Du chauvinisme

By  | 17 novembre 2014 | Filed under: Insolite

Voilà. Nous y sommes. La finale attendue, souhaitée, redoutée. France-Suisse. Tant de questions à l’orée de ce week-end peut-être mémorable : Federer et Wawrinka vont-ils souffrir de la proximité du Masters ? Les Richard+Gasquet+Stanislas+Wawrinka+French+GgVoClC7yT8lFrançais ont-ils fait un bon choix en préférant la terre battue ? Le maillon supposément faible de l’équipe suisse, Stan, va-t-il montrer son meilleur visage ? Et aussi : quelle attitude de la part du public français ? Je vous propose ici de vous exposer sans tabou mes préférences et mes attentes vis-à-vis de cette finale dont on parle depuis déjà trop longtemps.

Les enjeux principaux sont connus de tous tant la presse nous les rappelle à chaque occasion. Pour les Suisses, ou plutôt pour Federer, c’est l’occasion de corriger  une anomalie : The Mighty Swiss n’a jamais remporté le Saladier d’Argent. Et c’est bien un des premiers points important à retenir : quand on pense à la Suisse, on pense à Federer. Wawrinka n’a ici qu’un seul rôle à jouer, c’est aider son copain à gagner. On lui demande d’un coup de faire ce qu’il n’a jamais fait, c’est-à-dire devenir un coéquipier stable en Coupe Davis. Ne parlons même pas des pauvres Lammer et Chiudinelli. Le schéma de la finale se déforme déjà un petit peu puisqu’il prend la forme suivante : Federer contre les Bleus.

Et ces Français d’ailleurs, quelles sont leurs attentes ?

On parle ici des « nouveaux Mousquetaires », cette génération promise à des victoires lumineuses, à de très grands titres. Jo la castagne, Gilou la débrouille, Richie le génie et la Monf. Une équipe qui a l’air soudé, une alliance de potes. Les années sur le tour et les désillusions qui s’en sont suivies ont amenées cette bande de joyeux drilles à reconsidérer leurs espoirs. Remporter un Grand chelem ? Cela  ne semble plus vraiment à l’ordre du jour, surtout qu’une seule finale a été atteinte par l’un de ces quatre joueurs, et au moment où on l’attendait le moins. C’était il y a déjà presque sept ans. Remporter un Master 1000 ? Ce joueur l’a déjà fait, à deux reprises même, mais force est de constater que la portée de cet exploit n’est pas bien grande, ces deux trophées ayant pourtant été remportés en battant à chaque fois de très grands joueurs consécutivement. Reste la Coupe Davis. Une compétition que la France pourrait remporter chaque année tant sa profondeur de banc est énorme. Au-delà de ces quatre joueurs, sélectionnables en simple et parfois en double, le capitaine Arnaud Clément peut compter sur Benneteau, Chardy, Roger-Vasselin. Cela fait beaucoup d’options et seule l’Espagne peut se vanter d’avoir autant de cordes à son arc. Alors pourquoi seulement deux finales pour cette équipe ? Pourquoi aucune victoire finale ? Des couacs malvenus (Argentine, République Tchèque), des rencontres parfois prises de haut (Etats-Unis). Des absences coupables (Serbie). Et parfois des roustes monumentales (Espagne). Mais au diable le passé ! Cette année, qu’on se le dise, le Saladier sera français ! Cette équipe polyvalente, capable de jouer et de gagner sur toutes les surfaces, va enfin laver son honneur de la plus belle des façons : en battant l’équipe de Federer.

La bande-annonce est celle d’un blockbuster : le petit village gaulois (de 23 000 personnes, le village…) contre l’empereur helvète.

Je ne vous prends pas en traître, le but véritable de cet article est de vous faire part de mon positionnement vis-à-vis de cette finale, pas de faire un rapport en bonne et due forme des forces en présence. Où me situer alors ? Quelle équipe vais-je soutenir ? Le soutien peut-il se décider d’ailleurs, ou est-il l’aboutissement logique et inévitable d’une suite de paramètres qui nous échappent ?

