Retour sur les finales de Roland Garros

By  | 15 mai 2019 | 92 Comments | Filed under: Histoire

Ayant vu sur le site d’Eurosport un classement des finales de l’US Open, de la plus oubliable à la plus belle, je me suis lancé dans un exercice analogue sur les finales de Roland Garros. Je ne suis pas trop un adepte des listes et des classements, mais c’est l’occasion de replonger dans quelques-unes des vieilleries qui me sont si chères. Je revendique la totale subjectivité de ce classement. Et je précise m’être arrêté à 1974, ce qui totalise 45 finales. Vous allez me dire d’emblée « mais pourquoi le classement commence à 44 alors ? ». Lisez jusqu’au bout, vous verrez bien. 

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44. 1977 : Vilas bat Gottfried 6/0 6/3 6/0

La cuvée de 1977 est d’emblée illégitime : le roi Borg est absent pour cause d’Intervilles. Et c’est sa victime préférée, Guillermo Vilas, qui rafle la mise. Aux dires des joueurs de l’époque, peu d’entre eux étaient capables de faire la différence lorsqu’ils affrontaient le Suédois ou l’Argentin, tant leurs jeux étaient similaires. Ce n’est que l’un face à l’autre qu’ils étalaient le fossé qui les séparait. En l’absence du Roi, le Dauphin l’emporte logiquement, étrillant ses adversaires l’un après l’autre. Son seul opposant virtuel, Nastase, s’incline sans gloire face à Brian Gottfried, qui atteint là sa seule finale en Grand Chelem. Le jeu offensif de l’Américain se fracasse devant la puissance et les passings de Vilas, qui ouvre enfin son compteur en Grand Chelem. Trois jeux marqués. Une véritable purge.

 

43. 1986 : Lendl bat Pernfors (6/3 6/2 6/4)

Le tenant du titre Mats Wilander tombe très tôt cette année-là, laissant Ivan Lendl sans véritable rival. Le seul véritable obstacle sur la route du Tchécoslovaque est Andrès Gomez, qui lui prend un set en quarts de finale. En demi-finale, le n°1 mondial n’éprouve même pas le besoin de retirer son pantalon de survêtement face à Johann Kriek. Quant à la finale, son unique intérêt est de proposer un invité-surprise, en la personne du Suédois Mickael Pernfors, le héros du tournoi, vainqueur d’un Becker peu à l’aise sur ocre et d’un Leconte trop porté sur le courant alternatif. L’issue de la rencontre ne fait aucun doute : le Suédois n’a aucune, vraiment aucune arme pour gêner Ivan. Sans ciller, sans émotion, sans hésitation, Lendl récupère son titre perdu l’année précédente.

 

42. 1980 : Borg bat Gerulaitis (6/4 6/1 6/2)

La plus oubliable des finales de Borg. Ses deux véritables rivaux, McEnroe et Connors, tombent tous les deux prématurément, laissant le public parisien une fois de plus orphelin de leurs duels électriques. Le seul intérêt de cette cuvée 1980 est la chevauchée du bel attaquant Vitas Gerulaitis, qui atteint la finale. Il ne résiste (un peu) que le temps d’un premier set relativement serré. Le Suédois règle ensuite ses retours et ses passings, l’Américain ne peut rien faire. Avec 38 jeux perdus sur l’ensemble de la quinzaine, Björn Borg établit un record. Il est seul au monde sur l’ocre parisien.

 

41. 2008 : Nadal bat Federer (6/1 6/3 6/0)

La catastrophe tant redoutée des fans de Federer… et sans doute Roger lui-même l’a dans un coin de la tête quand il rentre sur le court ce jour-là. Après ses trois échecs des années précédentes face à Nadal, ceux qui croient sincèrement en ses chances de l’emporter enfin à Paris face à son rival espagnol pourraient tous rentrer dans une cabine téléphonique. Et la quinzaine du Suisse, laborieuse et hésitante, rend presque miraculeuse sa présence en finale. Beaucoup sentent venir la boucherie en finale, au point de regretter que Gaël Monfils ait laissé passer autant d’occasions lors de sa demi-finale contre Roger. Incapable de tenir l’échange en revers, Roger ne semble avoir aucun jeu de rechange à proposer à Rafa, et reçoit une bien vilaine correction, l’une des tâches noires les plus visibles dans son palmarès.

 

40. 2003 : Ferrero bat Verkerk (6/1 6/3 6/2)

Une vraie déception que cette finale. Car, pour improbable qu’elle soit, l’épopée parisienne de Martin Verkerk en 2003 n’est pas usurpée. Vainqueur de deux grands favoris du tournoi (Moya et Coria), le Hollandais a réussi un parcours aussi exceptionnel que sa fin sera brutale. En finale, il n’a plus les jambes, et surtout il est écrasé psychologiquement par l’énormité de son parcours et par la perspective d’en jouer, quoi qu’il arrive, le dernier match. Personne n’était assez fou pour le donner favori face à Juan Carlos Ferrero, mais on attendait un peu plus que six jeux marqués. Il faut dire que « Mosquito », échaudé par son échec cuisant de l’année précédente, ne lâche absolument rien, et pratique le jeu sûr, complet et puissant qui le porte, pour la quatrième fois consécutive, dans le dernier carré. Mais tant de balles du Hollandais, qui mordaient la ligne en demi-finale contre Coria, sortent cette fois d’un rien…

 

39. 1978 : Borg bat Vilas (6/1 6/1 6/3)

Une finale idéale, mais qui montrera les limites de l’opposition entre Borg et Vilas. Leurs jeux jumeaux ne proposent pas l’opposition de styles qui caractérise les duels Borg-Connors. Mais ce jour-là, ils ont un compte à régler. L’année précédente, Guillermo Vilas l’avait emporté en l’absence du Roi Borg, et son triomphe était entaché d’une certaine illégitimité. Bref, chacun attend de voir si Vilas est véritablement au niveau de Borg. Ce ne sera pas le cas : dans un duel de longs échanges liftés du fond du court, le Suédois rappelle à tout le monde qui est le maître et qui est l’élève à ce jeu-là. L’Argentin ne marque que cinq jeux, et c’est bien là la seule consolation pour le public : ce duel fermé et quelque peu soporifique aura eu au moins le bon goût de ne pas se prolonger.

 

38. 1992 : Courier bat Korda (7/5 6/2 6/1)

Une finale dans la lignée du tournoi de Jim Courier : un cavalier seul. L’Américain est intouchable et impressionnant. Il est le tenant du titre, le n°1 mondial et le favori naturel suite à sa victoire à Rome. Tout est de nature à accentuer la pression sur ses épaules. Mais elles sont solides. Un seul set perdu, face à Ivanisevic en quarts, et une correction infligée à Agassi en demis. En finale, Petr Korda manque trop d’expérience à ce niveau pour rivaliser. Il fait illusion pendant le premier set, avant de plier sous la cadence imposée par son adversaire. En ce printemps 1992, Jim Courier tient les rênes de la planète tennis d’une main de fer, et sur terre battue, personne n’est en mesure de rivaliser.

 

37. 1988 : Wilander bat Leconte (7/5 6/2 6/1)

Même score que la finale de 1992, et tout aussi oubliable. Leconte est aussi décevant en finale qu’il a été éblouissant durant la quinzaine. La pression est trop forte, et passé un premier set serré il baisse sa garde. En face, Mats Wilander est au sommet de sa carrière, sa patience et son incroyable solidité mentale vont le porter à la place de n°1 mondial quelques mois plus tard. Le public français se faisait une joie de voir un des siens le dernier dimanche, cinq ans après Noah. Mais là où Yannick a puisé dans le public un supplément d’énergie, Henri sent le regard du public peser sur lui, et se liquéfie. Ce qui est passé à la postérité n’est pas le match en lui-même, mais le discours d’Henri qui a suivi, et qui lui vaudra les foudres du public français pendant trois ans. Henri Leconte aurait pu se contenter de perdre nettement cette finale, il y a ajouté une touche personnelle de ridicule et d’humour involontaire. Pour cette seule raison, la finale 1988 finira devant celle de 1992. Merci Henri, et encore bravo.

 

36. 2002 : Costa bat Ferrero (6/1 6/0 4/6 6/3)

Cette année-là, le titre semble promis à Juan Carlos Ferrero. Débarrassé de Kuerten – son bourreau en demi-finale des deux éditions précédentes – il impose son tennis complet, alignant à la suite Agassi et Safin. Seul un Argentin inconnu, Gaston Gaudio, le pousse au cinq sets. Sa liquéfaction totale durant les deux premiers sets est d’autant plus surprenante. En face, pour Albert Costa, habitué aux seconds rôles jusqu’ici, les étoiles connaissent un alignement unique. Vainqueur de Kuerten (ou plutôt de son cadavre), puis de Corretja (son futur témoin de mariage, qui ne saurait lui brûler la politesse) en demi-finale, Albert joue le tennis de sa vie et accepte les cadeaux de Juanqui sans sourciller. Et après un moment de réveil relatif de Ferrero au troisième set, ce dernier retombe dans ses errements et laisse son compatriote filer vers une victoire sans grande émotion.

 

35. 2013 : Nadal bat Ferrer (6/3 6/2 6/3)

Les aléas du classement ATP font de Rafael Nadal le n°3 mondial à l’ouverture de la quinzaine parisienne. Et ce qui risquait d’arriver ne manque pas d’arriver : sa demi-finale contre Novak Djokovic est bien la finale avant la lettre. Dans l’autre partie de tableau, David Ferrer, alias le Pou, trace sa route vers une finale que sa présence régulière dans le top 5 lui permettait d’espérer un jour ou l’autre. Sauf que la réalité du terrain est implacable. En face, un Rafa solide comme un roc remet toujours la balle dans le court une fois de plus que lui et fait parler sa puissance. Une finale dépourvue de suspense, à sens unique, au cours de laquelle David n’aura pas démérité, mais Rafa est tout simplement le plus fort. L’ordre règne à Roland Garros.

 

34. 1975 : Borg bat Vilas (6/2 6/3 6/4)

A 19 ans tout juste, Björn Borg est déjà le tenant du titre. Il prend en demi-finale une belle revanche en quatre sets sur l’Italien Adriano Panatta, qui l’avait battu en 1973. En finale se dresse Guillermo Vilas. Eclosion logique pour l’Argentin, qui a remporté le Masters quelques mois plus tôt, et qui confirme ici sa montée en puissance. Vilas a juste un problème : Borg a le même jeu que lui, mais fait tout mieux que lui. Lors d’une finale parfaitement maîtrisée, le Suédois prend un ascendant psychologique sur son rival. Alors que les deux potes ont poussé l’amitié jusqu’à s’échauffer ensemble le matin de cette finale, Vilas va prendre ensuite ses distances avec Borg afin de s’affranchir de tout affect. Ce qui ne changera pas grand-chose : l’Argentin restera la victime préférée de Borg.

