Mac is beautiful

By  | 12 juillet 2011 | Filed under: Rencontres

Où va Grigor, Peter n’est jamais loin. Depuis un an, l’Australien Peter McNamara a placé ses pas dans ceux du Bulgare Grigor Dimitrov, présenté comme un futur grand du tennis mondial. Avec un certain succès : en douze mois, Dimitrov est passé de la 350e place ATP à la 50e.

A 56 ans, Peter McNamara présente toujours bien. Mince, athlétique, la coiffure impeccable, l’Australien attire l’attention dans les tribunes où il prend place. Et à travers les allées des Challengers ou Grands prix entre lesquels son poulain se partage encore, la présence d’un ancien champion fait toujours son petit effet. Peter McNamara, c’est un joueur qui a joué Borg et McEnroe, battu Connors et Lendl. Une sacrée carte de visite constituée durant une époque dorée du tennis. L’Australien la joue pourtant modeste : « Moi ? Vous êtes sûr que c’est moi que vous voulez interviewer ? Pas Grigor ? » Sûr et certain, Mister McNamara.

Grand espoir du tennis austral à une époque où le vivier commençait déjà à se tarir, l’enfant de Melbourne connut une ascension progressive à la toute fin des années 1970 : quelques titres de second rang, quelques victoires un peu ronflantes (Dibbs, Pecci), avant que ne survienne le déclic, en clôture de saison 1980. Il atteint les demi-finales de son Grand chelem national, puis remporte la Coupe des Nations début 1981 après avoir battu Lendl en finale. La semaine suivante marque ce qui « est peut-être mon meilleur souvenir en carrière, se rappelle McNamara. Je venais de changer de raquette, et j’ai gagné mon premier titre important, les Internationaux d’Allemagne, en battant Jimmy Connors en finale, 6/4 dans le quatrième set. Je menais deux sets à un, il a plu, et on a dû reprendre le lendemain. C’est un bon souvenir… parmi tellement d’autres. Ca fait si longtemps que j’ai presque tout oublié ! »

Tout oublié, vraiment ? Même Wimbledon ? « Non, non, pas Wimbledon, jamais », se marre t-il. « Ni mes deux titres à Wimbledon, ni mes deux Coupes Davis ». C’est que ces deux compétitions témoignent du niveau qu’avait progressivement atteint l’Australien : grand joueur de double, déjà vainqueur de l’Australian Open en 1979 associé à son complice Paul McNamee, les deux hommes avaient ensuite réussi à s’imposer à deux reprises dans le Temple londonien, en 1980 et 1982, en battant ce qui se faisait de mieux à l’époque : Smith/Lutz, Gottfried/Ramirez et surtout, les deux fois, John McEnroe et Peter Fleming. Quant à la Coupe Davis, acquise en 1983 puis 1986, il faut bien intégrer que, hors Pat Cash, l’Australie était alors en théorie bien moins équipée pour gagner le Saladier d’Argent que des pays comme les Etats-Unis, la Suède ou la Tchécoslovaquie.

A 27 ans, solide Top 10 mondial et déjà plusieurs fois quart de finaliste en Grand chelem, la carrière de McNamara semble prête à franchir un dernier cap lorsqu’en mars 1983 survient le coup d’arrêt, brutal. « Je n’ai pas eu de chance, se contente t-il de noter dans un haussement d’épaules. Je venais de gagner un assez gros tournoi indoor, à Bruxelles, en battant Lendl en finale, 7/5 au troisième. Je suis ensuite parti jouer une épreuve à Rotterdam, et c’est là que je me suis blessé, lors de mon match du premier tour : rupture des ligaments croisés du genou. A l’époque, c’était particulièrement difficile de se remettre de ce type de blessure. C’a été un très gros coup d’arrêt à ma carrière. J’ai été d’autant plus malchanceux qu’à ce moment-là je jouais bien et que la première place mondiale en double me tendait les bras. »

C’en est fini de la carrière de simple de Peter McNamara : il attendra un an et demi avant de reprendre la compétition individuelle, et ne s’oblige à s’entretenir dans la discipline que pour offrir une alternative supplémentaire à son capitaine de Coupe Davis Neale Fraser. Un dévouement qui portera ses fruits au premier tour de la compétition en 1986 : McNamara, souvent en concurrence avec John Fitzgerald et Paul McNamee pour jouer le double, est aligné en simple malgré un bilan de… quatre matchs gagnés dans l’exercice depuis sa blessure à Rotterdam trois ans plus tôt. Le pari est gagnant : McNamara réalise l’exploit et bat les Néo-Zélandais Chris Lewis et Kelly Evernden. L’Australie passe ce premier tour et, en décembre, remporte le Saladier d’argent. Après cet épisode, McNamara continuera de jouer quelques mois en double, associé au toujours fidèle McNamee, et prendra se retraite en 1987.

