Les voir en vrai

By  | 24 octobre 2009 | Filed under: Bord de court

Thierry Ascione, Open de Rennes (photo Le progrès)Pour comprendre ce que c’est d’assister à l’Open de Rennes, le plus simple c’est d’en parler. Pas à des initiés, non, à des profanes. Ceux pour qui le tennis c’est Nadal – Federer, Mac Enroe – Lendl et c’est tout. Ceux pour qui le tennis c’est début juin à la télé, en même temps que le Grand prix. Ceux pour qui le tennis, « ça finit à quelle heure ? Au prix qu’ils sont payés… » Ceux qui, un jour ou l’autre, disent « allez Henri ». Alors quoi l’Open de Rennes ? Si jamais ils vous posent la question, dites leur qu’il y des joueurs de tennis et que vous allez les voir, en vrai.

Comme son nom l’indique, l’Open de Rennes (« Internationaux de tennis »), Challenger Series, se trouve à Rennes. Enfin presque. Dans la mesure où la majorité des spectateurs arrive de Rennes même ou de sa banlieue, au final l’Open de Rennes est surtout : près de la piscine (« salle Colette Besson », mais demandez surtout la piscine).

Comme son nom l’indique plus ou moins, l’Open de Rennes est un Challenger Series. A ce stade, pas la peine d’embrouiller la tête du Profane avec ce genre de détail, il vous rappellera bien assez tôt que « tu t’crois à Roland-Garros ? » N’empêche, il n’aura pas tout à fait tort. Un Challenger Series se définit surtout par ce qu’il n’est pas, ou pas encore mais ça viendra : un « grand », un « vrai » tournoi, immédiatement reconnaissable sur la carte des évènements sportifs par le club des « allez Henri ». Et pourtant il se donne du mal notre Open de Rennes, en communiquant très fort sur l’augmentation du « Prize money » (allant jusqu’à expliquer les subtilités de l’hôtellerie incluse), et en affichant la position ainsi acquise de « 8e plus grand tournoi français ». Et attention, on ne compte pas en rester là.

Car tout devient plus beau, tout devient plus gros. Les deux premières années, nous finissions à huit spectateurs congelés sur des gradins escamotables. Ensuite, déménagement à Colette Besson, qui est chauffée (si je puis dire). Cette année, toujours Colette, et en plus des spectateurs présents en nombre jusqu’à pas d’heure. Colette est pleine (…). Enfin, miracle des miracles : en quatre années, le prix d’entrée à considérablement… baissé. Quel est ce prodige Sainte Colette ? « Bah mon bon Sam, pauvre gueux :

Ne vois-tu point le monde changer ?

Tes mirettes au marketing, tu dois initier.

Et constater autour de toi l’arrivée,

De notre sainte patronne à tous, la BNP ».

-         Mais alors, sainte Colette, vous voulez dire que nous aussi, à Rennes, nous allons…

« Hééééé oui, mon brave.

Ceux-là même que tu traitais de profanes,

Ce sont eux, la vraie manne.

Dès qu’ils voient la BNP,  

Ils pensent Vu à la télé,

Si c’est à la télé, c’est bien,

Et si c’est bien, je viens.

Habitué depuis tout petit,

La BNP, c’est : Allez Henri ».

 Fort de ces révélations, notre œil s’aiguise et nous constatons qu’effectivement, le joli logo vert BNP Paribas (« Un monde qui change ») s’est délicatement posé sur le tableau de simple, en plein milieu. Exit donc, l’Open de Rennes La Trinitaine (« produits bretons appréciés pour leur saveur et leur authenticité »).

 Mais ça n’est pas tout. A quoi reconnait-on un grand tournoi avec la BNP dedans ? A la qualité des tribunes au bord du court. A quoi reconnait-on la qualité ? Facile : à Roland-Garros, plus la tribune en haut de l’écran au-dessus des bâches avec le logo BNP est vide à l’heure de la digestion, avec juste Tiriac en train de fumer une clope en bas à gauche, plus c’est de la qualité. Suffit de faire pareil. Colette étant non-fumeuse, Tiriac n’est pas venu. Pour le reste, c’est très simple, créons de la distinction, et de la réservation. Réserver un truc gratuit me direz-vous ? Oui, pour être : en Bas. Au plus près du court, là où on se rend le plus compte de la vitesse, là où c’est le plus En vrai. Etre le mec qu’on voit à la télé au changement de coté assis juste derrière Federer, passer nonchalamment un coup de téléphone. Le nom de baptême rennais pour cette caste est : « Opportunité Business ». Et n’y rentre pas qui veut. Une fois pénétré Col…, pardon, dans l’enceinte (…), n’imaginez pas avoir accès à votre Opportunité Business. Vous n’êtes au mieux qu’un aimable licencié. Le tennis est une chose trop sérieuse pour être laissée aux joueurs : les VIP, en Bas, les gueux, en Haut.

Une vue plongeante sur l’Opportunité Business : Rennes est une ville composée d’un tiers d’étudiants, et d’une bonne part d’administratifs. Pour le reste, imaginons la scène : « cher Monsieur, et si nous allions finaliser ce projet confortablement installés au premier rang de l’Open de Rennes ? …Moui,  heu …’llez Henri ? Hum, pas exactement, mais presque. Ce soir par exemple, on a – hum – …Kindlmann contre Snobel ».

Mais le Bas de Colette n’est pas vide. Ils y bavardent confortablement, les tempes grisonnantes et les yeux rieurs sous leurs casquettes à carreaux avec des velours côtelés assortis aux Méphistos, installés là depuis si longtemps qu’on ne sait plus où fini leur siège et où commence leur cul, profitant des joies simples de la retraite à taux plein, vous les avez reconnus, ce sont : les Vieux. Oui, ceux-là même qui occupent leur temps – que – libre à cogiter les règles inextricables du tennis amateur de Province avec ses poules, ses 2e meilleurs premiers qui montent, son dernier de l’équipe 4 qui doit – ou pas, ça dépend – être mieux classé que le premier de la 5, sauf s’il est non classé, etc ; les directeurs techniques de sous-préfectures, ceux qui vous envoient tous les ans chez le médecin pour attester que vous êtes en pleine forme, alors que vous n’y allez jamais le reste du temps (rapide calcul : pour un club de 200 licenciés, à 25 euros la consultation de 10mn, ca fait 5000 euros de Sécu), ceux qui ont inventé le super tie-break à la place du troisième set en double : c’est eux. Les joueurs du dimanche qui l’ont refusé en bloc : c’est nous. 