 

33. 1990 : Gomez bat Agassi (6/3 2/6 6/4 6/4)

Andrés Gomez a rarement aussi bien joué qu’en ce printemps 1990. A 30 ans, il sait qu’il est proche de la fin. Et l’absence de Lendl cette année-là, annoncée longtemps à l’avance – Ivan zappe le French pour mieux préparer Wimbledon, le grand titre qui manque à son palmarès – change psychologiquement la donne pour l’Equatorien ; Ivan a été son bourreau à quatre reprises Porte d’Auteuil. L’opportunité est unique pour lui. Il profite d’un tableau dégagé, et cueille en demi-finale un Thomas Muster encore un peu tendre à 22 ans. En finale, André Agassi dispute sa première finale majeure ; si l’on en croit son autobiographie, il aura « joué pour ne pas perdre », et surtout aura été davantage préoccupé par sa perruque qui menaçait de tomber que par ce premier rendez-vous majeur. C’est un kid de Las Vegas bien éteint qui s’incline sans gloire, pour une finale qui n’est pas restée dans les mémoires.

 

32. 1998 : Moya bat Corretja (6/3 7/5 6/3)

Une des meilleures démonstrations de l’importance du mental en tennis. En ces dernières années du siècle, l’Espagne a la mainmise sur la terre battue parisienne. Et avec Moya et Corretja, le tennis ibère place en finale ses deux meilleurs espoirs pour prendre la succession de Bruguera (couronné cinq ans plus tôt). Mais Alex Corretja a un handicap : il n’aime pas jouer un ami, et Carlos en est un proche. Il ne faut pas aller chercher plus loin les errements psychologiques d’Alex, qui traîne sa peine pendant tout le match. Autre facteur, le vent, très présent ce jour-là, qui va aider l’un et perturber l’autre. Là où Carlos se mure dans sa concentration, Alex papillonne, alors que les conditions étaient censées avantager le meilleur jeu de jambes, celui de Corretja. Une finale qui s’est jouée avant même l’entrée sur le court.

 

31. 2018 : Nadal bat Thiem (6/4 6/3 6/2)

Pour Dominik Thiem, c’est une première finale majeure, qui confirme sa montée en puissance après ses demi-finales de 2016 et 2017. Doté d’une force de frappe impressionnante, il a pour lui une victoire sur Nadal à Rome en 2017 et une autre, plus récente, à Madrid en 2018. Bref, il est ce que la planète tennis peut offrir de mieux comme (pseudo-)opposition au Taureau de Manacor sur terre battue. En face, Rafa a connu une quinzaine un peu agitée, avec un set perdu et deux autres joueurs qui l’ont poussé au tie-break ; il n’est pas aussi stratosphérique qu’un an plus tôt. Ce qui ne change pas grand-chose au résultat. Sans passer à côté, Thiem mesure le gouffre qui le sépare du Monarque absolu de la terre battue, pratiquement imbattable sur ocre au meilleur des cinq sets, encore plus sur ce court Philippe Chatrier qu’il a annexé voici déjà 13 ans… Sans jouer son meilleur tennis, Nadal fait parler son réalisme et sa prééminence physique. Pour le battre à Roland, il ne suffit pas de frapper plus fort que lui.

 

30. 1997 : Kuerten bat Bruguera (6/3 6/4 6/2)

L’acte de naissance de Guga à Roland Garros. Et l’épilogue d’une quinzaine totalement folle pour le jeune Brésilien, au cours de laquelle il a déjà vaincu sur le fil Muster, Medvedev et Kafelnikov. Un parcours royal, et totalement improbable pour un 66ème joueur mondial, qui n’a jamais remporté le moindre titre sur le circuit principal. Ce n’est pas Sergi Bruguera, ancien double vainqueur, qui va l’arrêter. Aussi puissant que Medvedev, aussi complet que Kafelnikov, Guga est également aussi patient dans l’échange que Bruguera. Porté par une vague de confiance gigantesque et par un public qui le pousse à l’unisson, Gustavo Kuerten réussit ce jour-là le match parfait. Toutes les variations de son jeu posent un problème insoluble au si conservateur Bruguera, contraint à jouer contre sa nature en attaquant. Et lors du seul moment d’incertitude du match – la fin du deuxième set – c’est Guga qui déploie un mental de seigneur et Bruguera qui se met à rater. Sergi s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

 

29. 2014 : Nadal bat Djokovic (3/6 7/5 6/2 6/4)

Une déception relative que ce Nadal-Djokovic, le sixième du nom à Roland Garros, et qui débouche toujours sur le même résultat. Et toujours le même constat d’échec pour le Serbe, qui ne parvient pas à tenir la distance physique face à ce diable d’Espagnol qui file vers sa neuvième couronne Porte d’Auteuil. Rafa est pourtant bien nerveux en début de match, il a bien en tête que Nole est le seul à l’avoir régulièrement battu sur terre battue ces dernières années. Mais à Paris, au meilleur des cinq sets, Novak n’y arrive toujours pas ; il vomit même lors d’un changement de côté. Conclusion implacable et habituelle d’une quinzaine globalement assez terne : plus que jamais, la dictature Nadal ronronne à Roland Garros. Rien à signaler.

 

28. 1982 : Wilander bat Vilas (1/6 7/6 6/0 6/4)

Les amateurs de défense et de lift seront comblés par cette finale, un modèle du genre, voire un exercice de style. Borg en retraite, Vilas a tout pour reprendre les rênes sur la terre battue parisienne. Mais l’Argentin sous-estime le nombre de téléviseurs en Suède : les exploits de Björn ont suscité des vocations. En bon clone borguien, Mats fait parler sa fraîcheur, sa jeunesse (il n’a pas encore 18 ans) et un mental déjà à toute épreuve. A l’issue d’un hypnotique deuxième set long d’1h40, c’est Vilas, à la surprise générale, qui craque physiquement. Cette finale, au cours de laquelle toute initiative dans l’échange est proscrite, reste à ce jour la plus longue de toutes, avec 4h42 au compteur. Les amateurs d’opposition de styles, eux, passeront leur chemin…

 

27. 1994 : Bruguera bat Berasategui (6/3 7/5 2/6 6/1)

Première finale 100% espagnole de l’histoire. Et un Bruguera, favori et tenant du titre, qui impose le réalisme de son jeu à la fougue adverse. Le parcours de Berasategui cette année-là retient l’attention ; le Basque a la particularité de frapper coup droit et revers avec la même face de la raquette, technique unique au plus haut niveau – et qui le restera. Il ne frappe en fait presque que des coups droits, souvent définitifs depuis le milieu du court, prise ultra-fermée, à la manière d’un pongiste. Sergi Bruguera, au sommet de sa carrière, mobilisera toute sa concentration et sa longueur de balle, pour le forcer à reculer. Alberto ne rate pas sa finale, mais il manque de jeu de rechange pour rivaliser. Avec ce jeu particulièrement exigeant sur le plan physique, Berasategui se blessera à de nombreuses reprises par la suite, et ne retrouvera jamais un tel niveau.

 

26. 2017 : Nadal bat Wawrinka (6/2 6/3 6/1)

Le choix de positionner cette finale en milieu de peloton malgré son déroulement à sens unique est strictement personnel. Je n’avais jamais vu un truc pareil, y compris venant de Nadal. Stan envoyait trois, voire quatre obus d’affilée, qui auraient été gagnants contre n’importe quel adversaire. Là, non seulement toutes les balles revenaient, mais chacune revenait plus longue et plus difficile que la précédente. Marquer 6 jeux, dans ce contexte, est un exploit. Le meilleur Nadal de tous les temps. Le travail colossal de diversification de son jeu a trouvé son point d’aboutissement ce jour-là, toutes les nuances du lift, de l’amortie, de la contre-attaque y sont passées. Tout simplement injouable. Aux champions des années 2040-2050 qui se demanderont dans quelle mesure Nadal est en mesure de rivaliser avec eux, on conseillera sa finale de 2017, sa meilleure représentation à ce jour.

 

25. 2009 : Federer bat Söderling (6/1 7/6 6/4)

Jamais une victoire n’aura été aussi attendue par le public français, qui a eu cinq longues années pour (dés)espérer qu’elle arrive un jour. L’événement écrase le déroulement de la finale, qui en elle-même ne sera pas fantastique. Robin Söderling a provoqué le séisme ultime du tennis moderne, en terrassant Nadal, le quadruple tenant du titre. La fenêtre est unique pour Roger, qui à l’issue d’une quinzaine plus que chaotique réserve le meilleur pour la fin. Face à un Suédois tendu et qui tarde à rentrer dans le match, Roger prend le large très vite, puis ponctue le tie-break du deuxième set de quatre aces sur ses quatre points de service ; un break lui suffira dans le troisième set. L’émotion est palpable dans le dernier jeu, et les larmes commencent à couler à l’issue d’un dernier service gagnant. La boucle est bouclée pour le Suisse, qui au passage égale le record de 14 titres en Grand Chelem de Pete Sampras.

 

24. 2012 : Nadal bat Djokovic (6/4 6/3 2/6 7/5)

La quatrième finale d’affilée en Grand Chelem entre Nole et Rafa est aussi la première occasion pour le Serbe de boucler un premier Djoko Slam. Rarement une finale entre les deux hommes aura rassemblé autant d’enjeux, puisque de son côté, le Majorcain a l’occasion de mettre Borg dans ses rétroviseurs en s’offrant une septième Coupe des Mousquetaires. La déception est d’autant plus grande devant la qualité du match. Sauf que les deux champions n’y sont pour rien, c’est une pluie persistante qui va démolir leurs assauts. Interrompue une première fois lors du deuxième set, la rencontre sera ponctuée par les demandes successives des deux joueurs de l’interrompre à nouveau, voire de la reporter au lendemain, au détriment de leur concentration. Aucun des deux hommes ne parviendra à rentrer véritablement dans le match, les glissades sur la terre battue humide étant particulièrement dangereuses. La septième couronne parisienne du Majorcain aurait mérité mieux que ça.