Cette finale, on en parle autour de moi. Ma famille et mes amis suivent le sport et certains le tennis en particulier. Ma préférence est claire : je soutiendrai la Suisse. Ou ,plus précisément et honnêtement, je soutiendrai Federer. Je le dis sans honte. Je n’ai jamais reproché à Roger de ne pas avoir accroché cette compétition mais maintenant qu’il en est si proche, je commence à y croire et surtout je me surprends à me dire que finalement, s’il n’y arrive pas… En bref, la proximité du prix si longtemps inaccessible me le rend plus attractif. Ma position assumée – supporter Federer et non la Suisse – m’offre un recul précieux : si le numéro 1 suisse n’était pas là, je ne suivrais cette finale que d’un œil distrait. Je n’apprécie pas plus que ça le joueur Wawrinka et j’ai perdu le peu de frissons que j’avais à suivre Tsonga. Les performances individuelles de Gasquet me plaisent mais je le sens artificiel au sein des Bleus (peut-être car j’ai une tendance à préférer les sports individuels aux sports collectifs ?). Je n’aime pas Simon et Monfils. Voilà donc mon intérêt à cette finale : un simple caprice de fan qui veut une autre part d’un gâteau déjà bien bourratif.

Mais je dois bien avouer que mon soutien n’est pas compris par tout le monde. Je DOIS soutenir la France car je suis un Français. Seulement voilà, je ne me reconnais pas dans cette équipe. Excusez-moi, mais je ne sens pas représenté par un Gilou ou un Gaël. C’est comme ça. Le plus drôle dans l’histoire, c’est que les amis qui ne comprennent pas mon choix sont les premiers à me tomber dessus quand je ronchonne parce que Karim Benzema, par exemple (ou Robert Pirès, à l’époque), refuse de chanter la Marseillaise avant les matchs de l’équipe de France de football. Traître à la nation quand je clame que je serai pour la Suisse et surtout pour Federer, néofasciste latent quand je reproche à des joueurs de foot de ne pas donner l’illusion pendant vingt secondes qu’ils jouent pour autre chose que des millions d’euros. Je ne saisis pas bien ce paradoxe. La Coupe Davis a une portée internationale, c’est évident, même si les pays qui se donnent à fond depuis quelques années sont surtout des pays à l’histoire relativement récente qui ont un besoin de reconnaissance (je pense par exemple à la Serbie ou à la République Tchèque). Mais aussi forte que soit l’aura de cette compétition, on n’est pas au niveau d’une Coupe de Monde de football, capable de booster les ventes des téléviseurs. Soyons honnêtes, la France n’a pas besoin de cette compétition pour être un grand pays de sport. Nous avons le judo, la natation, le saut en hauteur, la course… Qu’avons-nous à prouver ? En tennis, tout. Nous sommes d’accord. Que cette équipe complète et variée n’ait pas encore réussi à gagner la Coupe Davis est au mieux une anomalie, au pire, une honte. Personnellement, je ne les accuse de rien. On place ses espoirs où l’on veut et s’ils mettent vraiment tous leurs moyens pour la gagner et qu’ils n’y arrivent pas, ils n’ont pas besoin de mes reproches pour être abattus à chaque échec. On m’a déjà reproché ici de taper trop souvent sur les Français. Je n’ai pas l’impression de le faire, et il y a des compatriotes joueurs que j’apprécie : Tsonga (enfin, pas toujours… Le Tsonga tout feu tout flamme, oui !), Gasquet, Paire, Llodra parfois, Mauresmo à l’époque… Mais cette précision étant faite, je ne peux occulter le fait que nul parmi eux ne me fait vraiment vibrer. Federer, oui. C’est ainsi.

0 Voilà mon véritable problème : je ne suis pas chauvin. C’est une fibre qui m’échappe et qui ne m’atteindra, je le crains, jamais. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas besoin de jouer au supporter vociférant pour savoir que la France est un grand pays ? Que je préfère lire un excellent livre ou voir un bon film pour m’en convaincre ? Il y a en France deux comportements très différents et à la fois très complémentaires au niveau du commentaire de l’actualité du pays. Je parle ici du sport mais c’est applicable à d’autres domaines. Il y a d’un côté des supporters mordicus, des vrais de vrais, des centaines de milliers de djembé men. De l’autre, il y a ceux qui attendent les performances sportives françaises au tournant pour systématiquement les agresser, les moquer ou les rabaisser. Je ne me reconnais dans aucun de ces camps. Je préfère peut-être même le premier car il est sincère dans sa démarche, alors que l’autre se drape dans un refus de suivre la plèbe et de la contrer, alors que tout ce qu’il fait en réalité, c’est détourner leurs codes pour faire la même chose. Je suis le tennis car c’est un plaisir, je supporte Federer car c’est le joueur que je préfère. Point. Et il n’y a pas de raisons pour que cela change lors de cette finale. Je ne crois pas au principe de « l’équipe de potes » et je souris quand je lis les déclarations de Monfils, « c’est presque comme un Grand chelem ». Presque, Gaël, presque.

