Et si on parlait dopage ?

By  | 9 juillet 2012 | Filed under: Regards

Années 2000, années magiques, nous sommes en plein dedans. Il y a trois décennies de ça, quand j’étais enfant, le monde se préfigurait l’an 2000 à l’aune de films de science-fiction qui nous annonçaient un avenir grouillant de vaisseaux spatiaux et stations orbitales, de guerres intergalactiques et d’humanoïdes aux superpouvoirs. Puis dans mon adolescence a pris le relais une vision noire d’un monde ravagé par une catastrophe nucléaire majeure, et retombé dans la sauvagerie primitive. Mad Max et ses succédanés remplaçaient Star Wars et ses clones. Les années 2000, nous y sommes ; si elles n’ont pas apporté tous les progrès technologiques escomptés ni le chaos redouté, elles ont au moins livré les humanoïdes promis.

Humanoïdes, commet qualifier autrement nos athlètes contemporains, pourfendeurs de records en série, repoussant toujours plus loin les limites que la nature tente d’imposer à l’espèce humaine ? Fuck Darwin et sa théorie de l’évolution, homo erectus avait le temps, humanoïde lui n’a pas ce luxe et a résolu son problème grâce à la science du dopage, sky is the limit.

Les mots dopage, doping et doper font leur entrée au Larousse en 1950. Le dopage y est alors défini comme  le fait d’absorber un stimulant ou toute substance modifiant ou exaltant considérablement certaines propriétés avant de se présenter à un examen, une épreuve sportive. Le dopage n’est donc pas l’apanage du seul sportif, même si c’est par lui et grâce à lui qu’il est sous les feux de la rampe et connait ses heures de gloriole.

Le respect des règles d’honnêteté, équité et probité, les valeurs quasi-religieuses prônées par l’Olympisme et les concepts éculés du Baron de Coubertin s’acoquinent difficilement avec le côté sulfureux et sombre de la pratique du dopage ; en sport plus qu’ailleurs il faut bouter l’impie hors de du temple sacré, mais en a-t-on vraiment les moyens ? A-t-on mesuré l’ampleur de la tâche, évalué correctement les reliefs escarpés des montagnes à renverser ?

Dès les paragraphes introductifs je livre mon verdict brut et sans ambages : la lutte contre le dopage est vouée à l’échec. A l’image de la lutte contre la drogue, elle est nécessaire dans sa fonction moralisatrice de la société, mais comme elle, elle s’attaque à bien trop fort. La lutte contre le dopage c’est partir à la pêche au mégalodon en apnée, avec un couteau à poisson et des palmes. Le dopé – ce tricheur – aura toujours un train d’avance car il est à la fois guichetier, chef de gare et contrôleur. Pessimiste moi ? Je vous invite pour une ballade endiablée à la poursuite de la seringue magique.

Le dopage a toujours existé, il n’est pas conjoncturel, ce n’est pas le fruit pourri tombé de l’arbre malade d’une société aux valeurs dévoyées, ou le résultat de l’échec d’un quelconque système moral et sociétal. Aussi longtemps qu’il a fallu lutter, se battre, se mesurer à la nature puis aux autres, l’homme a recherché le moyen de faire mieux, de faire plus que ce que la nature justement lui permet d’accomplir par ses moyens Propres. Au VIe siècle avant J.C. les athlètes grecs suivaient un régime adapté selon leur discipline : les sauteurs mangeaient de la viande de chèvre, les boxeurs et lanceurs de la viande de taureau et les lutteurs de la viande de porc. C’étaient déjà les prémices du dopage sportif ; à défaut d’efficacité, il y avait de l’idée.