Alors nous, en Haut, on voit peut-être un peu moins bien, mais qu’importe, la Démocratie peut aussi passer par les oreilles. Nous sommes tous égaux devant les assauts du didji réquisitionné pour garantir la monfilsation de tout événement tennistique qui se respecte. Bercy a eu David Guetta, nous aussi on veut notre ambianceur. C’est la fête, nom de Dieu, de gré ou de force, c’est la fête ! Rentrez-vous bien ca dans le crâne, une bonne fois pour toute : le sport, c’est la fête, et la fête, c’est les didji. Et c’est parti pour l’agression sonore electro-plouc caractérisée entre chaque match. Je vous garantis que le mec joue très fort et qu’il n’est pas fan de Leonard Cohen. On en vient à prier pour que les joueurs arrivent vite. Jamais de la vie je n’aurais imaginé désirer Dominik Hrbaty à ce point.   

Une fois ce cadre posé, reste un détail à régler : les joueurs. Alors, place aux fauves. Entre ici, fils du vent : Colette, ceux qui vont mourir pour toi te saluent.

Etaient annoncés et présentés comme « principales attractions» de cette édition 2009, rien moins que : Grosjean, Clément, Mahut, Malisse, Hrbaty, Ouanna. Auxquels ils convient d’ajouter pour les plus initiés : Carsten Ball, Kevin Anderson ou Thiago Alves, notamment. On pourrait aussi ajouter pour les encore plus initiés, et à tendances sadiques : Jean-René Lisnard. Ouais. Vous je sais pas, mais moi, c’est ce que j’appelle une liste prestigieuse. Après, particulièrement en Challenger, il y a une nette différence entre un joueur « annoncé » et un joueur qui vient vraiment. Là, on peut déjà enlever Grosjean et Lisnard (ah mince) de la liste. Et puis il y a ceux qui viennent, mais qui posent juste leur enveloppe charnelle sur le court pendant une heure et repartent aussi sec : Clément.

Comme vous l’aurez compris, quand on est 8e tournoi Français, être amputé quasiment d’entrée de jeu du binôme Grosjean/Clément, c’est problématique. Car il faisait fièrement office de rempart le plus efficace à la question ultime du Profane : « y’a qui d’connu ? » Là, une seule stratégie possible, répondre : « tous ». Etre très affirmatif. Et puis de toutes manières, soit ils ont été connus, soit ils le deviendront, soit ils le sont dans leur quartier.

Viens Profane, prenons un exemple au hasard, et admirons au passage la formidable progression qualitative du tableau au fil des ans. Rien qu’en 2007, la tête de série 1 est… Edouard Roger-Vasselin. Ca te dit quelque chose, Profane ? Oui, c’est ça, c’est bien lui. En 1983, même. Oui, l’année où. Et figures-toi qu’il vient de taper del Potro, en plus. Pardon, c’est vrai, tu ne connais pas. En 2007 toujours, tu remarqueras que la « last direct accepteance » (cherche pas, c’est du langage pro) est 218e, et s’appelle Jérémy Chardy. Ca te dit quelque chose, Profane ? Non ? La Coupe Davis, ca te parle ? Bon, saches qu’aujourd’hui, ce Chardy-là tient l’équipe de France à lui tout seul. Prenons le tableau 2008, et un nom complètement au hasard : Rodolphe Gilbert, puisque ca te parle quand c’est français. Qui c’est ? Becker, tu connais ? Oui, c’est ça, « Boum-boum ». Hé bien Gilbert vient de le battre à Roland Garros en 1993. Autre nom pris complètement au hasard dans le tableau 2008 : Serguei Bubka. Des commentaires ?

Hoooooo, comme je suis distrait. Et comme tu es observateur, Profane. Tu fais bien de me le faire remarquer, c’est bien une affiche géante avec Tsonga dessus que l’on voit ici au-dessus de nous. Et oui, c’est bien le minois de Jo-Wilfried  que l’on voit aussi sur le programme. Ainsi que sur différentes pages du site officiel. Et dans la presse locale, effectivement, tu as bien souvent lu la Vérité : Jo-Wilfried Tsonga a gagné l’Open de Rennes en 2006, et ça a lancé sa carrière. Le déclic. Comprenez : sans Open de Rennes, pas d’écrabouillage de Nadal à l’Open d’Australie, pas de Bercy, pas de « solide top ten », et Gilles Simon numéro 1 français. Ca calme, hein ? Comment un Challenger français, pour sa première édition aurait-il pu être placé sous meilleur patronage ? Est-ce qu’il sera là cette année ? Ca, c’est la mauvaise question. Restons-en là.

Car c’est bien là tout le problème d’un tournoi comme l’Open de Rennes. Tous les joueurs qui le remportent ne rêvent que d’une chose : ne pas avoir besoin d’y revenir. Pour les organisateurs, ce phénomène nécessite donc de déployer des trésors d’imagination marketing pour valoriser l’hétéroclite cargaison ATP annuelle qui se présente en Bretagne. Nous avons donc la catégorie des Zespouars, et parmi eux, les Zespouars français, qui est particulièrement large. On peut être espoir tard, en France. Vous ne les connaissez pas encore, bientôt, ils seront connus, et vous avez la chance de les découvrir en exclusivité, sous vos yeux et de très près si vous êtes en Bas. Qu’est-ce qui prouve ça ? Ben, on a eu Tsonga. Cette année, Carsten Ball tenait la corde pour le rôle de future star révélée à Rennes. Ensuite, la cohorte des numéros 1 exotiques. Vous ne les connaissez pas ? Mais enfin, dans un monde global, le tennis ne se limite pas à l’Hexagone ! Ca peut paraître dingue, mais chaque pays a son Numéro 1. Et ils viennent à Rennes. Pour preuve, Kevin Anderson, Rabie Chaki, Alejandro Falla (non, pas Lisnard). Et enfin, la catégorie des connus ou un peu connus, qui exerce une fascination somme toute un peu… morbide. Les raisons de leurs présences restent toujours plus ou moins suspectes. Franchement, monsieur Clément, vous qui avez connu les Grands chelems, la Coupe Davis, les hôtels, les avions et tout le bazar, qu’est ce qui vous fait vraiment venir… ici ? Et vous m’sieur Hrbaty ? Ces garçons portent en eux l’ATP World Tour Dream. Pensez : ils ont joué Agassi. Et si Grosjean était venu ? Le problème des stars dans un Challenger, c’est qu’en venant, elles entérinent précisément le fait qu’elles n’en sont plus. Cinq heures du mat’, en smoking dans un PMU, Chez Colette. Allez, il faut sortir, monsieur… Au final, le tournoi ressemble à une gare de transit. Les Zespouars viennent dans l’espoir d’aller ailleurs, les stars dans l’espoir de retourner d’où elles viennent. Et si un jour Safin vient à Rennes, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne nouvelle.