Vous l’aurez compris, je n’aborde pas ici les questions du choix de la surface, du fait que la France aura joué toutes ses rencontres à domicile en 2014, que le parcours des deux équipes finalistes ont été relativement facile (Italie, équipe C d’Allemagne, etc.)…

Soutenir la France uniquement car c’est la France est inconcevable pour moi. Je rappelle à toutes fins utiles que le sujet ici est toujours le sport, rien que le sport. Je soutiens celui qui me fait plaisir. Cela que j’aime le plus. Car quel serait l’autre penchant d’un chauvinisme exacerbé ? Décrier de manière systématique un pays sous prétexte que ce n’est pas celui où l’on est né ? Cela me dépasse : cela impliquerait que nos goûts n’entreraient pas en ligne de compte lors d’un match de tennis présentant un de nos compatriotes. Cela serait placer avant toute chose un système de loterie géographique que l’on n’a, par définition, pas choisi. Le fait d’être né en France, d’y travailler, d’y voter, d’y payer des impôts n’interdit pas de soutenir un étranger. Mon choix est d’avoir le choix. Le tennis, le sport, sont des domaines où les goûts et les préférences ont leur place. Pourquoi ne pas déchirer le voile et se tenir à ça ? Je ne veux pas être traité de traître car je décide de soutenir l’adversaire d’un Français.

C’est la question que je vous pose : où vous situez-vous ? Soutenir la France quoi qu’il arrive car vous êtes français ou car un joueur parmi les Bleus vous fait rêver ? Soutenir la Suisse simplement pour voir la France perdre une nouvelle finale ou pour voir Federer (ou Stan !) compléter son palmarès ?

Comme la mienne, je vous demande une démarche honnête. Alors qu’en sera-t-il ? La cerise sur le gâteau d’un gosse qui a déjà tout, ou la médaille en chocolat pour ceux qui n’auront jamais rien d’autre ?

About 

A fait l'acquisition d'un revers à une main et vit d'un amour sans fin pour la famille des talents au bras juste. Mon carré d'as : Agassi, Safin, Kuerten, Federer...

Tags: ,

444 Responses to Du chauvinisme

  1. William 18 novembre 2014 at 20:02

    Geo, je n’avais pas remarqué tout de suite mais c’est vrai que la ressemblance entre Jean-Jacques Bourdin et le djembé man est frappante !

    • Patricia 19 novembre 2014 at 09:30

      William, je voulais te remercier d’avoir dégoté l’image de Djembé man, j’ai ainsi appris en retrouvant l’interview associée que ce membre estimé de la Crypte était carrément le président des supporters de l’EDF… Savoureux, sachant qu’il ne cesse de pester contre l’immense majorité de ses ouailles, solides Richard-trashers en extase devant Tsonga !

      • William 19 novembre 2014 at 09:32

        De nada ! Le djembé man hante mes cauchemars, je me devais de lui rendre hommage.

  2. Patricia 18 novembre 2014 at 23:05

    Non mais Fed a vraiment dit :

    « Ces derniers jours ont été difficiles pour moi parce que je n’ai pas pu jouer cette finale. Du coup, je me suis dit que Stan aurait dû finir le match à 5/3. Je n’aurais pas eu un problème au dos et nous n’aurions pas connu cette situation.  »

    E-nor-me.

    • Sam 18 novembre 2014 at 23:34

      Waouh, ça sort d’où ça ?

      • Antoine 19 novembre 2014 at 09:34

        Bonne question…

        • Antoine 19 novembre 2014 at 09:58

          J’ai fait mon enquete : cela vient de ce truc de daube de WLT, je n’ai vu la phrase reprise nulle part à la suite de la conférence de presse de l’équipe suisse..

          • MacArthur 19 novembre 2014 at 13:33

            Euh… Tu n’as pas bien enquete alors:

            Entre autres:

            Q. Quelle est l’ambiance entre vous et Stan après tout ce qui a été dit sur Londres ?
            R : « J’aime quand c’est Stan qui répond. (sourire). Ces derniers jours ont été difficiles pour moi parce que je n’ai pas pu jouer cette finale. Du coup, je me suis dit que Stan aurait dû finir le match à 5/3. Je n’aurais pas eu un problème au dos et nous n’aurions pas connu cette situation.

            http://www.tennisleader.fr/coupe-davis/federer-jai-lespoir-de-jouer

          • Patricia 19 novembre 2014 at 13:41

            C’est repris d’une interview originale publiée sur rmc sport que j’avais parcourue après, mais reformulé à la sauce troll wlt…

            L’original est « Les derniers jours étaient difficiles. C’était difficile pour moi de ne pas gagner le match. (sic) Honnêtement, j’aurais presque préféré que Stan termine le match à 5-3 ou 5-4. Je n’aurais pas eu de problème de dos et il n’y aurait pas eu cette situation. »

            Ceci dit, le « C’était difficile pour moi de ne pas gagner le match. » est pas mal non plus….