L’homme s’est toujours « chargé ». Qu’il s’agisse des Amérindiens avec les feuilles de coca, des Africains avec la noix de cola ou des Chinois avec le Ginseng, les populations primitives avaient toutes leurs petits secrets qui pour accroitre la force de travail, qui pour booster l’ardeur au combat ou les performances sexuelles. Le dépassement de soi grâce à un produit dopant – naturel aux origines puis chimique quand on a su faire mieux – n’a posé problème que lorsque la notion de morale s’est invitée au débat, puis celle de risques liés à la santé. Le dopage c’est immoral et dangereux ! Vraiment ?

Si le dopage est vieux comme le monde, ce sont les progrès scientifiques du siècle écoulé qui l’ont parfumé au soufre en substituant à des remèdes plus ou moins naturels de véritables potions magiques, gages d’amélioration spectaculaire des performances mais de détérioration tout aussi spectaculaire de la santé des athlètes. Transformés en cobayes bodybuildés, les inconscients lèguent leur corps à la science de leur vivant et font le sacrifice de leur avenir pour un présent sonnant et trébuchant…

… Sonnant et trébuchant car le sport est une industrie, véritable cash machine florissante qui a pour but de divertir puis détrousser le bon peuple qui se presse dans les stades comme jadis au Colysée, ou devant son écran de moins en moins petit (LED, LCD, Plasma, you name it). Pour entretenir la flamme et susciter l’intérêt il faut des héros, des surhommes qui se dépassent sans cesse et font vibrer le consommateur au point qu’il voudra les accompagner dans leur quête en s’abonnant à des bouquets numériques, des pay per view sur internet, sapé dans la même tunique qu’eux et mangeant un bol des céréales qu’ils promeuvent, impeccablement coiffés et rasés avec les mêmes gels et rasoirs huit lames que les champions. Le sport est un business, sorte de miroir grossissant de la société de consommation.

On veut des exploits, on réclame du spectacle et de l’action, mais tricher c’est mal. Comment concilier les aspirations contradictoires d’un public schizophrène qui veut moraliser la vie sportive mais continuer à bouffer des records à la pelle ? Qui n’a pas vibré pour la folle épopée de Michael Phelps à Pékin ? Cette super-kermesse médiatique orchestrée de  main de maître a été le feuilleton en prime time de ces Olympiades. Phelps contre Spitz, l’histoire était trop belle pour ne pas s’écrire, pour preuve le petit coup de pouce des organisateurs sur la finale du 100m papillon avec Cavic vainqueur mais second. Comment pourtant ne pas être interpellé par une telle performance ? Même chargé comme un troupeau d’ânes, Phelps n’aurait eu aucune chance d’être coincé par la patrouille. Pourquoi ? La machine économique et politique olympique n’aurait jamais sacrifié la poule aux œufs d’or, pierre angulaire avec le sprinteur Bolt de toute la stratégie commerciale de ces Jeux.

Supputations ? Peut-être bien, je ne souhaite de toute façon pas jeter l’opprobre sur les performances de Phelps dont la seule incartade à ce jour est une suspension de trois mois pour avoir fumé de l’herbe.

Le fait dénoncé ici est la très faible probabilité qu’un sportif bankable soit pris la main dans le pot. Quel est le dopé le plus célèbre de l’histoire ? Ce bon Ben 9″79 Johnson, le banni, le tricheur, celui qui a expié seul les péchés de tous les dieux du stade ; il a été le fusible rédempteur de l’athlétisme qui ne flirte pas avec le dopage mais partouze carrément avec, et  sans contraceptif.

Sur la ligne de départ de ce 100 mètres hommes à Séoul, huit athlètes tendus et prêts à tout pour l’or olympique. Parmi eux il y a Carl Lewis, Américain célébré, historique quadruple champion olympique de Los Angeles quatre ans plus tôt (Lewis contre Owens déjà, 24 ans avant Phelps contre Spitz). Avec sa foulée déliée, son style élégant et son côté bru idéale, il est la figure de proue de l’athlétisme mondial, La Star de l’Olympisme. On a bien entendu passé sous silence le fait qu’il ait été contrôlé positif aux stéroïdes anabolisants peu avant la compétition. Sa toute puissante fédération a étouffé l’affaire pour que notre golden boy de la piste soit bien présent à Séoul.