 

23. 2016 : Djokovic bat Murray (3/6 6/1 6/2 6/4)

Une des quinzaines les plus pluvieuses, marquée de surcroît par les absences ou les forfaits de Federer, Nadal, Tsonga et Monfils (les principaux animateurs du tournoi de la décennie écoulée) débouche sur la seule finale pouvant la sauver du naufrage intégral. Elle sera plutôt belle, quoiqu’à sens unique à partir du deuxième set. Après un premier set éblouissant en défense et en contre-attaque, Andy baisse sa garde et flanche physiquement. Après trois échecs en finale, ce sera enfin la bonne pour Novak Djokovic, qui s’y présente pour la deuxième fois en quête d’un Grand Chelem à cheval sur deux saisons. Nole s’envole sans sourciller vers la gloire. Son « quatre à la suite » trône désormais, en compagnie des 17 couronnes majeures de Roger et des 9 titres à Roland Garros de Rafa, parmi les accomplissements majeurs du tennis moderne.

 

22. 2010 : Nadal bat Söderling (6/4 6/2 6/4)

A la suite de l’accident de l’histoire de l’année précédente (défaite face à Söderling en huitièmes de finale), Rafa a à cœur de récupérer son bien et de prendre sa revanche. Son adversaire en finale est donc bien celui dont il rêvait… Robin fait mieux que se défendre, mais ses torpilles se fracassent sur la défense de fer de Nadal, qui ne lâche rien et l’emporte en trois sets. Sans être la plus serrée, cette finale reste l’une des plus plaisantes à voir parmi les finales de Nadal. Non seulement Söderling lui oppose un son style tout en punch, mais en plus, contrairement à la finale de l’année précédente, il ne passe pas à côté. Quand on demande à Rafa sa cuvée parisienne préférée, cette édition 2010 revient souvent.

 

21. 1995 : Muster bat Chang (7/5 6/2 6/4)

1995 est vraiment l’année Muster, dont la razzia sur ocre préfigure les épopées nadaliennes au siècle suivant. L’Autrichien étouffe ses adversaires par sa régularité et sa présence physique, qui atteint son apogée cette année-là. Seul le jeune Albert Costa le pousse aux cinq sets en quarts de finale. Le dernier dimanche, Michael Chang lui offre une vraie opposition, et ne recule pas facilement. Mais après un départ hésitant, Thomas rallonge ses balles, remporte nettement la bataille du milieu de terrain et prend le dessus. Bien qu’il s’agisse au final d’un one-shot, le triomphe de l’Autrichien reste l’un des plus marquants des années 90 ; rarement un joueur n’aura autant dominé à la fois le tournoi et la saison sur terre battue, et produit une telle impression d’invincibilité.

 

20. 2001 : Kuerten bat Corretja (6/7 7/5 6/2 6/0)

Perturbé en 1998 par la perspective de jouer un ami proche, Alex a cette fois bien révisé sa leçon. Et lui qui est réputé pour son jeu de défense, va démarrer cette finale tambour battant et prendre Guga à la gorge en le privant de temps d’ajustement. C’est lui qui se montre le plus entreprenant lors du tie-break du premier set. Et c’est lui encore qui se procure une cruciale balle de break à 5/5 dans le deuxième… Mais son revers gagnant échoue quelques centimètres trop loin. Le match vient de tourner, et Kuerten frappe de plus en plus fort. Il déroule son tennis, et touche même au sublime au quatrième set en infligeant au pauvre Corretja un cinglant 6/0. Troisième et dernier titre parisien pour Guga, le plus mûr, alors qu’il commence à sentir les prémices d’une blessure à la hanche qui va ruiner sa carrière par la suite. Le Brésilien dessine un cœur sur la terre battue du Central avant de s’allonger au milieu : l’apogée de son histoire d’amour avec le public parisien.

 

19. 2006 : Nadal bat Federer (1/6 6/1 6/4 7/6)

Deuxième affrontement Nadal-Federer Porte d’Auteuil, le premier en finale. Et les enjeux stratégiques, qui ne varieront plus par la suite, sont d’ores et déjà à l’œuvre sur cette finale. Rafael Nadal est le tenant du titre, une configuration inédite pour lui. Et ses récentes victoires sur son rival du jour en font le favori naturel. Ce surcroît de pression lui fait rater complètement son premier set, où il accumule les fautes directes. Il règle la mire en début de deuxième set, torturant le revers du Suisse avec son lift qui l’atteint à hauteur d’épaule, l’un de ses rares points faibles. Roger commence à reculer, le match est plié, même si l’écart n’est pas encore ce qu’il deviendra par la suite. L’Helvète parvient à faire croire à un possible cinquième set, mais Rafa lui oppose son sang-froid dans le tie-break final. Un crève-cœur pour les fans du Suisse, mais il n’est de victoire plus logique.

 

18. 1985 : Wilander bat Lendl (3/6 6/4 6/2 6/2)

A tous ceux qui ne voient en lui qu’une inlassable lame du fond du court, Mats Wilander oppose ce jour-là un démenti cinglant, et fait l’étalage de ses immenses progrès depuis son premier titre trois ans plus tôt. Ivan Lendl est le favori, le tenant du titre, il est plus puissant que lui, et la force de frappe du Tchécoslovaque le prive de tout espoir de victoire en se contentant d’attendre la faute adverse. Le salut de Mats passera par le filet. Et il s’y rue avec succès, proposant à Ivan un festival de variations entre balles courtes et longues, coups d’attentes et coups gagnants, montées à contretemps et jeu au filet, ce dernier domaine n’étant pas celui où Wilander est le plus maladroit. Ne sachant pas à quoi s’attendre, Lendl s’impatiente et finit par déjouer totalement. Un chef-d’œuvre tactique de la part du Suédois, à montrer dans toutes les écoles de tennis.

 

17. 2007 : Nadal bat Federer (6/3 4/6 6/3 6/4)

A l’époque, cette finale est jugée comme la plus serrée entre les deux hommes. Federer est l’incontestable meilleur joueur du monde, mais Nadal est tout aussi incontestablement son bourreau sur terre battue. Conscient de ne pouvoir l’emporter en reculant et en s’exposant au lift de Rafa sur son côté revers, Roger essaie, jusqu’au bout, de jouer en avançant et de prendre d’assaut le filet dès que possible. Cela ne suffira pas, mais Roger aura essayé coûte que coûte d’échapper à une inéluctable défaite en sortant de ses schémas tactiques traditionnels. Troisième couronne d’affilée Porte d’Auteuil pour l’Espagnol, et la comparaison avec Borg commence vraiment à prendre tout son sens. Au fil des années, une défaite de l’ogre apparaît comme de plus en plus difficile à imaginer.

 

16. 1979 : Borg bat Pecci (6/3 6/1 6/7 6/4)

L’événement de cette finale 1979 n’est pas la quatrième victoire de Borg sur l’ocre parisien, mais la résistance coriace et pleine de panache que lui aura offerte son adversaire du jour, Victor Pecci. Le Paraguayen vient de battre Connors en demi-finale, Jimbo faisait son retour tant attendu à Roland Garros et tout le monde rêvait de le voir défier Iceborg sur ses terres. Le public devra se contenter de ce modeste Sud-Américain, et il n’est personne pour imaginer autre chose qu’une boucherie syndicale de plus en faveur de Borg. C’est oublier le potentiel de Pecci, magnifique attaquant de terre battue qui prend le filet à la moindre occasion, comme l’a fait Pannatta en 1976 et comme le fera Noah en 1983. Profitant d’une légère déconcentration du Suédois qui, menant 6/3 6/1 5/2, attend la faute adverse, l’homme à la boucle d’oreille prend tous les risques et remonte, jusqu’à remporter le troisième set au tie-break. Björn Borg se reconcentre et repousse péniblement les assauts adverses pour l’emporter en quatre sets, mais c’est bien le vaincu qui est porté en triomphe par le public parisien ce jour-là.

 

15. 1983 : Noah bat Wilander (6/2 7/5 7/6)

Un moment à part, forcément. Un de ces rares moments où beaucoup, devant leur télé, se sont senti partager quelque chose de commun avec celui qu’il voit triompher de l’autre côté de l’écran. Combien de vocations tennistiques sont nées en France à ce moment-là ? Ce dimanche de juin 1983, le tennis champagne de Yannick a atteint son zénith pour terrasser le tenant du titre Mats Wilander. Et la relative sècheresse du score ne doit pas faire oublier la tension nerveuse croissante devant le déroulé des événements. Beaucoup redoutaient un éventuel quatrième set, où les inépuisables ressources physiques du Suédois auraient rendu les choses beaucoup plus compliquées. Bref, ce tie-break du troisième set chargeait beaucoup d’enjeux, et le service gagnant final a libéré tout le monde. Chef-d’œuvre tactique de la part de Noah, ce match est aussi l’un des plus importants de la carrière de Mats : ses orientations stratégiques ultérieures témoignent de sa recherche du coup juste au bon moment, et il va devenir le grand maître tacticien des années suivantes.

 

14. 2011 : Nadal bat Federer (7/5 7/6 5/7 6/1)

La plus belle des finales Nadal-Federer, tout simplement parce que c’est la seule où Roger a réellement relâché son bras. L’Helvète sort d’une sublime victoire en demi-finale face à Novak Djokovic, infligeant au Serbe sa première défaite de l’année. La finale contre l’incontournable Nadal est quelque peu écrasée par ce chef-d’œuvre. Conscient d’avoir réussi un exploit, conscient aussi de ne pas être le favori de cette finale, Roger sonne la charge sans complexe, et le spectacle est magnifique. Poussé dans ses retranchements, Rafa garde la tête froide dans le money time des premiers et deuxième sets. Si Roger arrache le troisième set, il s’affaisse au quatrième, laissant l’Espagnol filer vers son 6ème titre. Le constat final est aussi implacable que déprimant pour les fans de Federer : il a dominé la plus grande partie des trois premiers sets, mais il a tout de même été mené 2 sets à 1, le tout face à un Nadal un peu plus prenable que lors de ses meilleures cuvées…

 

13. 1996 : Kafelnikov bat Stich (7/6 7/5 7/6)

Sur la seule lecture de leurs parcours lors de la quinzaine, Michael Stich part favori. C’est lui qui a rebattu les cartes de ce Roland Garros 1996, en terrassant son immense favori Thomas Muster, avant de dérouler son tennis total face à Pioline et Rosset. En face, le Russe dispute sa première finale en Grand Chelem, son parcours a été plus facile. Les failles mentales de l’Allemand vont lui jouer des tours lors de la finale. A plusieurs reprises il est en mesure de prendre le large, mais il commet des fautes et laisse Ievgueni revenir. Ce dernier garde la tête froide dans les fins de sets, pour coiffer son adversaire en trois sets. L’opposition de styles entre les parpaings russes et le jeu tout en toucher de l’Allemand auront en tout cas occasionné une superbe finale, à laquelle il n’aura manqué que le sel des matchs qui se prolongent.

