il faudra un malabar (Zivojinovic je crois) pour les empêcher d’en venir aux mains. Telle est la version de Fibak, qui conclut son article en s’étonnant que les débordements du new-yorkais ce jour-là soient totalement passés en-dessous des radars. Rappelons que cette rencontre s’est disputée devant un corps arbitral loin d’être aussi professionnel qu’il ne le deviendra par la suite.

Nous n’avons pas les images de ce match, et rien pour confirmer les propos de Fibak. Le fameux « The question, Jerk ! » de Stockholm quelques mois plus tôt emporte tout, et là nous avons les images. Mais si ce récit était avéré, il y aurait de quoi se demander comment un Fibak, même en grande forme du haut de ses 32 ans, a pu contrarier à ce point McEnroe à ce moment-là, et surtout pourquoi ce dernier s’est comporté de manière aussi odieuse.

On pourra, du reste, s’interroger sur ce début de saison 1985, marqué de quatre victoires en tournois. De Philadelphie à Chicago, en passant par Houston et Milan, John McEnroe aligna certes les victoires, mais sans avoir à affronter de véritable poids lourd, Jimmy Connors devant renoncer en finale à Chicago en raison d’une blessure au dos.

Les fils se touchent

 

Cette pièce texano-polonaise s’ajoutant au dossier n’a pas nécessairement une grande importance, pas plus que le grand show de Stockholm face à Jarryd. Mais les deux événements participent à un tableau d’ensemble, dont fait également partie ce Wimbledon 1984 où le Sale gosse réussit à s’astreindre à un silence total pendant ses matchs, non sans prendre énormément sur lui.

En 1984, John n’a jamais été à ce point maître de son jeu, et il exerce sur le circuit ATP un joug ne souffrant aucune contestation. Il marche sur l’eau. Néanmoins, la cocotte-minute est sur le point d’exploser ; il n’est plus une levée du Grand Chelem où son comportement ne sera pas scruté à la loupe. A Wimbledon donc, mais aussi à l’US Open, une partie des officiels, des journalistes et du public n’attendent qu’une chose, non sans une certaine appétence malsaine : qu’il craque. Ce regard inquisiteur, il le sent peser sur lui chaque jour, sur chaque match, sur chaque point ; et ce regard vient s’ajouter à cette pression du match parfait que John se met lui-même.

Les fils ne pourront que finir par se toucher. A Stockholm tout d’abord, ce qui vaudra à Mac une suspension de 3 semaines et le privera de l’Open d’Australie. A Houston ensuite, face à Fibak. A Dallas enfin, face à Nyström, où la pression de rééditer sa saison précédente immaculée est plus forte que jamais. Le premier véritable coup de semonce vient bien à Dallas, mais la nervosité du bonhomme était déjà perceptible en amont.

Ainsi va se poursuivre sa saison 1985, au cours de laquelle il sera capable, sur des tournois mineurs, d’être le plus fort, y compris face à Lendl, mais où son meilleur tennis, sa concentration et sa forme physique ne seront jamais au rendez-vous en même temps. A-t-il entretenu sa condition physique pendant l’intersaison 1984-1985 ? Son parcours à Roland Garros 1985 souffre nettement de la comparaison avec celui de l’édition précédente. Où est-il pendant son quart de finale londonien face à Curren ? Manifestement pas sur le terrain, puisqu’il ne gagnera que 8 de ses 13 jeux de service ce jour-là. Le grand vainqueur du fameux « Super Saturday » de l’US Open 1984, par ailleurs demi-finaliste du double cette année-là, a-t-il travaillé sérieusement son endurance en vue de l’édition de l’année suivante où il n’a pas disputé le double ? Au vu de sa prestation face à Lendl en finale, on peut en douter.

L’ère de McEnroe est en train de prendre fin : en 1984, il a tout simplement créé un monstre trop grand pour son cerveau tourmenté.

