New York avec eux, la finale

By  | 12 septembre 2010 | Filed under: Actualité

Youzhny était prêt à être le bad guy. Djokovic l’a fait. Et maintenant?

Pendant sept ans, deux  hommes se sont partagé 21 Grands chelems sur 24. Et maintenant ?

Nadal attendait Federer,  la fédération US attendait Federer, CBS attendait Federer, 15-lovetennis attendait Federer (j’attendais Federer, vous pouvez me croire…) et surtout Mirka, Mirka la douce attendait Federer. Et bien la seule qui l’aura sera cette dernière, la saligaude!

Alors quoi, Nadal numéro un, Nadal qui a doucement pris l’ascendant sur son grand rival et attendait de la confrontation de demain de consacrer cette suprématie, Nadal qui n’a d’autre rival que Federer, peut-il voir s’échapper cette coupe, calice chatoyant et irrésistible qui manque à son palmarès ? Et lui apporterait le fameux « career slam », absolument nécessaire à tout champion qui se respecte de nos jours ? Pas de « career slam »? Non, désolé, vous ne pouvez pas entrer. Revenez l’année prochaine et merci d’avoir participé.

Et maintenant ? Ça y est, c’est fait, mon rival est mort, veuillez m’apporter le trophée s’il vous plait.

Arrêtez de faire des simagrées, et regardez les faits, soyez objectifs que diable ! Les Grands chelems, c’est à nous deux, pas touche. Moi je me bats avant tout contre lui (je tiens à rappeler d’ailleurs que Federer sera favori ici dimanche, même éliminé, car il a été 7 fois de suite en finale) et lui contre l’histoire. Arrogance ? Non, non, c’est se montrer objectif. Papy fait de la résistance, et c’est tout à son honneur, si bien qu’il est encore le seul que je craigne de nos jours. Mais vous avez bien vu, je laisse les nains de jardin faire le sale boulot, et après, à moi le titre. Roland-Garros, Wimbledon… sans lui c’est l’autoroute. Ca manque peut-être même d’un peu de piment (rire espiègle).

Ah non ? On m’avait bien dit que désormais, une fois Federer out, c’était in the pocket ? Quoi ? Djoko-quoi ?

Djokovic… l’invité « surprise »…

Djokovic « Nakunpoumon », Djokovic qui fond comme neige au soleil, Djokovic l’homme qui a abandonné plus de fois que Richard Gasquet (!) et sert en moyenne plus de doubles que d’aces, Djokovic peut-il le faire ?

Un mot vient à moi quand je pense à Djokovic : opportuniste. Son tennis est efficace, varié, beau parfois (ouah là je m’enflamme). La cadence est sa mère, et l’ambition sa maitresse. Mais ce qui le fait sortir de l’ordinaire dans le paysage tennistique actuel, phagocyté par Charybde et Scylla (choisissez qui vous voulez !), c’est sa capacité à tirer le meilleur parti du destin. L’homme qui a arrêté pour la première fois la série en Grand chelem des deux brigands c’est lui.

Australian Open 2008. Federer diminué par une mononucléose (certains vont hurler, mais bon c’est vrai quoi, il avait quand même une mono), Nadal éliminé par un Tsonga qui ne pouvait qu’être l’homme d’un coup, il a vu le bout du tunnel, et ne l’a pas lâché (le bout du tunnel – quelqu’un me suit-il encore ?).

Masters 2008, pareil, les deux grands sont décimés, et il cueille Davydenko en finale… Trop facile diront certains.

Toujours troisième à l’ATP ? Mais on ne le voit nulle part, sauf comme victime expiatoire du maître à l’US Open ? Comment fait-il pour être troisième sans titre de renom ? Il ne nous ferait pas sa Davydenko à faire des points dans des tournois sans saveur ?

Oui mais là, c’est différent. Victime expiatoire vous disiez ? Djokovic a su briser ses chaines, a refusé de se frustrer, a survécu à une attaque sauvage de sa raquette sur sa tête (attaque orchestrée par la CBS qui veut favoriser Nadal rappelons-nous)… Et a commis le crime de lèse-majesté. Tout seul, comme un grand, il a pris la biquette par les cornes (le taureau c’est pour dimanche), et a sorti ses tripes.