Jusqu’à sa rencontre avec Grigor Dimitrov, à Paris, au sein de l’académie de Patrick Mouratoglou, l’ancien champion qu’il fut ne s’était jamais lancé dans l’expérience du coaching. Il travailla en revanche à plusieurs reprises dans le domaine de la formation, pour le compte de la Fédération australienne d’abord, puis de son homologue canadienne. Peter McNamara encadra notamment l’un des derniers grands joueurs des antipodes en date, Mark Philippoussis, durant son adolescence. « Je ne me voyais pas devenir entraîneur, explique t-il. Le coaching, c’est un investissement à temps plein, une relation très particulière à tisser avec le joueur, basée sur la confiance, l’honnêteté et le respect mutuel. Il est indispensable de réunir ces trois conditions pour que les choses se mettent bien en place. C’est très exigeant. » Grigor Dimitrov est le premier à lui avoir donné envie de sauter le pas et, visiblement, le binôme fonctionne bien, McNamara en passe de réussir là où le tonitruant Peter Lundgren avait auparavant échoué. « Grigor est un joueur de grand talent, décrit son entraîneur, mais qui avait besoin d’aide pour dompter son jeu, apprendre à jouer le bon coup au bon moment. Trop de talent, c’est parfois difficile à appréhender pour un adolescent. Grigor a fait beaucoup de progrès ces derniers mois, et peut encore en faire beaucoup. C’est dans cette voie qu’il faut persévérer : j’attends beaucoup de lui… et lui aussi attend beaucoup de lui-même ! »

Bien que vivant désormais en Europe, dans les Alpes allemandes, McNamara continue de suivre du coin de l’œil les résultats de ses compatriotes, et porte un regard critique sur la situation du tennis dans son pays : « C’est affreux ! Affreux. Le tennis australien n’est même plus l’ombre de ce qu’il a été. Cela fait peur pour un pays qui a une telle histoire derrière lui. Mais je crois que ce qui se passe avec le tennis entre dans un phénomène plus global de déclin du sport en Australie. » Et quand on lui demande quel est à ses yeux le meilleur espoir du tennis austral, il répond, le plus sérieusement du monde : « Ma grand-mère. » Voyant son poulain qui s’esclaffe à ses côtés, il enchaîne, caustique : « Même si Grigor le voulait, je ne le laisserais jamais prendre la nationalité australienne ! » Le Grigor, justement, que pense t-il de son entraîneur ? Réponse du jeune homme, dans un petit sourire : « Il est parfois dur, mais toujours juste. C’est formateur… » En attendant le jour où la perle Bulgare se sentira apte à quitter les pas de son mentor australien pour écrire sa propre histoire. Cela signifiera alors que Peter McNamara a achevé sa tâche.

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111 Responses to Mac is beautiful

  1. William 17 juillet 2011 at 23:38

    Bravo el Mosquito ! Très content pour lui.
    Le score de la finale de Bastad me fait peur : laisser 4 jeux à Ferrer sur terre battue, même quand on s’appelle Nadal c’est une prouesse… Le Sod a fait une super semaine, ce serait bien que cela le relance car il ne faisait pas vraiment peur ces derniers temps !

  2. Antoine 18 juillet 2011 at 09:43

    Il n’a pas fait dans la dentelle le bûcheron de Tibro: 0 et 1 contre Berdych (incroyable ce score ! l’autre s’est cassé une jambe ou quoi ?) et 2 et 2 contre le Pou ! lequel Pou déclare qu’il n’a pas pour objectif de rentrer dans le top 5: cela tombe bien ! personne ne lui a demandé de le faire…

  3. Ulysse 18 juillet 2011 at 11:07

    Bonjour à tous.
    Le grand tournoi de la semaine c’est Hambourg. Une terre battue un peu plus rapide, thématique pour se préparer aux grandes échéances qui arrivent. Avec Gael Monfils en TS1.
    Chouette !

    Je sais, ma tentative de second degré tombe à plat parce que après Bastad, même Hambourg c’est presque excitant. Mais franchement cette arrière saison de terre battue entre l’herbe et le dur, c’est une telle pitié. Je crois que je préfère encore regarder les étapes de montagne du TDF, au moins dans les cols être tacheron est une qualité reconnue et assumée, tandis qu’au tennis on essaie de plus en plus de nous faire prendre la même chose pour du génie.