L’enfant de la balle

 

On ne se hasardera pas à prendre pour argent comptant les propos de Mac tant ils ont pu être contradictoires, y compris a posteriori. A tous les micros complaisamment tendus pour le faire parler des raisons de son déclin, il évoque invariablement son mariage et sa paternité. Cette explication ne sera valable qu’en 1986, avec la naissance de son premier enfant (en mai) et son mariage (en août) avec l’actrice Tatum O’Neal.

Sans entrer dans une biographie détaillée de Tatum O’Neal, disons qu’elle est la fille de l’acteur Ryan O’Neal – inoubliable Barry Lyndon devant la caméra de Stanley Kubrick – et qu’elle a eu une enfance perturbée entre un père trop souvent retenu sur les plateaux de tournage (et apparemment violent) et une mère toxicomane. Son Oscar, obtenu à l’âge de 10 ans – un record de précocité – n’est que la surface émergée d’un iceberg particulièrement trouble, comme en témoigne son autobiographie A paper life. Amateur d’art, membre notoire de la jet-set new-yorkaise aux côtés de Vitas Gerulaitis, John McEnroe avait son rond de serviette dans les clubs new-yorkais accueillant les rock stars, et plus globalement fréquentait le même milieu que cette jeune actrice. Sauf qu’à la différence de Gerulaitis, capable de sortir une nuit entière et d’être ponctuel et impeccable au petit matin, McEnroe n’était pas une force de la nature. Et si l’on peut disculper Ivan Lendl de toute fréquentation de toxicomanes, on ne peut en dire autant de John McEnroe, ni exclure à 100% que son déclin soit lié à une consommation excessive de drogues. Car en 1985, au moment où ils officialisent leur couple, Tatum O’Neal est depuis plusieurs années une cocaïnomane.

Plus globalement, la simple appartenance de John McEnroe à la jet-set de la Grosse Pomme donne corps à l’hypothèse que son hygiène de vie n’était pas nécessairement adaptée aux contraintes d’une carrière sportive de haut niveau. N’ayant jamais eu d’entraineur, il n’a jamais pu s’appuyer quotidiennement sur un partenaire stable le ramenant inlassablement à sa carrière, à ses exigences et aux sacrifices qu’elle devait impliquer.

Une légende qui tousse

 

Quarante ans après les faits, l’aura de John McEnroe reste intacte. Dans la mémoire collective, il a certes conservé ses galons de joueur particulièrement colérique revenant invariablement quand il s’agit d’évoquer les plus gros caractères de l’histoire du tennis. Mais cette mémoire collective a également retenu, non sans raison, ses entrechats au filet, son toucher de balle absolument unique et sa faculté inouïe à mettre sans effort l’adversaire loin de la balle. Le génie qu’il a déployé raquette en main lui assure encore aujourd’hui un écrin molletonné de respect, celui d’une voie écoutée et faisant autorité quand on parle de tennis. On ne compte plus les reportages réhabilitant sa légende, son génie, productions d’autant plus hagiographiques qu’elles sont réalisées avec le concours de l’intéressé. Car oui, osons le dire, John McEnroe s’aime. Néanmoins, quelle que soit sa capacité d’oubli, volontaire ou non, de certaines zones d’ombre, le regard candide qu’il porte sur sa propre carrière – et largement véhiculé comme tel – souffre d’insuffisances et d’approximations.

C’est sur ce forum qu’un internaute avait expliqué, à propos de la demi-finale australienne de 1983 entre le Sale gosse et Wilander, qu’en aucun cas le « vrai » McEnroe n’aurait perdu ce match. Je ne ressors ce post du congélateur que pour évoquer le « vrai » McEnroe, celui de 1984 évidemment. La position de surplomb du new-yorkais, en plus d’être indiscutable, a duré une année entière, assez longtemps donc pour susciter encore ce genre de propos des décennies plus tard. Mais c’est un peu court, car dans l’histoire du tennis les saisons aussi immaculées se comptent sur les doigts d’une main. Et attendre du Superbrat qu’il prolonge en 1985 sa domination de 1984, c’était démesuré, même pour lui. Après tout, sa saison 1985, sur un plan strictement comptable, est en tous points meilleure que sa saison 1982 pourtant marquée par la retraite de son grand rival Björn Borg. Simplement ces deux exercices n’arrivent pas au même moment de sa carrière.

