Richie, la triste fin du petit ado huître

By  | 10 octobre 2017 | 388 Comments | Filed under: Opinion

Gasquet Monaco 2005Ce tournoi de Monte-Carlo 2005, qui vit Richard battre Federer puis bien résister à Rafael Nadal, me paraît selon les moments extrêmement proche ou appartenir à une autre ère.

En ce qui me concerne, à ses débuts, sans savoir pourquoi, je n’ai jamais attendu grand-chose de lui.

Douze ans plus tard, une vision de plus en plus morpho-psychologique du tennis de haut niveau s’est progressivement imposée à moi.

En tous cas en ce qui concerne les champions : la rage de McEnroe, le showman Connors, Borg l’obsessionnel, le regard halluciné de Djokovic ou celui de bête traquée de Lendl.

D’autres champions tels Agassi, Sampras, Federer, par leur expression, leur façon de se mouvoir, diffusent une impression de certitude, de cohérence entre le corps et la pensée et d’une détermination que rien ne vient parasiter. Une façon d’exister sur les courts inconnue de la quasi totalité des êtres humains qui ont un jour tenu en main une raquette.

Le champion constitue par définition une exception, voire une anomalie, un être à la fois merveilleusement adapté à l’exploit et un individu incroyablement spécialisé, monomaniaque, déséquilibré, complètement isolé des tribulations ordinaires du commun des mortels.

Dès ses débuts le visage encore poupin de Nadal était transfiguré par deux trous noirs d’antimatière dont le regard intense semblait capable de forer la croûte terrestre à des kilomètres de profondeur.

Les coachs de Richard ont du lui répéter depuis des lustres d’arrêter de baisser la tête, de marmonner et de montrer sa déception mais rien n’y fait, il montre à peu près le même langage du corps que n’importe quel tennisman du dimanche frustré et parfois découragé de sa partie.

L’adversaire du champion a peur : pas tellement d’être battu mais plutôt d’être ridiculisé face à un héros en état de grâce qui vous réduit au statut de tâcheron du tennis à peine capable de réciter une gamme de revers croisés.

Nadal Gasquet 2007Le visage de Richard, jamais transfiguré par on ne sait quelle névrose titanesque, demeure celui d’un adolescent, d’un gars de Béziers heureux d’avoir réussi un joli passing, dégoûté par une faute idiote, soufflant pour essayer d’évacuer sa fatigue, bref un visage qui ne fait peur à personne.

Lorsque Gasquet et son adversaire pénètrent sur le court, Richard n’a pas le visage de celui qui va gagner, et au final il perd.

Il n’a pas trouvé le truc qui le distingue pour tenter de compenser ; comme le bandeau de Zverev ou la coupe de cheveux de Kyrgios. J’allais oublier sa casquette à l’envers qu’il a heureusement remisée au vestiaire, le look idéal pour avoir l’air d’un gamin.

Le physique de Richard n’impressionne guère non plus, taille moyenne sur le circuit, musculature ni longiligne ni puissante, le corps de monsieur tout le monde.

Pour toutes ces raisons qui rapprochent Richard du commun des mortels joueurs de tennis, il s’agit sans doute du joueur professionnel dont je me sens le plus proche.

Alors quand même, avec ce jeu si créatif et inspiré des débuts, à quel moment Richard a t’il manqué le virage qui l’aurait amené à devenir meilleur qu’il n’est ?

Le refus de suivre les conseils de Tarik Benhabiles qui l’enjoignait de modifier son coup droit biscornu ?

Son acceptation du jeu sécuritaire à base de lift prôné par Eric Deblicker ?

Un entraînement qui loin de renforcer son physique, l’aurait au contraire fragilisé et contribué à ses nombreuses blessures ?

Même bien négociés, aucun de ces choix n’aurait fait de Richard un champion, car il n’a pas cela en lui.

Richard ressemble à n’importe quel jeune qui s’est retrouvé là parce que son don a été repéré dès le plus jeune âge.

Ritchie fait preuve de franchise en répétant ce que le grand public n’a aucune envie d’entendre : à quel point le haut niveau est dur, les adversaires forts et le travail harassant pour exister sur le circuit professionnel.

Gasquet Roland Garros 2016Le voici depuis longtemps maintenant présenté par ses détracteurs comme l’archétype de l’espoir déçu du sport français.

Richard a bien tenté de réagir pour sa fin de carrière : quelques contestations des décisions arbitrales, une interview dans Society où il roule des mécaniques, rien n’y fait.

Entre blessures, usure et conscience accrue de ses limites, la fin de carrière de Richard Gasquet se déroule sous nos yeux dans toute sa triste banalité, terne, morne et sans éclat.

Dommage tout de même que perdu pour perdu, il ne joue pas toute l’année le tennis qu’il pratique chaque année à Wimbledon : frappes à plat ou coupées, prise de balle tôt, montées joliment conclues par une volée tout en toucher de balle…

Encore quelques années et Richard fera partie des visages semi oubliés du tennis français, les Jauffret, Proisy, Pioline, Grosjean…

Quelque part dans le Sud Ouest, il rigolera bien avec ses copains autour de la piscine, défait de son costume d’espoir du tennis français qu’il n’a probablement jamais désiré endosser.