Seulement il y a un gros hic ; un hic qui a claqué 9″83 aux championnats du monde l’année précédente et qui est tout simplement intouchable depuis deux ans sur la distance reine. Canadien d’origine Jamaïcaine, Ben Johnson est un sombre personnage aux maxillaires toujours crispés ; ce bègue invendable court trop vite et ne fait rêver personne, il doit partir. A des journalistes incrédules qui lui demandent le secret de son incroyable progression après ses ébouriffants championnats du monde, il répond sans même esquisser un sourire « Je prends des pilules, comme les culturistes ».  On connait la suite, Johnson sera pris la main dans le pot, ses records annulés, ses titres envolés et Lewis sera ceint à nouveau de ses lauriers (en)volés. Ben Johnson est expulsé de Corée, il est le Baphomet du sprint, la tête de gondole au rayon magie noire dans le supermarché du sport. De qui se moque-t-on ?

Oui, de qui se moque-t-on ? Ben Johnson est un bouc émissaire, à sa suite les cas de dopage se multiplient en athlétisme au cours des années 1990 et 2000. Aucune discipline n’est épargnée mais c’est le sprint qui est le vivier des cas les plus médiatisés. Citons pêle-mêle Dwain Chambers contrôlé positif aux stéroïdes anabolisants et destitué de son titre de champion d’Europe en 2003, LaShawn Merritt contrôlé positif à trois reprises mais clamant son innocence, floué qu’il serait par des produits supposés développer la taille de son sexe, et bien sûr Marion Jones, le cas le plus fameux depuis Ben Johnson et dont le feuilleton de l’affaire Balco a tenu le monde en haleine pendant quatre longues années. La destitution de ses titres mondiaux, olympiques et de ses records sera assortie d’un séjour rédempteur derrière les barreaux pour parjure. Citons encore le champion olympique sur 100m en 2004, Justin Gatlin, devenu en 2005 champion du monde sur 100m et 200m. Un an plus tard, il est contrôlé positif à la testostérone. Ce récidiviste est condamné à 4 ans de suspension, son record du monde établi en 2006 est effacé des tablettes

Le sprint est un véritable maître-étalon de la pratique du dopage et les évolutions des produits et techniques d’entraînement liées se constatent sur la photo finish : fin des années 1980 et années 1990, c’est l’aire des bodybuilders à la suite de Ben Johnson, Linford Christie ou John Régis ; puis les athlètes se font plus filiformes à l’orée des années 2000 pour recommencer à prendre de la masse depuis trois ou quatre ans. Est-ce un hasard si tant d’athlètes durant les années 1990 sont affublés d’un appareil dentaire ? Encore faut-il préciser qu’un des effets pervers des hormones de croissance est de déchausser la dentition. Comment conclure sur cette belle discipline sans évoquer le cas de la comète Flo-Jo qui a quitté le monde des vivants en 10″49 ? Son record du 100m plat féminin ne sera sans doute jamais battu, voire approché. Florence Griffith-Joyner a emporté ses secrets dans la tombe ; on aurait bien aimé que ses secrets tombent. A moins d’exhumer son cadavre et pratiquer des tests post-mortem, son sillon restera creusé pour l’éternité.

L’athlétisme est loin d’être un cas isolé, plusieurs sports majeurs ayant été emportés dans le tsunami de révélations de cas de dopage. On pense forcément au cyclisme, discipline qui aura le plus pâti des dommages collatéraux faits à la réputation. Quand Willy Voet se fait coincer par la patrouille avec assez de doses d’EPO pour doper une ville de taille moyenne, personne ne se doute de l’ampleur que prendra l’affaire et du tort qu’elle va causer au monde de la petite reine. Le cyclisme, à la suite du Tour de France, entreprend courageusement de nettoyer les écuries d’Augias mais se fait déborder par un raz-de-marée de purin : Richard Virenque sera comme Ben Johnson l’agneau immolé, celui qui va symboliser l’échec de tout un système.