Mais quelle importance, finalement, par rapport à ce qui va se passer maintenant ? Entrez, installez-vous, et regardez attentivement la tête de votre Profane à l’instant du premier échange. Pour la première fois de sa vie, il voit du tennis.

Ceux qui ont déjà lu les récits à chaud en version post peuvent directement sauter à la conclusion (par ailleurs et si besoin était, je leur confirme que Thierry Ascione a bien remporté le tournoi au terme d’une finale où il a écrasé Andy Murray 6/1 6/0. En double, associé à sa sœur, il domine la paire Hewitt – Karlovic).

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C’était bien, chez Colette, jour 1.

Dominik Hrbaty : qu’a-t-il fait contre Romain Jouan (sorte de Safin breton, si vous voyez le concept) ? A quoi peut-on s’attendre de la part d’un Hrbaty au premier tour d’un Challenger ? A de l’expérience, pour le moins. Une faute toutes les 20 minutes, et encore. Du rusé, du compact aux points importants.

Ensuite, dans le genre classe moyenne du tennis international, le sympathique Thierry Ascione et sa bonne tête de nounours sympa. Son très joli revers à une main, aussi, une de règles de base du tennis étant qu’il faut toujours être pour celui qui a un revers à une main. C’est comme ça, Profane. Alors, que pouvait faire le Julien Obry de Picardie, avec 11 ans et une tête de moins ? Pas grand chose, à part montrer un joli revers à une main lui aussi, et toute la différence entre le 6e junior mondial et un briscard comme Ascione.

N’empêche. Ascione a en commun avec Federer son année de naissance, 1981, et la pratique du revers à une main (vous me direz, les deux sont joueurs de tennis : c’est vrai aussi). Obry, dix ans de moins, né en 1991, pour l’instant « espoir tricolore », et quasi-inexistant au premier tour d’un Challenger. Il y a 10 ans, Fed, au même âge, remportait le Challenger de Brest. Ca n’a pas valeur de loi, mais ca pose « l’espoir ».

On y retourne, donc. Et attention: Seb Grosjean nous ayant fait faux bond (il a mal à XXX, mettez ce que vous voulez), la principale attraction devient …Arnaud Clément. Contre Guez au premier tour (et Espace Pizza ensuite, Av. De Gaulle).

Mais les initiés ont repéré depuis longtemps que le VRAI MATCH est ailleurs, entre Mahut (ex-future chance tricolore à Wimby) et l’inénarrable et très imprévisible Xavier Malisse.

Pour ce soir: aller voir Ouanna ou pas, telle est la question (et la réponse est dans « contre Cervenak le Slovaque »).

Sinon un truc curieux avec Hrbaty: il ressemble comme deux balles à Stepanek.

C’était bien, chez Colette, jour 2.

L’info essentielle: Arnaud Clément avait choisi de se présenter à Rennes sans ses lunettes de ski : ça lui a été fatal, plié en 2 sets secs par David Guez. Se vengera peut-être en double associé à Sidorenko. Un mot sur celui-là, dans la famille des zespouarfrainçais: une sympathique bonne tête de garde du corps de Poutine (je sais, c’est délit de sale gueule, mais bon), et un tennis, comment dire ? nuancé, qui va avec. Jamais vu ça: quand il sert, sa raquette fait un bruit de swwoush comme le sabre laser de Dark Vador. En interview, il est raccord. Homme de phrases courtes, l’ami Sido déclare sobrement: « Moi, c’est avant tout la puissance ». Sans dec ?

Dominik Hrbaty a acquis ici une curieuse popularité. Peut-être due au fait que son tennis, à comparer à celui de son adversaire d’hier, Alejandro Falla, paraît littéralement… inspiré. N’empêche qu’il a commis plus de fautes directes hier dans le troisième set que pendant tout son Roland-Garros 1999. Alors malgré quelques « Allez Dominik ! » (?!), zou, back to Bratislava.

Last but not least : l’internationale Safinienne a son représentant Belge en la personne du très imprévisible Xavier Malisse. Première info : il est venu. Deuxième info : toujours le chignon, Xav ? Toujours. Et il est cool, Xav. Là où sa réput’ de « gros caractère » le précède, il se montre particulièrement détendu, dans l’attitude et le jeu. Autant son adversaire – pardon, « zespouarfrainçais – Nicolas Mahut est tout en angles et pointes, autant Xav est en rondeur et fluidité. Ce qu’on appelle le Talent. Jamais il ne donne l’impression de forcer. Cool. Quand il se fait masser par le soigneur sur sa serviette (c’est quand même le physique de Xav), on a l’impression de se retrouver pris dans un rituel new age à Bradenton. En face, Mahut est tendu, éructe contre tout et n’importe quoi. Même sa voix est aigüe. Xav, lui, quand il s’adresse à l’arbitre dans son sabir florido-belge, il invite à la communication: « qu’est ce que t’en pense, toi ? » Zen. Moralité, c’est pas parce qu’on est attaquant qu’on a le monopole du talent : Mahut se jette au filet dans n’importes quelles conditions. Xav attend gentiment qu’il lui offre le match sur deux doubles fautes. Prochain tour pour Xav, Rameed Junaid. Vous voyez qui c’est, bien sûr ?

C’était bien, chez Colette, jour environ 3 ou 3 ½…. ou pourquoi Thierry est : le Sauveur.

Reprenons le déroulement des événements. Cette saaaaloperie de calendrier ATP, ses cadences infernales ont fait cette semaine une victime de plus dans la course au Masters : Josselin Ouanna, obligé d’abandonner dès les quarts de finale de l’Open de Rennes.