    • Sylvie 18 novembre 2014 at 23:43

      En même temps c’est la vérité et c’est ce qu’on pense tous finalement. Stan conclut une de ses balles de match et tout le monde est content.

      • Patricia 19 novembre 2014 at 08:57

        Et c’est une aussi reformulation de la dernière interview de Capri : « Je ne vois vraiment pas ce qui peut m’empêcher de gagner la Coupe Davis. A part Stan, bien sûr. »

        Attend, c’est du grand art en condensé de vacheries :

        - Stan aurait dû finir le match à 5-3 = quelle grosse bouse ce type, vous vous rendez compte de ce je dois supporter ? Il pointe clairement que le copain s’est vautré tout seul, que la responsabilité de la conclusion lui incombe complétement. Le langage soft de l’interview admet deux cas de figures chez l’heureux miraculé pour cette situation 1) j’ai combattu sur ces balles, je suis content 2) il a un peu merdé, il était un peu nerveux c’est bien normal.

        -je n’aurais pas eu de problème au dos : le pompon ! comment effacer d’un coup d’éponge toutes les décisions qui lui incombaient en amont et qui sont pointées du doigt un peu partout (jouer Bercy, jouer la demi en étant atteint au dos, se battre à fond en prenant le risque d’aggraver le problème), comment oblitérer que la blessure lui pendait peut être au nez et pouvait arriver avec Djokovic et remettre la responsabilité sur le nullos pré-cité coupable à la fois de s’être mis en situation de gagner (offense) et de ne pas conclure.

        Tout ça en croyant voiler les sous-entendus sous un explicite de « voyez comme je suis triste, j’aurais préféré perdre mon match contre Stan et être en état de jouer la CD, c’est dire mon esprit de sacrifice et de dévouement à mon Pays. »

        Ca, oui, tout le monde le pense qu’il aurait mieux valu qu’il perde et ne se blesse pas. Mais qu’il soit moins responsable que Stan de ce tour des évènements, quel goatique toupet !

        • MacArthur 19 novembre 2014 at 13:38

          Propos ridicules. Dans la meme veine que ceux de la rencontre a domicile contre les Etats-Unis d’Isner il y a quelques annees.

      • Sylvie 19 novembre 2014 at 09:14

        Formulé comme ça évidemment mais ce n’est pas forcément ce qu’il a voulu dire. ça ne t’est jamais arrivé de regretter un truc après coup en te disant  » il aurait mieux valu finalement… » ce qui ne veut pas dire que c’est de la faute de la personne en face.

        Sur le coup il devait être content d’avoir gagné et ensuite il se dit qu’il aurait mieux valu que Stan conclue. Je sais qu’il passe pour imbu de lui-même mais de là à penser qu’il met toute la faute de son mal de dos sur stan, je ne pense pas quand même ou du moins je l’espère.

        Dans le matin c’est formulé un peu différemment « il aurait été préférable » ce qui un peu moins marqué que « il aurait du ». Après je suis d’accord qu’il pourrait dire aussi « je n’aurais pas du jouer le match » mais on ne saura jamais exactement quel était l’étendue des dégats avant.

        « Et Roger Federer de confesser: «C’est difficile de ne pas pouvoir m’entraîner parce que seul l’entraînement peut me donner des repères. Je me dis qu’il aurait été préférable que Stan termine le match à 5-4 samedi (ndlr. Le Vaudois marmonne quelque chose). Mais c’est vrai: je n’aurais pas mal au dos et on ne serait pas dans cette situation. D’un autre côté, le match est devenu historique grâce à ce long troisième set, dans une ambiance de fou »

  3. William 19 novembre 2014 at 00:22

    Je vous conseille d’aller jeter un œil au dernier article du vrai-faux blog de Marc Rosset, ça vaut le détour et ça fait du bien !!

    • Nathan 19 novembre 2014 at 08:14

      Cet article-là, c’est une grande cuvée !

    • Patricia 19 novembre 2014 at 09:03

      Je l’ai lu (enfin les deux) et retenu essentiellement que Stan allait torcher les Français d’une main (réjouissez vous) et que Mirka est une conne.

      Permettez moi de rajouter en codicille que si j’étais suisse ou fede