 

12. 2005 : Nadal bat Puerta (6/7 6/3 6/1 7/5)

Note : l’auteur de ces lignes ne tient pas compte ici de la suspension de Mariano Puerta pour dopage à la suite de cette finale. Seul le match lui-même a servi à positionner cette finale 2005 dans ce classement.

La plus belle et la plus indécise des finales de Rafael Nadal est la première. Auréolé d’une impressionnante moisson printanière sur terre battue – qui deviendra une habitude pour lui – Rafa a tracé sa route Porte d’Auteuil avec l’autorité d’un seigneur. Même le n°1 mondial Roger Federer a été nettement dominé en demi-finale. Rescapé d’un jeu de massacre dans la partie basse du tableau, Mariano Puerta fait le tournoi de sa vie. Sa puissance impressionnante va faire des ravages, et obliger Nadal à des prouesses en défense. Et l’Argentin met le feu au court Philippe Chatrier en remportant de justesse un premier set de toute beauté. Rafa fait ensuite parler sa supériorité physique, mais échappe de peu à un cinquième set face à un adversaire qui lâche tous ses coups en fin de match. Roland Garros a son nouveau roi. Personne ne soupçonne alors que le règne va durer si longtemps…

 

11. 1974 : Borg bat Orantès (2/6 6/7 6/0 6/1 6/1)

Manuel Orantès est prétendant au titre depuis plusieurs années lorsqu’il se présente en finale en cette année 1974. Sa patte gauche de velours l’autorise à voir grand. Mais en face se dresse un jeune Suédois de 18 ans, Björn Borg. Renvoyeur inlassable, il épuise ses adversaires par sa régularité de métronome. Le n°1 mondial Ilie Nastase en sait quelque chose, lui qui a été étrillé en finale de Rome quelques jours plus tôt. Auteur d’un parcours chaotique pour arriver en finale, Borg est dans un premier temps dominé par Orantès, dont les attaques en revers font mouche. L’Espagnol pense avoir fait le plus dur en remportant à l’arraché le deuxième set. Mais, comme tous les adversaires du Suédois, il fatigue et se dérègle au troisième set. Ce deuxième set, que l’on pensait crucial, sera en fait le chant du cygne pour Orantès. Epuisé, il ne marque plus que deux jeux dans les trois sets suivants, laissant le jeune Suédois filer vers son premier grand titre. Une victoire qui sera suivie de beaucoup d’autres Porte d’Auteuil…

 

10. 1981 : Borg bat Lendl (6/1 4/6 6/2 3/6 6/1)

Sixième et dernière victoire de Borg sur l’ocre parisien, un record en son temps. Et une surprise de taille, puisque le monarque suédois est poussé aux cinq sets, ce qui ne lui était plus arrivé depuis des années. Björn s’est incliné à la surprise générale au premier tour de Monte Carlo, apparaissant hors de forme, et sa participation à Roland Garros a été un moment incertaine. Mais après un entrainement intensif, c’est un Borg en mode rouleau compresseur qui marche sur ses adversaires jusqu’à la finale. Son adversaire sera Ivan Lendl, qui dispute sa première finale majeure. Contre toute attente, le Tchécoslovaque va faire mieux que résister. Son coup droit puissant fait des dégâts dans la cuirasse borguienne. Coupable de quelques sautes de concentration, Borg se remobilise pour finir en trombe, 6/1 au cinquième, face à un adversaire épuisé. Mais ce titre, le 11ème en Grand Chelem à seulement 25 ans, n’est pas sans soulever quelques doutes sur la motivation du Suédois. Rétrospectivement, cette finale laissera de nombreux indices sur sa saturation et sa démobilisation progressive. Sous le célèbre bandeau, des idées de retraite commencent à germer…

 

9. 1991 : Courier bat Agassi (3/6 6/4 2/6 6/1 6/4)

Affirmer qu’André Agassi est le favori de cette finale est sans doute excessif. Il est plus approprié d’avancer que, des deux joueurs, il est celui qui essuiera le plus de reproches en cas de défaite. Dans cette courte hypothèse se niche probablement le sort de cette finale. Déjà bredouille à deux reprises en finale de Grand Chelem, le Kid de Las Vegas sait qu’il est attendu au tournant, et que cela fait trois ans désormais que son premier grand titre se fait attendre. Il démarre bien pied au plancher, mais l’interruption pour cause d’averse durant le deuxième set coupe son élan. Les deux cogneurs américains, qui ont naguère partagé la même chambrée chez Bollettieri, se mènent une guerre de position sans relâche. Tour à tour, chacun des deux joueurs, Agassi avec son revers ou Courier avec son coup droit, prend le contrôle du terrain et donc l’ascendant, et c’est sur les nerfs que va se jouer le set décisif. Dans cet exercice, là où André semble s’ensabler sous le poids de la pression, Jim se montre, nettement, le plus fort ce jour-là ; il est l’homme qui monte en cette année 1991, et son couronnement est tout à fait mérité. Les perdants seront les nostalgiques du jeu en toucher, qui voient dans cette finale le basculement vers l’ère des cogneurs.

 

8. 1987 : Lendl bat Wilander (7/5 6/2 3/6 7/6)

Victoire logique du favori face à son dauphin naturel sur terre battue, cette finale est aussi le plus beau des quatre duels Lendl-Wilander à Roland Garros. Face à la puissance et aux nerfs d’acier de Lendl, Mats Wilander oppose sa rigueur stratégique. Le Suédois est alors au cœur d’une transformation de son jeu, et s’aventure de plus en plus au filet pour surprendre et contrer les coups droits surpuissants du n°1 mondial. Mais c’est alors un work in progress, et le fruit ne mûrira que l’année suivante, celle de son Petit Chelem. Lendl remporte de justesse le premier set, puis étouffe son adversaire dans le deuxième. Wilander varie alors davantage ses trajectoires et parvient à semer le doute dans la tête du Tchécoslovaque. Le quatrième set se déroule sous le crachin, et les nerfs des deux champions sont mis à rude épreuve. La pluie, et la tension, s’intensifient à l’approche du tie-break du quatrième set. Et c’est Lendl, grâce notamment à deux passings extraordinaires, qui fait la différence pour s’adjuger son troisième titre Porte d’Auteuil sous la pluie et à la tombée de la nuit.

 

7. 1976 : Panatta bat Solomon (6/1 6/4 4/6 7/6)

Adriano Panatta est le grand héros de ce printemps 1976. Au sommet de sa forme physique, il déploie son magnifique tennis de terre battue, subtil cocktail d’attente quand c’est nécessaire et d’attaque débridée quand vient l’ouverture. La victoire de l’Italien préfigure celle de Noah sept ans plus tard, avec un jeu assez similaire. Tombeur de Borg en quarts de finale, Adriano devient le favori pour le titre, mais son dernier adversaire est particulièrement coriace. Harold Solomon déploie son jeu conservateur, basé sur l’attente de la faute adverse. Le bel Italien prend le large assez rapidement, mais perd le troisième set et sait que la durée du match ne sera pas son alliée. Aussi il met ses dernières forces dans le tie-break du quatrième set, qu’il sait décisif. Il s’offre son premier, et unique, tournoi du Grand Chelem, à l’issue de la plus chaude, et peut-être la plus belle, édition des années 70. Adriano Panatta reste le seul joueur à avoir vaincu Borg sur la terre battue parisienne ; il l’a même fait à deux reprises, puisqu’il l’a aussi battu en 1973.

 

6. 2000 : Kuerten bat Norman (6/2 6/3 2/6 7/6)

Finale idéale sur le papier, entre les deux meilleurs joueurs du printemps sur ocre. Guga fait parler son expérience en début de match, face à un Magnus Norman tendu par l’enjeu de sa première finale majeure. Mais le Suédois se reprend au troisième, ses coups puissants atteignent enfin leur cible et il remporte avec autorité la troisième manche. Kuerten, qui a vécu une deuxième semaine très difficile, fatigue mais ne plie pas. A la puissance adverse, il réplique par son jeu plus varié et ses fulgurances en revers. A 5/4, 15/40, une balle du Suédois, initialement annoncée faute par le juge de ligne, est déjugée par l’arbitre… Le match, qui était tout de même plaisant mais où les deux joueurs ne jouaient leur meilleur tennis que tout à tour, bascule alors dans une autre dimension. Avec un courage et un instinct de survie incroyables, Magnus va sauver un total de 10 balles de match, mettant au supplice les nerfs de Guga. Le Brésilien va pourtant tenir jusqu’au bout, l’emportant 8/6 au tie-break du quatrième set. 45 minutes de suspense et de tension séparent la 1ère et la 11ème balle de match. Kuerten prouve ce jour-là à tout le monde que son coup de tonnerre de 1997 n’était pas un one-shot, et se place dans la course à la place de n°1 mondial. Une splendide finale, dont le final poignant et extraordinaire a marqué les esprits.

 

5. 2015 : Wawrinka bat Djokovic (4/6 6/4 6/3 6/4)

Le chef-d’œuvre tennistique de Stanislas Wawrinka. Le match d’une vie. En face de lui se dresse l’épouvantail ultime, Novak Djokovic, n°1 mondial stratosphérique qui vient enfin de terrasser Nadal en quarts après six échecs sur la terre battue parisienne (dont deux en finale) et auquel le titre parisien, le seul qui manque à son palmarès, semble promis. Stan prend un départ hésitant, ce qui suffit à lui coûter le premier set. Toutefois, à partir du milieu de la première manche, il est perceptible que la puissance de l’Helvète gêne considérablement le Serbe, et que l’outsider est le plus entreprenant pour trouver des angles improbables. Auteur d’un récital en revers, Stan va mettre plus d’une heure à concrétiser sa domination ; Nole, qui a vaillamment sauvé une brouette de balles de break dans le deuxième set, finit par craquer à 5/4 contre lui. C’est le début d’un festival de tennis total de la part de Stan, qui aligne 10 points de rang au cœur du troisième set et prend le large. Jusqu’au bout, Novak essaiera de le ramener sur terre en variant ses trajectoires, menant 3/1, puis balle de 5/3 dans le quatrième. Mais jusqu’au bout Wawrinka garde la tête froide et aligne les points gagnants pour foncer vers le titre. Djoko pleure à chaudes larmes lors de la remise des prix, mais il n’a pas grand-chose à se reprocher face à une copie aussi parfaite. La plus belle finale de ce début de XXIème siècle.