Pour imaginer la portée cosmique de l’événement, et comme je l’expliquais avant de me mettre à tout réexpliquer, l’Open de Rennes est placé sous le haut patronage de Tsonga, qui est venu gagner ici en 2006, avant de devenir Djowill. Rennes est une ville qui aime bien lancer des trucs. Des minitels, des groupes de rock aux Transmusicales, et donc pareil pour le tennis : on a pour ainsi dire lancé Djowill, que ca plaise ou non.

Alors forcément, en 2007, quand Petzschner a gagné, on a senti un coup de moins bien. A l’époque, il avait battu le Luxembourgeois Gilles Muller de manière expéditive (6/3 6/2). Finale qualifiée de « décevante » par les organisateurs. On a d’ailleurs préféré continuer à communiquer à mort sur Djowill plutôt que sur le brave Philip, qui avait quand même tout dévasté sur son passage, simple et double, avant d’être également qualifié de « vainqueur de l’Open de Rennes qui a le moins confirmé depuis ». Petzschner, monté dans le Top 40, appréciera.

Et c’est là que Josselin est arrivé pour redonner un coup de France qui gagne, la France jeune et sympa. Et la France qui a le bon goût de battre Safin à Roland-Garros après (même si de nos jours, tout le monde bat Safin, même Santoro). Donc, outre le fait que Ouanna a encore besoin de revenir cette année (pas Petzschner), autant vous dire qu’il avait la pression. Et boom, abandon. Consternation.

Sur qui allait-on pouvoir jeter son dévolu ? Jusqu’au vendredi après-midi, une hypothèse sérieuse de A star is born à Rennes était… David Guez, vainqueur hier de Galvani en quarts (Italien, et qualifié de « roublard » dans la presse locale, ca ne s’invente pas). Guez, sauf le respect qu’on lui doit, est quand même moins bankable que Djowill et Josselin. Et d’ailleurs, il ne fait rien pour le devenir. Son grand truc, gagner et dire qu’il a « plutôt mal joué ». Ce qu’il a donc dit successivement après son match contre Clément (6/3 6/3, ca situe le niveau de Mr Laclé), puis contre Charles-Antoine Brezac : vous connaissez pas ? Ce garçon a fait un bond de… 1100 places à l’ATP cette année. C’est pas Gilles Simon qui ferait ça. Sinon, Brezac est aussi le régional de l’étape. Tellement régional que j’ai déja failli le renverser à un stop. Dans ces moments-là, on est content de ne pas habiter à Bâle ou Majorque. Guez donc, jouant enfin mal contre le roublard, et on commençait à se faire à l’idée de Open de Rennes = Guez, quand il est tombé sur pire que lui : Alejandro Falla.

Alors Thierry dans tout ça ? Il avait prévenu, Thierry: « Il faudra compter sur moi » (pas de doute, on est bien en Challenger). Passionnant en interview, d’ailleurs. Capable d’expliquer par le menu ce qu’est « l’expérience », il appelle ça « l’avantage d’être vieux », ou bien la différence entre une victoire et une défaite, qui tient selon lui et dans son cas à l’utilisation intensive du revers chipé : « J’ai chipé, chipé, chipé pour lui faire plier les cannes, à ce grand-là ».

Et pour chiper, il chipe, Thierry. Son adversaire en quart est grand, Jan Minar. Thierry s’obstine à lui faire « plier les cannes », et effectivement, l’autre fini toujours par rater. Le truc, c’est que c’est particulièrement ces points gagnés-là qui réjouissent Thierry (« le chip, ‘vous l’avais dit ! »). En face, Minar a remarqué que Thierry n’est pas particulièrement svelte et a décidé de lui faire voir du terrain. Ce qui ne gêne pas Thierry outre mesure, puisque quand il ne chipe pas, il cogne. Fort, très fort. Pendant les trois premiers jeux, tout, absolument tout, rentre. En points, ca fait 14/1. Les spectateurs se marrent tellement le niveau d’Ascione fait passer Guez et Galvani qu’on vient de voir pour des 15/4. Il est bientôt 20h30, les Rennais ont soif, mais grâce à Thierry, on sera bientôt à l’apéro. Sauf que le voilà qui se met en tête de contester une décision d’arbitrage, pas si grave. Et il se met à penser, donc à revenir sur terre. Le match peut enfin commencer pour Minar, qui jusque là se posait la même question que tout le monde : « combien de Grands chelems ce type a-t-il gagnés ? ». Curieux tout de même. Ascione, pendant quelques jeux, joue Top 30, en gros. Tout à coup, il semble se réveiller, et se dire « Oh put…, qu’est ce que j’ai à jouer comme ça ? Je suis 180, faut que je joue 180 ». L’avance accumulée suffit à le faire servir pour le set : quatre aces, dont le dernier sur deuxième balle, et c’est plié. Il y a du Leconte chez ce garçon. Une demi-heure plus tard, Thierry sert pour le match. Alors qu’est ce qu’il fait à 40/0 sur son service ? Ben ouais, il tente l’ace sur deuxième balle, qui sort de deux mètres. Définitivement un garçon attachant.

Aujourd’hui, Thierry vient de se qualifier pour la finale. Une nouvelle et passionnante leçon sur le chip en conférence de presse. Bon courage aux organisateurs pour communiquer sur « la révélation du tournoi », et comment l’Open de Rennes a « lancé la carrière » de Thierry. Et pour quoi faire, finalement ? Car de toutes façons, le point de vue de l’intéressé sur la question résume bien la situation: « Si j’étais dans le Top 50 ? Ben ce genre de tournoi – Rennes – je viendrais pas les jouer ». Cqfd.

C’était bien, chez Colette, dernier jour.

La finale, j’y suis pas allé. J’avais tennis. Je sais qu’Ascione a perdu 6/3 6/2 contre Falla. Je sais que maintenant, l’Open de Rennes est lancé lui aussi, et a pour objectif de délaisser Colette pour s’installer dans une salle autrement plus prestigieuse que l’on appelle ici « Le Liberté ».

Ce ne sera pas la première fois qu’il y aura du tennis au « Liberté ». Un soir d’hiver 1985, nous avions été des centaines de gosses à y aller. C’était pour voir le match exhibition de Noah contre Juan Aguilera. On avait attendu très longtemps avant de voir apparaitre cet immense type, Yannick. Il avait ensuite battu facilement, bien sûr, Aguilera. D’ailleurs, c’était la première fois que je voyais du tennis en vrai.

