Björn Borg et Rafael Nadal sont nés à 30 ans d’intervalle. Le blond suédois, le 6 juin 1956 ; le brun majorquin, le 3 juin 1986 (les deux avaient donc l’habitude de fêter leur anniversaire à Roland Garros, petit clin d’œil du destin).
Cet écart de 3 décennies tout pile facilite les comparaisons entre leurs trajectoires, d’abord très similaires jusqu’au bug qui s’est produit pour Borg à la fin 1981 (mais qui n’a pas eu lieu pour Nadal fin 2011) ; puis opposées à l’extrême. Ce qui permet de nous adonner à une (double) uchronie : que se serait-il passé après 1q81 si Borg avait eu la longévité de Nadal ? Et que serait-il arrivé après 20i1 si le bug s’était produit pour Nadal ?
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Introduction : Les similitudes, de 197[200]4 jusqu’à 198[201]1
On le sait, Borg et Nadal sont quasiment des jumeaux pour ce qui est de la première partie de leur carrière, et ce, via trois aspects principaux : (1) leur précocité ; (2) leur suprématie quasi hégémonique sur terre battue ; et (3) leur capacité à aller gagner aussi sur les autres surfaces.
Précocité
Dans ce domaine, Borg a été un précurseur.
D’abord en Coupe Davis (il remporte ses deux simples et son double lors de sa première participation à la Coupe Davis en 1972, à 15 ans ; il est alors le plus jeune joueur à disputer une rencontre de Coupe Davis).
Puis en tournoi : première finale à Monte-Carlo en 1973 alors qu’il n’a pas encore fêté ses 17 ans ; victoire à Rome puis à Roland-Garros en 1974, fêtant ses 18 ans pendant le tournoi (il est alors le plus jeune joueur du tableau). Borg détient toujours le record du joueur le plus jeune à avoir remporté son 3ème tournoi du Grand Chelem (20 ans et 1 mois).
Nadal n’a pas été en reste, mais, globalement, avec un an de retard par rapport à Borg. Beaucoup d’entre nous l’ont découvert lors de la campagne de Coupe Davis 2004, l’année de ses 18 ans, lors de laquelle, en demi-finale, il contribue à l’élimination de l’équipe de France en dominant Arnaud Clément, puis, en finale, dans le stade Olympique de Séville, il bat le numéro deux mondial Andy Roddick lors du second match, ce qui contribue à la victoire de l’Espagne par 3 à 2. Absent de Roland-Garros 2004 pour cause de blessure, c’est donc en 2005 qu’il remporte son premier titre Porte d’Auteuil, fêtant ses 19 ans pendant le tournoi, juste après s’être imposé à Monte-Carlo et à Rome.
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Hégémonie sur Terre Battue
Borg et Nadal ont tous deux remporté Roland Garros à 6 reprises entre 197[200]4 et 198[201]1, soit 8 éditions, donc avec 75% de succès. Mais chacun d’entre eux n’a participé qu’à 7 de ces 8 éditions, soit un taux de succès réel de 6 sur 7 soit 86%. A ce stade là de domination, on peut parler d’hégémonie.
Borg a été privé de l’édition 1977 (interdiction de concourir, comme tous les joueurs en contrat avec la World Team Tennis, circuit parallèle et concurrent de l’ATP) tandis que, comme on l’a vu ci-dessus, Nadal a raté l’édition 2004 sur blessure. Ils n’ont donc été battus qu’une seule fois porte d’Auteuil entre 197[200]4 et 198[201]1 : Borg par Adriano Panatta en quarts en 1976 ; Nadal par Robin Soderling en huitièmes en 2009. Le reste du temps, leur domination a été sans partage. Ainsi, Borg et Nadal ont tous deux remporté 2 de leurs 6 titres à Roland Garros sans perdre un seul set, en 197[200]8 et en 198[201]0.
Pour ce qui est des autres tournois disputés sur terre battue, leur domination était équivalente, même si, chez Nadal, elle avait un côté nettement plus stakhanoviste. Il faut dire qu’à l’époque de Borg, le circuit n’était pas encore stabilisé comme il a pu l’être après 1990, et les top players de son calibre avaient un intérêt financier important à disputer des tournois annexes grassement payés, notamment aux USA, plutôt que d’aller enquiller des titres moins rémunérateurs à Monte-Carlo, Barcelone, Hambourg, Rome…
Le palmarès de Borg s’en ressent, ainsi entre 197[200]4 et 198[201]1, si on ne compte que les tournois sur TB considérés depuis 1990 comme des Masters 1000 :
- Borg : 3 titres à Monte-Carlo, 2 à Rome et 0 à Hambourg (total 5)
- Nadal : 7 titres à Monte-Carlo, 5 à Rome et 2 à Hambourg/Madrid (total 14)
Plus représentatif que son palmarès, son ratio de victoire sur TB : A partir de septembre 1976 (juste après sa défaite face à Jimmy Connors à l’US Open), Borg ne compte plus que deux défaites, contre Guillermo Vilas en mai 1980 à Düsseldorf (World Team Cup) et Victor Pecci en avril 1981 à Monte-Carlo, ainsi que deux défaites par abandon contre Dick Stockton en août 1977 à l’US Open et Eliot Teltscher en mai 1979 à Hambourg. Il cumule 96 victoires dans cet intervalle de temps, soit un ratio facile à calculer de 96% et même 98% hors abandon sur blessure.