Virenque n’est pas seul : iront se blottir contre lui bien au chaud Marco Pantani, vainqueur de la Grande boucle en 1998 et décédé tragiquement en 2004, Jan Ulrich vainqueur du Tour en 1997, Floyd Landis vainqueur du tour en 2006 et surtout premier vainqueur déclassé… mésaventure qui arrivera quelques années plus tard à Alberto Contador. Malgré les forts soupçons qui pèsent sur lui, les diverses accusations et témoignages, Lance Armstrong continue de passer à travers les mailles du filet. Peut-être plus pour très longtemps, l’agence américaine antidopage venant officiellement de lancer une procédure judiciaire à son encontre.

Le Tour de France n’aurait pas eu un vainqueur propre depuis plusieurs décades. En a-t-il seulement jamais eu ? Depuis qu’il a posé son cul sur une selle pour se tirer la bourre, le cycliste s’est dopé ; des transfusions sanguines il y a un siècle déjà, à l’EPO qui cartonne aujourd’hui, l’aréopage des techniques de dopage dans le cyclisme a de quoi donner le tournis. Les aveux de ceux qui sont passés entre les gouttes et ont confessé leurs péchés sur le tard éteignent la flammèche de l’espoir que certains rêveurs entretenaient encore. La mort de Laurent Fignon  aura au moins eu des vertus cathartiques, certaines langues s’étant déliées alors.

On a couru, pédalé, si on nageait ? On aura ainsi bouclé un vrai triathlon. Au-delà du débat lié aux combinaisons qui favorisaient trop la performance – 90min à enfiler tout de même, il faut être fou – voir les records tomber comme des dominos à chaque grande compétition de natation a de quoi laisser dubitatif. Le seul Michael Phelps a battu pas moins de 39 records du monde tout au long de sa carrière (en cours).

Les transformations en une nuit d’Alain Bernard puis de Fred Bousquet de mérous passifs en espadons survoltés ont suscité leur lot de commentaires, Bousquet étant d’ailleurs testé positif à l’heptaminol et suspendu deux mois en 2010. L’année suivante c’est Cesar Cielo, l’homme le plus rapide du monde, qui est contrôlé positif à un diurétique utilisé pour le masquage d’autre produits dopants, mais il n’est pas suspendu. En 2007 déjà, c’était Ian Thorpe, un des plus grands nageurs de l’histoire, qui était convaincu de dopage et rattrapé depuis sa retraite. En 2006 il aurait subi un contrôle révélant un taux anormal de testostérone et d’hormone lutéinisante. Chasse aux sorcières ? Non, chasse à la taupe : la fédération australienne exonère la Torpille mais jette toutes ses forces dans l’enquête pour déterminer l’identité de celui qui aura été à l’origine de la fuite de ce résultat tenu secret. C’est tout ce que cette affaire aura fait comme vague. La retraite fracassante de Thorpe puis son retour inattendu dans les bassins l’an dernier rappellent étrangement les éclipses d’autres sportifs, Justine Hénin dans le tennis notamment. Si Poséidon veille sur ses tritons, l’équilibre entre eau et produits chimiques dans ses bassins penche en clairement en faveur des seconds.

Et le tennis dans tout ça ? Le tennis est heureusement un sport propre parce que pratiqué par des gentlemen ; il est de facto épargné par la gangrène du dopage. Quelques aigrefins – souvent Argentins – ont bien tenté de ternir la réputation du sport qui les nourrit mais aucun grand champion n’a été confondu, Petr Korda étant le seul vainqueur de Grand chelem – en prise unique –  convaincu de dopage à ce jour. On a eu chaud, l’honneur est sauf.