Deux balles de match ! Deux balles de match qui auraient pu tout changer. Mais non, la rébellion. Ce match, personne ne va me le donner. Ça risque de passer comme ça, Roger n’est pas dans sa meilleure forme ? Eh non, le salaud, même au bord de la tombe, il me met deux balles de match dans la face ? Comment est-ce possible ? Là, dans une seconde, j’accomplis mon devoir, je baisse la tête, et tout est fini. De toute façon, c’est normal, il est le plus fort, le maitre, le génie, je ne suis qu’un pale exécutant, et si j’ai cru pouvoir jouer les troubles fêtes, il est temps de rentrer dans le rang, et de respecter l’ordre des choses.

Mais cela ne s’est pas passé comme ça. Serrant les dents, cambrant les reins, tout seul, car à ce moment la il n’y a plus de papa ni de maman qui tienne ni de T-shirt immonde (IM-MON-DE !), et il est tellement seul, tout petit, si petit, en face de 23 000 spectateurs plus un, il sert. L’adrénaline ne fait plus qu’un avec les battements de son cœur, l’influx nerveux tend ses muscles, ses sens, sa main, sa raquette… Et oubliant tout ce que son cerveau veut lui dire, il frappe, frappe, frappe, et d’un coup son cœur explose et sa main  se délie. Et le suisse se délite. La chance sourit aux audacieux…

Peut-être que Djokovic n’est jamais aussi bon que contre Nadal, sur dur, mais aussi sur terre, comme l’ont montré les matchs dantesques contre le fils de la terre et du soleil ces derniers printemps. Peut-être que sur dur son ratio est positif. Peut-être aussi que Nadal a le meilleur ratio sur premier, second, et troisième service, ainsi que sur la volée en extension par temps de pluie. Peut-être qu’il est numéro un, et qu’il n’a jamais été aussi proche de gagner ce « career slam ». Peut-être que Nadal aura la pression, plus que Djokovic, pour toutes les raisons que nous savons tous. Peut-être qu’il n’a pas eu de vrai choc avant la finale et que toutes ces statistiques mirifiques ne veulent rien dire ?

Mais ce qui devra faire trembler Nadal, à la porte du Nirvana, ce sont ces deux balles de match. L’enfant grincheux a laissé la murène à ses Playmobils et vient toquer à la porte. Le sacrilège consommé, il sera là dimanche pour fouler lui aussi le royaume des dieux.

Je tiens à préciser encore une fois que Djokovic sera favori car ses parents ont un plus beau T-shirt et que la pluie ne le mouille pas.

About 

Passionnée de tennis depuis maintenant 5 ans, je jouais un peu mais désormais me contente de regarder. J'ai 26 ans et je fais des pare-chocs à Buenos Aires (et oui, quitte `faire des pare-chocs autant les faire à Buenos Aires!) où je suis arrivée début décembre, cad juste apres la finale de coupe Davis! J'espere que l'Argentine sera encore en finale et gagnera le titre cette fois. Et bien sur que je pourrai y assister pour vous faire un compte rendu!

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599 Responses to New York avec eux, la finale

  1. DIANA 14 septembre 2010 at 07:31

    Dans la série on continue :), après la bourde sur la victoire de Djoko par anticipation :mrgreen; voilà qu’ils n’ont octroyé que 1200 points à Nadal :)

    • DIANA 14 septembre 2010 at 07:46

      Ils ont du me lire, c’est corrigé désormais :mrgreen:

  2. Jérôme 14 septembre 2010 at 07:35

    Je ne suis pas revenu après la pluie, parce qu’il faut quand même dormir un minimum. Et le résultat est tout à fait conforme à ce que que Karim et Antoine avaient annoncé avec une lucidité clinique.

    Au final, l’interruption de la pluie aura profité à Djokovic, et non pas à Nadal comme nous le croyions tous. En effet, en craignant les conséquences de cette interruption, nous avions oublié une chose pourtant constatée en début de match : à 2/2 au 1er set, malgré 1 jour de repos, Djokovic était déjà comme une carpe du Danube en traint d’asphyxier la bouche ouverte.

    Comme Djokovic a certes un coeur vaillant, mais n’a pas le quart de l’intelligence tactique d’un Nadal et le tiers de celle d’un Federer, il a vaillamment chargé droit devant, comme les français à Azincourt. Le résultat était couru d’avance : sauf à avoir la puissance d’un Del Potro ou d’un Berdych, on ne prend pas Nadal au physique.

    Nadal est le type le mieux préparé physiquement et, surtout, il a le meilleur mental de warrior de l’ère open. J’ai déjà évoqué un mental meilleur que ceux de Connors, et surtout que Borg qui ne montrait rien bien plus qu’il ne ressentait rien.