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King of the drop shot

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388 Responses to Richie, la triste fin du petit ado huître

  1. Homais 21 octobre 2017 at 16 h 37 min

    Qui faire jouer d’autre que Mannarino en simple de coupe Davis avec Jo ? Logiquement ?

    • Patricia 21 octobre 2017 at 17 h 07 min

      Logiquement, je dirais un gars qui n’en est pas à son baptême du feu en Coupe Davis. Remember PHM, qui venait de remporter deux tournois d’affilée….

  2. Gerald 21 octobre 2017 at 16 h 38 min

    La Narine va peut-être le réaliser le prono d’Antoine (je suis plus sûr)!!

  3. Patricia 21 octobre 2017 at 17 h 16 min

    Personne ne parle du tableau de Vienne, pourtant intéressant avec Thiem et Zverev en chefs de file et quelques bons indooriens : Rublev pour Thiem en entrée, suivi de Richie ou Lopez, puis Pouille ou Anderson (à moins que la WC autrichienne Offner n’achève de déprimer Lucas d’emblée). En demi, le survivant rencontrerait Dimitrov ou Querrey (Ferrer et Edmund sont aussi dans ce quart).
    Pour Zverev, c’est d’abord Troicki, puis le vainqueur Simon/Gulbis (intéressant), puis Tsontson si tout va bien.En demi, Isner ou Schwartzmann (CBusta ne fait plus rien) ; Kohli et Fognini rôdent dans ce quart.

    Pour Bâle, on a les usuals suspects del Po et Cilic pour attendre Fed en finale. Goffin devrait sagement s’éviter d’aller trop loin, donc Fed devrait être assez tranquille (j’espère que les jeunots le feront trimer un peu).

  4. Patricia 21 octobre 2017 at 17 h 24 min

    Les finales de la semaine : à Stockholm, Del Po (qui en a bavé contre Verdasco) contre Dimitrov, qui a torché Fognini, à Anvers, Tsonga (pas un exploit contre Bemelmans, mais reprise rassurante) vs Schwartzmann qui sort le jeune qualifié Tsitsipas, à Moscou c’est Dzumhur, en grande progression cette année (3è finale, 1 titre, contre Mannarino ou Berankis (si c’est Manna, 3è finale aussi, mais toujours pas titré). 1 set partout, avantage à Berankis qui a breaké dans le 3è set !

    • Patricia 21 octobre 2017 at 17 h 26 min

      Bon, là Berankis réalise un double break sur un beau passing facilité par une volée du mauvais côté, je pense que Manna n’en sera pas…

      • Patricia 21 octobre 2017 at 17 h 32 min

        …mais balle de débreak pour Manna ! (j’aime bien Berankis, qui prend pas mal de risques)

        Effacée, puis une balle de jeu sur un ace, et une grosse défense conclue par un beau passing. Loupé !

  5. Patricia 21 octobre 2017 at 17 h 33 min

    0-30, ce serait chaud de sortir sur un triple break….

    • Patricia 21 octobre 2017 at 17 h 34 min

      Bon, 3 balles de matchs, moi je ne fais pas entrer ce gars en finale de CD !

      Fini sur un 3è break (blanc), l’est pas costaud dans sa tête, Manna….

    • Colin 21 octobre 2017 at 18 h 44 min

      Nannar’ino finit sur un 1/5 1/6.
      Quel blaireau !

      Ok je suis sorti, et déjà loin

  6. Paulo 21 octobre 2017 at 17 h 50 min

    Moscou : Mannarino out, l’ex-futur prodige Berankis se rappelle aux bons souvenirs des 15-lovers : http://www.15-lovetennis.com/?p=8110

    Cela dit, Dzumhur semble difficile à battre ces temps-ci, il devrait donc gagner son 2ème ATP250 demain.

    • Paulo 21 octobre 2017 at 17 h 57 min

      La suite : http://www.15-lovetennis.com/?p=8217

      C’est marrant de lire ce genre d’article presque 7 ans après : sur les 14 jeunes joueurs présentés, seuls deux ont passé le cap du top 10, Dimitrov et Raonic.
      Ah oui, et dans les 11 noms supplémentaires que donne Dequet « sans donner de détail », on trouve, tout à la fin, un certain David Goffin, alors 220ème mondial.

      Comme quoi, on se trompe facilement quand il s’agit de prédire l’avenir, y compris des graines de champions.

    • Colin 21 octobre 2017 at 18 h 41 min

      Dans les commentaires du deuxième article, le dénommé Ronald (un disparu!) cite, « dans les 92/93 », Thiem et Schwartzmann. Bien vu !!!
      On y parle aussi du jeune Zverev, qui jouait à l’époque les petits as à Tarbes, mais c’était surtout à cause du fait qu’il était le frère de son frère.

  7. Kaelin 21 octobre 2017 at 18 h 10 min

    Au fait qui sera de la partie chez les 15lovers pour la finale de CD ? C

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