Le tennis est un sport propre. Les seuls grands champions tombés le sont dans des conditions assez similaires, pour consommation de cocaïne et une fois retombés dans les abysses du classement. Mats Wilander et Martina Hingis n’étaient plus bankables quand ils ont été pris dans la poudreuse. Les contrôles antidopage incluent fort heureusement les drogues dites récréatives comme la cocaïne justement, ou la méthamphétamine. Le milligramme de coke qui a fait vaciller Richard Gasquet est la preuve de la minutie et l’inexorabilité de ces contrôles et c’est vraiment la faute à pas de chance si des joueurs comme Vitas Gerulaitis, Victor Pecci ou Pat Cash qui ont abondamment consommé cette drogue pendant pratiquement toute leur carrière n’ont jamais été pris. McEnroe a également reconnu avoir consommé de la cocaïne et pris des stéroïdes ; quant à Agassi, ses aveux sur sa période junkie shooté au crystal meth en milieu de carrière accréditent la thèse du complot (vas-y Arno).

Si les tennismen ont du coffre, c’est le noble fruit du travail de titan auquel ils s’astreignent quotidiennement. Les tests physiologiques préolympiques pour Barcelone en 1992 classaient Jim Courier au second rang des athlètes les plus fit de l’entière  délégation américaine. Quand on sait ce que prenaient ne seraient-ce que ses petits compères de l’athlétisme, le natif de Dade City devait vraiment être un athlète exceptionnel pour les moucher sans recours au Dr Mabuse. Le même Jim évoquera de manière sibylline quelques années plus tard le rôle du dopage dans les performances de l’immense Pete Sampras. Mais là on touche évidemment aux limites de la science-fiction !

Les débordements affrontements récents entre Rafael « Cyborg » Nadal et Novak « Humanoïde » Djokovic ont laissé perplexe le monde de la petite balle jaune. Journalistes, commentateurs, ex-stars à la retraite, adversaires, chacun y est allé de son incrédulité et cette nouvelle rivalité bionique a sérieusement écorné la présomption d’innocence qui prévalait dans le tennis. Innocents jusqu’à preuve du contraire, mouais.

Contrairement aux quelques sports qui ont été cités ici, pour étayer mon propos sur l’ampleur du phénomène, aucune affaire majeure n’a filtré pour porter l’estocade au tennis. Les tennismen à mon humble avis ne sont pas plus propres que les nageurs ou les haltérophiles, ils sont juste protégés par les instances dirigeantes d’un sport qui a trop bien compris que sa réputation et sa prospérité étaient plus importantes à préserver que la masturbation de l’esprit moralisateur d’un public qui se dit profondément contre le dopage. Le même public veut payer ses Nike toujours moins chères mais dénonce le travail des enfants. Schizophrénique je vous disais. Le système protège ses athlètes. Justine Hénin, les sœurs Williams, Hingis, Davenport, Del Potro, Soderling, la liste des joueurs mystérieusement blessés, malades ou retirés puis rappelés aux affaires est longue. La lecture de tout ce qui précède ne donne pas envie de favoriser la version coupée au montage de ces disparitions subites.

Le dopage est toléré sinon encouragé par les fédérations, les sponsors, le système, les États. Usain Bolt et avec lui la machine jamaïcaine sont les nouvelles locomotives du sprint mondial. Il a fallu une aide chimique conséquente à Ben Johnson pour réaliser ses 9″79 quand Bolt a claqué 9″58 uniquement en buvant du rhum vieux jamaïcain. L’athlète qui valait $20 millions annuels de revenus a des parrains autrement plus protecteurs que ceux du vilain Ben ; s’il se dopait il aurait certainement moins de chances de se faire gauler. A sa suite c’est tout le sprint du petit état caribéen qui est tiré vers le haut et fait aujourd’hui la pluie et le beau temps sur les pistes et danser la samba aux sponsors. Le sport est un investissement et les multinationales ne sont pas prêtes à sacrifier leurs têtes d’affiche sur l’autel de la morale. Que sont les Jeux olympiques sinon un gigantesque salon mercantile ?