Nadal n’est pas en reste, évidemment, et nous connaissons tous ses statistiques « plus-que-borgiennes » dans le domaine. En voici deux, particulièrement représentatives, réalisées entre 2004 et 2011 :
- L’Espagnol a enchainé 81 victoires sur terre battue (record) : série débutée face à Gaël Monfils au premier tour du tournoi de Monte-Carlo 2005, et achevée lors de sa défaite face à Roger Federer en finale à Hambourg en mai 2007.
- En juin 2010, Nadal devient le premier joueur (et le seul à ce jour) à remporter le « grand chelem rouge » : Monte-Carlo, Rome, Madrid, Roland-Garros.
Capacité à s’imposer ailleurs que sur terre battue
Sur ce point, la similitude entre les deux ogres de l’ocre reste notable, même si elle commence à s’estomper légèrement. En effet, ils ont été, tous les deux, capables d’élargir le champ de leur domination en dehors de la brique pilée, à l’opposé d’autres champions comme Vilas, Muster ou Kuerten, qui n’ont pas gagné grand-chose ailleurs que sur TB. Mais les lieux de leurs succès entre 197[200]4 et 198[201]1 ont été un peu différents. Si l’on s’en tient aux tournois dits « majeurs » :
- Borg a très vite dompté le gazon londonien (premier titre à Wimbledon en 1976, suivi par 4 autres consécutifs), mais il a au contraire toujours buté sur la dernière marche à l’US Open (4 finales et une demie). Et il ne se déplaçait pas à Melbourne. Quant à la Masters Cup, son bilan est plutôt positif car il l’a remportée à deux reprises (1979 et 1980) après deux finales perdues (en 1975 et 1977).
- Nadal, lui, a réussi à remporter son premier US Open avant 2011 : c’était en 2010, dès sa première finale (il remportera, mais plus tard, 3 autres titres à Flushing Meadows). A Wimbledon, après deux défaites en finale face à Federer (2006 et 2007), il s’impose en 2008 puis en 2010 (sa 2ème et dernière victoire à Londres). Et à Melbourne, c’est dès 2009 qu’arrive son premier titre (un 2ème arrivera beaucoup plus tard). Aucune victoire en revanche en Masters Cup, ni entre 2004 et 2011, ni après, mais une médaille d’or aux J.O. (Séoul 2008).
Cela dit, d’un point de vue uniquement comptable, les bilans sont très proches entre 197[200]4 et 198[201]1, avec 5 titres en GC (et 2 Masters) pour Borg, contre 4 GC (et 1 J.O.) pour Nadal.
Preuve de leur capacité à gagner partout, et dernier point commun : Borg a fini n°1 mondial en 1979 et 1980, Nadal a fait de même en 2008 et 2010.
Terminons par un mot sur la concurrence : Borg avait en face de lui Connors, Vilas, McEnroe (et Lendl sur la fin), quand Nadal a dû se taper Federer, Djokovic, Murray et les autres. Nous n’en dirons pas plus car c’est un débat éternel et infini.
Chapitre 1 : 1q81 (…et si Borg avait eu la longévité de Nadal)
On sait qu’après sa finale perdue à Flushing Meadows en septembre 1981, face à McEnroe (par qui il avait déjà été battu en juillet à Wimbledon), Borg perd subitement le goût de la compétition. Il va traîner son mal-être encore quelques mois, avant d’arrêter définitivement à Monte-Carlo au printemps 1982 après une défaite face à Henri Leconte (nous ne parlerons pas de sa tentative piteuse de come-back en 1991).
Et si…
Et si Borg avait eu la longévité (et la grinta, et la haine de la défaite…) de Nadal ?
Après tout, Nadal après 198[201]1, ce sont pas moins de :
- 8 nouvelles Coupes des Mousquetaires, dont la dernière en 2022, l’année de ses 36 ans (donc 17 ans après la première),
- 4 autres sacres en Grand Chelem,
- 3 nouveaux titres de n° 1 mondial.