    Bravo donc à Nadal qui a apporté la preuve de ce que même les fans du beau jeu suisse, qui comme moi n’arrivent pas à aimer son approche différente du jeu, savions déjà : que Nadal était déjà un des plus grands joueurs de l’ère open, de l’histoire du tennis.

    Avec Borg, il est le 2ème joueur le plus précoce de l’histoire : 9 titres du GC à 24 ans. Pour un joueur qui conserve un jeu très très typé gros lifteur de terre battue, avoir su ajouter de nouvelles cordes à son arc, d’abord le revers canon à 2 mains, puis une encore trop rare mais bonne volée, et enfin un bon service varié, et réussir à gagner les 4 titres du GC, c’est un gigantesque exploit.

    Nadal incarne mieux que quiconque l’abnégation et le don total de soi dans le sport. C’est le combattant ultime, suprème.

    Maintenant, je pense que la multiplication des exploits, ces 11 dernières années en relativise la valeur. Finalement, faire ce « career slam » au sujet duquel on nous bassine tant, ça devient d’un banal ! La preuve (désolé Benja) à l’extrème par Agassi dont les 4 premiers titres du GC ont été un de chaque : career slam en 4 GC remportés en juin 99.

    Le plus grand exploit, c’est surtout de remporter celui ou ceux des 4 tournois du GC qui ne correspondent pas à votre jeu.
    De ce point de vue, le plus grand exploit de Nadal, c’est bien sa 1ère victoire à Wimbledon 2008, contre un Federer qui était encore tout proche de son plus haut niveau, et qui est le meilleur souvenir tennistique de MarieJo (à qui j’adresse une bise). Le plus grand exploit d’Agassi, encore plus grand que le Wimb 08 de Nadal, c’est le Wimb 92 d’Agassi où il aligne sur un gazon bien plus rapide qu’aujourd’hui Becker, le vieux Mac, et Ivanisevic.
    Celui de Federer est moins évident à déterminer, parce que Federer avait, lui, le jeu pour s’imposer absolument partout mais était barré à Roland Garros par un joueur invulnérable sur terre battue.

    Harmonisation des surfaces, des conditions de jeu (hormis la terre battue), uniformisation des styles de jeu, je pense qu’au delà des immenses mérites sportifs de Nadal, on a là un constat assez objectif qui devrait être un motif de réflexion et d’action pour les instances dirigeantes du tennis mondial. Sauf à ce qu’on souhaite continuer une évolution vers l’entertainment façon catch à la WWE.

    Je donc garde de cet US Open l’impression que rarement un joueur avait eu le popotin autant bordé de nouilles pour remporter un titre du GC. En fait, on a assisté à un retour du challenge round, avec un Nadal qui n’a affronté personne avant la finale : un match à disputer contre un Nakunpoumon, c’était vraiment l’alignement parfait des étoiles.

    Il sera intéressant de voir, l’année prochaine, comment Nadal va gérer la suite de sa carrière maintenant qu’il a lui aussi tout gagné. Avec son style de jeu, conservera-t-il encore la motivation nécessaire ? Pour une 6ème à Roland Garros afin d’y égaler Borg, c’est à peu près certain. Mais au delà ?

    Mon prono 2011, c’est qu’on sera à plein dans un remake des années 2000/2003, avec personne de franchement dominant et une valse golfique des vainqueurs de tournois du GC.

  3. DIANA 14 septembre 2010 at 07:44

    Belle analyse, et j’avoue être plutôt d’accord. Car Nadal, en 2011, il va faire quoi? Remporter l’AO pour atteindre le Graal, puis va devoir défendre RG, Wimby et l’US ? Bon courage.

  4. Serge 14 septembre 2010 at 07:59

    Je suis ravis pour Nadal le phenomene, 9 titres du Grand-Chelem a 24 ans, c’est tout simplement Incroyable.
    Mais ce qui est admirable chez ce garcon c est cette volonte constante de s’ameliorer techniquement et tactiquement.
    Nadal a une panoplie impressionante de coups et de tactique a sa disposition.
    Et surtout il parvient a garder au memes niveaux ses bases de joueurs de fond de court et un mental incomparable.
    A l’US Open son service est incroyable du debut a la fin, un changement technique, beaucoup de travail et une volonte de fer, et voila le resultat.
    Ca doit etre vraiment dure a vivre pour les detracteurs de Nadal qui non t eu de cesse durant ce tournoi d’expliquer son tableaux facile (ben oui mais c est de sa faute si les favoris dans sa partie de tableaux se font eliminer?), ou encore le fait que Djokovic aller etre fatigue apres sa demi contre Federer (pas de bol, la pluie lui a offert une journee de repos…), pour finalement une fois la victoire acquise expliquer sa victoire grace au dopage. Techniquement et tactiquement faut qu on m explique comment le dopage peut ameliores un joueur!
    Allez encore felicitation a Nadal, et maintenant le Grand-Chelem en 2011!