En déclarant à Richard Evans qu’il ne parvenait pas à tirer du plaisir de ses exploits, John McEnroe a sans doute, pour une fois, livré sans artifice le fond de sa pensée. La contrepartie de ses exploits de 1984, c’est une pression grandissante, venue à la fois de lui-même et des attentes du public de la petite balle jaune. Et cette pression a fini par engloutir son esprit tourmenté, de manière subliminale fin 1984, mais récurrente en 1985. Il a en outre commis l’erreur de croire qu’il pourrait maintenir son niveau de 1984 avec la même constance sans se plier à la discipline quotidienne nécessaire. Et c’est probablement dans sa vie privée que se nichent d’abord les raisons de ce déclin relatif.

L’effacement progressif de John McEnroe en 1985 ne doit donc rien à l’amélioration des matériels, ni aux progrès d’Ivan Lendl, ni à l’arrivée d’une puissance incontrôlable symbolisée par Becker. C’est lui, avant tout, qui n’est plus le même joueur.

Boris Becker, qui partage avec le Superbrat une vie jalonnée de nombreuses zones d’ombre, a indiqué un jour que l’un des plus grands regrets de sa carrière était de ne pas avoir affronté John McEnroe au sommet de son art à Wimbledon. Un hommage en oblique à un champion avec qui il était capable, le même jour, de s’engueuler copieusement durant le match et de finir la soirée avec lui. Mais Boris ne perdait rien pour attendre : en août 1986, quelques jours seulement après son mariage, le Sale gosse allait offrir à l’Allemand, désormais n°2 mondial, la plus furieuse des oppositions à Stratton Mountain, dans ce qui restera probablement le plus beau match de l’année 1986.

Post-scriptum : l’auteur de ces lignes n’a pas à sa disposition l’autobiographie de John McEnroe. Sujet à caution comme tout ouvrage autobiographique, et encore plus connaissant le personnage, ce livre serait tout de même un éclairage précieux bien que partiel et partial, sur le déclin relatif de Mac en 1985.

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Grand passionné de tennis depuis 30 ans.

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19 Responses to John McEnroe, chronique d’un déclin

  1. Rubens 5 juillet 2024 at 11:35

    Message aux tauliers : j’ai tenté de mettre la photo de Mac et de Curren en « Image à la une ». C’est une image JPG. En mode écriture de l’article, tout en bas à droite, je ne la vois pas apparaître, par contre j’ai bien le bouton en-dessous me permettant de la supprimer. Je crois bien que c’est un bug, parce que j’ai également inséré cette image au début de mon article et elle apparaît sans problème.

    Voyez-vous une solution ?

    • Colin 5 juillet 2024 at 18:30

      Superbe article Rubens.
      Visiblement quelqu’un a fait ce qu’il fallait car la photo apparaît bien en « une ».

  2. Sam 5 juillet 2024 at 21:05

    Super, merci Rubens.
    Et c’est parti pour…Le Coin Des Vieux !
    Evidemment, nous savons tous, nous les vieux, qu’en 84, Mac a marché sur l’eau. A une petite volée de coup droit près, début juin, rien de sérieux. Sauf que, notamment d’après Barthès (Pierre, pas Yann, les jeunes), il était physiquement crâmé ce jour là, dès le 4eme set.
    Là où je suis moins convaincu, c’est sur 1985 : pour moi, il y a amélioration du matos, et progrès d’Ivan. Et n’importe quoi de la prépa physique de Mac.