Le sport a pu être pour certains pays un outil de propagande, un moyen de communication à l’adresse de la planète pour affirmer la force d’une idéologie. L’ex-bloc communiste et ses satellites ont notamment usé du sport et abusé de la santé de leurs athlètes pour faire passer le message de nations fortes. L’image de la fameuse nageuse Est-Allemande est restée profondément ancrée dans l’imagerie populaire et parcourir l’abécédaire de la dope de cet État prendrait une année entière. Après la chute du mur de Berlin et l’ouverture des archives de la Stasi, on découvre que la RDA avait mis au point un vaste programme de dopage de ses sportifs. Les injections de testostérone et d’anabolisants étaient une pratique courante, voire systématique, y compris chez des enfants.

De même un état pauvre et au fond du trou comme Cuba a longtemps trouvé à travers ses athlètes le seul moyen d’attirer sur lui les regards du monde. Dois-je rappeler que le plus illustre de ses représentants, le sauteur Javier Sotomayor, a été contrôlé positif à la nandrolone en 1999 puis 2001. Sa fédération avertit l’IAAF de ce qu’il se mettait à la retraite sine die, évitant ainsi toute suspension, quand lui clamait ne s’être jamais dopé « volontairement ».

Les propos de Noah quant à l’hégémonie ibérique sur le sport mondial ont provoqué un raz-de-marée médiatique qui a juste rendu compte du niveau général d’hypocrisie et de la défaite de l’homme contre le système. On a assez glosé sur le sujet pour que je m’y attarde à nouveau.

Les USA, la nation-phare du globe, ne sont pas en reste sur la question du dopage. L’Oncle Sam veille jalousement sur ses quatre sports majeurs, le basketball, le football (dit américain), le baseball et le hockey sur glace. Le sport comme seul échappatoire à la violence des rues ou la misère pour les minorités, la culture de la gagne et la soif de compétition, le rêve américain, la culture de la pilule (médocs en vente libre), tous ces facteurs combinés ne pouvaient faire de ce pays qu’un Disneyland de la dope. Les sports majeurs américains ont toujours freiné des quatre fers l’instauration de contrôles antidopage. La prise de stéroïdes anabolisants et autres hormones de croissance se conjuguent à tous les temps et tous les modes dans les quatre majeurs, et ce n’est qu’au cours des années 2000 qu’un embryon de moralisation a commencé à poindre. Le chemin reste long toutefois dans un pays où la prise d’anabolisants dans le sport même amateur est un fait culturel fortement ancré. Le seul chiffre de l’espérance de vie des footballeurs professionnels – 47 ans – suffit à donner une idée de la profondeur de l’abysse.

Les États-Unis sont aussi passés maîtres dans l’art de la disparition de contrôles positifs infamants. L’affaire Jerome Young en 2003 a créé un tumulte monstre qui avait notamment révélé des cas de blanchiment de contrôles positifs, poussant le Comité Olympique américain au confessionnal : depuis les années 1980, pas moins de 24 athlètes Stars and Stripes avaient remporté des médailles olympiques après un contrôle positif passé sous silence.

Le dopage est partout, il est inscrit dans le génome humain. Les amphétamines font des ravages dans les rangs des étudiants. Les bêtabloquants sont extrêmement prisés des musiciens professionnels pour combattre le trac ; doit-on pour autant instaurer des contrôles antidopage aux portes des opéras et des salles d’examens ? Pendant la seconde guerre mondiale, ce sont des aviateurs shootés jusqu’à la moelle qui font titrer au Times en première page : «La méthédrine a gagné la bataille d’Angleterre». Des kamikazes japonais aux SS lançant leur Blitzkrieg en passant par les GI’s, ce sont des millions de drogués à la méthamphétamine qui ont écumé la grande guerre. Le dopage est partout, il est inscrit dans le génome humain.