 

4. 1989 : Chang bat Edberg (6/1 3/6 4/6 6/4 6/2)

Pour les amateurs du service-volée, cette finale, et surtout son dénouement, font figure d’enterrement puisque c’est la dernière fois qu’un des leurs a atteint la finale. Et après un départ catastrophique, Stefan Edberg a bien failli l’emporter, manquant un total de 10 balles de break dans le quatrième set. Il s’écroule autant mentalement que physiquement au cinquième set, non sans avoir offert, avec Michael Chang, une magnifique opposition de styles qui n’est pas si commune à Roland Garros en fin de deuxième semaine. Mais c’est l’ensemble de la quinzaine de Chang qu’il convient de mentionner ici, et la quinzaine tout court d’ailleurs, très chaude et ensoleillée, qui a rendu la terre battue sèche et rapide et offert des matchs magnifiques. Vainqueur improbable et perclus de crampes d’Ivan Lendl à l’issue d’un match resté dans toutes les mémoires, Michael Chang récupère vite et poursuit sa route avec l’insouciance de la jeunesse. Compensant sa petite taille et son manque de puissance par un jeu de jambes extraordinaire et un sens inné du lob et du passing, le sino-américain impressionne surtout par sa force mentale. Et c’est lui qui crucifie Edberg de ses lobs et de ses contrepieds dans ce cinquième set, pour achever en vainqueur l’une des plus improbables cuvées de Roland Garros. Plus jeune vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem à 17 ans et 3 mois, Michael Chang détient toujours ce record, qui semble aujourd’hui l’un des mieux gardés de tous. Et cette édition 1989 ouvre une période de décalage récurrent entre le palmarès du French Open et celui des autres levées du Grand Chelem. L’ère Lendl-Wilander est révolue, vivent les années 90 !

 

3. 1999 : Agassi bat Medvedev (1/6 2/6 6/4 6/3 6/4)

Une magnifique finale, coiffée d’un retournement de situation assez rare. Mais elle n’aurait probablement pas eu autant de saveur si elle n’avait pas opposé deux hommes aussi charismatiques et aussi inattendus cette année-là, Medvedev le dilettante romantique face à Agassi l’ancien champion sur la voie de la rédemption. Le premier nommé, revenant d’une série de blessures, n’est que 106ème joueur mondial à l’ouverture du tournoi, mais son cocktail unique de puissance dévastatrice et de toucher extraordinaire ont fait des dégâts. Quant à l’Américain, il est bien sur le retour, mais personne ne l’attend plus sur l’ocre parisien, terre de lourds échecs depuis ses deux finales de 90-91. Mais leurs parcours respectifs lors de cette quinzaine ne laisse aucune place au doute : ils sont bel et bien les deux meilleurs de cette édition. Pétrifié par l’enjeu et transpirant à grosses gouttes en entrant sur le terrain, André est inexistant durant les deux premiers sets, malgré une interruption due à la pluie. Le jeu se resserre au troisième set, et le Russe se procure une cruciale balle de break à 4/4, suite à deux doubles-fautes d’André. Ce dernier tient ses nerfs, va chercher son salut au filet et efface ce qui était presque une balle de match. Le match vient de basculer. Enfin libéré, Agassi fait visiter le terrain à son adversaire et règle enfin ses retours. Combattant magnifique, Medvedev s’avoue vaincu de justesse, 6/4 au cinquième. Les larmes peuvent couler des deux côtés, et le public parisien redécouvre un Agassi qui a changé de peau en quelques années, un Agassi si ému de compter désormais les quatre levées du Grand Chelem à son palmarès. Andrei Medvedev, qui aura travaillé si dur pour revenir à ce niveau, ne se remettra pas de cette défaite.

 

2. 1993 : Bruguera bat Courier (6/4 2/6 6/2 3/6 6/3)

Ni Sergi Bruguera, ni Jim Courier n’ont submergé d’émotion les foules parisiennes lorsqu’ils ont triomphé à Roland Garros. La faute sans doute à leurs jeux respectifs qui ne rivalisaient pas, en termes de spectacle, avec leurs contemporains princes de l’attaque que furent Becker, Edberg et autres Sampras. La finale de 1993, reléguée dans un oubli relatif, n’en reste pas moins un moment clé dans l’histoire de Roland Garros. Parce qu’elle a mis aux prises le modèle qui avait dominé les années précédentes – Jim Courier, sa puissance et son impressionnante présence physique – et un modèle émergent, celui du lift incontrôlable et de la défense inébranlable, incarné par Sergi Bruguera. Ce jour-là, ce ne sont pas seulement deux joueurs qui s’affrontent, ce sont deux écoles.

Et le triomphe de Sergi inaugure la domination récurrente de l’école espagnole à Roland Garros, domination dont nous ne sommes toujours pas sortis un quart de siècle plus tard. Le défi pour Sergi ne peut être plus grand : l’emporter face au double tenant du titre qui a pour lui sa détermination de champion, son statut de n°2 mondial et de double tenant du titre et sa puissance intacte. Et courir aux quatre coins du terrain ne sera pas suffisant ; sa victoire, Bruguera ira la chercher en contre-attaquant, en répondant aux parpaings de Jim par des balles de plus en plus profondes et en n’hésitant pas à s’aventurer au filet, tout comme Courier d’ailleurs. Cette finale aux replis multiples a donc obligé chacun des deux protagonistes à sortir de sa zone de confort pour tenter de prendre le dessus.

Quatre heures de tension et de sueur, une finale tout simplement monstrueuse. Courier parviendra à masquer les doutes qui commencent à l’assaillir lors de la cérémonie, en faisant de l’humour dans un français impeccable sur la « vache espagnole » qui vient de le battre, provoquant l’hilarité du public. Jim Courier était un champion, et ce jour-là il est tombé en champion. Moins anecdotique a posteriori, le jeune Gustavo Kuerten, 16 ans, se demande devant son écran comment l’emporter sur les deux schémas tactiques qui viennent de s’affronter ce jour-là. « En sachant maîtriser les deux schémas au sein d’un même match, voire au sein d’un même point » lui répond son entraineur Larri Passos. Guga prend note. On connait la suite.

 

1. 1984 : Lendl bat McEnroe (3/6 2/6 6/4 7/5 7/5)

Cette finale a suscité tellement d’émotions que j’en parlais encore récemment avec passion, 35 ans plus tard. Et le verdict balbutiant de ce match, une victoire à la Pyrrhus de Lendl au prix d’un effort d’une violence inouïe, est sans appel. Il annonce la prise de pouvoir du « vrai » tennis moderne, basé sur la puissance et l’endurance, aux dépens du tennis joué simplement à la main. Avec le recul, voir McEnroe dérouler son tennis d’esthète et réduire en poussière un solide n°2 mondial en pleine possession de ses moyens, a quelque chose de fascinant. Sauf que ça n’a été qu’un mirage, et que le paramètre physique, alors en pleine émergence dans le tennis, a eu raison de la fiction selon laquelle le plus doué des deux doit forcément l’emporter. Ce constat s’est imposé sans préavis ce jour-là, et une large partie du public a eu autant de mal à le digérer que l’Américain.

Le public français a vécu d’assez loin les joutes du triangle Connors-Borg-McEnroe, qui offrait de splendides duels à Wimbledon et à l’US Open, les véritables théâtres où se jouait la pièce de la suprématie du tennis depuis une dizaine d’années. Passée la parenthèse enchantée de 1983, unanimement perçue justement comme une parenthèse, voir McEnroe l’emporter était le rêve pour le public de Roland Garros de placer pour de bon « son » tournoi sur un pied d’égalité avec Wimbledon et l’US Open dans la mémoire collective, avec le couronnement d’un n°1 mondial génial, et alors au sommet de sa carrière.

Je n’envisage pas d’accorder quelque importance aux blagues potaches de Big Mac, qui expliqua que c’est un micro qui l’avait déconcentré ; je ne crois d’ailleurs pas que Mac avait réellement besoin d’être concentré sur le court, et par ailleurs combien de matchs a-t-il gagné en déconcentrant son adversaire par ses esclandres… En revanche, j’ai recherché l’écho qu’avait eu cette finale outre-Atlantique. Nos collègues américains étaient nombreux à connaître l’existence de l’Europe et de la France sur la carte du tennis, et suivaient les résultats de Roland Garros, à la télé ou à la radio. Et ils se souviennent de ce Lendl-McEnroe comme l’un des plus beaux matchs des années 80, au point d’être quelque peu jaloux de la pâle copie qu’en a été la finale de l’US Open 1985. Chacun son tour… Ce 10 juin 1984, le centre de gravité du tennis s’est nettement, et définitivement, rapproché de Paris. Rien de moins.

 

Hors concours – 2004 : Gaudio bat Coria (0/6 3/6 6/4 6/1 8/6)

Incapable que je suis de placer cette finale dans mon classement, je choisis… de la mettre à part. Du point de vue de la dramaturgie et du suspense, elle mériterait sans aucun doute l’une des toutes premières places, sinon la première. Du point de vue du niveau de jeu produit, elle mérite probablement la dernière. Je me rappelle d’un copain, classé alors -2/6, qui avait assisté à la finale depuis les tribunes ; il en était revenu en me disant que franchement il pensait jouer plus vite que ça… L’autre anecdote, au micro celle-là, c’est Guy Forget en plein quatrième set, s’excusant sur le mode « je passe sans doute pour un connaisseur du tennis, mais là je dois dire que je ne comprends strictement rien à ce qui se passe sur le terrain ».

Le lacrymal Gaudio et le sanguin Coria ont sans doute disputé ce jour-là l’un des pires matchs de leurs carrières respectives. Mais ils ont été également des livres totalement ouverts sur leurs émotions, leurs doutes et leurs renoncements, et livré toute une foule d’indications cruciales sur la psyché du joueur de tennis en action, tant ils se sont montrés, autant l’un que l’autre, incapables de mobiliser leur surmoi. Certains matchs, dit-on, se jouent dans la tête ; celui-ci ne s’est joué que dans la tête. Et comme il fallait bien qu’il n’y ait qu’un seul perdant, autant sanctionner le renoncement le plus visible, et le plus coupable, celui de Guillermo Coria.