    Désolé, j’essaierai d’être plus positif la prochaine fois mais c’est mon humeur.

  4. May 18 juillet 2011 at 11:49

    Bon c’est pas encore la désertion totale.

    Les seconds couteaux peuvent s’exprimer de temps à autres, tant mieux pour eux.
    Sod vient soit de se réveiller soit de profiter de l’absence des gros chats.
    La mobilette a trop roulé et les batteries sont déchargées.
    Les valeurs sûrs d’antan prouvent qu’ils peuvent toujours performer à l’instar de Ferrero (quelle génération les 81 – 82).
    Roddick est toujours (encore?) top 10!!!

    Ulysse, on connait la valeur de Gaël en tant que tête de série N°1.

    Vive(ment) les vacances!

  5. Robert 18 juillet 2011 at 11:59

    Non ce n’est pas (encore) la désertion totale mais entre le dernier coup de reins au taf et les tournois aux tableaux assez modestes faut avouer qu’il y a pas de quoi exciter les foules :mrgeen:

    Concernant Hambourg, c’est triste de voir qu’il a été dégradé à cette période morte de l’année (et j’imagine au niveau atp 250), alors que c’était un Master 9 dans les années 90.
    J’imagine que cette dégradation est due à la perte de vitesse du tennis en Allemagne depuis la retraite de Becker, Stich et Graf.

    • Guillaume 18 juillet 2011 at 12:09

      Quand on pense qu’à une époque les Allemands accueillaient en simultané le Masters (Hanovre puis Francfort), un MS de terre (Hambourg) et un MS indoor (Stuttgart). Plus la même chose chez les filles… Le soufflé est bien retombé.

      Là, maigre consolation, Hambourg demeure tout de même un ATP500. Dont le tenant du titre, Andrey Golubev, est promis à un gadin monumental à l’ATP en fin de semaine : plus de la moitié de son ranking est construit sur ce seul tournoi. Hors, depuis le début de l’année, il en est à 4 victoires pour… 20 défaites. Aie aie aie.

    • Ulysse 18 juillet 2011 at 13:05

      C’est une question intéressante de savoir si la chute de Hambourg est liée aux retraites des joueurs que tu cites.
      Qu’est-ce qui détermine en définitive la présence d’un gros tournoi dans un pays ? Pas les entrées directes qui sont mineures dans le budget mais plutôt les audiences télé. Hambourg était déjà le Master le plus boudé par le top. Maintenant qu’il n’a plus cette qualité, avec un plateau de second ordre (La Monf’ TS1 ça casse), et qu’il ne prépare à rien du tout, il a dû perdre 90% de ses rentrées financières d’il y a 3 ans.

      Je pense que le déclassement de Stuttgart en 2002 est une conséquence à terme de la retraite de Becker, comme celui de Stockholm scandait le retrait prochain d’Edberg. Mais Hambourg était de toutes façons mal né, mal placé trop juste avant RG, incapable de rivaliser avec les ambitions espagnoles. C’est l’éclatement du tennis espagnol, le premier du monde, et du phénomène Nadal qui a tué Hambourg.

      On peut prédire un destin similaire pour au moins un des Masters américains. Déjà il est significatif que IW, le plus grand et prestigieux, presque 5ème GC à une époque, s’appelle maintenant BNP Paribas Open (mauvaise limonade pour Bercy d’ailleurs). Les Ricains désinvestissent le tennis, mal formatté pour l’audiovisuel. L’absence de relève US n’en est pas que la cause mais aussi la conséquence. C’est une histoire de poule et d’oeuf.

      Le tennis devient la chasse gardée d’économies de second rang ou en développement, au rang desquelles la France, même si on n’y trouve pas de percée dans le tip-top. Pour créer des champions il faut une classe moyenne qui rêve de réussite (Williams, Nadal, Djokovic). Les riches Anglo-saxons européens (Allemands, Nordiques, Anglais) n’adhèrent plus à cette ambition tandis que les anciens pauvres européens voient le tennis copmme un ticket de réussite comme le foot pour les africains. Federer était une anomalie. Les Français sont entre deux comme dans tous les domaines. Nadal, Djoko sont le résultat logique d’un processus de fond.