    Pour ce qui est de l’arrivée des jeunes bombardiers, ça ne saute pas aux yeux en fait, effectivement. Je regarde d’ailleurs le Top de Sept. 85, après l’USO : je ne vois qu’Ivan (1) et Boris (7) pour incarner cet a priori avènement de « la puissance ». Je m’égare un peu, mais tant que je suis sur ce ranking : Jarryd (5), et Nystom (10), sont jeunes, mais incarnent-ils la fameuse puissance ? En 85, Mac a collé une rouste phénoménale, d’ailleurs, à Nystrom, à l’US, du moins les deux premiers sets (perso, une vraie madeleine tennistique), alors, la puissance de celui-là….A noter que Mac fini encore N°2 fin 85.

    • Rubens 6 juillet 2024 at 10:39

      Salut Sam,

      Pour le matériel, je ne sais pas s’il y a ou non une amélioration substantielle entre 1984 et 1985. Mais de toute façon, Mac n’était pas un dinosaure sur ce plan-là, il était à l’écoute des évolutions et il les intégrait rapidement. Le dinosaure de cette époque-là c’est Connors, qui en est resté à sa T-2000. Je crois donc nécessaire de mettre un bémol sur le couplet de ce pauvre John délicat éphèbe submergé par des torrents de puissance rendus possibles par des nouveaux matériels.

      Les progrès de Lendl…

      Je vais convoquer à nouveau Fibak, non le joueur cette fois, mais l’entraineur de Lendl jusqu’en 1984, et qui est notamment dans le box de son poulain le jour de la fameuse finale parisienne qui n’a pas existé (mais entre vieux, on se comprend Sam :mrgreen: ). Quand tu vois le visage d’Ivan à la fin du match, tu vois bien qu’il ne sort pas d’une simple promenade. Mac était sur les rotules, mais Ivan n’était guère mieux. Il a expliqué avoir vomi d’épuisement dans le vestiaire juste après ce match. Et avoir eu une explication avec son entraineur sur la suite. Fibak voulait étoffer le jeu de Lendl afin qu’il ait plus d’options, offensives notamment, et qu’il ne se retrouve pas sans arrêt dans la position du galérien qui court des kilomètres en défense. Mais le Croquemort n’était pas d’accord, pour lui la priorité était d’étoffer sa caisse physique afin de ne plus se retrouver sur les rotules comme cela à la fin d’un match. Quelques mois plus tard, Mac expliquait lui-même que voir Ivan courbaturé et incapable de plier les jambes dans le vestiaire avant leur finale de l’US (le Tchèque avait eu une demi longue et épuisante face à Cash la veille) l’avait galvanisé pour le liquider rapidement. Ce qu’il fit, avec la manière, malgré sa propre fatigue (longue demi contre Connors, + le double).

      Bref, Ivan s’est séparé à ce moment-là de Fibak et a engagé Tony Roche, avec pour feuille de route de bosser avant tout sa condition physique. A partir de 1985, je n’ai pas le souvenir d’un seul match où Ivan aurait perdu pour cause d’épuisement. Le Croquemort de 1985 frappe-t-il plus fort que celui de 1984 ? Je ne le crois pas. Sa puissance gênait McEnroe dès 1981 en fait. Par contre, il court désormais aussi vite au bout de 4 heures de jeu qu’en début de match, et ça c’est une différence majeure.

      Mais les progrès du Tchèque en termes de résistance physique n’expliquent pas que dans leur finale de l’US 85 le Superbrat soit obligé de frapper sa première volée 1m plus loin que l’année précédente. C’est bien Mac qui est devenu plus lent.

      • Achtungbaby 8 juillet 2024 at 22:29

        Big Mac n’avait pas les coups pour lutter contre les joueurs puissants. Son coup droit était assez faible, souvent flottant. Contrairement à son revers qui lui permettait de prendre la balle tôt et de la reaccélérer en faisant opposition avec son corps, dans cette position si particulière sur la pointe des pieds, son coup droit n’avait ni le même avantage d’accélérer la balle ni la même précision.
        Pour moi son jeu ne pouvait pas lutter contre l’arrivée des joueurs puissant notamment en coup droit lourd.