Hé bien dans ce cas, nous aurions pu assister à ceci :
- A Roland-Garros (en respectant l’écart de 30 ans avec les sacres de Nadal), des nouvelles victoires de Björn Borg en :
- 1982 (dommage pour Wilander)
- 1983 (dommage pour Noah)
- 1984 (dommage pour Lendl)
- 1987 (dommage pour Lendl (encore))
- 1988 (dommage pour Wilander (encore))
- 1989 (dommage pour Chang)
- 1990 (dommage pour Gomez)
- 1992 (dommage pour Courier) – il est ahurissant de se dire que Borg, s’il avait été nadalien, aurait été capable en 1992 de mater des joueurs tels que Courier, mais aussi Agassi, Muster, Sampras, Edberg, Becker, Ivanisevic… tandis que Lendl et Wilander, pourtant arrivés sur le circuit bien après lui, avaient déjà cessé d’être compétitif (Lendl) ou carrément disparu (Wilander)).
- Dans les autres tournois du Grand Chelem, au hasard :
- Encore deux autres titres à Wimbledon, par exemple en 1985 (dommage pour Becker) et 1987 (dommage pour Cash)
- Un unique titre à Melbourne, par exemple en 1984 (dommage pour Wilander)
- Enfin, pour couronner le tout, un unique titre à l’US Open, par exemple en 1985 (dommage pour Lendl).
- Et peut-être encore une ou deux Masters Cup, et la médaille d’or aux J.O. de 1992 à Barcelone (dommage pour Marc Rosset).
Bref, un bon paquet de joueurs auraient vu leurs palmarès sérieusement amputés à cause de ce Borg nadalien (à noter que les « one shots » tels que Noah, Cash, Chang et Gomez auraient sans doute souffert tout particulièrement).
Chapitre 2 : 20i1 (…et si Nadal avait craqué comme Borg)
198[201]1 a été l’année du gros bug pour Borg mais elle aurait pu l’être aussi pour Nadal. En effet c’est l’année de l’émergence de Djokovic en tant que n°1 (durable de surcroit), tandis que Federer refuse d’abdiquer. Sur terre battue, l’Ibère gagne à Monte-Carlo comme d’habitude, mais ensuite, chose encore jamais vue, il s’incline deux fois de suite en finale à Madrid et à Rome face au Serbe. A Roland-Garros, Federer sort en même temps le match de sa vie et Djokovic en demi-finale, mais cale (comme d’habitude) face à Nadal en finale (on ne saura donc jamais ce qui se serait passé en finale si Djokovic avait affronté le Terre-Minotaure : aurait-il pu réitérer le double exploit de Madrid et de Rome ?). Le reste de l’année verra Djokovic continuer de dominer, avec notamment des victoires à Wimbledon et à Flushing Meadows, dans les deux cas face à Nadal en finale.
Alors évidemment, malgré cette trajectoire très similaire en 198[201]1, Nadal n’a pas buggé comme Borg.
Et si…
Et si ç’avait été le cas ?
Hé bien dans ce cas, nous aurions pu assister à ceci :
- A Roland-Garros, des victoires de :
- Djokovic en 2012
- Djokovic (ou, moins probablement, Ferrer) en 2013
- Djokovic en 2014
- Wawrinka ou Thiem en 2017
- Thiem ou Del Potro en 2018
- Thiem ou Federer en 2019
- Djokovic en 2020
- Djokovic ou Zverev (qui ne se serait pas cassé la cheville) ou Ruud en 2022.
- Dans les autres tournois du Grand Chelem, des victoires de :
- Djokovic à l’US Open 2013
- Anderson ou Del Potro à l’US Open 2017
- Medvedev (ou, moins probablement, Berrettini) à l’US Open 2019
- Medvedev (ou, moins probablement, Berrettini) à Melbourne en 2022.
Djokovic aurait 5 ou 6 GC de plus et en serait aujourd’hui à 29 ou 30 titres (gloups…), quand le Nadal borgien serait resté bloqué à 10. Federer n’en aurait probablement qu’un seul de plus, à 21. Les joueurs « one shot » que sont Del Potro, Thiem et Medvedev compteraient probablement 2 ou 3 couronnes. Et, du coup, seraient remplacés par d’autres « one shots » (Zverev ? Ruud ?? Anderson ???).
Conclusion
J’ai découvert le tennis à travers Björn Borg, qui a été le héros tennistique (et sportif) de mon enfance, je peux donc comprendre tous ceux qui ont 30 ans de moins que moi et qui ont vécu la même chose à travers « Rafa ».