  5. Jeanne 14 septembre 2010 at 08:41

    De retour après une nuit d’à peine 2 heures (j’en connais une qui va être bien fraîche aujourd’hui), je voudrais dire que les commentaires qui pointent le dopage ne sont pas dignes de 15 LT. Laissez ça aux commentaires de l’Equipe ou de WLT.

    C’est mépriser l’énorme somme de travail et le grand talent de Nadal qui est devenu un joueur très complet. Son exploit est fantastique, et vu le niveau qu’il a affiché au cours de ce tournoi, je ne vois pas qui aurait pu le déboulonner. Djoko, que j’adore, a pratiqué un tennis fantastique cette nuit, mais cela n’a pas suffi et les habituels dangers pour Nadal sur cette surface n’auraient pas non plus réussi. Djokovic frappait comme un Del Potro cette nuit, mais cela n’a pas suffi. Les victoires en GC sont les victoires en GC, c’est à celui qui réussit à maîtriser tous les paramètres pendant 15 jours. Parler de la faiblesse du tableau, c’est du même ordre que dire que Federer n’a eu aucune concurrence pour expliquer son palmarès.

    Quelque part, heureusement que Federer n’était pas en finale, car sans vouloir faire trop de tennis-fiction, il aurait été largement dominé. Et c’est normal, il a 29 ans et ne pourrait pas résoudre le défi physique, même sur cette surface. Et je n’ai jamais vu Nadal aussi fort, aussi solide.

    Jamais je n’ai pris à ce point conscience de l’épreuve physique que Nadal impose à ses adversaires. C’est un immense champion, mais on ne peut pas comparer avec Federer qui n’est pas de la même génération.
    Ce qui à mes yeux est certain, c’est qu’il se détache désormais de joueurs comme Agassi et est devenu un joueur extrêmement complet qui a de moins en moins de faiblesses.

    Et à 24 ans, c’est un joueur qu’on peut considérer effectivement comme le plus précoce avec Borg, et ce n’est pas que le travail, mais aussi le talent et les gènes. Il faut absolument sortir des comparaisons stériles (Nadal / Federer) et cesser de voir Nadal à travers Federer (le haïr parce qu’il l’a battu).

    Moi ce matin, et sans avoir une affection particulière pour ce joueur, je m’incline et je dis, respect pour tout ce travail et tout ce talent et cette précocité. La suite je ne la connais pas, mais aux autres de se bouger et de revenir plus forts.

  6. Franck-V 14 septembre 2010 at 08:58

    Une pensée émue à MarieJo, May et hamtaro pour leur Amérique à elles :-)

    http://www.youtube.com/watch?v=SQ9acTpB0ic&feature=related

    mais surtout à Karim sans qui rien de ce formidable moment n’aurait été possible. :-)

    Quant aux autres….

    Bienvenue, oui, bienvenue dans un monde meilleur :mrgreen: et à bientôt… sur Mars, probablement.

    • May 14 septembre 2010 at 09:37

      :smile:

  7. Lionel 14 septembre 2010 at 09:09

    Je decouvre avec bonheur la suprematie de Nadal sur L Equipe.

    İl y a tant d autres choses a faire que de regarder du tennis. Tenez le dernier Houellebecq par exemple, comme on dit vulgairement… enfin ca dechire quoi. J auraıs meme pu le payer tiens plutot que de…
    Les romantıques allemands, les peintres russes, le journal de Bruno Masur, lameteo d Evelyne Delhıa… Le Mercurey ou la Chateau Latour.
    Entre McEnroe et Federer, on en a fait des choses quand meme plus ınteressante. Pıs c est la faute a Federer, encore. Sans lui pas de probleme de dopage ou jeu ennuyeux par comparaison, simplement une histoire monochrome sans saveur. Comme l Equipe de France, on y reviendra bien un jour.

    • Franck-V 14 septembre 2010 at 10:13

      Mais non, y’a plein de trucs intéressants encore en tennis, Lionel, bon après j’irais quand même relire Narcisse et Goldmund de H.Hesse .

      Un peu d’arithmétique par exemple.

      Regarde.

      Maintenant la question n’est plus de savoir combien de points Nadal devra défendre l’an prochain; mais combien il peut en conquérir à l’AO, IW, Miami, Montréal et Cinci..sans préjuger