  3. Kristian 10 juillet 2024 at 11:37

    Lecture tres agreable. Et meme si je suis de ceux pour qui le 9 juin 1984 est un tres beau souvenir.
    Quoiqu’il arrive avec le niveau de Mac en 85, on ne peut nier que 85 est aussi un changement d’epoque. Il suffit de voir et revoir les finales de Wimbledon 84 et 85 pour se rendre compte que ces deux matchs appartiennent a deux epoques differentes. En 12 mois on a change de decennies, et le tennis pratique par McEnroe a pris un brutal et terrible coup de vieux.

    • Rubens 10 juillet 2024 at 11:46

      Salut Kristian, et merci pour la lecture :smile:

      Mais pour le coup, je défends l’argument exactement inverse. Le changement d’époque de 1985 n’est perceptible que si l’on regarde uniquement la finale de Wimbledon, qui ressemble en effet à une finale des années 90. Le reste de la saison ne le confirme pas.

      • Sam 10 juillet 2024 at 20:01

        Oui, c’est ce que je voulais dire en fait.
        Le changement d’époque ne saute pas du tout aux yeux à la lecture des top 10 et 20, tout au long de l’année 85. « La puissance », c’est la finale de Wimby, et Ivan, le reste…De mémoire – pas de mémoire de 85 mais mémoire de ma lecture de l’Atp l’autre jour, hein, soyons clairs – à mi-parcours de l’année, je ne voyais que Arias incarner cela, Arias, s’il me permet, un peu has never been, on va pas se mentir.

        Tiens je vais me regarder des HL de ce 10 juin. C’est le jour où je suis vraiment tombé en tennis, en ce qui me concerne.

  4. Kristian 10 juillet 2024 at 19:45

    Totalement bluffe par Musetti. Sa finale au Queens n’etait pas un hasard. Il n’a pas la technique d’un joueur de gazon mais il joue incroyablement juste et son revers fait des merveilles. Ca ne suffira probablement pas pour battre l’affreux, mais c’est superbe

  5. Perse 11 juillet 2024 at 14:50

    Super article Rubens, merci de nous faire partager un tel contenu si régulièrement.

    C’est top d’avoir des récit de cette période qui est antérieure à ma naissance, et forcément obsolète bien malgré soi pour mes yeux.

    ———–

    Pour Wim :

    C’est top pour Musetti d’arriver là, on connaît tous son talent d’autant plus lustré par un revers à une main de toute beauté. C’est un joueur qui enquiquine grave Djoko et peut-être que cette fois-ci sera enfin la bonne pour lui ? C’est tout ce que je lui souhaite en tout cas.

    Sinon en ATP, la dynamique monstreuse depuis 1 ans de Sinner s’essouffle un peu en GC où il montre d’une grande fragilité physique (crampes, vertiges etc…) et c’est finalement Carlitos qui reprend le dessus sur les plus grandes scènes. Pour l’instant son rythme de carrière est de tout premier plan et s’il gagne à nouveau Wimbledon, cela fera 4 GC à même pas 22 ans, c’est hallucinant !

    Chez les filles, c’est toujours instable avec Rybakina en favorite…

    Comme de façon trop récurrente depuis 18 mois, un commentaire qui n’est pas une balle perdue sur Tsitsipas qui paraît jours après jours de plus en plus déphasé alors que c’est un très beau joueur.

    Si ça se trouve c’est Musetti le prochain R1M vainqueur de GC ?

    • Rubens 12 juillet 2024 at 11:58

      Oh oui Lorenzo, viva Italia, vive le revers à une main, et vive le beau jeu en général. Lâche-toi !!!!!!!!!