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A dormi dans le même lit que Jérôme Potier à Poitiers, à quelques années d'intervalle

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30 Responses to Les voir en vrai

  1. Duong 24 octobre 2009 at 11:18

    j’aime bien ton humour et la manière dont tu écris, notamment j’avais adoré tes commentaires « à chaud » que tu remets ici à la fin.

    Là, ça reste très très bien mais tu en fais un peu trop à mon avis, trop de répétitions notamment sur l’histoire du « profane ».

    J’aurais préféré plus simple.

    Après je comprends ta crainte par rapport aux lecteurs ici qui ont tendance à dire qu’ils ne s’intéressent qu’aux top-joueurs … mais bon, on est quand même sur un site de passionnés, non ?

    D’ailleurs, quand tu dis que « le rêve de tous les joueurs, c’est de ne plus y revenir », hé bien il y a quand même beaucoup de joueurs (bons joueurs classés 80-200) qui vivent des challengers, et pour qui les meilleurs challengers sont sans doute un rayon d’air pur ou de soleil.

    Mahut disait la semaine dernière qu’il adorait revenir au challenger d’Orléans, un tournoi qu’il adore dans l’année. Mahut a été 40e mondial et finaliste du Queens.

    Clément (finaliste en Australie quand même) a dit aussi que ça ne le dérangeait absolument pas de jouer en challenger, et qu’une fois sur le court c’était du tennis.

    Et Rennes, c’est dans la catégorie des meilleurs challengers !

    Cette semaine Chardy était à Orléans (un plateau encore meilleur qu’à Rennes, désolé de le dire), Santoro joue quand même pas mal de challengers (et les gagne souvent, c’ets pas forcément uniquement pour les garanties, c’est même pas mal grâce à ça qu’il maintient son niveau) …

    Cette semaine, j’ai suivi les résultats d’Orléans avec peut-être encore plus d’intérêt que Stockholm ou Moscou !

    Et Horacio Zeballos va bientôt pénétrer dans le top-50 en n’ayant fait des résultats quasiment qu’en challenger.

    Quant à Baghdatis, pareil il est redevenu 60e mondial uniquement avec des challengers (cette semaine il se rapproche du top-50 grâce à Stockholm).

    Les challengers sud-am en ce moment c’est Gaudio, Chela, Lapentti, Massu, et quelques bons jeunes comme Gimeno-Traver ou Schwank …

    Koellerer, le « fou » découvert par certains à l’US Open, il était connu depuis longtemps sur le circuit challenger !

    Très franchement, le circuit challenger c’est souvent passionnant !

    • Elmar 24 octobre 2009 at 1:18

      A contrario, tu as un Marc Rosset qui a joué les prolongations sur le circuit challenger et qui, très clairement, disait que c’était un enfer pour lui. Qu’après avoir goûté aux grands courts, se retrouver devant 2 pelés et 3 tondus (pour reprendre son expression), cela ne représentait aucun plaisir, surtout qu’il devait affronter des jeunes aux dents longues qui voulaient « se faire » Marc Rosset.

      Franchement, les écumeurs du circuit challenger ont bcp de mérite, je trouve. Et je crois que jamais je ne pourrais avoir autant d’abnégation dans ma vie: la sensation d’évoluer en permanence dans l’antichambre, de ne jamais avoir droit à la lumière… Ca doit être très difficile à vivre. Surtout que les fins de mois ne sont pas faciles…

    • Duong 24 octobre 2009 at 4:16

      Sincèrement d’après ce que j’ai lu, les écumeurs du circuit challenger gagnent pas mal leur vie, et les « fins de mois » ne sont pas leur problème. Filenkov c’est un autre problème, mais là il doit y avoir un papa derrière …

      Qu’une star comme Rosset champion olympique ait eu du mal, ça peut se comprendre …

  2. colin 24 octobre 2009 at 12:42

    Excellent, ça se lit comme un bon roman, ou une nouvelle.

    Pour continuer sur les commentaires de Duong, Koellerer « le fou », certains d’entre nous avaient découvert ce personnage haut en couleurs à travers un article de Lionel dans SV qui relatait (dans un style un peu similaire d’ailleurs) le challenger de Cali 2008.

  3. Jean 24 octobre 2009 at 1:18

    Salut grosse crevette ! Putain, plié de rire, des bonnes grosses conneries bien jouissives (« installés là depuis si longtemps qu’on ne sait plus où fini leur siège et où commence leur cul (…) : les Vieux », « Jamais de la vie je n’aurais imaginé désirer Dominik Hrbaty à ce point. »), et derrière ça une réflexion qui tient le coup. Nickel, je te commande le même genre d’article sur les Masters de Londres (c’est pas loin, à peine à un jet de galette) et L’Aussie Open. Merci.

    Le truc de l’affiche avec le vainqueur d’il y a deux ans qui mange des Kinder Bueno, ça m’a fait penser aux concerts à la Mutualité début 90’s, « mais, vous êtes sûr qu’ils sont là, Black Uhuru ? ». « Oui oui, pas de soucis brother, donne ton argent, donne ton argent… ». bon, on finissait toujours par acheter de la pelouse en sachet.

  4. Guillaume 24 octobre 2009 at 3:03

    Il est assez génial, ce papier. Je pense même que je vais l’envoyer à deux-trois potes. Ceux qui sont fans de sport en général et ne suivent le tennis que lors des grands évènements (autrement dit, pour eux, Roland-Garros). Ces potes qui me disent ok pour voir un Federer-Nadal autour d’une bière un dimanche de juin mais me demanderont aussi : « Juan Martin qui ? » ou « C’est qui le dernier vainqueur de Roland avant Nadal ? »

    Les passages sur Xav et sur Thierry Ascione sont très bien vus. Un peu d’humour vache, mais beaucoup de tendresse derrière pour ces joueurs dits « de second rang ». Superbe premier article !

  5. Sam 24 octobre 2009 at 4:03

    Hello tous, et merci pour vos commentaires très sympas.

    Je ne sais pas exactement quels débats appelle cet article, finalement. Comme le dit justement Guillaume, il y a le coté « eux », les « profanes » et « nous » les initiés. Imaginez le pied que c’est de découvrir un beau matin qu’un challenger va être organisé dans son village: génial, non ?