Mais si Borg avait poursuivi sa carrière après 1q81, en mode « Nadal » c’est à dire en continuant d’enquiller les Coupes des Mousquetaires comme des perles, il n’y a aucun doute que j’en aurais vite eu ma claque et que j’aurais fini, tel un renégat, par ne plus le supporter (dans les deux sens du terme) et souhaiter qu’il dégage enfin pour laisser la place aux jeunes. Sa disparition du gotha en pleine gloire participe donc de son aura et de son prestige immaculé.
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Nota 1 : Le texte en italiques a été copié depuis Wikipedia.
Nota 2 : Le titre de cet article est, bien entendu, un clin d’œil à Haruki Murakami.


Moutet franchement j’adore!
Son tournoi de Marrakech était succulent avec des trickshots en veux en tu en voilà notamment le match contre le vieux Trungelliti (je me demande si on traduirait »le tringlé »’en francais. Des traducteurs ici?). Les HL sont de véritables délices.
Sympa egalement son match contre Ruud, qui reste un étalon sur terre tout de meme… defaite en 2 sets mais il n’a pas été ridicule et a tout tenté pour faire déjouer Ruud, l’opposition de style était cool.
Mais bon.. ca reste un cran en dessous de Dolgopolov tout ca, ah ah ! Quel joueur c’etait nom d’une pipe.
Kaelin, en direct de Phnom-Penh, deja 6 ans ici. Je suis passé au running depuis 3 ans j’ai (honte à moi), presque arrété le tennis … mais je retourne de temps en temps lire discrètement 15love, je ne suis jamais bien loin eheh.
La saison sur terre me fait sortir du bois khmer!
La course avec les tuktuk à Phnom-Penh, c’est fort ! Comment ça va, le commerce des épices ? Tu vas bientôt doubler « La plantation » et son poivre de kampot ?
Ahah oui pas facile de courir ici mais ça va on se débrouille, faut se lever à 4h30 du mat pour pas mourir de chaud c’est tout et on a une piste sympa au stade olympique pour s’entraîner avec mon club le PPAC (Phnom Penh athletic club) !
Sinon je ne risque pas de doubler La Plantation puisque c’est moi le « country sales manager » de l’entreprise eheh.
Ca se passe bien, merci de demander ;).
Pas possible ! Tu sais que le « grand chef » me l’a fait visiter perso ainsi que les ateliers. J’en garde un très bon souvenir, il faisait super beau, l’endroit est un des plus chouette du Cambodge.
Oui l’endroit est sympa.
Le « grand chef » c’était un belge chauve de 70 ans environ, lunette fumées ?
Oui, anciennement dans l’informatique. C’est lui qui a recrée le domaine avec sa femme. Le poivre de Kampot de sa plantation vaut le détour. je continue d’ailleurs à en acheter.
Ok oui c’est bien Guy en effet. Cool que tu ait une visite privée :).
Que tu ai eu*
@Kaelin, on peut tout à fait lire discrètement lire 15L à Phnom-Penh, la preuve, c’est exactement ce que je suis en train de faire à cet instant (non sans avoir fait un point sur l’état du tennis au Cambodge avant de venir, histoire de voir s’il y avait pas une place en CD Senior ++ à gratter).
Sans blague, tu es à PP ?? Faut qu’on se voit si oui!
Folie,
Jodar comme Sinner ? Machac met fin à la série de Sinner en attendant peut-être plus ? En tout cas, c’est un joueur bien plus sympa à regarder que son compatriote à cuissot berdychiens. Il fond souvent une durite mais son côté Lapin Duracell et sa vitesse de jeu sont bien souvent superbes à admirer. Et puis le coup droit sauté est son coup signature.
Valentin ahead. Toujours pas fan de son jeu, mais il fait plaisir à voir.
Je me sens de plus en plus en décalage avec les commentaires d’Eurosport.
Il paraît que Jannik a eu un coup de pompe au deuxième set. Petite baisse de régime en effet, mais pas un mot pour son adversaire, journalistiquement voué à être la victime et dont la prestation n’intéresse visiblement pas grand monde.
Découvert Machac cet après-midi, ce type a une vitesse et une pureté de frappe hallucinantes. Le frigo de Cortina ne rigolait pas, il ne parvenait pas à le dominer en puissance et il était obligé de reculer. Alors que j’étais totalement scotché devant l’écran, Machac m’a montré pourquoi il n’était que 53ème mondial : au 3ème, il vendange totalement son jeu de service à 1/1, une double-faute puis 3 erreurs particulièrement grossières, break offert sur un plateau. Rebelote à 3/5, 4 grosses fautes pour offrir le match. Machac est un fou furieux, hallucinant de talent mais un fou furieux quand même.
Rien de tel avec Etcheverry, qui n’avait vraiment rien à opposer à Carlitos. Ce dernier a aligné les fautes au deuxième set, il s’est compliqué la vie tout seul face à un adversaire qu’il dominait sur tous les plans et qui n’est parvenu à rien sinon profiter des fautes adverses.