Selon la version de l’arbitre, les crampes de stress d’El Mago ont été constatées par le kiné du tournoi à la fin du 3ème set. Si je prends cette précaution épistolaire, c’est parce que la carrière de l’ombrageux Argentin est saupoudrée de quelques séquences de simulation sur le terrain, dont une l’année précédente contre le même Gaudio à Hambourg. Admettons donc que les crampes de Guillermo (à partir de la fin du 3ème) aient été autre chose qu’une fiction, nous pouvons au moins constater qu’au 4ème set il n’essaie pas de lutter sur le terrain, alors qu’au 5ème il essaie. Quelle que soit la réalité de ses problèmes physiques, le fait est qu’il a, pendant une partie du match, renoncé à se battre. Aucun autre joueur victime de crampes n’a offert le spectacle de donner un set entier à l’adversaire sans bouger, ils sont nombreux pourtant à connaître cette situation, et à devoir doser leur effort en attendant l’effet des médicaments.

Les énervements dont Guillermo Coria a été coutumier pendant sa brève période au plus haut niveau m’ont semblé traduire, par leurs disproportions, sa difficulté à surmonter le surcroît de pression qu’avait occasionné son contrôle anti-dopage positif en 2001, alors qu’il n’avait que 19 ans. La suspicion dont il était capable, notamment vis-à-vis du corps arbitral, et sa nervosité, étaient proprement stupéfiantes, et ne pouvaient s’expliquer par un simple tempérament sanguin. Sans doute Coria a-t-il perçu sa suspension comme une injustice, au point de ne pas tolérer la moindre injustice par la suite sur le court. Dans ces conditions, les difficultés qu’il a rencontrées pour seulement tenir sa raquette, dès la fin du 3ème, ne traduisent pas seulement des crampes, mais aussi une crise de nerfs à l’approche d’une victoire qui lui tendait les bras. Et plutôt que de lutter comme le formidable combattant qu’il savait être aussi, il a opté pour un renoncement visible, en laissant filer le score, invitant chacun – et notamment Gaston Gaudio – à constater par lui-même que la remontée qui s’amorçait n’était pas due au mérite de l’adversaire, mais à son effondrement pour cause de crampes.

De tous les adversaires de Coria, Gaston Gaudio était sans doute un des seuls capables de succomber à une telle tartufferie. Et le fait est qu’il a frôlé, vraiment frôlé, la défaite. Et pour le coup, lui n’a pas cherché à mentir à qui que ce soit. Sa quinzaine parisienne avait été magnifique ; Hewitt en quarts et Nalbandian en demis avaient explosé sous la puissance de son revers. Mais, aussi brillant fût son parcours, en entrant sur le terrain pour cette finale, Gaston était beaucoup plus désireux que l’histoire se termine que de la terminer en vainqueur. Son comportement autodestructeur sur le terrain ne le prédisposait pas à encaisser l’effort mental de sept matchs au meilleur des cinq sets ; le septième, pour lui, était clairement celui de trop. Aussi, quand le public a salué bruyamment un point magnifique qu’il venait de remporter au cœur du 3ème set, il s’est enfin détendu. Dans les minutes qui ont suivi un bruissement, à la fois subliminal et perceptible par tout un chacun, indiquait que la nervosité était en train de changer de camp. Il serait exagéré de dire que Gaston s’est mis à bien jouer, mais il s’est au moins mis à jouer, au sens premier du terme.

Au fil d’un cinquième set où les larmes affleuraient des deux côtés, le spectacle n’était plus du tout tennistique, il était psychique. Guillermo Coria tentait bien de rentrer dans le terrain et de faire visiter le terrain à son adversaire, afin de bouger le moins possible ; ce n’était pas en soi une mauvaise option tactique, mais c’était pour le moins contre nature de la part du formidable défenseur qu’il était. En face, Gaudio, retombé dans ses errances, était tellement nerveux à l’approche d’une victoire aussi prestigieuse qu’inespérée, qu’il était à son tour devenu incapable de tenir sa raquette convenablement. Aux dires de Gaudio, sur les deux balles de match de Coria, il n’avait jamais compris comment lui-même, Gaston, avait réussi à ne pas faire la faute le premier.

C’est ici que la morale de ce match est sauve, tout en prenant la formulation inverse de celle qui est généralement utilisée : la défaite s’est offerte celui qui la méritait le plus, à savoir Guillermo Coria. Il était temps, pour les deux joueurs, de craquer pour de bon et d’aller enfin se reposer. Sur un divan de préférence, et avec un bon professionnel en face, car les fêlures psychologiques que les deux Argentins ont étalées sur la place publique ce jour-là étaient vertigineuses.

Pour le public, il ne restera sans doute pas le souvenir d’un match de grande qualité, mais plutôt le sentiment d’avoir assisté à une tragédie à ciel ouvert. Sauf que là il ne s’agissait pas d’une représentation, c’était pour de vrai. Cette finale ne compte sûrement pas parmi les grandes finales de Roland Garros. En revanche, elle a sa place dans les rares moments où la dimension psychologique inhérente au sport de haut niveau aura été la plus visible. Les voisins d’étage de ce Gaudio/Coria de 2004, ce sont le Chang/Lendl de 1989, le Connors/Kriskstein de 1991 à l’US Open, dans une moindre mesure le Sampras/Corretja de 1996 toujours à l’US Open.

 

 

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92 Responses to Retour sur les finales de Roland Garros

  1. Montagne 23 mai 2019 at 13:21

    La finale de 1984, la plus grande déception que j’ai pu avoir devant mon poste de télé.
    Autrement, parmi les matchs qui m’ont marqués, Kuerten/Muster vu depuis le bord du court N°1 à Roland Garros.
    Ce court est (était??) magique, une véritable arène, Kuerten inconnu ou presque qui, ce jour là commence son histoire d’amour avec le public.
    Match terminé juste avant la nuit, dans une ambiance particulière, Muster grand favori, voit son tennis de bucheron s’effriter devant le jeu plus varié du brésilien. Une sacrée soirée.

    • Rubens 23 mai 2019 at 13:44

      Montagne, je crois que tu te trompes sur le Kuerten-Muster de 97, de mémoire il ne s’est pas terminé à la nuit tombante. Je n’étais pas dans les tribunes comme toi, mais le souvenir que j’ai (à la télé), c’est que le match s’est joué en début d’après-midi. Il a dû se terminer vers 16h00, sous le soleil et la chaleur. Par ailleurs je suis d’accord, je crois que le titre 10 jours plus tard s’est joué sur ce match, et aussi sur le match suivant, contre Medvedev. En revoyant les images sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=VeDJpOuo150), je dirais que ce Kuerten-Muster a dû être le premier match du jour, peut-être le deuxième en cas de purge de 45mn de match féminin avant.

      Est-ce que tu ne confonds pas, justement, avec le huitième de finale Kuerten-Medvedev joué sur le Lenglen ? Parce que là ils se sont séparés à la tombée de la nuit à 2 sets partout, et ont joué la fin du cinquième le lendemain.

      • Montagne 23 mai 2019 at 21:14

        Tu as peut-être raison, Rubens, la mémoire me joue des tours.
        Je suis sûr que c’était sur le court N°1, ce court spécial, mais c’était plus tôt dans la journée alors.

  2. Colin 23 mai 2019 at 17:32

    D’ailleurs (le post de Montagne ci-dessus m’y refait penser) une des réflexions que je m’étais faites en lisant ton article était que Muster avait un palmarès à Roland Garros très déséquilibré (négativement) par rapport à sa domination sur TB pendant la première moitié de la décennie 1990. Si on le compare avec 4 de ses contemporains, à savoir les 3 autres champions qui se sont imposés à RG entre 91 et 96, ainsi que Medvedev (l’autre grand bonhomme de la TB à cette époque), on constate une nette sous-performance de l’autrichien à Roland :
    - MUSTER :
    – RG : 1 titre (95), 1 demie (90)
    – MCHaRo (Monte-Carlo, Hambourg, Rome) : 6 titres, 1 finale (je ne compte pas les demies)
    – Autres : 34 titres, 4 finales
    - COURIER :
    – RG : 2 titres (91, 92), 1 finale (93), 1 demie (94)
    – MCHaRo : 2 titres
    – Autres : 1 titre, 1 finale
    - BRUGUERA :
    – RG : 2 titres (93, 94), 1 finale (97), 1 demie (95)
    – MCHaRo : 2 titres, 2 finales
    – Autres : 10 titres, 12 finales
    - KAFELNIKOV :
    – RG : 1 titre (96), 1 demie (95)
    – MCHaRo : 0 titre, 1 finale
    – Autres : 2 titres, 2 finales
    - MEDVEDEV :
    – RG : 1 finale (99)
    – MCHaRo : 4 titres, 0 finale
    – Autres : 7 titres, 2 finales

    Muster a gagné, hors Roland Garros, 40 titres sur TB, soit plus que Courier, Bruguera, Kafelnikov et Medvedev réunis.
    Mais à Roland-Garros, Muster c’est un peu Vilas (1 seul titre chacun) sans l’excuse de Borg.
    Entre 1990 et 1998, certes il n’a jamais perdu contre des peintres, m’enfin certaines de ses défaites laissent rêveur:
    - 90 : perd en demies contre Gomez, futur vainqueur
    - 91 : perd dès le 1er tour face à un certain… Pete Sampras !
    - 92 : Perd au 2ème tour contre Courier (tenant et futur vainqueur)
    - 93 : Perd en 8èmes contre Courier (tenant et futur finaliste)
    - 94 : Perd en 16èmes contre… Patrick Rafter !!!
    - 95 : Gagne
    - 96 : Perd en 8èmes contre Stich (futur finaliste)
    - 97 : Perd en 16èmes contre Kuerten (futur vainqueur)
    - 98 : Perd en quarts contre Félix Mantilla (autre grand spécialiste de la TB, mais qui ne fera jamais mieux qu’une demie à Roland)

    • Rubens 23 mai 2019 at 21:58

      Salut Colin,

      Le sacre de Muster est marquant en 95, parce que justement c’était le couronnement d’une domination sans partage. J’ai la flemme de vérifier, mais de mémoire en 95-96 il a deux séries d’une quarantaine de victoires d’affilée sur TB, la première interrompue par Corretja et la deuxième par Stich. C’était aussi fort que Nadal, mais sur une plus courte période bien entendu.

      Ceci dit, la comparaison avec Courier, notamment, a ses limites. Jim ne jouait sur TB que 2 ou 3 tournois par an. Dans mon souvenir, en 92-93, il ne joue que Rome et Roland. Pas étonnant qu’il gagne moins que Muster, puisqu’il jouait moins. La comparaison avec Bruguera, par contre, est éloquente.