    En 2006, la tête de série 1 était Dick Norman. Pour moi, ça aurait pû être n’importe qui d’autre, peu importe, on allait avoir du tennis pro à domicile, c’était ça l’important (d’ailleurs, pas mal de joueurs du tableau 2006 était là cet année, avec peu ou prou les mêmes classements, comme Kindlmann, Sidorenko … Ascione). Il se trouve qu’à cette époque, Norman était 98ème à l’ATP. L’essentiel de la communication de l’évenement étant faite sur le plateau de joueurs, et leur classement, au final ça donnait un message qui suggérait que le « meilleur » n’était « que » 98ème: une balle dans le pied. Du coup, la suite ressemblait à une forme de justification « mais vous allez voir, ça joue bien quand même », faites nous confiance. Donc, heureusement pour cette confiance que Tsonga a gagné et fait la carrière que l’on sait.

    Il y a donc encore probablement pas mal d’imagination à déployer pour raconter des histoires qui donnent envie aux profanes de venir. Et pourquoi pas, ne pas insister du tout sur les classements ?

    Après, ce petit monde est traversé par un paradoxe qui serait vouloir avoir sa propre identité, être visible et reconnu, et pour y parvenir utiliser précisément les recettes qui marchent ailleurs, les mêmes, mais en un peu moins bien: les Vips, le DJ.

    C’est donc étonnant de voir qu’en interview, il est sytématiquement demandé aux joueurs de s’exprimer (positivement) sur ce qu’ils pensent du tournoi, de la ville, bref,en quoi ils particulièrement contents d’être ici….Alors que tout est fait pou que « ici » soit exactement comme ailleurs. Et en général, les réponses sont pauvres. En gros, du moment qu’il n’y a pas de problème majeur, ils s’en foutent, c’est juste le boulot.

    • Duong 24 octobre 2009 at 4:17

      très intéressant : quand tu es naturel et pas forcé, c’est génial !

  6. Duong 24 octobre 2009 at 4:23

    Pour revenir au challenger d’Orléans dont j’ai déjà parlé (et où Llodra mène un set-zéro en demie contre Malisse),

    il y a eu un truc marrant hier : c’est un tournoi indoor mais hier, à 1 set-partout entre Llodra et Gil, le « live score » de l’ATP s’est arrêté et a écrit … « suspended for darkness » (les matches ont repris plus tard et Chardy a été battu par Stéphane Robert, joueur français pas tout jeune mais qui se rapproche actuellement du top-100).

    je ne sais pas si quelqu’un était là-bas, mais j’ai l’impression qu’il y a eu une panne de lumière.

    Ceci dit, ça peut aussi arriver sur des tournois du circuit principal …

    Je l’avais déjà dit, mais les joueurs classés 70e à l’ATP récupèrenet tous ou presque environ la moitié de leurs points sur le circuit challenger. Pour vous dire quand même que ça concerne beaucoup de joueurs en dehors des grandes stars.

  7. Duong 24 octobre 2009 at 4:25

    Autre chose pour info pas mal de challengers sont « télévisés » ou en tout cas streamés sur les sites de paris en ligne notamment.

  8. Sam 24 octobre 2009 at 4:35

    (merci, Duong, pour tes commentaires qui invitent …à l’humilité !)

    Prize money, premier tour à rennes: 660€
    Demi finaliste: 3250
    Finaliste : 5400€
    Vainqueur: 9200€

    Je vais calculer combien Xav a gagné ce mois-ci.

    • Duong 24 octobre 2009 at 5:52

      l’humilité pas pour toi en tout cas : franchement j’ai adoré tes commentaires !

      Tiens deux joueurs qui se sont refaits en challenger sont en finale à Stockholm : Baghdatis et Rochus … et l’Equipe en parle.

      D’ailleurs je m’aperçois au passage que même l’Equipe a sur son site une rubrique « résultats des challengers » !

      c’est pas comme les futures, où là il faut connaitre le site de l’ITF pour suivre les résultats ;)

      Il y a deux semaines j’ai regardé la finale Cuevas-Lapentti du challenger de Montevideo : vraiment pas mal et avec de l’ambiance !

      Ce tournoi avait commencé par un Gaudio-Massu d’ailleurs très marrant d’après ceux qui l’ont raconté !

      Comme Guillaume l’a bien décrit, les tournois ATP « normaux » ont souvent des premiers tours pas meilleurs que ce qu’on voit en challenger.

      Au passage, Llodra s’est effondré à partir de 5-5 2e set : il perd contre Malisse 7-5 6-0 les 2e et 3e set !!

      MAlisse (un de tes joueurs préférés aussi) qui grâce à ça monte à la 90e place à la Race : longtemps qu’il n’était monté si haut, j’espère que ça redonnera un coup de boost à ce joueur très talentueux mais parfois négatif … à la Gaudio encore.

  9. Guillaume 24 octobre 2009 at 5:00

    La première fois que j’ai vu du tennis en live, c’était Bercy en 2005. Un pote à moi, mordu de paris en ligne, avait gagné deux places et m’avait proposé de l’accompagner. La fac pouvait bien se passer de moi une journée : c’était la première fois que j’allais voir du tennis de haut niveau « en vrai ». Coup de chance, Bercy en milieu de semaine, c’est assez désert, et l’on quitte assez rapidement nos places pour se rapprocher du Bas, comme dit Sam. Pas en loges VIP, bien sûr, mais suffisamment bas pour être proches des joueurs, et apercevoir les dents de devant de Cédric Pioline dans sa loge.

    Il y a nettement une gradation dans ma première journée de spectateur. Au début, je dois bien dire que j’ai été déçu. Faut dire que le programme commence par Jean-René Lisnard vs Dominik Hrbaty (si si, Sam, c’est pas des conneries !). C’est pas que ça joue mal, mais… je me suis violemment rendu compte que la télévision modifie la réalité de ce sport. Là, en bord de court, j’avais l’impression que ça n’allait pas vite, que ces joueurs n’étaient finalement pas beaucoup plus forts que les mecs du pôle espoir amiénois que j’avais déjà vu à l’entraînement. Où étaient les surhommes que le petit écran m’avait vendu ?