Voila comment deux outsiders ont ébranlé, sur des scores proches, le duopole régnant sur le tennis actuel. Pour moi, deux matchs TRES différents. Carlitos, il va vraiment falloir arrêter de sortir du match comme tu l’as fait aujourd’hui.
Etonnant que tu ne l’aies jamais vu auparavant, cela fait 2 ans que Machac a des résultats intéressants même si comme tu le notes bien, sa gestion d’émotion est perfectible.
Ce n’est pas tant sa puissance que sa vitesse de jeu avec prise de balle précoce et changement de direction à foison qui impressionne. C’est un lapin Duracell en somme mais qui a trouvant des trous d’air en plus d’avoir un physique vraiment fragile.
Sa spécialité est le coup droit bondissant, pendant du revers sauté de Shapovalov. Vraiment très sympa.
A noter que Jodar lui était sur le corps la semaine dernière en route pour le titre de Marrakech.
Effectivement, comme le dit Perse, Machac est un excellent joueur (rapidité, pureté de frappes) mais tellement inconstant. Son dernier jeu contre Sinner en est une illustration parfaite avec 4 fautes directes et une prise de risque disproportionnée face à un Sinner pas au mieux de son tennis.
Alcaraz, c’est différent. Les 8 premiers jeux (6/1 1/0) sont le fruit d’un tennis proche de la perfection. Un pourcentage de 1er services au top, l’utilisation complète de la géométrie du court, un jeu très pur en quelques coups de raquettes mêlant accélérations et lifts, l’Argentin à 2 mètres de la balle allait connaître la correction de sa vie.
Et puis 3 fautes de finition de suite, l’Argentin qui emporte un jeu sans dire merci alors que franchement… la confiance renaît de l’autre côté, pire le niveau monte, l’Argentin frappe de plus en plus fort, coupe les trajectoires, ne rate plus une balle, et Alcaraz toujours sur courant alternatif l’emporte on s’efforçant au sérieux qui lui va mal.
Bref on n’a rien appris qu’on ne sache déjà sur l’Espagnol : que quand il joue bien, il est injouable, mais dès que la mécanique s’enraye, il a peur de l’abîme et là, tout devient possible aux joueurs sérieux et constants.
En fait, il n’y a pas de vrai plaisir sans incertitude. C’est pour cela aussi que j’aime voir évoluer l’Espagnol. Quand on veut prendre du plaisir avec Alcaraz, il faut accepter d’être un spectateur intranquille.
Carlos a un côté Gasquet amélioré, pas par le jeu mais par les failles. Je pense que, comme Richard, il a été trop doué trop jeune. Du coup, ils n’ont pas assez gouté à l’amertume de la défaite dans leur jeune âge, du coup ils ne savent pas vraiment comment l’affronter, une fois adultes, quand on ne peut plus jouer seulement dans l’insouciance. Peut-être d’ailleurs faut-il voir dans le limogeage de Ferrero, trop sérieux, trop professionnel, trop exigeant, avec raison d’ailleurs, cette difficulté d’Alcaraz à jouer autrement que dans une forme allégée, atténuée, d’insouciance.
Pour changer de sujet, jaime par le jeu de Vacherot, mais j’ai vachement aimé son dernier match. C’est la victoire du désir sur la biomécanique et la pureté stylistique. Tout son jeu est moche, il s’en fout, mais quelle énergie !
Sinon côté WTA, Lili Tagger, 18 ans un revers à 1 main (geste à la Thiem et à la Schiavone, qui est son entraîneur) est en train de s’installer au sein de la WTA cette saison.
Elle rentrera dans le Top 100 la semaine prochaine suite à son bon parcours à Linz où elle a battu Samsanova, n°21.
Certes, elle a le même âge que l’extraordinaire Andreeva (qui connaît son premier véritable creux actuellement) mais elle m’a semblé avoir du potentiel, surtout côté coup droit où sa mécanique raccourcie avec un grip extrême doit encore s’adapter à la vitesse de jeu du grand circuit (trop de balles courtes même si elles ont de l’effet).
Sinon elle a des segments avec de bons leviers, une mécanique au service qui semble saine. Son revers à une main pourrait peut-être ne pas tenir les filles les plus puissantes mais que de jolis angles déjà trouvés !
En tout cas chouette jeu à regarder.
Pas vu le match d’hier, mais je suis tombé sur le tableau des statistiques.
Et comme lors de la finale de l’US, c’est sur la séquence service-retour que se joue le match. Carlitos ne gagne que 58% des points sur sa première balle, et… 56% des points sur sa deuxième balle. Le Jésuite a lu son service sans problème.