  6. Guillaume 12 juillet 2024 at 12:08

    En compilant des chiffres, je me suis aperçu qu’il y a un décalage plus que notable entre la très forte réussite de Sinner dans les matchs durant la tranche 3 à 4h (en gros, un match Bo3 très serré, ou en GC 4 sets serrés ou 5 un peu décousus), et son 0/7 sans appel dans les matchs de 4h et plus. Faut-il en conclure qu’avec ses jambes en allumettes et ses bras dont la finesse n’annonce absolument pas la puissance de frappe du loustic, il est un nouveau Lendl 84 qui attend son Tony Roche ? :lol:

    C’est d’autant plus curieux que dans ces 7 matchs, ceux que j’ai en tête le voient plutôt finir fort, comme contre Alcaraz encore récemment à RG, où les derniers jeux sont extrêmement serrés. C’est le trou d’air préalable (entre le break de fin de 4e set et celui du début de 5e, décisif, ça fait 5 jeux de suite pour Alcaraz à ce moment-là) qui lui coûte cher. On n’est pas dans l’effondrement physique total de quelqu’un qui n’aurait plus rien à donner au 5e set, mais l’issue ne lui en est pas moins à chaque fois défavorable. Or dans le tennis moderne qui multiplie les matchs à rallonge (Wim 2024 est d’ores et déjà le GC qui a enregistré le plus de 5 sets, devant… OA 2024), qui plus est matchs à rallonge plus longs qu’avant (on a « gagné » quasiment 1h entre ce qu’on appelait un marathon dans les 90′s et nos marathons actuels survitaminés à la norme Djoko / Nadal), ça va vite devenir un souci pour lui s’il veut engranger les Chelems.

    • Rubens 16 juillet 2024 at 08:39

      Salut Guillaume,

      Alors déjà, il faut souligner 25 fois ton passage sur la durée des matchs. A nombre de jeux égal, un match en 5 sets doit durer en moyenne une heure de plus qu’il y a 30 ans. Je l’avais déjà remarqué l’année dernière après la finale de Wimbledon, qui avait compté 2 jeux de plus que la finale Becker-Edberg de 1990… mais qui avait duré 2 heures de plus.

      Concernant le Béornide, cette stat est édifiante en effet. Si l’explication physique ne tient pas – et selon moi elle ne tient pas – il reste peut-être l’explication tactique. Un match en cinq sets est un match où les deux joueurs disposent du temps nécessaire pour tenter de nouveaux schémas tactiques si ceux qu’ils ont essayés ne marchent pas. Si un joueur parvient à pousser Jannik au cinquième set, c’est qu’il a survécu à la soupe que l’Italien lui a servie pendant quatre heures. Et dans le cas d’Altmaier, de Medvedev et, plus récemment à Roland, de Carlitos, ils avaient encore quelques variations en réserve là où Jannick n’en avait plus. Il va peut-être falloir qu’il enrichisse sa palette tactique.

      Mais ce n’est qu’une hypothèse, et je précise n’avoir vu ni sa demi contre Alcaraz à Roland, ni son quart contre Daniil à Wim. Et je crois aussi que les matchs en cinq sets du Béornide se sont joués à un ou deux détails, c’est-à-dire à une poignée de points qui suffisent à faire basculer un match mais pas à en faire l’analyse stratégique globale.

      Je salue au passage la récente mue de Carlitos en Grand Chelem. Il a ajusté la mire sur le point précis où il pêchait : quand la flamboyance est inefficace, tenter autre chose de moins flamboyant. A Roland, il n’a à aucun moment approché son meilleur niveau mais il l’a emporté quand même. Chapeau l’artiste.

      • Montagne 17 juillet 2024 at 08:48

        Il est vrai que lors du match Edberg – Becker, il était rare, exceptionnel même, de gagner un point en plus de 3 échanges.

        Mais les joueurs prenaient ils une minute trente d’arrêt tous les deux jeux comme maintenant ?
        Il faudrait parler en temps de jeu réel et non en durée du match.

        Comme disent certains commentateurs télé (ou radio) : on joue depuis 30 minutes de jeu !!!!