      Je me souviens aussi que Muster, suite à son accident de 89, avait repris le tennis assez vite en fait (6 mois plus tard), mais les docteurs lui avaient recommandé la TB, moins violente pour son genou qui avait eu un gros choc. Certes Muster était sans doute prédestiné à briller sur TB, mais il faut rappeler que juste avant cet accident il venait de jouer sa première demi en GC en Australie, et il était en finale de Miami (qu’il n’a justement pas pu disputer).

      De mémoire, c’est à l’été 93 que Muster a gagné 3 ou 4 tournois sur TB, avant de disputer directement l’US Open sur dur, pour y atteindre les quarts. L’Autrichien dosait son effort sur les autres surfaces, car il savait son genou fragile. Et comme il pouvait jouer quasiment de février à septembre sur TB sur le circuit principal, il ne s’en privait pas.

    • Rubens 23 mai 2019 at 22:03

      Et concernant ses défaites à RG contre Sampras et Rafter, est-ce si surprenant ? A cette époque il n’a pas affronté Edberg à Paris, mais le Suédois lui mettait la misère à chaque fois, y compris sur TB. Service-volée, retour-volée, ne surtout pas s’enfoncer dans l’échange. C’était la seule tactique face à lui. La victoire de Stich en 96 est à encadrer au panthéon des attaquants de TB. Federer, 15 ans à l’époque, a t-il vu ce match ? Stich lui a donné toutes les clés pour dominer Nadal sur TB ce jour-là ! Mais le service-volée me semble plus naturel chez Stich que chez Roger ?

    • kkfm_clan_de_cheatah 23 mai 2019 at 22:05

      On dit « laisse songeur » et non « laisse rêveur ».

  3. Sebastien 24 mai 2019 at 07:30

    Hello, bravo Rubens pour cet article (et les autres que je n’ai pas encore eu le temps de déguster)

    Tu relates merveilleusement bien ces finales, quelle précision, et quelle vision ! Je suis sûr que t’entendre raconter ou commenter un match doit être génial. Tu ferais bien mieux que ces journalistes ou consultants si lourds qui sévissent.

    Trop jeune pour avoir suivi la plupart de ces finales, j’ai commencé en 2008 pour Roland. Le premier match que j’ai vu est un Nadal – Almagro. Nadal était monstrueux de puissance, de mobilité, de précision. Un terminator !
    C’est là je crois qu’Almagro, dépité, s’exclame quelque chose du genre : « ce mec va gagner 40 Roland-Garros, il envoie des balles à 6 mètres de hauteur ».

    Je me souviens de Nadal habillé en vert, silhouette un peu plus fine et plus fit que maintenant, du temps gris, et que malgré la météo son lift était absolument sans équivalent et cela allié à la la longueur de ses balles, mon Dieu, personne ne pouvait tenir ! Il a changé de raquette en 2010 pour plus de lift, mais je crois que du point de vue puissance / mobilité / mental 2008-début 2009, c’est le meilleur Nadal qui soit, c’est la Bête ! Après la mi-2009 il diversifie son tennis, il est moins mobile, moins rapide.

    J’ai raté la finale, mais j’avais de l’espoir pour Roger et quand j’ai appris le score, j’ai été sidéré, quoi que vu toutes les raclées (3 jeux lâchés à Verdasco, 3 à Almagro, 2 premiers sets en rouleau compresseur contre Djoko, et troisième set en gestion et tie-break les doigts dans le nez), ça pouvait être logique.

    Mon idole étant Roger, j’ai eu du mal avec Nadal parce qu’il le battait mais bizarrement j’ai commencé à l’apprécier dès Wimbledon 2008 et les JO.
    Et chose indigne, j’ai donc retourné ma veste pour finalement largement préférer Nadal à Roger ! Le côté gladiateur surpuissant que j’adore, barbare mutant et dont Thiem est peut-être l’héritier.

    Sur la finale de 2014, oui Djoko vomit à un changement de côté, et il sous-entend qu’il était malade depuis quelques jours.
    J’ai adoré la finale 2015 avec un Stanimal en pyjama qui peu à peu finit par mettre KO un Djoko pas à 100% (énorme match du Serbe contre Murray)

    La 2017, Nadal est d’une certaine façon plus implacable qu’en 2008. Je me disais que Stan pouvait pourtant lui poser des problèmes, mais cette légendaire Decima semblait avoir galvanisé Nadal. C’est surtout son revers qui m’a étonné ce jour-là, arme de défense mais aussi d’agression. Globalement, j’ai été comblé à Roland Garros, la seule édition que je n’ai pas aimée, c’est la 2016, j’attendais bien mieux de Murray, qui apparemment n’avait plus de jambes après le premier set.

  4. Achtungbaby 24 mai 2019 at 09:39

    Série d’interviews lénifiantes de Federer à l’occasion de son retour à Paris.

    Je trouve sidérant que les journalistes mettent encore en avant son fair play et sa modestie, qui seraient à toute épreuve !

    Pas du tout l’impression que me donne le bonhomme depuis quelques années…

    • Colin 24 mai 2019 at 10:41

      Peut-être qu’il faudrait que tu le rencontres à l’occasion d’une interview pour te faire une impression « en vrai » du bonhomme.

      • Achtungbaby 24 mai 2019 at 10:57

        pas forcément besoin de le rencontrer pour me faire une opinion !

        Je vois son comportement sur le cours et ses commentaires sur l’évolution du circuit, et c’est uniquement ça qui m’intéresse.

        Et je suis toujours très étonné (je l’ai dit déjà ici) du décalage entre ce que je perçois et ce que la presse veut nous renvoyer comme image.

        Federer ces dernières années, c’est un joueur qui prend la mouche très rapidement quand les choses ne tournent pas pour lui. Il impute les lignes, le vent, l’ombre, un bruit dans le public, il devient vite très agressif envers les arbitres. Il ne s’excuse que rarement sur un let. Perso je le trouve plus proche du mauvais perdant que du joueur fair play.

        Et hors du cours, c’est un business man en porte à faux quand il s’agit de juger la réforme de la coupte Davis, because Laver Cup. Et qui est clairement en conflit d’intérêt, en position de payer des joueurs lors de la Laver Cup pour les affronter ensuite sur le circuit. Quel journaliste va un jour lui poser ces questions ? Personne. Là on a droit à du publi-reportage.

        Bref, selon moi, rien à voir avec le portrait qu’on veut nous décrire à longueur d’articles béats.

        • Anne 25 mai 2019 at 06:30

          Comme quoi l’impression que des gens dégagent, c’est un peu comme les goûts et les couleurs…. en même temps, je constate que celle qui met le plus en avant son côté fair-play et sa modestie dans les interviews publiées ces derniers jours est…. Carole Bouchard en personne. Je ne pense pas qu’il l’ait menacée d’une quelconque façon (ou son employeur) pour qu’elle le décrive ainsi… alors que tout le’ monde sait à quel point elle ne l’aime pas.

          Sur le circuit, il est assez unanimement salué, et pas uniquement par les « officiels » qui veulent lui passer de la pommade dans le dos pour être sûr d’être dans ses petits papiers, mais les bénévoles, les petites mains, les ramasseurs de balles qui parlent en off… et perso, ça m’importe bien davantage que ce que peuvent en dire les journalistes selon l’histoire qu’ils ont décidé de vendre…

          Pour voir si un joueur est fair-play ou pas, j’essaye de voir l’intégralité des retranscriptions des conférences de’ presse et non pas juste quelques extraits, et l’impression qui s’en dégage eń general, je trouve, c’est qu’il l’est globalement.
          Et sur le terrain, je ne sais pas d’où vient l’idée qu’il ne s’excuserait quasi jamais sur un let alors qu’il le fait très souvent (d’ailleurs, y a bien qu’au tennis où on s’excuse pour un tel truc…). Et il critique relativement peu les juges… en revanche, quand il estime que lors d’un match, ils font preuve d’incompetence, là oui, il peut devenir assez intraitable… et on sait que si certains sont très bons d’autres en revanche, le sont moins… mais perso, je ne trouve pas anormal qu’un joueur demande à un juge de faire correctement son boulot. Après , oui, bien sûr qu’il peut faire preuve d’une certaine mauvaise foi parfois, mais pour un type qui a joué autour de 1400 matchs, ça représente quand même pas grand chose…
          Après, quand on voit l’attitude de beaucoup de sportifs hors tennis, voire dans le tennis, qui ont réussit 100 fois moins, globalement l’impression qu’il dégage est justement une modestie certaine, je trouve.

  5. Sam 24 mai 2019 at 13:33

    Cet article me donne à moi aussi envie de « je me souviens », et je ne me souviens pas de toutes mes finales, loin de là… Par contre,
    Je me souviens, gamin, de l’écran allumé dans un coin du salon par un dimanche pluvieux et du bruit monotone et répétitif qui en émanait, de la voix basse des commentateurs et de la couleur marron orange. Je passais devant sans m’arrêter et plus tard, je comprendrais que j’aurais ainsi raté Borg.
    De mon grand-père qui ne jurait que par le foot disant « ah, çui qui m’a vraiment épaté, c’est Roger Vasselin !Roger Vasselin ». Mon père, lui, a toujours été pour Connors.
    Je me souviens m’être dit, bien des années plus tard, que je me souvenais vaguement avoir vu le Lendl Noah de 83, mais en étais-je bien sûr ? Quoi qu’il en soit, je me souviens aussi m’être persuadé que c’est dans la foulée de ce match que j’ai tanné mes parents pour avoir une raquette. J’ai loupé la finale.
    Avec cette raquette – en fait, non, j’avais du la massacrer déjà sur un poteau de filet ainsi que quelques autres – je me suis précipité faire ma séance quotidienne de 3H de mur immédiatement après la finale de 84, porté par la joie de la victoire de Lendl, joie que je ne m’explique toujours pas ce jour.
    Qu’il pleuvait en 87 et que Tennis Mag avait écrit un truc du genre « la raquette bleue électrique de Lendl semblant zébrer les nuages », je trouvais ça vachement beau.
    D’avoir eu honte pour Riton en 88 et descendu la télé de la mère du batteur dans le garage en 89 pour regarder la finale tout en répétant, mais de toutes manières, Chang avait bousillé RG en 1/8.
    Que des deux, c’était Gomez le vrai rebelle en 90, quel plaisir…Curieux comme les choses changent, en 99, j’ai été ravi de la victoire du bonze.
    Par contre je ne sais pas ce qu’il s’est passé entre les deux. Imaginer Korda en finale de RG…
    M’être dit que Ferrero le méritait bien et maintenant que Thiem suit le même chemin.
    D’un autre dimanche après midi familial où personne n’y connait rien mais tout le monde se marre devant Gaudio et Coria.
    Ensuite, du début des vrais problèmes, et de mon extradition du salon consécutive au fait que j’ai failli éborgner mon voisin en sautant de joie après le gain d’une première manche par Fed : on peut aimer Fed et Lendl et Noah.