La finale de l’US 2025 reste pour moi le match de référence de Carlitos. Si son service – et notamment sa première balle – est illisible, il a la main sur l’issue du match. Mais depuis septembre 2025, donc, il a essuyé deux défaites contre son rival parce qu’il n’est pas parvenu à le surprendre avec son service. C’est là-dessus, et pas ailleurs, que se joue le rapport de force entre les deux.
Moui. Je vois aussi un joueur en amélioration sur certains points (Sinner et ses ajustements terriens), tandis que l’autre lutte pour stabiliser/ne pas perdre ses acquis des derniers mois (le service mais aussi le revers, qui a gardé la perforation de l’été passé mais est devenu instable, avec trop de fautes en longueur dans la diago en pêché récurrent des trois derniers tournois). L’un est en phase ascendante, l’autre essaie de stabiliser un plateau/ne pas redescendre.
C’est vraiment dommage que Carlos n’ait pas plus capitalisé sur l’OA. En général quand tu gagnes à Melbourne tu es lancé comme une balle jusqu’à Roland. Là il a grillé tout connement, tout seul comme un grand ou presque, le capital confiance né de Melbourne et de ses 12 derniers mois.
J’ajoute qu’il est vaguement en train de perdre le facteur « clutch » contre Sinner. Quantité de 0-30 ou 15-30 pas exploités, balle de set non convertie et finalement tiebreak pas inspiré en finale du Masters, exactement même schéma à Monaco… Rien d’irréparable encore mais il rend du terrain à Sinner sur ce plan-là aussi.
Après peut-être que le n°1 le saoule et qu’il aspire à redevenir le challenger. Il ne serait pas le premier à préféré être chasseur que chassé. Alors que Sinner vit très bien d’être la cible. Mais non seulement ils n’ont pas le même âge (deux ans d’écart, ça compte), mais ils n’ont pas le même niveau de maturité. Sinner a déjà une longue carrière, a traversé pas mal d’orages (le contrôle positif, la suspension, mais aussi les 2 années d’apprentissage à la dure entre le moment où on l’a annoncé en next big thing, vers 2020-2021, et son avènement concret en 2024). Il a développé un côté dur au mal qui est LE point que Carlos peut lui envier, au moins autant que son service.
Plutôt de l’avis de Guillaume.
https://www.tennisabstract.com/cgi-bin/player-classic.cgi?p=JannikSinner&f=ACareerqq&q=CarlosAlcaraz&q=CarlosAlcaraz
https://www.tennisabstract.com/cgi-bin/player-classic.cgi?p=CarlosAlcaraz&f=ACareerqq&q=JannikSinner&q=JannikSinner
Tu as les chiffres des 18 matchs opposant les 2 et globalement , on voit que Sinner sert relativement mal vs Alcaraz. Au contraire Alcaraz sert globalement mieux contre l’Italien.
Pour moi la dynamique depuis l’US Open tend à confirmer mon opinion que Sinner est le meilleur joueur de tennis actuel et un loser patenté au choc des volontés. Il est juste tellement fort qu’il y a 3 matchs dans la saison où il ne fait pas la différence sur le niveau technique et qu’il doit se dépouiller et ça ne passe pas.
Enfin, je vois une grande ironie au fait que ce soit Sinner qui développe le côté Servebot alors que le traitement journalistique de 2025 et certaines autocongratulations d’Alcaraz le mentionaient l’année dernière au sujet de l’autre. En effet, les perfs derrière le service de Sinner cette année sont meilleures que le meilleur Federer !
In fine, Alcaraz est le plus spectaculaire, inspiré et génial joueur de tennis des 15 dernières années mais c’est Sinner qui a les cartes en main in abstracto.