        • Rubens 17 juillet 2024 at 09:27

          Oui, 1mn30 au changement de côté, comme aujourd’hui. J’ai un doute par contre, c’est à cette époque-là que la durée entre les points est passée de 30 à 25 secondes, mais je ne sais plus si ce changement s’est opéré avant ou après cette finale de Wimbledon 1990. S’il s’est déroulé après, il faudra ajouter les 30s (au lieu de 25) comme pièce supplémentaire au dossier : Edberg et Becker ont fait peu ou prou le même nombre de jeux que Djoko et Alcaraz en finale de Wim, et ils ont mis 3h au lieu de 5h, TOUT EN AYANT 5S DE PLUS ENTRE CHAQUE POINT :smile:

        • Rubens 17 juillet 2024 at 09:41

          Ceci étant, le vrai critère pour prendre la comparaison n’est pas de compter les jeux, mais de compter les points réellement disputés. Et dans ce registre, je pense qu’on pourrait démontrer sans difficulté qu’à nombre de jeux égal, le nombre de points disputés est globalement supérieur aujourd’hui à ce qu’il était dans les années 90. Et la raison me semble évidente : le matos d’aujourd’hui permet au retourneur de renvoyer le service avec la puissance de l’envoyeur. Non seulement il y a moins de services qui ne reviennent pas, mais en plus ça relativise l’importance du service et ça rallonge les jeux. Il y a sans doute, en proportion, plus de breaks aujourd’hui.

          Ces dernières années je me suis parfois demandé, notamment en regardant le tennis féminin, si le concept de « break » n’était pas devenu inopérant. Le service est presque devenu un coup « faible », sauf pour quelques grosses serveuses. Mais bien souvent, c’est presque un coup comme un autre, avec de surcroît la contrainte que c’est un coup plus court que les autres :mrgreen:

  7. Perse 14 juillet 2024 at 17:52

    Oui c’est bien Alcaraz qui est l’alpha de l’ATP dont seul le physique le limite, il a repris une avance considérable sur Sinner avec ce doublé RG-Wim.

    C’est tout de même pertubant de voir la permanence des dominations sur toutes les surfaces, comme si elles n’étaient plus vraiment significatives et n’étaient qu’un paramètre aléatoire supplémentaire…

    Parce que Krejcikova qui passe d’un bilan de 7 victoires/9 défaites en carrière à gagnante à 28 ans, cela fait quand même bizarre.

    • Kristian 15 juillet 2024 at 18:23

      De meme que le joueur ayant gagne le plus de matchs sur gazon cette annee est.. Musetti, qui n’avait quasiment rien gagne sur herbe jusqu’a present. Enfin, c’est pas nouveau. Depuis l’enchainement des finales Nadal/Federer a Roland Garros puis Wimbledon, ca fait bientot 20 ans que ca dure.
      Mais ca revient pour le coup a banaliser l’exploit de Borg qui en reussissant 3 fois de suite l’enchainement victorieux RG-Wim avait realise quelque chose d’assez irrel vu les conditions de l’epoque.

  8. Guillaume 17 juillet 2024 at 16:17

    On parlait l’autre jour des bizarreries de classement à instant T mais on a donc un auteur de doublé Roland-Garros / Wimbledon scotché à la 3e place mondiale. Et toujours 2e à la Race. Il existe bel et bien un monde où Carlitos termine l’année n°3 mondial. Si on pousse le curseur du mauvais esprit, on peut tout à fait l’imaginer, ayant tout donné dans un triplé royal RG – Wim – JO (+ le plus gros des M1000 à Indian Wells), et 3e en décembre derrière Sinner (OA) et Zverev ou Medvedev (US).

    Faut dire qu’il est taquin, Carlitos. Quand on regarde son capital points dans le détail, il bâtit 50% de son classement sur les seuls RG et Wim (4000 points sur 8100). Plus les 1000 d’IW, ça en dit long sur la misère traînée en fin d’année 2023 et les forfaits sur blessure de 2024 (Rio, Monaco, Barcelone, Rome). En ajoutant forfait Bâle + pas de Coupe Davis fin 2023 + pas de tournoi de prépa à l’OA + le Queen’s juste là pour décuver digérer Ibiza :lol: , on se rend compte qu’il a en réalité peu joué depuis novembre dernier : 10 tournois en 8 mois !

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