    • Rubens 24 mai 2019 at 15:14

      Je suis ravi, en tout cas, que cet inventaire réveille les poètes que vous êtes. Sam, si tu aimais la prose de Tennis Mag, je t’informe que tu la surpasses.

      Au fait, tout affairé à mon article que je voulais aussi objectif que possible, je ne me suis même pas étendu sur mes propres souvenirs.

      J’ai débuté le tennis en voyant Lendl à la télé (si si je vous jure), c’était en 84 mais je ne crois pas que c’était la finale, puisque le temps était très couvert. Je ne me rappelle absolument pas de l’adversaire, donc ce ne devait pas être McEnroe !

      Wilander mon chouchou, dégoûté en 86 quand il tombe prématurément contre une machine lance-balles venue de l’Est, Chesnokov. Déçu en 87, mais super finale, ma découverte de l’intensité et de la tension nerveuse en tennis. Ravi en 88, dégage Riton, par contre le jeune Agassi m’avait touché en plein coeur, je souhaitais à grand peine une victoire de Mats.

      89 relève des cadres, avec mon frère on est morts de rire devant le Chang-Lendl, comme tout le monde. En finale je suis pour Chang. Il a battu Lendl, il n’a donc rien fait de mal, alors qu’Edberg a battu Becker, c’est impardonnable.

      90 et 93, les deux années où je suis allé à Roland avec mon école de tennis. Pas vu grand chose d’intéressant, sauf le jeune Ivanisevic, et aussi Muster. Vu le Agassi-Courier de 90, mais d’en haut des tribunes du Central on ne voyait pas grand chose. 93 pas mieux, je me souviens… du Brésilien Meligeni. J’aimais bien Courier, la finale de 93 est géniale mais elle se termine toujours aussi mal.

      96, Stich la divinité, mais aussi Sampras et son parcours improbable, j’avais adoré son 2ème tour contre Bruguera. La finale est un immense regret pour moi, Kafel m’inspire autant de sentiment qu’un bouton de vareuse, alors que la quinzaine avait été sublime.

      97 le séisme Guga, pareil que Colin, j’adore d’emblée. Avec 2 répliques en 2000 et 2001. Mais 97 c’est dans l’imaginaire. Je me rappelle du reportage avant la finale, avec le chauffeur qui vient chercher le finaliste, protocole oblige, qui tourne dans le quartier en croyant s’être perdu, tellement il refuse de croire que le finaliste loge dans un hôtel aussi miteux ! A la fin contre Bruguera je chialais.

      99, 2000 et 2001 je suis étudiant et je n’ai pas la télé, mais ma mère m’enregistre sur cassette la finale contre Norman. Ce jour-là je faisais 1000km en voiture pour rentrer chez mes parents, je suivais le score à la radio, j’étais sous l’orage, et je guettais les flashs de France Info, à l’affût car ils avaient annoncé une première balle de match pour Guga. 45mn plus tard ils en étaient au tie-break, c’était irréel. En arrivant à minuit à la maison j’avais d’emblée avancé jusqu’à la fameuse première balle de match !

      98, 2002, pas trop de souvenirs, sauf le Corretja-Clément de 2002. 2003 le parcours harassant de Costa, le public l’avait applaudi chaleureusement pour ses travaux d’Hercule, alors qu’ils avaient à peine applaudi sa victoire l’année précédente. 2003 c’est aussi le quart entre Ferrero et Gonzalez, quel bûcheron… Et aussi Verkerk évidemment. Le quart contre Moya était fabuleux.

      2004, la finale Coria-Gaudio. J’ai un souvenir précis de Gaston à la fin du premier set, s’adressant à son clan en Espagnol, un truc du genre « tu n’imagines pas à quel point je me sens mal… Pitié, qu’au moins ça ne dure pas ! » Mon pauvre Gaston, si tu avais su à quel point ça allait durer, tu te serais ouvert les veines…

      A partir de 2005, Nadal. L’homme qui a amené le concept de domination aux confins de la certitude mathématique. Il n’a pas dominé parfois, ou souvent. Non, il a dominé tout le temps. La victoire à Roland est une équation à une seule inconnue, Nadal sera t-il là, en confiance et à 100% ? La réponse a été oui 11 fois sur 14, et nous n’en sommes pas sortis à ce jour. Ma sollicitude inconditionnelle pour Stan s’explique par la bouffée d’oxygène qu’a été cette finale 2015 au regard de ce qui avait précédé : un être humain, avec ses forces et ses faiblesses, a gagné le tournoi, contrairement aux années précédentes où le vainqueur n’avait absolument aucune faiblesse.

      2016 année noire. Nadal n’était plus là pour empêcher le cataclysme, lui qui avait empêché à 2 reprises Federer de réussir le grand exploit (en 2006 et 2007).

      Je n’ai jamais aimé Nadal, je bouffe mon pain noir depuis des années, j’attends le type qui en viendra à bout. Peut-être que ce sera son âge qui en viendra à bout, je n’en sais rien. Mais un deuxième Djoko Slam, pitié, non…

  6. Patricia 24 mai 2019 at 13:50

    Petite analyse du tableau de RG ?

    Tout d’abord, bien évidemment, les chances de Nadal sont augmentées par le fait qu’il ne devra pas battre à la fois Thiem et Djoko. Le seul outsider parmi les mecs dont la cote est inférieure à 20 qui traîne dans sa demi est Tsitsi (surtout, à 12) ou Fed (à 20). En plus, Tsitsi a un peu de monde avant d’affronter Fed (Waw, Cilic).

    Djoko n’a pas un bon premier tour avec Hurkacz, son 1/8è prévu est Coric, nettement moins en forme que l’an passé, avant cela de possibles Struff, Shapo et Munar. Son quart est contre Zverev, mais il peut avoir Fognini à la place. Zverev a Kyrgios et Lajovic dans son 1/8è.

    Thiem a des emmerdeurs comme Verdasco (qui l’a battu 4/4 fois) et Monfils dans son 1/8è, et en plus del Po en 1/4 qui a fait un gros match contre Djoko à Rome. Si del Po se reblesse (comme Monfils, c’est vraiment toujours à prendre en compte), ça peut être FAA ou Khachanov.

    Fed est dans la demi de Nadal et le 1/4 de Tsitsi, ce qui n’est pas terrible. Il a des terriens comme Schwartzmann ou Cecchinatto et Berretini, pas forcément génial non plus.

    Enfin Nadal a un quart prévu contre Nishi, qui plafonne ces derniers temps. Ça peut être Medvedev à la place. Pour les 1/8è, Goffin pas en forme, Basilashvili ou Pella qui valent bien les 1/8è des autres.
    Evidemment le truc essentiel c’était qui se farcirait Thiem en demi, et éviter Tsitsi en 1/4. C’est donc lui qui a le tableau le plus favorable pour arriver en finale. Pour Thiem, je pense que c’est un peu mieux d’avoir Djoko en demi plutôt que Nadal, et tout le monde est content que Tsitsi aille au Vieux.

    • Paulo 24 mai 2019 at 18:17

      Quand tu penses que Tsitsi était 40ème mondial au démarrage de Roland 2018, qu’il n’y a au compteur qu’une victoire dans le tableau principal (et deux défaites), et que le voilà 6ème et considéré comme un joueur dangereux voire un sérieux outsider…

      Oui, Nadal a un tableau relativement facile, comme s’il avait besoin de ça…

      J’espérais que Wawrinka soit opérationnel pour Roland, histoire d’apporter un peu de suspense, mais non, il semble encore bien fragile, le Vaudois. Je pensais qu’il pourrait reprendre confiance à Genève et puis flop ! sorti par Dzumhur, un gars lui-même en recherche de victoires… P’têtre bien que c’est Zverev qui va s’y coller ? Il vient de se qualifier pour la finale.

      Et F2A dans le rôle de poil à gratter ? Il vient de battre Basilashvili pour se qualifier pour la finale à Lyon.

      • Paulo 24 mai 2019 at 18:35

        Oups, j’ai parlé trop vite, Zverev n’a pas gagné, du moins pas encore : Delbonis (qui a une super frappe de coup droit) vient d’égaliser à un set partout, face à un Zverev décidément emprunté.

      • Anne 25 mai 2019 at 06:44

        F2A va passer devant son compatriote et copain Shapovalov au classement lundi.
        Espérons que les deuxième n’auront pas laisser trop d’énergie cette semaine

    • Paulo 24 mai 2019 at 18:44

      Sinon, je vois que deux jeunes se sont qualifiés pour le grand tableau : Molleker et Mikael Ymer.
      Y’a aussi le Français Benchetrit (20 ans), mais il est plus loin au classement.

    • Anne 25 mai 2019 at 06:41

      Je suis très étonnée de l’analyse qu’a fait L’Equipe du tableau. Pour le journal, Federer a un tableau facile… alors qu’il se tape très vite de bons terriens. Je pense que les autres doivent être bien contents de voir un Schwartzman ou un Tsitsipas de son côté que du leur.
      Nadal a un tableau en or. C’est moi ou ça lui arrive souvent en Grand Chelem ? Côté ironie du sort… j’ai vu passer un tweet qui rappelait qu’en Soderling avait pris 6/0 6/1 à Rome avant de sortir Nadal en 1/8 en 2009. Or qui a pris le même score, lors du même tour à Rome contre Nadal et qui pourrait le rencontrer en 1/8e à RG ? Basilashvili himself… ;-)

      Djoko est celui qui s’en sort le moins bien au 1ère tour mais sinon son tableau est plus que correct. Il ne doit pas être mécontent du forfait de Kyrgios même si celui-ci est plus une menace ailleurs.

  7. Anne 25 mai 2019 at 06:57

    Je suis très surprise de voir à quel point Djokovic revendique de faire des Grands Chelems quasi sa seule priorité sur le circuit (ok, c’était particulièrement voyant ces derniers temps mais quand même) aujourd’hui. C’est se mettre une sacrée pression d’entrée quand même, même si le triumvirat est habitué à celle-ci.

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