    Les minutes, les heures passent. L’oeil s’habitue au spectacle offert et toute la finesse de ce jeu commence à m’apparaître. C’est que, Lisnard rapidement battu, Arnaud Clément et Tommy Robredo sont entrés sur le court. Avec Tommy, je découvre un truc que la télé rend extrêmement mal : le lift. Ah ouais… A la télé, tu as l’impression que la frappe de Tommy est aussi puissante que celle de ma grand-mère et tu ne comprends pas que les mecs en face ne lui réexpédient pas des parpaings. En live, tu t’aperçois que ça ne va pas vite, mais que c’est vachement enroulé et que c’est une plaie à renvoyer pour le type en face.

    Bon, ça va déjà mieux. Surtout que là, on passe à la vitesse supérieure : Fabrice Santoro et Gaston Gaudio commencent leur match. Fabrice… ben c’est Fabrice. Ses coups de pattes improbables, cette capacité à surprendre les fans de tennis les plus blasés. S’il existait des Harlem Globe Trotters du tennis, Santoro en ferait partie. Et puis il y a Gaston. Je vous rappelle que nous sommes en 2005. Gaston est encore Top 10. Il a gagné cinq tournois cette année et, dans deux semaines, jouera son deuxième Masters d’affilée. Et Gaston, c’est que du bonheur. Ce type est incroyablement « facile ». Félin dans ses déplacements, il semble caresser la balle et non la frapper. Et ce revers… Une merveille. Là, tout à coup, je me rends compte que je me trompais complètement : le tennis à la télé fausse tellement la vision qu’il « simplifie » ce sport. OK, à l’écran les joueurs semblent frapper plus vite et plus fort, façon jeu vidéo. Mais toutes les subtilités du jeu ont tendance à être gommées. Moins de perception des effets, de l’intensité des frappes, de la fatigue d’un joueur au milieu d’un échange un peu long… Bref, je commence à comprendre que rien ne vaut la proximité du terrain.

    Malgré tout, j’aurais droit en dessert à un échantillon de ce tennis brutal dont je pensais qu’il était la norme du tennis : après Gaston, place à Andy. Pas le Scot, évidemment. Non, le vrai Andy : Roddick. Face à lui, un autre poète venu de chez l’oncle Sam : Taylor Dent. Alors là… Autant vous dire que ça n’a pas grand-chose à voir avec Gaston, Fabrice, Tommy et Jean-René. Là, on joue à grands renforts de services-missiles, de volées smashées et de coups droits destinés à assommer quiconque se dresserait en travers du chemin. Comme dirait Morrison, personne ne sortira d’ici vivant.

    Bref. L’heure de partir est déjà venue. C’en est fini de ma première journée dans les tribunes. Mais je sais déjà qu’il y en aura d’autres, à Roland ou dans le plus petit Future en province.

  10. Antoine 24 octobre 2009 at 5:01

    Excellent cet article Sam ! Un peu long mais ce n’est pas moi qui m’en plaindrais. Très amusant et plein d’humour aussi; cela fait du bien. Les Challengers c’est intéressant également.

    Il y a autant de matchs passionnants entre deux joueurs classés 100 qu’entre deux joueurs du top 10. Le niveau ne fait reine à l’affaire et un type classé 100, c’est de toute façon un type qui joue très très bien au tennis. Une des raisons pour lesquelles j’aime bien aller aux qualifs de Roland Garros par ex.

    • Sam 24 octobre 2009 at 5:29

      Merci Antoine. Vrai que c’est un peu long. ( …mais ça n’est rien à coté de ce que j’imagine pour la retraite de Safin).

  11. karim 24 octobre 2009 at 7:19

    j’ai pas encore lu, mais je reviens tantôt. là j’ai le mal de mer parce que je viens de lire ça sur lequipe.fr:

    « Mikhail Youzhny (n°3) a rejoint Janko Tipsarevic, tombeur (6-1, 6-4) de l’Ukrainien Illya Marchenko, en finale. Chez lui, le Russe n’a pas traîné pour éliminer (6-1, 6-2) le Kazakh Mikhail Kukushkin. »

    Je vais aux toilettes et je reviens te lire Sam.

    Beuuuuuuuuuuuuuuu

  12. karim 24 octobre 2009 at 7:58

    Tout pareil que les autres, très drôle et enlevé, mais un peu long. En fait tu as fait un deux en un, article sur le tournoi, et un article sur le tennis du tournoi.

    Je ne sais pas qui est chargé du top flop de la semaine mais sans déconner, il a la semaine la plus pauvre et pourrie de l’année. c’est pas possible quoi… j’ai l’impression que Linz la semaine dernière en WTA c’était pas pire!!!

  13. MarieJo 25 octobre 2009 at 12:28

    difficile d’exister en tant que tournoi quand on a pas de stars même en devenir… voir des fois un peu sur le retour !

    et puis, les français ont la fâcheuse tendance de croire que faire la promo d’un joueur talentueux mais non français n’est pas possible. et on voit ça tout aussi bien dans la prog de roland qu’en challenger.

    en tous cas merci de nous avoir fait un article drôle et léger, je garde le passage de malisse comme culte ;)

  14. Ulysse 25 octobre 2009 at 12:56

    Excellent article. Le ton est très bon et il y a des vrais morceaux de tennis dedans. Je me suis régalé.

    Sache que Ascione est légitimement très fier de son nouveau revers slicé car cette tactique consistant à faire autre chose que taper le plus fort possible est relativement nouvelle pour lui. Colossale finesse !
    Ascione normalement il faut le voir au niveau du terrain pour apprécier sa caisse phénoménale. Alors forcément tout un nouveau monde à découvrir après 20 ans de tennis pour lui c’est enthousiasmant. Je respecte beaucoup ça.

  15. karim 25 octobre 2009 at 9:06

    C’était fermé ce dimanche ou quoi sur 15-LT? Y’a quelqu’un? Aubergiste?!!! Bon je repasserai une autre fois.

    • MarieJo 25 octobre 2009 at 9:34

      karim, tu sais bien le week end c’est relache, voyons !

      c’est vrai que l’actu de la semaine est loin de faire rêver, plus le début des vacances de la toussaint, des nouveaux jeunes papas très occupés ;) bref, on tourne un peu au ralenti.

      t’inquiète, les affaires vont reprendre, fed rejoue à bâle bientôt !

      • Antoine 25 octobre 2009 at 10:49

        Brillante semaine tout de même..Bon, je suis le dernier ce week end et je ferme donc la lumière jusqu’à demain pour cause d’économie d’énergie…

  16. Sam 25 octobre 2009 at 10:05

    Ohoh ? Y’ kékun ? Wohoho ? Bon, à défaut de Rennes, Xav a gagné Orléans. Avec Youzhny à Moscou, ca fait deux bonnes nouvelles. Et un Gasquet – Safin à venir.