  6. Robert 18 juillet 2011 at 15:26

    Je n’imaginais pas que mon bref post aurait pu susciter cette réponse hyper intéressante, articulée et détaillée d’Ulysse, mais c’est très bien ainsi :-D

    Il est évident que le tennis étant un désormais un business, les tournois sont classés ou déclassés en fonction des retombées économiques qu’ils génèrent. Dans le cas de la Suède et l’Allemagne, ce qui a été à l’origine de leur ascension a été aussi la cause de leur chute, càd la présence ou non d’icones capable de susciter assez d’attention médiatique et publicitaire, et de fasciner les masses. En bref, de générer du business.

    L’émergence de la Suède sur l’échiquier mondiale est due à l’éclosion du phénomène Borg (veritable icone, quasi une rock star), et s’est poursuivie grace à la succession de grands champions comme Wilander, Edberg et tous les kelkchosfsson régulièrement présents dans le top 10.

    Pour les allemands cela est du en très grande partie à l’engouement créé par l’éclosion de Becker et Graf (et dans une très moindre mesure Stich) et leurs vicoires en grand chelem et coupe davis.

    Dans ces deux pays où n’existait pas une grande tradition tennistique, l’éclosion de l’intéret (et le déclin) est dépendante de l’apparition d’un catalysateur (les grands champions) suscitant l’intéret de la masse.

    Le seul contre-exemple auquel je peux penser est le tournoi historique de Rome qui, malgré l’état moribond du tennis italien, réussi encore à etre parmi les masters. Je ne sais pas si le tournoi génère assez de recettes (il n’est meme pas retransmis à la télé chez nous en Italie, c’est tout dire) lui permettant de garder sa place au sein de l’élite, ou si c’est juste du au fait que c’est un tournoi historique comme Monte-Carlo.

    • Colin 18 juillet 2011 at 20:00

      Hambourg était aussi un tournoi historique. A mon avis, s’il a perdu la bataille contre Madrid (qui a pris sa place), Rome (qui a conservé son statut intact) et Monte-Carlo (qui est resté un MS1000 mais au rabais car non obligatoire), c’est dû au faible empressement des joueurs à s’y rendre.

  7. Ulysse 18 juillet 2011 at 19:35

    Bonne analyse les cathalyseurs allemands et suédois qui génèrent un intérêt national et la promotion de tournois.

    Je me demande aussi si maintenant, avec internet et le cable, l’audience et donc les retombées économiques ne sont pas essentiellement planétaires et donc assez décorrélées du lieu d’organisation finalement. On suit la foire d’empoigne du big four dans le dernier carré que ce soit à domicile ou aux antipodes. Sinon comment expliquer que BNP Paribas Open est le nouveau nom d’Indian Wells Pacific Life Open ?

    Le phénomène se généralise. En foot les masses suivent de moins en moins leur championnat national mais la premiere league et les démêlées du Barça contre le Real. En basket, la NBA passione le monde entier. En athlé, Usain Bolt attire les foules partout où il passe. On a une focalisation générale vers quelques stars tête d’affiche qui concentrent l’attention du monde (des télés, des sponsors, etc…) plutôt qu’un intérêt pour le sport local.

    Il y a un déséquilibre grandissant entre le top mondial et le national en termes financiers, mais aussi de points ATP avec la réforme de 2008 qui n’a rien changé aux points attribués en challengers et Futuires mais multiplié par deux ceux des grands tournois. C’est pour suivre cette tendance : le sport pro a besoin d’un petit nombre de têtes d’affiches reconaissables pour faire fumer le marketting à plein rendement.

    • Robert 18 juillet 2011 at 22:12

      Certainement le net et le cable permettent à une audience plus large de suivre le tennis, et il est évident pour reprendre tes mots que « on a une focalisation générale vers quelques stars tête d’affiche qui concentrent l’attention du monde (des télés, des sponsors, etc…) plutôt qu’un intérêt pour le sport local ». Pas étonnant donc qu’un géant mondial comme BNP soit diposé à mettre beaucoup d’argent pour avoir une telle visibilité (naturellement inutile pour un groupe qui n’a pas de développement ou filiales à l’étranger).

      Nous avons exactement l’inverse du concept de catalyseur dont nous parlions: des tournois sont créés là où il y a l’argent indépendemment de la présence ou non de champions locaux, l’exemple le plus flagrant étant les tournois en Chine. Pour l’ATP c’est une situation gagnante à 100% sur le court terme: si tout va bien le tennis s’implante dans ces nouvelles contrées et génère toujours plus d’argent. Si ça ne marche pas il suffit de déplacer le tournoi dans un autre pays disposé à y investir un gros pactole.

      Pour faire une comparaison (très hasardeuse) avec le foot, c’est un peu ce qui c’est passé dans les années 70 aux USA et dans les années 90 au Japon (avec des résultats diamétralement opposés).

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