Et le joli petit tennis dans tout ça ? Que ceux qui croient encore qu’il a pu passer entre les gouttes et préserver sa virginité lèvent la main. Sa récente évolution vers le « tout physique » rend de plus en plus grotesque l’absence de cas avérés de dopage vers les sommets de la pyramide. Un proverbe africain dit que l’habitant le plus heureux du village, c’est l’idiot. L’ITF et l’ATP nous prennent pour des idiots, et je suis très heureux comme ça : quoi qu’il se passe en coulisses, je n’en veux surtout rien savoir. Cette petite balade dans les arcanes du dopage est loin d’être exhaustive mais suffit à me convaincre que la théorie d’un tennis propre est une fable, un conte de fée à la probabilité d’occurrence nulle. Tant qu’il a été un sport de technique et d’adresse, il a pu laisser croire en la vanité de la prise de produits dopants, mais la course à la puissance des années 1990 à laquelle s’ajoute celle au physique des années 2000 ne laissent aucun choix. Puissant et explosif comme un sprinteur, souple comme un gymnaste et endurant comme un fondeur, le tennisman a dénoué la quadrature du cercle. Chapeau bas.

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280 Responses to Et si on parlait dopage ?

  1. Quentin 13 juillet 2012 at 19 h 39 min

    « Comme tu t’emportes Quentin, aujourd’hui le sujet porte sur le dopage et quelques intervenants effectivement admettent que Fed pourrait éventuellement se doper, ouais, bon sans trop de conviction quand même, trop de talent ! En revanche pour d’autres il n’y a aucun doute. C’est mal de le dire ? C’est pas vrai ?  »

    Non May ce n’est pas vrai, que ce soit Karim, John, Guillaume, Jérôme ou moi même sans oublier bien d’autres, nous avons tous admis que Federer avait de grande chance de se doper, au moins autant que pour les autres joueurs de l’élite. C’est très clair quand tu lis le fil, comme l’indique Patricia.

    Concernant la vivacité de mon post c’était peut-être un peu fort et je te présente mes excuses s’il t’a heurté. OK je suis contre les délit de sale gueule, simplement la phrase « Les prisons sont pleines d’innocents et les rues de coupables » me semble un peu étrange. C’est cette phrase qui me semble pouvoir un peu se rapprocher de la théorie du complot, en aucun cas tout ton post, simplement cette phrase là et seulmeent celle là.

    Je suis moi aussi surpris que tu prennes ce post comme une attaque personnelle. Je dit juste que le dernier paragraphe de Coach (et seulement le dernier paragraphe, le post en lui même est très intéressant) et ta phrase ci-dessus m’ont agacé (leparagraphe et la phrase, pas les deux intervenants en eux même) et je dis pourquoi, c’est tout. Je ne prétends en aucun cas avoir la vérité.

    Ma réaction à ces deux élément est « négative » dans le sens ou je ne suis pas d’accord avec ces deux assertions et donc que je les « nie » avec une argumentation que tu peut bien sûr contester. Elle n’avait pas pour but d’être une « négation » à ton droit d’expression ou quoique ce soit d’autre.

    Je suis peut-être suceptible May, mais j’ai l’impression que tu me fais des remarques sans m’autoriser à faire de même. Ce que je regrette d’autant plus que tu es une intervenante de qualité sur ce fil, comme le pointe Jeanne.

    Bref, la prochaine fois j’éviterai de dire que telle phrase m’a « agacé », ça m’évitera de faire une nouvelle boulette…

  2. Damien 13 juillet 2012 at 22 h 53 min

    Bon sinon, merci Colin pour ta mise à jour de la race, toujours impécable !

    • Colin 14 juillet 2012 at 12 h 01 min

      Trop aimable

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