Qui aime bien châtie bien donc c’est le moment de dire que je n’aime pas trop ce que j’ai vu et entendu de Carlos ces dernières semaines. La sortie agacée sur « les gars qui se transforment en Federer quand ils me jouent » à Indian Wells, l’acte de présence inutile à Miami alors qu’il n’avait manifestement pas envie d’être sur le court (va pas te plaindre après que les mecs jouent leur chance à fond contre toi si de temps à autres tu leur donnes des victoires « accessibles »… Sinner, quand il sent qu’il n’est pas dans les dispositions pour jouer la gagne, il ne vient pas ; c’est comme ça qu’une aura se construit), puis le renoncement de Monte-Carlo « Je vais perdre la place de n°1″ alors qu’il avait toujours son destin entre ses mains sur le Rocher et qu’à partir de Madrid Sinner en aura fini des points « à reprendre » de sa suspension… Sans parler d’une espèce d’irritation qui affleure tout de suite dès qu’il rate un coup ou l’autre, comme ça il était au-dessus de ça. Au mieux il a une baisse de motivation persistante consécutive au Grand chelem en carrière de Melbourne (ce qui s’entendrait), au pire il y a là une certaine attitude d’enfant gâté (capricieux ?) à laquelle il ne nous avait pas habitués. Je me souviens que quand il a gagné son premier RG en 2024, terminant par deux matchs en cinq sets en 1/2 et en finale, il avait lâché « Il faut aimer souffrir », véritable profession de foi. Je n’ai pas l’impression ces dernières semaines qu’il prend beaucoup de plaisir à souffrir sur le court. Et le timing est particulièrement préoccupant alors qu’on aborde le tronçon à la fois le plus important et le plus dense de l’année. Si t’es pas dans l’état d’esprit à aller au charbon alors qu’arrive la surface des chiffonniers, et que deux Grands Chelems vont s’enchaîner avant la prochaine pause, c’est embêtant. Et autant la disparition de Ferrero du paysage ne m’inquiétait pas outre mesure sur la technique (Lopez avait pris sur le lead sur ce sujet depuis un moment), autant maintenant que Ferrero n’est plus là qui dans l’entourage a l’autorité/la crédibilité pour jouer le père Fouettard s’il faut recadrer l’élève qui se relâche ?
Je n’ai pas abordé le sujet Ferrero dans le post précédent, mais en effet il ne faut pas le mettre de côté. Depuis des mois, on sent à des petits riens que le type est dans la position de la proie, et qu’il préfère de loin celle du chasseur. Je ne sais pas ce que nous réserve la suite, mais dans son attitude quelques doutes se font jour sur sa motivation quotidienne. Son titre à l’AO n’a rien de particulièrement impressionnant d’un point de vue sportif. Au sortir de sa demi contre Sasha je n’avais guère de doutes sur le verdict final, et je gage que Djoko lui a rendu un immense service en le débarrassant de son grand rival. Depuis, pas grand chose, et notamment une implication un peu fluctuante.
Carlitos est à peine plus jeune que Becker quand il a perdu en finale de Wim en 91 contre Stich, inaugurant une longue période de vaches maigres parce que son investissement dans le tennis en prenait un coup (valable également avec Agassi post-US 95). Je ne souhaite surtout pas à Carlitos le même destin, parce qu’en 91 l’avenir du beau jeu, et du tennis en général, ne reposaient pas sur les épaules du seul Becker. En 2026 la créativité générale du tennis est au plus bas, les muscles ont massivement remplacé les neurones et le cocktail d’ogives et de caresses que propose l’Espagnol est vraiment la principale chose qui dépasse, Musetti et Shelton étant nettement en retrait. Carlitos, ce n’est VRAIMENT pas le moment d’avoir des soucis existentiels avec la rigueur quotidienne qu’exige ton rang.
Bon je crois que nos analyses se sont croisées, cf au-dessus, avec les mêmes mots
A 22 ans, surtout dans ce domaine-là, on n’a plus vraiment besoin d’un mentor pour endosser la pression, la rigueur, de l’univers d’un champion. Le projet doit être intégré par le joueur.
Cela ne veut pas dire qu’il n’a besoin de personne. Nullement. Mais pas d’une personne qui endosse l’étayage de son projet. Et c’est là où le bât blesse, à mon avis. Tout a été trop facile, pour Carlos, eu égard à son talent qui est immense. Maintenant, il se rend compte de la pression. Et a quelques difficultés à y faire face.
Il n’y a pas de coach irremplaçable pour un champion. Mais je crains que le clan Alcaraz en congédiant Ferrero a cru congédier la pression qu’il sentait poindre chez « le petit prince ». Erreur. La pression était d’abord dans la tête du prince. A cet égard, la phrase sur « le retour à la maison » est terrible, si on y réfléchit quelques instants.
Pour ceux qui suivent le tennis chez les juniors, le tennis des jeunes est plein de joueurs très brillants qui se font doubler par des jeunes plus laborieux mais dont « le projet » est mieux structuré dans leur tête. La différence ici, dans le monde professionnel, c’est que les laborieux sont aussi très bons, voire excellents. Ce sera intéressant de voir comment Carlos va affronter cette situation.
Pour le tennis, c’est regrettable, car, comme le dit si bien Rubens, ce tennis à tendance monomaniaque commence à devenir lassant.
Comme disait De Gaulle : « On peut regretter les temps des lampes à huile et de la marine à voile ». Comme nous, ou moi plutôt, je regrette le temps des raquettes en bois (ah!! ma Gauthier des années 60 !!) et de Laver, Nastase et Mc Enroe. Mais il faut vivre avec son temps et le tennis de son temps et donc admettre que Sinner représente le tennis actuel. Plus que Alcaraz et son côté plus ludique, moins robotique.