    Tout ça passe à une vitesse. J’ai l’impression d’avoir été sur une route au bord du tour de France et d’avoir vu passer Thierry Ascione. D’ailleurs, où est-il passé celui-là ?

    • Duong 26 octobre 2009 at 11:18

      Ascione a perdu au 2e tour à Orléans contre Chardy 6-4 6-4.
      je pense qu’il était fatigué car Chardy n’était pas terrible cette semaine (a failli perdre au 1er tour et perdu en quarts contre Stéphane Robert, futur finaliste)

  17. Bastien 26 octobre 2009 at 6:25

    Chapeau Sam ! Cette éloge en creux du tennis et de ces acteurs m’a fait glousser comme une poule asthmatique. Tu as vraiment un style impeccable pour les chroniques de ce genre. Et le portrait mi-coquin, mi-amer, mi-ami que tu dresses en filigrane sur la micro-société qui gravite autour de ce événement qu’on qualifierait facilement de mineur, mais qui peut être sacrément majeur pour certains (les organisateurs, les poètes joueurs du dimanche tels que toi, Thierry, les petites mains qui s’investissent là-dedans…).

    J’avais moi aussi sérieusement tiqué sur la mode très haine-billet du dijji pas franchement Guy-l’espie (aigle), en contemplant le challenger, pardon « International tour Event » de Pörtschach (pas follement sûr de l’orthographe sur ce coup-là). Entre 2 échanges d’un match où sévissait le formidable Davy « Crockett » Denko, une assourdissante soupe sonore dévalait les gradins, faisant passer les vociférations de l’US open pour une symphonie de Mahler. J’en étais réduit à allumer/éteindre le son toutes les 5 minutes, et je me demandais comment faisaient les joueurs pour supporter pareil barouf.

    Je sais pas moi, je trouve que ce sport supporte magnifiquement un certain recueillement.
    On n’est pas dans un sport collectif où il s’agit de galvaniser les meutes. J’imagine mal David Guetta ambiancer un stand de tir à l’arc sans se prendre un smash de carquois dans la platine. Je vois mal Vitalic ou Didier Barbelivien électrorythmer une compétition de Taekwondo et ne pas se faire désosser sans sommation sur le tatami.

    Alors pourquoi diable même les petits tournois se trouvent réduits à de pareilles extrêmités ?
    On n’est pas au bhv, merde !

    C’était le coup de gueule post-tournoi de Stockholm.

    Vivent Youzhny et Baghdatis !

  18. Bastien 26 octobre 2009 at 6:39

    Sur le lien de Duong plus haut (http://www.menstennisforums.com/showthread.php?t=152504&highlight=gaudio), très sympa de voir la vidéo postée en commentaire à 11h29 par un certain Jorbaty, sur le match Cuevas/Gaudio de Montevideo, où après 7 minutes de highlights, notre ami Gaston nous fait une petite Serena !

    J’espère vivement le revoir faire une deuxième semaine à Roland un jour !

  19. Fabien 26 octobre 2009 at 12:03

    Salut à tous!

    bon, mes excuses à Guillaume à qui j’avais laissé entrevoir un article sur la kremlin cup, mais le temps n’étant pas extensible et ma qualité littéraire fort limitée…

    je vous livre toutefois mes impressions en vrac.

    J’avoue que c’était la première fois que je voyais des joueurs de ce niveau en face, eh bien, quand même quel choc! J’ai été extrêmement impressionné. Pas par la vitesse de la balle, quoique bien entendu les retransmissions ont tendance à vraiment ralentir la réalité, mais plutôt par, la façon qu’ont les joueurs d’exploiter toutes les balles.

    En direct, on juge nettement mieux la hauteur de la balle et les effets et c’est vraiment impressionnant de voir un joueur renvoyer en frappe à plat une balle au dessus de l’épaule ou aller chercher un balle rasante à 10 cm du sol.

    Quelle régularité! Et quel travail de placement! J’en suis resté quoi, je n’imagine même pas ce que ça aurait donné sur de la terre battue.

    Sur les matchs que j’ai vu: Les deux demi-finales hommes.

    Marchenko/tipsarevic
    joli parcours de Marchenko, un ukrainien. Jeu complet, revers à deux mains mais coup droit correct sans plus. Service bien trop lent pour inquiéter Tipsarevic. Sans doute un peu pris par l’enjeu. Il a pris 5-0 en même pas 20 minutes, dur dur ensuite de faire jeu égal.
    Tipsarevic impressionnant. Un coup droit vraiment lourd quand il est en confiance, ce qui était le cas pendant la majeur partie du premier set. impressionnant de voir à quel point ça rase le filet, presque aucune marge de sécurité.
    Par contre aucun service à plus de 170 sur le match malgré quelques placements intéressants.

    youzhny/kukushkin
    Terrible ce youzhny, une tête de mafieux à la sortie d’un enterrement. concentré, aucun sourire, rien. Une machine.
    Au niveau du jeu il ne m’a pas semblé au top mail il a tranquillement surclassé kukushkin, ayant une puissance largement supérieure au service.
    Et puis quel plaisir de contempler ses revers à une main, y a pas à dire c’est vraiment beau, quelle sécurité dans le geste, quelle trajectoire, on ne peut qu’être admiratif quand on voit cela en face.

    Moi je dis méfiance, ce youzhny est dans une bonne phase et il a un jeu très solide, je ne serais pas surpris de le voir revenir un temps dans le top 10.

    Pour Guillaume, j’ai essayé d’obtenir une interview de Davidenko qui était là pour remettre les bourses Eltsine mais j’ai été ceinturé en essayant de descendre sur le terrain. Je dois pouvoir t’envoyer néanmoins mon interview si tu peux me faire parvenir 30 000 dollars par western union pour payer mon avocat.

    • colin 26 octobre 2009 at 12:32

      Youzhny, il vaut sans doute mieux pour lui qu’il soit en mode « concentré, aucun sourire, une machine » qu’en mode « je me fracasse le front à grands coups de raquette ».

      coâââ !

  20. Fabien 26 octobre 2009 at 12:05

    humm… j’en suis resté coi bien sûr, pas resté quoi… désolé

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