« Vivre avec son temps », hélas oui ! Avec Rafaël Jodar ? C’est vrai que, dans l’esprit du jeu, il a quelque chose de l’Autrichien maquillé en Italien. Mais il est moins vidéo-game dans sa façon de jouer que le héron au nez à piquer des gaufrettes. Moins précis aussi. Il est très pressé comme Agassi sur le terrain. Il sait à peu près tout faire. Il prend la balle très tôt. C’est un tueur en retour sur le deuxième service adverse. Il a littéralement marché sur Munar qui, certes revenait de blessure, mais quand même, Munar sur terre battue, c’est un client. Pourtant, dans ce match, Jodar n’a pas servi de façon extraordinaire, ce qu’il peut faire parfois. On parle beaucoup de Fonseca mais franchement Jodar, c’est pas mal.
Grosse dégringolade de KK ce matin, qui pointe au ranking 16.
@Kaelin, déso, me réveille un peu tard, mais je ne suis resté que 24H à PP, pour filer ensuite à Koh Rong, dont je commence à être un habitué.
ah oui sympa, profite bien. J’etais à Koh rong samloem il y a quelques semaines, avec ma compagne. Sur la plage principale, Saracens beach … mais J’aime bien Koh rong aussi. Tu es sur quelle plage ?
Hésite pas si tu veux boire un café ou une biere ou se faire une bouffe quand tu repasses sur PP, ca serait avec plaisir … tu peux m envoyer un mail à tisonhugo@gmail.com (sur 15love je risque de louper l’info).
Je suis commercial donc flexible, meme si ton hotel n’est pas près de chez moi (quartier marché russe).
Kaelin, suis à Koh Rong Lonely Beach, très précisément au Lily’s Beach Bungalows, best resort in the world (si quelqu’un me cherche dans le monde).
Suis back to PP dimanche, te contacte (et je cherche Roger Federer’s song existe en karaoké).
Ahahah ça peut se trouver :D. See you Sunday I hope !
Et profite bien de KR d’ici-là.
Sinon même si Tsitsipas a gagné son match aux forceps, le naufrage continue sans que je n’ai plus de sympathie. Comme son ex meilleur pote (Kyrgios), c’est triste et quelque part assez hallucinant qu’ils aient réussi à me retourner à ce point-là : initialement je les aimais bien et maintenant ils sont pitoyables.
Jodar a réussi à retourner le match, c’est très impressionnant quand même parce que De Jong avait bien mené sa barque ! Mais que c’est ennuyeux ces mega M1000 : il ne se passe rien durant 10 jours.
Lois Boisson a déçu en mal, totalement perdu et incapable de lire les trajectoires, un vrai lapin fasciné par les phares. Pas simple…
Je vous l’avais bien dit, il y a quelques temps, que la nouvelle génération (Jodar, Blocks…) allait arriver aux premières places avant Fonseca. Ce n’est pas encore fait mais bon, c’est bien parti. Manque à l’appel Martin Landaluce mais ce n’est pas fini pour lui ainsi que pour, quoique moins jeune, Buse qui porte si mal son nom car il est plutôt parti pour être le Phénix de la terre battue. Etonnant Tsitsipas, dont le 1er match fut presque une Bérézina, et le voilà, on ne sait pourquoi, transformé lui aussi en Phénix de Madrid. Est-ce le fait d’avoir traité son père d’e….é en plein match (ce qui d’ailleurs est une pure vérité) qui l’a libéré ? J’en doute un peu puisqu’il est paraît-il coutumier de ce genre de propos, loin des sermons sur la montagne dont il nous abreuve.
Non, non, point de pessimisme, il se passe des choses intéressantes à Madrid, moins qu’au Cambodge, il est vrai.
Tout à fait. Tsi qui enchaine 1 ou 2 matchs, c’est intéressant. D’une certaine manière, Carlito forfait à RG aussi, ça laisse une place à X – « et la France se prend à rêver… » blablala – . X ou Z, j’ai du mal à voir qui que ce soit de crédible en face, mis à part, indestructiblement Djoko. Musetti a-t-il vraiment progressé depuis l’année dernière ? Ca saute pas aux yeux.
Ici, le Cambodge vit et respire tennis, c’est évident, pas Kaelin qui va me contredire. Enfin, en gros, il y a une étonnante pub sur écran géant géant, pour une marque de flotte Cambodgienne, qui montre un court, avec des joueuses et joueurs qui se désaltèrent. Entre deux gorgées, on voit un coup droit ou un service et là, c’est assez étrange : ils ont manifestement pris des amateurs/trices et leurs gestes sont assez…Basiques genre un peu badmington, je mets la raquette au-dessus de la tête et hop, j’envoie la balle de l’autre côté !